LES DEUX TIMIDES

COMDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE

Reprsente pour la premire fois, Paris; sur le thtre du GYMNASE, le 16 mars 1860

COLLABORATEUR : M. MARC-MICHEL

1860.

Reprsente pour la premire fois, Paris, sur le thtre du Gymnase, le 16 mars 1860.


Texte tabli par Paul FIEVRE, fvrier 2019

© Thtre classique - Version du texte du 28/02/2024 23:49:28.


PERSONNAGES Acteurs qui ont cr les rles.

THIBAUDIER : M. Lesueur

JULES FRMISSIN : M. Priston

ANATOLE GARADOUX : M. Lemnil

CCILE, fille de Thibaudier : Mlle Albrecht

ANNETTE, femme de chambre : Mlle Georgina

La scne est Chatou, chez Thibaudier.


LES DEUX TIMIDES

SCNE PREMIRE.
Annette, puis Ccile.

Salon de campagne, ouvrant au fond sur un jardin par une grande porte. ? Porte gauche. ? Portes dans les pans coups. ? Chemine droite. ? Une pendule et des vases sans fleurs sur la chemine. ? Une table avec encrier, papier et plumes, gauche. ? droite, un guridon. ? Un petit buffet aprs la porte de gauche. ? Chaises, fauteuils.

ANNETTE, venant du fond une bouilloire la main et entrant par la gauche, pan coup.

Monsieur, c'est votre eau chaude...

Descendant en scne.

Il est drle, le futur de Mademoiselle, Monsieur Anatole Garadoux... Il passe tous les matins une heure et demie sa toilette... ses ongles surtout lui prennent un temps ! Il les brosse, il les ratisse, il a un tas de petits instruments... Il travaille a comme de la bijouterie, c'est curieux voir ! Je ne sais pas si c'est par l qu'il a sduit Monsieur Thibaudier, toujours est-il que le bonhomme s'est laiss prendre comme... Au fait, comme il se laisse prendre par tout le monde. C'est incroyable ! Un homme de son ge... pas plus de dfense qu'un enfant... une timidit... il n'ose jamais dire non... Ah ! Quelle diffrence avec sa fille ! Voil une petite tte qui, avec son petit air tout doux, ne fait que ce qui lui plat.

On entend chanter Ccile dans le jardin.

Ah ! Je l'entends. Elle revient de sa promenade du matin avec une botte de fleurs dans son panier et son petit volume la main.

CCILE, venant du jardin.

Air de la Clef des champs (Deffs)

Le bon La Fontaine

Nous peint le tableau

D'un robuste chne,

D'un frle roseau

5   La force inutile

De l'un n'est qu'un nom ;

Le roseau dbile

Rsiste et tient bon.

Par peur, par faiblesse,

10   On voit des papas

Qui tremblent sans cesse

Au moindre embarras.

Mais, dans les familles,

L'on peut, en ce cas,

15   Voir des jeunes filles

Qui ne tremblent pas.

Le bon La Fontaine,

Etc.

Annette ! Vite ! Les vases de la chemine.

ANNETTE.

Voil, mademoiselle.

Elles disposent ensemble les fleurs dans les vases qu'Annette pose sur le guridon.

Dites donc, mademoiselle... Il se lve... Je viens de lui porter son eau chaude.

CCILE.

qui ?

ANNETTE.

Monsieur Garadoux...

CCILE.

Eh bien, qu'est-ce que a me fait ?

ANNETTE.

Avez-vous remarqu ses ongles ?

CCILE.

Non...

ANNETTE.

Comment, vous n'avez pas remarqu ses ongles ?... Ils sont longs comme a ! Mais l'autre jour, en voulant ouvrir sa fentre, il en a cass un !...

CCILE, ironiquement.

Voil un grand malheur !

ANNETTE.

Je sais bien que a repousse... Mais il a paru vivement contrari... car, depuis ce temps-l, il me sonne pour ouvrir la fentre.

CCILE.

Je t'ai dj prie de ne pas me parler sans cesse de Monsieur Garadoux... Cela m'est dsagrable, cela m'agace !

ANNETTE, tonne.

Votre futur ?

CCILE.

Oh ! Mon futur ! Le mariage n'est pas encore fait ! O est mon pre ?

Elle porte un vase sur la chemine.

ANNETTE.

Monsieur Thibaudier ?... Il est dans son cabinet depuis une grande heure avec un particulier venu de Paris...

CCILE, venant vivement elle.

De Paris ? Un jeune homme... Un jeune avocat ? Blond... l'air doux... les yeux bleus ?

ANNETTE.

Non... celui-l est brun... avec des moustaches et une barbe comme du cirage.

CCILE, dsappointe.

Ah !

ANNETTE.

Je crois que c'est un commis voyageur en vins... Monsieur ne voulait pas le recevoir... Mais il a presque forc la porte avec ses fioles.

CCILE.

Pourquoi papa ne le renvoie-t-il pas ?

ANNETTE.

Monsieur ?... Il est bien trop timide pour cela !

Elle porte le deuxime vase sur la chemine.

CCILE.

a, c'est bien vrai !

SCNE II.
Les Mmes, Thibaudier.

THIBAUDIER, venant du pan coup de droite, la cantonade, en saluant.

Monsieur, c'est moi de vous remercier... Enchant...

Montrant deux petites bouteilles d'chantillon.

Je n'en avais pas besoin... Mais j'en ai pris quatre pices.

CCILE.

Vous avez achet du vin ?

ANNETTE.

Votre cave est pleine.

Elle remonte.

THIBAUDIER.

Je sais bien... Mais le moyen de refuser un monsieur bien mis... qui vient de faire quatre lieues... de Paris Chatou...pour vous offrir sa marchandise... Car, enfin, il s'est drang, cet homme !

CCILE.

Mais c'est vous qu'il a drang.

ANNETTE, au fond.

Est-il bon, au moins, son vin ?

THIBAUDIER.

Veux-tu goter ?

ANNETTE, prenant un verre sur le buffet.

Voyons !

Elle boit et jette un cri.

Brrr !

THIBAUDIER.

C'est ce qu'il m'avait sembl... J'ai mme os lui dire... avec mnagement : " Votre vin me parat un peu jeune ! " J'ai cru qu'il allait se fcher... Alors, j'en ai pris quatre pices...

ANNETTE, prenant les chantillons.

Voil de quoi faire de la salade.

On sonne gauche.

C'est Monsieur Garadoux qui sonne pour me faire ouvrir sa fentre.

Elle entre gauche, pan coup.

SCNE III.
Thibaudier, Ccile ; puis Annette.

THIBAUDIER.

Comment ! Il n'est pas encore lev, Monsieur Garadoux ?

CCILE.

Non. Il parat jamais avant dix heures...

THIBAUDIER.

a ne m'tonne pas... Tous les soirs, il s'empare de mon journal... Ds qu'il arrive, il le monte dans sa chambre... et il le lit pour s'endormir.

CCILE.

Eh bien... et vous... ?

THIBAUDIER.

Moi ?... Je le lis le lendemain...

CCILE.

Ah ! C'est un peu fort...

THIBAUDIER.

Je t'avoue que a me prive ; et, si tu pouvais lui en toucher un mot... sans que cela ait l'air de venir de moi !

CCILE.

Soyez tranquille ! Je lui parlerai !

THIBAUDIER.

Vrai ! Tu oseras ?...

CCILE, rsolument.

Tiens !

THIBAUDIER.

J'admire ton assurance... dix-huit ans... Moi, c'est plus fort que moi... La prsence d'un tranger dans ma maison... a me trouble... a m'anantit...

ANNETTE.

Pauvre pre !

THIBAUDIER.

Mais cela va bientt finir, Dieu merci !

CCILE.

Comment ?

THIBAUDIER.

Oui, toutes ces demandes, ces prsentations... J'en suis malade !... Que veux-tu ! J'ai pass ma vie dans un bureau... l'administration des Archives... et des Archives secrtes, encore ! Nous ne recevions jamais personne... a m'allait... Voil pourquoi je n'aime pas causer avec les gens que je ne connais pas.

CCILE.

Vous connaissez donc beaucoup Monsieur Garadoux ?

THIBAUDIER.

Pas du tout, mais il m'a t recommand par mon notaire, que je ne connais presque pas non plus. Il s'est prsent carrment... Nous avons caus pendant deux heures... sans que j'aie eu la peine de placer quatre mots... Il faisait les demandes et les rponses... cela m'a mis tout de suite mon aise :

Air du Pige

"Bonjour monsieur, comment vous portez-vous ?

Bien ! Je le vois... Grand merci, moi de mme.

20   Matre Godard vous a parl pour nous...

Tant mieux ! Ma joie en est extrme.

Croyez, monsieur, que je serais flatt

D'tre admis dans votre famille...

Hein ?... Pas un mot ?... Allons ! C'est arrt ; cous m'accordez la main de votre fille."

CCILE.

Et vous lui ?...

THIBAUDIER.

Et il parat que je lui ai accord ta main... ce qu'il m'a dit. Alors, il est venu s'installer ici depuis quinze jours... et, aujourd'hui mme, nous devons aller la mairie pour faire les publications.

CCILE.

Aujourd'hui ?

THIBAUDIER.

C'est lui qui a dcid a... Moi, je ne me mle de rien !

CCILE.

Mais, papa...

THIBAUDIER.

Quoi ?

CCILE.

Est-ce qu'il vous plat beaucoup, Monsieur Garadoux ?

THIBAUDIER.

C'est un charmant garon... qui a une facilit de parole...

CCILE.

Il est veuf ! Je ne veux pas pouser un veuf.

THIBAUDIER.

Mais...

CCILE.

Mais si, par hasard... un autre prtendu se prsentait ?

THIBAUDIER.

Comment ! Un autre prtendu ?... Encore des demandes ? Des entrevues ! Il faudrait recommencer ? Ah ! Non, non ! Il va s'asseoir prs de la table, gauche.

CCILE.

Celui dont je parle n'est pas un tranger... vous savez bien... Monsieur Jules Frmissin... un avocat...

THIBAUDIER.

Un avocat !... Je ne pourrai jamais causer avec un avocat !

CCILE.

C'est le neveu de ma marraine...

THIBAUDIER.

Le neveu ! Le neveu ! Je ne l'ai jamais vu !

CCILE.

Je croyais que ma marraine vous avait crit...

THIBAUDIER.

Il y a trois mois... avant Garadoux... Ce n'tait qu'un projet en l'air... et, puisque ce monsieur n'a pas paru, c'est qu'il n'a jamais pens toi !

CCILE.

Oh ! Si, papa... j'en suis sre.

THIBAUDIER.

Comment ! Tu es sre ! Voyons, parle-moi franchement... Que s'est-il pass ?

Elle s'assied sur ses genoux.

CCILE.

Oh ! Rien ! Il ne m'a jamais parl !

THIBAUDIER.

Eh bien ?

CCILE.

Mais, le jour de ce grand dner que ma tante a donn pour sa fte... et o vous n'avez pas voulu venir.

THIBAUDIER.

Je n'aime pas les runions... o il y a du monde.

CCILE.

J'tais table, prs de Monsieur Frmissin... Il rougissait... Il ne faisait que des gaucheries.

THIBAUDIER.

Je connais a... Lesquelles !

CCILE.

D'abord, il a cass son verre !

THIBAUDIER.

Ce n'est pas un symptme... C'est une maladresse.

CCILE.

Ensuite, quand je lui ai demand boire... Il m'a pass la salire.

THIBAUDIER.

Il est peut-tre sourd.

CCILE.

Oh ! Non, papa, il n'est pas sourd... Il tait troubl. Voil tout.

THIBAUDIER.

Eh bien ?

CCILE.

Eh bien, pour qu'un jeune homme qui est avocat... qui parle en public... soit troubl ce point...

Baissant les yeux.

Il faut bien qu'il y ait une raison...

THIBAUDIER.

Et cette raison... C'est qu'il t'aime ?

CCILE, se levant.

Dame, papa !... Si cela tait ?

THIBAUDIER, se levant.

Si cela tait, il serait venu... Il n'est pas venu... Donc cela n'est pas ! Et j'en suis bien aise, car, au point o sont les choses avec Monsieur Garadoux...

ANNETTE, entrant par le fond.

Monsieur, c'est une lettre que le facteur apporte.

Elle sort.

CCILE, vivement.

L'criture de ma marraine !

THIBAUDIER.

Voyons, ne te monte pas la tte. Encore quelque invitation... c'est insupportable !

Lisant.

"Cher monsieur Thibaudier... permettez-moi de vous adresser Monsieur Jules Frmissin, mon neveu, dont je vous ai parl il y a quelques mois... Il aime notre chre Ccile..."

CCILE, avec joie.

J'en tais bien sre !

THIBAUDIER.

Allons bon ! Des complications !

Reprenant sa lecture.

"Son rve serait d'obtenir sa main... Je devais l'accompagner aujourd'hui pour traiter cette importante affaire, mais je suis retenue par une indisposition, il se prsentera seul..."

CCILE.

Il va venir !

THIBAUDIER.

Je n'y suis pas !

CCILE.

Ah ! Papa !

THIBAUDIER.

Mais c'est impossible, j'ai donn ma parole Garadoux... Tu vas me lancer dans des difficults...

CCILE.

Je vous soutiendrai, papa !

THIBAUDIER.

Mais qu'est-ce que tu veux que je devienne entre deux prtendus ?

CCILE.

Vous congdierez Monsieur Garadoux !

THIBAUDIER.

Moi ?...

Apercevant Garadoux qui sort de sa chambre.

Chut ! Le voici !

SCNE IV.
Les Mmes, Garadoux, Annette.

GARADOUX, entrant par la gauche, pan coup.

Bonjour... Cher beau-pre...

THIBAUDIER, saluant.

Monsieur Garadoux...

GARADOUX, saluant Ccile.

Ma charmante future... Vous tes frache, aujourd'hui, comme un bouquet de cerises.

CCILE.

Je vous remercie... pour ma fracheur des autres jours !

Elle remonte la table.

THIBAUDIER, part.

Oh ! Elle va trop loin !

Haut.

Ce cher Garadoux !... Vous avez bien dormi ?

GARADOUX.

Parfaitement !

Ccile.

Je me suis lev un peu tard peut-tre ?...

CCILE.

Je n'ai pas dit cela !

THIBAUDIER.

Le fait est que vous n'aimez pas la campagne, le matin...

Vivement.

Ce n'est pas un reproche !

GARADOUX.

Moi ? Assister au rveil de la nature, je ne connais pas de plus magnifique tableau ! Les fleurs ouvrent leurs calices, le brin d'herbe redresse sa tte pour rendre hommage au soleil levant.

Il examine ses ongles.

Le papillon essuie ses ailes encore humides des baisers de la nuit...

Il tire un petit instrument de sa poche et lime ses ongles.

THIBAUDIER, part, s'asseyant.

Le voil parti !... C'est trs commode !

CCILE, part.

Il fait sa toilette !

GARADOUX, continuant faire sa toilette.

L'abeille diligente commence ses visites la rose pendant que la fauvette tte noire...

CCILE, part.

C'est impatientant !

Brusquement, Garadoux.

Quoi de nouveau dans le journal ?

GARADOUX.

Comment, le journal ?

CCILE.

Vous l'avez mont, hier soir... et mon pre n'a pu le lire...

THIBAUDIER, part, se levant.

Oh !... A-t-elle un aplomb !

GARADOUX.

Mille pardons, Monsieur Thibaudier, c'est par inadvertance !

THIBAUDIER.

Oh ! Il n'y a pas de mal !

GARADOUX, tirant le journal de sa poche.

Je ne l'ai pas mme lu...

THIBAUDIER.

Vous ne l'avez pas lu ? Alors, gardez-le, Monsieur Garadoux !

GARADOUX, insistant pour le rendre.

Non, je vous en prie !

THIBAUDIER, refusant.

Moi, je vous en supplie...

GARADOUX, le remettant dans sa poche.

Allons, puisque vous le voulez !

Il va la chemine et arrange sa cravate devant la glace.

THIBAUDIER, part.

J'aurais pourtant bien voulu voir le cours de la rente !

ANNETTE, entrant.

Monsieur...

THIBAUDIER.

Qu'est-ce ?

ANNETTE.

C'est la carte de visite d'un monsieur qui attend l... la grille...

Elle remet la carte Thibaudier.

CCILE, se rapprochant vivement de son pre.

Un monsieur ?...

Aprs avoir jet un coup d'oeil.

C'est lui ! Monsieur Jules !

THIBAUDIER, bas.

Saprelotte !... Et devant l'autre !... Que faire ?

CCILE, bas.

Vous ne pouvez pas lui refuser votre porte.

Haut Annette.

Faites entrer !

Annette sort.

GARADOUX.

Une visite ?... Ah a, beau-pre, n'oubliez pas qu' midi nous allons la mairie pour les publications.

THIBAUDIER.

Certainement, mon cher Garadoux, certainement !

Bas Ccile.

Au moins, emmne-le.

CCILE.

Voulez-vous m'accompagner, Monsieur Garadoux ?

GARADOUX.

Volontiers, Mademoiselle... O allons-nous ?

CCILE.

Arroser mes fleurs.

GARADOUX, froidement.

Ah !... C'est que le soleil est bien ardent.

CCILE.

Raison de plus ! Mes corbeilles meurent de scheresse... Allons ! Venez !

GARADOUX.

Avec plaisir !

CCILE, part.

S'il pouvait encore se casser un ongle !

Air de l'Omelette la Follembuche

CCILE.

Venez, monsieur, arroser mes fleurs,

25   Comptez sur leur reconnaissance,

En doux parfums, en riches couleurs

Elles paieront votre assistance.

GARADOUX.

Voyez mon obissance !

THIBAUDIER, part.

Que faire en cette occurence ?

ENSEMBLE.

CCILE.

30   Venez, venez, arroser mes fleurs,

En doux parfums, en riches couleurs

Elles paieront votre assistance.

Allons, venez arroser mes fleurs !

GARADOUX.

Allons, je vais arroser vos fleurs.

35   Mais pour les soins donns vos soeurs,

De vous j'attends ma rcompense.

Allons, allons arroser vos soeurs.

THIBAUDIER, part.

Quel sort cruel ! deux adorateurs !

Voil de quoi combler mes malheurs !

40   qui donner la prfrence

Entre ces deux adorateurs ?

Garadoux et Ccile sortent par le fond.

SCNE V.
Thibaudier, Annette.

THIBAUDIER, seul.

Mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Quelle situation ! Un prtendu accept... install !... et un autre !... Un avocat encore !... Il doit avoir une langue !... Il va m'entortiller avec sa langue !... Je me connais, je suis capable de lui dire : "Oui..." comme l'autre !... a en fera deux !

ANNETTE, annonant au fond.

Monsieur Frmissin !

Elle sort par la droite.

THIBAUDIER, effray.

Lui !... Que lui dire ?...

Se regardant et saisissant ce prtexte.

Ah ! Je n'ai pas d'habit... Je vais mettre un habit !

Il se sauve par la premire porte de gauche au moment o Frmissin parat au fond.

SCNE VI.

FRMISSIN, seul.

Il entre par le fond timidement, trs dcontenanc, et salue tout bas.

Monsieur... Madame... J'ai bien l'honneur...

Regardant autour de lui.

Tiens ! Personne ! Ah ! Tant mieux ! Ce que je redoutais le plus, c'tait de rencontrer quelqu'un... Je frissonne l'ide de me trouver en prsence de ce pre... qui sait que j'aime sa fille...

Avec feu.

Ah ! Oui, je l'aime !... Depuis ce dner o j'ai cass un verre... Je viens tous les jours Chatou pour faire ma demande... J'arrive par le convoi de midi, je n'ose pas entrer, et je repars par celui d'une heure. Si cela devait continuer, je prendrais un abonnement au chemin de fer... Mais aujourd'hui... J'ai eu du courage, j'ai franchi la grille ! Sans ma tante ! Qui n'a pu m'accompagner... et je vais tre oblig... moi-mme... tout seul, de...

Effray.

Mais est-ce que a se peut ? Est-ce qu'il est possible de dire un pre... qu'on ne connat pas : "Monsieur, voulez-vous avoir l'obligeance de me donner votre fille pour l'emmener chez moi et..."

Se rvoltant.

Non ! On ne peut pas dire ces choses-l ! Et jamais je n'oserai...

Tout__coup.

Si je m'en allais !... Personne ne m'a vu... Je m'en vais ! Je reviendrai demain... midi.

Il remonte vers le fond et se rencontre vers la porte avec Ccile.

SCNE VII.
Ccile, Frmissin.

FRMISSIN, s'arrtant.

Trop tard !

CCILE, jouant la surprise.

Je ne me trompe pas... Monsieur Jules Frmissin ?

FRMISSIN, troubl.

Oui, Monsieur...

CCILE.

Hein ?

FRMISSIN, se reprenant.

Oui, Mademoiselle...

CCILE.

quel heureux hasard devons-nous l'honneur de votre visite ?

FRMISSIN.

C'est bien le hasard, en effet... Je passais... Je cherchais le notaire...

CCILE.

Ah !

FRMISSIN.

J'ai affaire au notaire de Chatou... J'ai vu une grille... J'ai sonn... mais je vois que je me suis tromp...

Saluant.

Mademoiselle, j'ai bien l'honneur...

CCILE.

Mais attendez donc !... Mon pre sera charm de vous voir...

FRMISSIN.

Oh ! Ne le drangez pas ! Je me retire...

CCILE.

Du tout ! Vous me feriez gronder... Veuillez vous asseoir...

FRMISSIN, se heurtant une chaise.

Avec plaisir... Je ne suis pas fatigu.

Il te ses gants puis les remet vivement.

CCILE, part.

Pauvre garon ! Comme il est troubl !

FRMISSIN, part.

Qu'elle est jolie !

CCILE.

Vous me permettez de garnir mon sucrier ? Elle va prendre sur le buffet un sucrier et une bote sucre.

FRMISSIN.

Comment donc ! Si je vous gne...

CCILE.

Mais pas du tout !... Et mme si je ne craignais d'tre indiscrte...

FRMISSIN.

Parlez, Mademoiselle !

CCILE.

Air de Couder

C'est agir sans crmonie,

Mais vous voudrez bien m'excuser...

FRMISSIN.

De quoi s'agit-il, je vous prie ?

CCILE.

45   Eh bien, allons ! je vais oser !

Abusant de cette obligeance,

Puis-je, monsieur, vous supplier...

FRMISSIN.

De quoi ?

CCILE.

D'avoir la complaisance

De me tenir mon sucrier ?

FRMISSIN, parl.

50   Avec bonheur ! avec transport !...

Ensemble

CCILE.

Pardon de la peine.

part.

Mais comme cela,

Je suis bien certaine

Qu'il nous restera !

FRMISSIN.

55   Je vous rends sans peine

Ce service-l

part.

Ce charmant sans-gne

M'enhardit dj !

Ccile choisit les morceaux de sucre dans la bote et les met un un dans le sucrier.

FRMISSIN, part, tenant le sucrier.

Si son pre nous surprenait dans cette position !... Il faut pourtant que je lui dise quelque chose... J'ai l'air d'un idiot !

Surmontant sa timidit, haut.

Mademoiselle Ccile !...

CCILE, avec un sourire encourageant.

Monsieur Jules ?

FRMISSIN, balbutiant.

Il est bien blanc, votre sucre !...

CCILE.

Comme tous les sucres...

FRMISSIN, avec tendresse.

Oh ! Non, pas comme tous les sucres !

CCILE, part.

Qu'est-ce qu'il a donc ?

FRMISSIN, part.

J'ai t trop loin.

Haut.

Est-il de canne ou de betterave ?

CCILE.

Je ne sais pas... Je n'en connais pas la diffrence.

FRMISSIN.

Oh ! Elle est trs grande... l'un est bien plus... tandis que l'autre... est rcolt par les ngres...

CCILE, le regardant trs tonne.

Ah ! Je vous remercie !

Elle reprend son sucrier, s'loigne de lui et va au buffet.

FRMISSIN, part.

C'est bien fait ! Pourquoi vais-je me fourrer dans la question des sucres ?

CCILE, voyant entrer Thibaudier.

Voici mon pre !

FRMISSIN.

Ah ! Mon Dieu !

SCNE VIII.
Frmissin, Ccile, Thibaudier.

Thibaudier entre par la gauche, trs dcontenanc. Il est en habit noir.

CCILE.

Papa, c'est Monsieur Jules Frmissin...

Thibaudier et Frmissin se tiennent aux deux extrmits de la scne, trs embarrasss et n'osant lever les yeux l'un sur l'autre.

THIBAUDIER, part.

Allons, il le faut !

Saluant Jules de loin.

Monsieur... je suis trs heureux...certainement...

FRMISSIN, balbutiant.

C'est moi, monsieur, qui... certainement...

THIBAUDIER, part.

Qu'il a l'air imposant !

FRMISSIN, part.

J'aurais bien mieux fait de m'en aller !

CCILE.

Vous avez sans doute causer... je vous laisse.

THIBAUDIER et FRMISSIN, voulant la retenir.

Comment !

CCILE.

Il faut que je prpare mon dessert.

Frmissin.

Asseyez-vous...

son pre.

Vous aussi, papa...

Tous deux s'asseyent. Bas Frmissin.

Courage !

Bas son pre.

Courage !

Elle sort par la gauche.

SCNE IX.
Thibaudier, Frmissin.

Ils sont assis en face l'un de l'autre, et sont trs embarrasss.

THIBAUDIER, part.

Nous voil seuls... Il a l'air d'avoir un aplomb de tous les diables !

FRMISSIN, part.

Jamais je n'ai t si mal mon aise.

S'inclinant.

Monsieur...

THIBAUDIER, s'inclinant.

Monsieur...

part.

Il va me faire sa demande !...

FRMISSIN.

Vous avez sans doute reu une lettre de ma tante ?

THIBAUDIER.

Et comment se porte-t-elle, cette chre dame ?

FRMISSIN.

Parfaitement.

THIBAUDIER.

Allons, tant mieux ! Tant mieux !

FRMISSIN.

Sauf ses rhumatismes, qui ne la quittent pas depuis huit jours.

THIBAUDIER.

Allons, tant mieux ! Tant mieux !

FRMISSIN.

Mais j'espre que le beau temps... le soleil...

THIBAUDIER, vivement.

Mon baromtre monte !

FRMISSIN.

Le mien aussi... C'est drle ! Deux baromtres qui montent en mme temps.

THIBAUDIER.

C'est fcheux pour mes rosiers, ils vont griller.

FRMISSIN.

Vous tes amateur ?

THIBAUDIER.

Passionn... Je fais des semis !

FRMISSIN.

Moi aussi !

THIBAUDIER.

Allons, tant mieux ! Tant mieux !

part.

Jusqu' prsent, a marche trs bien !

FRMISSIN, part.

Il a l'air bonhomme... Si j'essayais...

Haut, trs mu, se levant.

Dans sa lettre... Ma tante daignait... vous annoncer ma visite...

THIBAUDIER, part, se levant.

Nous y voil...

Haut.

En effet !... En effet !... Mais elle ne m'indiquait pas prcisment... le but...

FRMISSIN.

Comment ! Elle ne vous a pas dit ?

THIBAUDIER.

Non ! Elle ne m'en a pas souffl mot...

FRMISSIN, part.

Ah ! Mon Dieu !... Mais alors... C'est encore plus difficile.

Haut, avec effort.

Monsieur... C'est en tremblant...

THIBAUDIER, ludant la question.

Quel soleil ! Regardez donc ce soleil ! a va tout brler...

FRMISSIN.

Oui... Moi, je couvre avec des paillassons...

Reprenant.

C'est en tremblant que je viens solliciter la faveur de...

THIBAUDIER, de mme.

Voulez-vous vous rafrachir ?

FRMISSIN.

Merci ! Je ne bois jamais entre mes repas.

THIBAUDIER.

Moi non plus... Une fois, j'avais trs chaud... J'ai voulu boire un verre de bire... a m'a fait mal.

FRMISSIN.

Allons ! Tant mieux ! Tant mieux !... Je viens solliciter la faveur...

THIBAUDIER, ludant toujours.

Ah ! Vous cultivez des rosiers ?...

FRMISSIN.

J'ai expos l'anne dernire l'tendard de Marengo.

THIBAUDIER.

Et moi le Gant des batailles... Trois pouces de diamtre !

FRMISSIN.

Avez-vous le Triomphe d'Avranches ?

THIBAUDIER.

Non... Mais j'ai les Prmices de Pontoise.

FRMISSIN, reprenant.

Monsieur, c'est en tremblant...

THIBAUDIER, lui offrant une prise.

En usez-vous, Monsieur ?

FRMISSIN.

Jamais entre mes repas... C'est en tremblant que je viens solliciter... la faveur... d'obtenir...

THIBAUDIER.

Quoi ?

FRMISSIN, dconcert.

Mais... quelques-unes de vos greffes !...

THIBAUDIER, vivement.

Comment donc ! Jeune homme... avec plaisir...

FRMISSIN.

Mais, Monsieur...

THIBAUDIER, vivement.

Je cours les envelopper moi-mme dans de la mousse mouille...

FRMISSIN, part.

Il s'en va !...

Haut.

Monsieur Thibaudier...

THIBAUDIER.

Enchant, cher monsieur... enchant...

part.

Je l'chappe belle !... Ouf !

Il sort vivement par le fond et tourne droite.

SCNE X.
Frmissin, Ccile.

FRMISSIN.

Il est parti !... Et je n'ai pas trouv un mot !... Imbcile... Brute !... ne !... Crtin !...

CCILE, entrant gaiement du fond.

Eh bien, Monsieur Jules ?

FRMISSIN.

Elle !

CCILE.

Vous avez caus avec mon pre ?

FRMISSIN.

Oui, Mademoiselle...

CCILE.

Et... avez-vous t content de l'entrevue ?

FRMISSIN.

Enchant !... Et la preuve c'est qu'il est all me chercher ce que je lui demandais...

CCILE, navement.

Il me cherche ?

FRMISSIN.

Non ! Pas vous... des greffes de rosier !

CCILE, tonne.

Des greffes !

FRMISSIN.

Oui, Mademoiselle... pendant un quart d 'heure ... C'est ne pas y croire ! Nous n'avons parl que du Gant des batailles et du Triomphe d'Avranches.

CCILE.

Mais pourquoi cela ?

FRMISSIN.

Ah ! Parce que... parce que je suis possd d'une infirmit dplorable : je suis timide !...

CCILE.

Vous aussi ?

FRMISSIN.

Mais timide jusqu' l'idiotisme, jusqu' l'imbcilit ! Ainsi, on me tuerait plutt que de me faire dire tout haut que ce je me dis tout bas depuis trois mois... C'est--dire que je vous aime ! Que je vous adore ! Que vous tes un ange !...

CCILE.

Mais il me semble que vous le dites trs bien !

FRMISSIN, stupfait de son audace.

Je l'ai dit !... Oh ! Pardon ! a ne compte pas, a m'a chapp !... Je ne vous le dirai plus... jamais... Je vous le jure !...

CCILE, vivement.

Ne jurez pas... Je ne vous demande pas de serment !... Timide... Un avocat ! a doit bien vous gner pour plaider.

FRMISSIN.

Aussi je ne plaide jamais !... a m'est arriv une fois... Et a ne m'arrivera plus.

CCILE.

Que s'est-il donc pass ?

FRMISSIN.

Ma tante m'avait procur un client... Car Dieu m'est tmoin que je n'ai pas t le chercher. C'tait un homme violent... Il avait laiss tomber sa canne sur le dos de sa femme...

CCILE.

Et vous le dfendiez ?

FRMISSIN.

Vous allez voir si je l'ai dfendu !... Le grand jour arrive... Tous mes camarades taient l'audience... J'avais prpar une plaidoirie brillante... Je la savais par coeur... Tout  coup, un grand silence se fait... Et le prsident me dit en m'adressant un geste bienveillant : "Avocat, vous avez la parole ! " Je me lve... Je veux parler... impossible ! Rien, pas un mot ! Pas un son ! Le tribunal me regardait, le prsident me rptait : "Vous avez la parole..." Je ne l'avais pas du tout ! Mon client me criait : "Allez donc ! allez donc ! " Enfin, je fais un effort ! Quelque chose d'inarticul sort de mon gosier : "Messieurs, je recommande le prvenu ... toute la svrit du tribunal." Et je retombe sur mon banc !

CCILE.

Et votre client ?

FRMISSIN.

Il a t condamn au maximum : six mois de prison !

CCILE.

C'est bien fait !

FRMISSIN.

C'tait trop peu pour ce qu'il m'avait fait souffrir ! Aussi je n'ai jamais voulu recevoir d'honoraires... Il est vrai qu'il a nglig de m'en offrir... Et maintenant que vous me connaissez... Voyez s'il m'est possible d'adresser moi-mme Monsieur votre pre... une demande...

CCILE.

Je ne puis pourtant pas lui demander ma main pour vous...

FRMISSIN, navement.

Non ! a ne serait pas convenable ; alors, j'attendrai que ma tante soit gurie !

CCILE, vivement.

Attendre ! Mais vous ne savez donc pas qu'il y a ici un autre prtendu ?

FRMISSIN, tressaillant.

Un autre ?

CCILE.

Install... Accueilli par mon pre !

FRMISSIN.

Ah ! Mon Dieu ! Une lutte ! Un rival !

CCILE.

Mais je ne l'aime pas, et, si l'on me force l'pouser, je mourrai certainement de chagrin !

FRMISSIN.

Mourir, vous ?

Avec rsolution.

O est votre pre ? Qu'il vienne !

CCILE.

Vous parlerez ?

FRMISSIN.

Oui, je parlerai !

CCILE.

la bonne heure !

FRMISSIN.

Envoyez-moi Monsieur votre pre !

CCILE.

Je vais le chercher !... Courage ! Courage !

Elle sort par le fond et tourne gauche.

SCNE XI.

FRMISSIN, seul.

Oui, je parlerai !... C'est--dire non !... Je ne parlerai pas... J'ai un autre moyen... meilleur... Je vais crire : j'ai la plume trs hardie !

S'asseyant la table.

C'est a... Une lettre !

Il crit rapidement tout en parlant.

Au moins une lettre ne rougit pas, ne tremble pas... On peut casser les vitres !... Et je les casse !

Il plie et met l'adresse.

" Monsieur Thibaudier."

Mettant un timbre par habitude.

Un timbre... Voil ce que c'est.

THIBAUDIER, au dehors.

Tenez-les au frais ! On va venir les prendre !

FRMISSIN, mu.

Lui ! Dj !

Montrant sa lettre.

Je ne peux pas lui mettre a dans la main... Ah ! Sur la pendule.

Il met vivement sa lettre sur la pendule et s'en loigne.

SCNE XII.
Frmissin, Thibaudier.

THIBAUDIER, entrant par le fond et venant de la droite.

Cher Monsieur, vos greffes sont prtes...

FRMISSIN, troubl.

Merci.

part.

Il n'a pas vu sa fille !

THIBAUDIER.

J'ai fait ajouter au paquet le Comice de Seine-et-Marne.

FRMISSIN.

Mille fois trop bon !

Indiquant du geste.

Sur la pendule !... Sur la pendule !

THIBAUDIER.

Plat-il ?

FRMISSIN.

Une lettre ! Je reviendrai chercher la rponse.

Il sort vivement par le fond.

SCNE XIII.
Ccile, Thibaudier.

THIBAUDIER, seul.

Sur la pendule ?... Une lettre ?

Il la prend.

CCILE, entrant par la gauche, premire porte.

Ah ! Papa, je vous cherche partout.

Regardant tonne.

Eh bien ! Et Monsieur Frmissin ?

THIBAUDIER.

Il sort l'instant, mais il parat qu'il vient de m'crire... sur la pendule !

CCILE.

Comment ?

THIBAUDIER, regardant l'adresse.

C'est bien pour moi... Tiens ! Il a mis un timbre !

CCILE, impatiente.

Voyons, papa, voyons vite !...

THIBAUDIER, lisant.

"Monsieur, j'aime mademoiselle votre fille !... Non, je ne l'aime pas !..."

CCILE.

Hein ?

THIBAUDIER, continuant.

"Je l'adore ! "

CCILE.

Ah !

THIBAUDIER.

Mais loigne-toi donc, tu ne dois pas couter a !

CCILE.

Oh ! Papa, je le savais !

THIBAUDIER.

Ah ! C'est diffrent.

Reprenant sa lecture.

"Je l'adore ! "

S'interrompant.

Tu le savais, mais comment l'as-tu appris ?

CCILE.

Il me l'a dit !...

THIBAUDIER.

Ah ! Je disais aussi...

Se ravisant.

Mais c'est fort impertinent de sa part.

CCILE.

La suite ? La suite ?

THIBAUDIER.

Oui...

Lisant.

"Vous n'avez que deux choses m'offrir... sa main ou une loge Charenton ! "

CCILE.

Eh bien, papa ?

THIBAUDIER.

Eh bien, puisqu'il me laisse le choix, je lui offre la loge !

CCILE.

Oh ! Petit pre !

THIBAUDIER.

Ne cherche pas m'attendrir !...

CCILE.

Vous qui m'aimez tant !

THIBAUDIER.

Non, Mademoiselle ! Je ne vous aime pas... tant que a !

CCILE, le clinant.

Oh ! Je le sais bien !

Air de Broskovano (Deffs)

Vous n'aimez pas votre Ccile,

60   Vous ne voulez pas son bonheur.

Vous supplier est inutile,

Rien ne peut toucher, votre coeur.

Mon malheur, j'en suis bien certaine,

Voil votre voeu le plus doux,

65   Et je n'ai droit qu' votre haine,

Pour tout l'amour que j'ai pour vous.

THIBAUDIER, part.

Est-elle gentille !

Il l'embrasse.

Mais qu'est-ce que tu veux que je dise Monsieur Garadoux ?

CCILE.

Oui... Je comprends... Votre timidit !

THIBAUDIER.

Comment ! Ma timidit ? Mais je ne suis pas timide !

CCILE.

Oh a !

THIBAUDIER.

Un homme en vaut un autre.

CCILE.

Certainement.

THIBAUDIER.

Je n'ai pas peur de Monsieur Garadoux ! Et je saurai bien lui dire... sans me gner, que... que...

sa fille.

Qu'est-ce qu'il faudra lui dire ?

CCILE.

Oui... C'est l l'embarras... Parler !

Vivement.

Faites comme Monsieur Frmissin !

THIBAUDIER.

Quoi ?

CCILE.

Ne parlez pas... crivez !

THIBAUDIER, enchant.

crire !... Parbleu !... Tu as raison !... S'il ne s'agit que d'crire...

CCILE, le faisant asseoir la table.

Vite vite ! Mettez-vous l !

THIBAUDIER, s'asseyant et prenant une plume.

Tu vas voir !

crivant.

"Monsieur..."

S'arrtant.

C'est un peu sec...

crivant.

"Cher monsieur."

sa fille.

Aprs ? Qu'est-ce que tu mettrais ?

CCILE, dictant.

"Votre recherche me flatte..."

THIBAUDIER, crivant.

"Et m'honore."

Parl.

Adoucissons !... Adoucissons !...

CCILE, dictant.

"Mais il m'est impossible de donner suite vos projets de mariage avec ma fille."

THIBAUDIER, crivant.

"Avec ma fille."

Parl.

Mais a ne suffit pas, il faut trouver une raison !

CCILE.

J'en ai une !

THIBAUDIER.

Ah ! Voyons !

CCILE, dictant.

"Croyez bien, cher monsieur, que je n'obis en cette circonstance qu' des considrations toutes particulires et toutes personnelles qui n'affaiblissent en rien les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'tre..."

THIBAUDIER.

Tu appelles a une raison ?

CCILE.

C'est une raison diplomatique.

GRADOUX, dans la coulisse.

Portez a dans ma chambre !

THIBAUDIER.

C'est lui !...

CCILE.

Je vous laisse...

THIBAUDIER.

Comment ! Tu t'en vas ?

CCILE.

Sonnez Annette, et... chargez-la de remettre votre lettre.

THIBAUDIER.

C'est juste !

part.

Elle est pleine d'ides, ma fille.

CCILE, lui prsentant son front.

Adieu, petit pre... Quand vous le voulez, vous tes charmant !

Elle sort par la gauche.

SCNE XIV.
Thibaudier, Garadoux.

THIBAUDIER, seul.

L'enfant gt !

Il sonne.

Appelons Annette.

GARADOUX, parat au fond.

Comment, beau-pre, vous n'tes pas encore prt ?

THIBAUDIER, part, se levant.

Ce n'est pas Annette.

Haut.

Prt... pour quoi faire ?

GARADOUX.

Pour aller la mairie... Dpchez-vous.

THIBAUDIER.

Oui.

part.

Si cette bte d'Annette tait venue !

Haut.

Mon gendre... Non ! Cher monsieur, en vous attendant... j'ai crit une lettre... une lettre importante.

GARADOUX, sans l'couter.

Une grande nouvelle ! Mais pas un mot votre fille.

THIBAUDIER.

Quoi donc ?

GARADOUX.

La corbeille vient d'arriver.

THIBAUDIER.

Quelle corbeille ?

GARADOUX.

La corbeille de noce.

THIBAUDIER.

Comment ! Vous avez achet... ?

part, avec dsespoir.

Il a achet la corbeille !

GARADOUX, tirant son petit instrument et se limant les ongles.

Vous verrez !... Je crois que ce n'est pas mal !... Il y a surtout deux bracelets !...

lui-mme.

Je me suis encore cass un ongle en arrosant.

Thibaudier.

Style Renaissance... bleu sur fond d'or.

THIBAUDIER, part.

Bleu sur fond d'or !

Haut, faisant un effort.

La lettre que je viens d'crire...

GARADOUX.

J'ai aussi pens vous, papa Thibaudier !

THIBAUDIER.

moi ?

GARADOUX, tirant de sa poche une tabatire d'or.

Un souvenir... Une tabatire.

THIBAUDIER.

Comment ?

GARADOUX.

C'est du Louis XV... sans restauration.

THIBAUDIER, touch.

Comment, Monsieur... non ! Mon gendre... vous avez eu la bont... ?

GARADOUX.

Ce cher papa Thibaudier !... Je vous aime, moi, allez !

THIBAUDIER.

Moi aussi !

part.

Un homme qui vous donne des tabatires !... C'est impossible !

GARADOUX.

Diable ! Midi ! Dpchons-nous, votre maire va nous attendre !

THIBAUDIER, ahuri.

Ma mre ?

Se ravisant.

Ah !... Je n'ai qu'une cravate mettre !

GARADOUX.

Et moi, un habit.

Regardant sa main, part.

Diable d'ongle !

Thibaudier.

Je suis vous dans cinq minutes.

Il entre dans sa chambre, pan coup gauche.

SCNE XV.
Thibaudier ; puis Frmissin.

THIBAUDIER, seul.

Il n'y avait pas moyen ! Il a achet la corbeille. Je vais dchirer ma lettre... Et l'autre ? Frmissin, qui va venir chercher ma rponse !... Quel embarras !... a n'a pas de nom !...

Jetant les yeux sur la lettre qu'il tient.

Mais ma lettre non plus n'a pas de nom !...

Allant la table.

Je vais y mettre celui de Frmissin... Ma fille ne peut pas en pouser deux... et, puisque l'autre a achet la corbeille...

Il rit.

" Monsieur Jules Frmissin, avocat au barreau de Paris." Mettons un timbre.

Se levant.

Et maintenant... sur la pendule !...

Il met sa lettre sur la pendule.

FRMISSIN, entrant au fond.

Pardon, Monsieur, c'est moi !

THIBAUDIER.

Sur la pendule !... Sur la pendule !...

Il sort par la gauche.

SCNE XVI.
Frmissin, Ccile.

FRMISSIN, seul.

Sur la pendule ?

Il court prendre la lettre.

Est-ce qu'il n'a pas lu ? Ah ! Si, c'est la rponse. Sur la pendule, notre bote aux lettres. Je suis mu ! Je n'ose pas l'ouvrir !

Lisant.

"Cher monsieur, votre recherche me flatte et m'honore."

Parl.

Ah ! Qu'il est bon !

Lisant.

"Mais il m'est impossible de donner suite vos projets de mariage..."

Tombant assis prs du guridon, sur une chaise.

Ah !... Refus !... J'en tais sr !

CCILE, entrant du fond.

Monsieur Jules, vous avez vu...

FRMISSIN.

Votre pre ? Oui, mademoiselle... Voil sa rponse !

Il lui donne la lettre.

CCILE, la regardant.

Hein ? Ma lettre ?... Mais elle n'est pas pour vous !

FRMISSIN, lui montrant l'adresse.

" Monsieur Jules Frmissin, avocat au barreau de Paris."

CCILE.

Et c'est lui qui vous l'a remise ?

FRMISSIN.

Lui-mme ! Sur la pendule !

CCILE, indigne.

Oh ! C'est trop fort ! Me manquer de parole ! Me jouer comme une enfant !

FRMISSIN, de mme.

Vous sacrifier !

CCILE, avec rsolution.

Oh ! Mais nous allons voir ! Je ne suis pas timide, moi ! Monsieur Jules !

FRMISSIN, de mme.

Mademoiselle !

CCILE.

Envoyez-moi chercher une voiture.

FRMISSIN.

Une voiture ? Pour qui ?

CCILE.

Vous le saurez... Allez !

FRMISSIN.

Tout de suite, Mademoiselle.

part.

Quelle nergie !

Il sort vivement par le fond.

SCNE XVII.
Ccile ; puis Thibaudier ; puis Annette.

CCILE.

Ah ! C'est comme a que mon pre se joue de ses promesses !

Air de la Clef des champs (Deffs)

On verra, l'on verra

Qui des deux cdera ;

Mon cher petit pre,

70   J'ai du caractre !

On verra, l'on verra

Si j'aime qui m'aime,

Et si malgr moi-mme

On me mariera !

75   Je suis trop gentille

Pour le rgenter ;

Ce n'est qu' sa fille

Qu'il sait rsister ;

Mais son coeur est tendre

80   Pour sa pauvre enfant.

Je saurai le prendre

En le tourmentant.

Je vais alarmer sa tendresse ;

Il faut, il faut lui faire peur,

85   Et conqurir par la frayeur

Ce qu'il refuse par faiblesse !

On verra, l'on verra,

Elle prend, sur une chaise au fond, son chle et son chapeau qu'elle met vivement.

THIBAUDIER, entrant de la gauche.

J'ai mis ma cravate.

Apercevant sa fille.

Ccile ! O vas-tu ?

CCILE, descendant en nouant les rubans de son chapeau.

Je pars... Je vous quitte !

THIBAUDIER.

O vas-tu ?

CCILE.

Me jeter dans un couvent... humide et froid.

THIBAUDIER.

Brrr !... Un couvent humide et froid ? Toi ?...

CCILE.

Puisque vous n'avez pas la force d'aimer votre fille... de la dlivrer d'un prtendu qu'elle dteste...

THIBAUDIER.

Mais c'est impossible ! Il a achet la corbeille ! Une corbeille dlicieuse, et il vient de m'offrir, moi, une tabatire Louis XV.

CCILE.

Ainsi vous sacrifiez votre enfant une tabatire ! Adieu, mon pre !...

THIBAUDIER.

Mais non ! Je ne te sacrifie pas ! Il est charmant, ce jeune homme, et puis il est trop tard... Il passe un habit pour aller la mairie.

CCILE.

Dites-lui que vous ne pouvez l'accompagner... que vous tes malade...

Elle quitte son chapeau et son chle.

THIBAUDIER.

Malade ! Ce serait un moyen ! Mais il vient de me quitter il y a cinq minutes !

CCILE.

Qu'est-ce que a fait ? Un blouissement ! C'est trs facile.

Appelant.

Annette, vite la robe de chambre de mon pre !

THIBAUDIER, protestant.

Mais non ! Mais je ne veux pas !

ANNETTE, apportant de la gauche une robe de chambre.

Voil, Monsieur... Qu'est-ce qu'il y a donc ?

CCILE.

Rien ! Un blouissement !

Annette.

Un verre d'eau sucre !

Donnant la robe de chambre Thibaudier.

Mettez a, je vais vous aider.

Thibaudier, endossant la robe de chambre.

Je veux bien mettre ma robe de chambre, mais je proteste contre une pareille comdie.

CCILE.

L'autre manche !

THIBAUDIER.

Et je te prviens que je ne dirai pas un mot... Je ne me mle de rien.

CCILE.

C'est convenu.

Le faisant asseoir dans un fauteuil.

Asseyez-vous ! Annette ! Un coussin, un tabouret...

ANNETTE, apportant les objets demands.

Voil ! Voil !

CCILE.

Je l'entends !

Elle prend vivement le verre d'eau sucre et le retourne prs du fauteuil de son pre.

SCNE XVIII.
Les Mmes, Garadoux, en habit.

GARADOUX, entrant par le pan coup de gauche.

Vous m'appelez, beau-pre ? me voil prt... Partons-nous ?

Apercevant Thibaudier.

Ah ! Mon Dieu !

CCILE.

Mon pre vient d'tre pris subitement...

GARADOUX.

De quoi ?

ANNETTE.

D'un blouissement !

CCILE.

Il souffre beaucoup, il lui sera tout fait impossible de sortir aujourd'hui. N'est-ce pas, petit pre !

THIBAUDIER, part, sans rpondre.

Je proteste par mon silence.

GARADOUX.

Pauvre Monsieur Thibaudier !... Il faudrait peut-tre appliquer quelques sangsues.

ANNETTE.

Ah ! oui !

THIBAUDIER, vivement.

Ah ! Non !

CCILE, vivement.

Cela va mieux !

Donnant le verre d'eau sucre Thibaudier.

Buvez, mon pre !

THIBAUDIER, part.

Mais je n'ai pas soif.

Il boit.

GARADOUX, regardant sa main.

Il ne faut pas jouer avec sa sant.

Prenant son instrument et se limant les ongles.

La sant est comme la fortune... On ne l'apprcie rellement que lorsqu'on l'a perdue !

ANNETTE, bas Ccile, lui montrant Garadoux.

Mam'zelle, regardez-le donc travailler !... Il s'est remis son tabli.

THIBAUDIER, part.

Est-ce que nous allons rester toute la journe comme a ?... J'ai trs chaud sous cette robe de chambre.

CCILE, Garadoux.

L'indisposition de mon pre peut durer quelques jours, Monsieur, et, si vos affaires vous rappelaient Paris...

GARADOUX.

Par exemple !... Quitter Monsieur Thibaudier quand il est souffrant ! Jamais !

THIBAUDIER, part.

Excellent jeune homme !

GARADOUX.

Du reste, cette indisposition ne retardera pas notre mariage... Je puis aller seul la mairie.

CCILE.

Comment ?

GARADOUX.

La prsence de Monsieur Thibaudier n'est pas ncessaire... Une autorisation crite suffit...

CCILE.

Oh ! Mon pre est tellement fatigu !

GARADOUX, prenant sur la table un buvard, du papier et une plume.

Une simple signature.

Il donne tout cela Thibaudier.

CCILE, bas son pre.

Ne signez pas !

GARADOUX.

Veuillez signer...

THIBAUDIER, trs embarrass.

Mais c'est que...

CCILE, part.

Que faire ?

Elle prend vivement l'encrier et le cache derrire son dos.

THIBAUDIER.

O est donc l'encrier ?

GARADOUX, aprs l'avoir cherch sur la table.

Mademoiselle a la bont de vous le tenir...

THIBAUDIER.

Oh ! Merci, ma fille, merci !

CCILE, part, remettant l'encrier sur la table.

Tout est perdu !

SCNE XIX.
Les Mmes, Frmissin.

FRMISSIN, accourant par le fond.

La voiture est la grille !

GARADOUX.

Quelle voiture ?

FRMISSIN.

Tiens ! Monsieur Garadoux !

GARADOUX, part.

Ah ! Diable, quelle rencontre !

FRMISSIN.

Et a va bien, depuis... ?

GARADOUX, vivement.

Parfaitement !

THIBAUDIER.

Vous vous connaissez ?

FRMISSIN.

Oui, j'ai eu l'honneur de dfendre Monsieur... C'est mon premier client.

CCILE.

Ah bah !

son pre.

Six mois de prison !

Il met le buvard et l'encrier sur le guridon droite.

THIBAUDIER, se levant effray.

Hein !

Garadoux.

Vous avez t en prison ?

GARADOUX.

Oh !... Une querelle... Un moment de vivacit !

CCILE.

Monsieur a laiss tomber sa canne sur sa premire femme !

ANNETTE, descendant gauche.

Ah ! L'horreur !

Elle range le fauteuil et le tabouret.

THIBAUDIER.

Comment, Monsieur...

GARADOUX.

Oh ! Une canne, c'tait une petite badine !   [ 1 Badine : Baguette mince, souple et lgre.]

THIBAUDIER, embrassant sa fille.

Oh ! Ma pauvre Ccile !

Garadoux.

Retirez-vous, Monsieur. Battre une femme !... Vous pouvez remporter la corbeille ! Voici votre tabatire !

Il lui donne, par mgarde, sa tabatire en corne.

GARADOUX.

Pardon ! Ce n'est pas celle-l !

THIBAUDIER, avec dignit, lui rendant l'autre.

La voici ! Je ne prise pas de ce tabac-l !

GARADOUX.

Je suis heureux, Monsieur, que ce petit incident vous ait rendu la sant.

Sortant, Frmissin.

Imbcile !

SCNE XX.
Frmissin, Ccile, Thibaudier

THIBAUDIER, remontant.

Hein ! Qu'est-ce qu'il a dit ?

CCILE, bas, et vivement, Frmissin.

Maintenant, faites votre demande... Mettez vos gants.

FRMISSIN.

Mais c'est que...

CCILE.

N'ayez donc pas peur... Il est plus timide que vous !

FRMISSIN, bravement.

Ah ! Il est timide ?

Il met ses gants.

CCILE, bas Thibaudier.

Il va vous faire sa demande... Mettez vos gants !

THIBAUDIER.

Mais c'est que...

CCILE.

N'ayez donc pas peur... Il est plus timide que vous.

THIBAUDIER, bravement.

Ah ! Il est timide ?

Il met ses gants.

FRMISSIN, rsolument.

Monsieur !

THIBAUDIER, de mme.

Monsieur !

FRMISSIN, d'un ton rsolu.

Pour la deuxime fois, je vous demande la main de votre fille !

THIBAUDIER.

Monsieur, vous me la demandez sur un ton...

FRMISSIN.

Le ton qui me convient, Monsieur !

THIBAUDIER, s'emportant.

Mais puisque je vous l'accorde, Monsieur !

FRMISSIN.

Vous me l'accordez sur un ton...

THIBAUDIER.

Le ton qui me convient, Monsieur !

FRMISSIN.

Monsieur !!!

THIBAUDIER.

Monsieur !!!

CCILE, intervenant, part.

Eh bien, est-ce qu'ils vont se quereller, prsent ?

Haut.

Monsieur Jules, papa vous invite dner ; voil ce qu'il voulait vous dire.

THIBAUDIER.

Soit ! Mais condition que vous ne casserez pas mes verres.

part.

Tiens ! Je vais lui faire goter mon nouveau vin.

Ensemble

Air de Couder.

Ici point d'imprudence !

Point de tmrit.

90   Implorons l'indulgence

Avec timidit.

CCILE, au public.

Air de Broskovano (Deffs)

Pour sauver ce lger ouvrage,

Messieurs, deux timides m'ont dit :

"Va, nous comptons sur ton courage",

95   Mais mon courage est si petit !

Devant vous les plus intrpides

Tremblent s'il faut vous implorer...

Ce n'est plus deux... c'est trois timides,

Que vous avez rassurer...

100   Daignez tous trois les rassurer !

Reprise de Choeur.

 



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Notes

[1] Badine : Baguette mince, souple et lgre.

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