LA VEUVE COQUETTE

COMDIE EN UN ACTE

avec un divertissement

1758.

Par Mr Desportes.

PARIS, Chez Briasson, rue saint Jacques. la Science. Mme Boutique.

Reprsent pour la premire fois par les Comdiens Italiens ordinaires du Roi, le 19 Octobre 1721.


publi par Paul FIEVRE dcembre 2014

© Thtre classique - Version du texte du 31/07/2023 20:01:49.



ACTEURS

FLAMINIA, Veuve Coquette.

SILVIA, sa Fille.

SPINETTE, sa Suivante.

MARIO, Amant de Silvia.

ARLEQUIN, Valet de Mario.

MONSIEUR RHUBARBINI, Mdecin.

TRIVELIN, son Valet.

UN NOTAIRE.

Plusieurs DANSEURS et CHANTEURS du Divertissement.

La Scne est Paris chez la Veuve.


LA VEUVE COQUETTE

SCNE PREMIRE.
Monsieur Rhubarbini, Trivelin,

TRIVELIN.

Monsieur, on n'entre point : je vous l'avais bien dit, depuis deux jours, que je vous sers, je connais dj cette maison, il n'y est jour que sur le soir. Madame Flaminia ne sera pas sitt visible ; vraiment je suis sr qu' l'heure qu'il est son visage n'est pas moiti fait.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Je ne prtends pas lui causer d'incommodit ; mais Trivelin, un mdecin a quelquefois des privilges...

TRIVELIN.

II n'y a mdecin qui tienne, on ne la voit point, vous dis-je, qu'elle n'ait mis du moins le premier appareil. N'a-t-elle pas raison ? On ne doit pas lever la toile que les dcorations ne soient poses : encore avec toutes ces prcautions votre Veuve aurait bon besoin de ne paratre que de loin et aux lumires comme les perspectives de thtre.   [ 1 Appareil : Disposition de ce qui a grandeur ou pompe. Pompe magnificence. [L]]

MONSIEUR RHUBARBINI.

Il est vrai que ses appas ne sont pas tout--fait de la dernire dition, mais elle en sera plus mre, et plus convenable pour tre la femme d'un fameux mdecin ; je sais bien qu'une femme ressemble ces simples et ces plantes inconnues dont on ne connat la vertu que par exprience, et lorsqu'il n'est plus temps de gurir le mal qu'elles ont fait, mais tu sais aussi que le bien de Madame Flaminia est la pierre d'aimant dont la vertu attractive m'entrane auprs d'elle : une veuve pcunieuse est un excellent prservatif contre les crudits de la fortune.   [ 2 Simples : C'est un nom gnral qu'on donne toutes les herbes et plantes, parce qu'elles ont chacune leur vertu particulire pour servir d'un remde simple. [F]]

TRIVELIN.

Bon, un mdecin a bien besoin de cela ! Et un mdecin tranger encore : car il en est de ces Messieurs comme des toffes, des porcelaines, et des curiosits, plus elles viennent de loin et plus cher on les paye. Mais pour revenir votre veuve, croyez-vous qu'elle ne vous donne pas un peu de galbanon ?   [ 3 Galbanon : Galbanum, terme de pharmacie. C'est une gomme qui se peut dissoudre dans des liqueurs aqueuses. On dit, qu'un homme donne du galbanum, lorsqu'il promet beaucoup de choses pour en tenir peu. ]

MONSIEUR RHUBARBINI.

Et d'o te procde un tel soupon ?

TRIVELIN.

Voyez-vous, Monsieur : une coquette et un mdecin sont deux grands charlatans. L'une avec ses minauderies et son mange amuse plusieurs amants, dont chacun en particulier croit tre le fortun ; ET l'autre avec de grands mots que personne n'entend, et qu'il n'entend quelquefois pas lui-mme, en impose aux ignorants... Oh il y a une grande conformit entre ces deux professions-l ! Mais dans cette occasion-ci le mdecin pourrait bien tre la dupe de la Coquette.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Oh, finis tes beaux arguments, et songe seulement t'insinuer comme je t'ai dit auprs de la suivante de ce logis pour connatre et anatomiser les dispositions du coeur de sa matresse mon gard. Quelque affaire que j'ai ne me permet pas de l'attendre, je serai bientt de retour.

Il sort.

SCNE II.

TRIVELIN, seul.

Anatomiser le coeur d'une femme ! Mon Matre n'y songe pas, toute la Facult y perdrait son Latin... Mais je vois Spinette avec la fille de la Veuve, attendons qu'elle sois seule pour lui parler.

SCNE III.
Silvia, Spinette.

SILVIA.

Ah ! Ma chre Spinette, promenons un peu mes inquitudes , je suis sur les pines. C'est aujourd'hui que Mario, de mon consentement, doit enfin parler ma mre et me demander en mariage ; que je crains qu'elle ne refuse ses propositions, et qu'elle n'ait d'autres vues contraires mes dsirs !

SPINETTE.

Tout franc, votre crainte n'est pas sans fondement. Votre mre est une goulue qui ne veut, je crois, que pour elle des amants ou des maris, et qui prend pour son compte tous ceux qui viennent ici pour vous faire la cour.

SILVIA.

Quand l'amour que j'ai pour Mario ne me ferait pas souhaiter d'tre unie avec lui, j'aurais bien des raisons d'aspirer au mariage : tu sais avec quelle svrit je suis retenue, il semble que ma mre ne me puisse souffrir.

SPINETTE.

Bon : est-ce que les mres coquettes peuvent aimer de grandes filles comme vous ?

SILVIA.

Oh bien, moi, je suis pourtant bien lasse de me voir toujours traite comme une petite fille, je ne suis plus la bavette...

SPINETTE.

Je le vois bien vraiment, et l'affaire dont vous me parlez ne demande rien d'enfant.

SILVIA.

Mais Spinette , dis-moi, n'est-il pas bien triste aussi mon ge, dans un temps o tous les jours de ma vie devraient tre marqus par autant de plaisirs, de me voir renferme au logis comme une recluse, pendant que ma mre va au bal, aux spectacles ? Comment elle me fait un crime du moindre ajustement, lorsqu'il n'y a rien de trop beau pour elle ; elle me gronde ds qu'elle me voit seulement parler quelqu'un, et veut toujours que j'aie un fichu nou jusques sous le menton, comme si...

SPINETTE.

Comme s'il tait dfendu d'user de ses avantages. II vaudrait autant ne pas avoir... quelque chose, que de ne pas s'en faire honneur.

SILVIA.

Enfin n'est-ce pas le monde renvers de voir des femmes sur le retour prtendre avoir des amants, et dfendre aux jeunes filles d'en avoir ? Et en bonne foi, une mre certain ge ne devrait-elle pas songer la retraite et abjurer la coquetterie ?

SPINETTE.

Oui, et faire recevoir sa fille en survivance.

SILVIA.

Spinette tche un peu, je te prie, de sonder adroitement ma mre sur mon chapitre. Prviens-l en faveur de Mario. Il me semble qu'il ne lui dplat pas, et les soins qu'il a pris par mon avis, de lui dire des douceurs et de la cajoler sans cesse sur sa beaut a d le mettre assez bien dans son esprit. Parle pour lui...

SPINETTE.

Je suis porte d'inclination vous rendre service, mais vous connaissez l'humeur entire de votre mre. Je ferai ce que je pourrai. Je croiq qu'elle m'appelle. Adieu.

SCNE IV.

SILVIA, seule.

Qu'une mre svre rend un amant aimable ! Et que la contrainte o l'on nous retient assaisonne bien l'ide agrable que nous nous formons naturellement du mariage ! Je voudrais voir Mario pour raisonner encore sur le tour que nous prendrons... Mais j'aperois son valet.

SCNE V.
Arlequin, Silvia.

SILVIA.

Arlequin que fait ton matre ?

ARLEQUIN.

Mademoiselle, il est toujours amoureux comme un Diable, il pense vous sans cesse, ds le matin, djeuner, diner, souper, et toute la nuit.

SILVIA, part.

Il faut que je le questionne un peu : comment sais-tu cela ? Il te l'a donc dit ?

ARLEQUIN.

Vraiment, ne savez vous pas qu'un homme ne tait pas mieux son amour qu'une femme un secret ? Je n'entends autre chose mes oreilles que... Arlequin n'est-il pas vrai que Silvia est la plus belle, la plus charmante, la plus adorable personne du monde ? Arlequin ne trouves-tu pas ses yeux les plus beaux... Arlequin ne trouves-tu pas sa bouche... la plus jolie... Arlequin ne trouves-tu pas sa taille... Enfin que sais-je moi.

SILVIA, part.

Que tu me fais de plaisir de me dire cela ! Tout ce qui sert me prouver l'amour de Mario m'enchante toujours.

ARLEQUIN.

Vous en parlez bien votre aise. Depuis que mon Matre vous aime, peine ai-je le temps de manger et de dormir ; la sotte chose qu'un Matre amoureux ! Tantt emport, tantt tranquille, tantt bien aise, tantt fch, tantt..

Il fait l'homme en colre.

Ah mon cher Arlequin je suis au dsespoir. L'ingrate, la perfide, la changeuse Silvia me trompe, elle me prfre peut-tre quelque rival.

SILVIA.

Comment donc Arlequin ? Il avait grand tort de s'imaginer cela.

ARLEQUIN.

C'est ce que je lui disais quelquefois aussi...

Il fait l'homme transport de joie.

Ah mon cher Arlequin je suis au comble de la joie ! Silvia m'aime, je n'en puis plus doute...

Gesticulant, sort.

Oui charmante Silvia, je vous aimerai toujours... toujours...

SILVIA.

Doucement donc Arlequin, tu gesticules un peu trop.

ARLEQUIN.

C'est pour mieux exprimer la chose.

SILVIA.

Oh tes expressions sont trop fortes, on dirait que tu serais amoureux toi-mme.

ARLEQUIN.

H ne le suis-je pas ? Cela se gagne apparemment ; car moi qui n'aimais que le bon vin, les bonbons, les macarons, et qui avais toujours tenu bon contre l'amour, j'ai laiss prendre mon coeur par votre tratresse de Spinette qui me fait enrager.

SILVIA.

Elle a tort, et je parlerai pour toi. Mais je m'amuse ici et je ne voulais que savoir si ton matre est chez lui.

ARLEQUIN.

Non, il est all je crois vous prparer un petit rgal. Car j'ai entendu parler de violons, de basses, de fltes, de hautbois, de tambours, de trompettes marines... de...

SILVIA.

Oh tu m'tourdis avec tes instrument s: quand il sera revenu dis-lui qu'il tche de me voir, et que j'ai lui parler.

SCNE VI.
Arlequin, Trivelin.

ARLEQUIN, Silvia qui sort.

Je n'y manquerai pas. Mais que vois je ! Ne me trompai-je pas ? Je crois que c'est...

TRIVELIN.

Je crois que je vois.... Eh parbleu c'est lui-mme.. Arlequin.

ARLEQUIN.

Trivelin ! Eh bonjour mon ami ; que je suis aise de te revoir aprs t'avoir perdu de vue si longtemps !

Ils s'embrassent.

TRIVELIN.

Je suis ravi de te rencontrer. Par quel hasard dans cette maison ?

ARLEQUIN.

Je suis chez mon matre, qui loge ici et qui est amoureux d'une jeune personne qui demeure dans cet autre appartement ; mais toi que fais-tu ?

TRIVELIN.

Mes aventures seraient longues te conter. Tu sais que j'ai toujours eu peine me rsoudre de me tenir dans le service et d'y enterrer les talents que j'ai pour la fourberie : j'ai essay plus d'une fois de m'lever, mais le monde aujourd'hui a l'esprit si malfait que je me suis vu rduit me mettre dans mon premier tat. J'ai quitt depuis peu le service d'un petit matre qui ne me payait mes gages qu'en coups de canne, et je me suis mis d'hier dans la mdecine.

ARLEQUIN.

Dans la mdecine !

TRIVELIN.

Oui, je sers un mdecin qui couche en joue une veuve qui demeure cans, mais je suis peu content de ma condition, il ne me nourrit que de dite, et j'y suffoque d'inanition.

ARLEQUIN.

Mauvaise nourriture ! Eh comment se comme cette veuve ?

TRIVELIN.

Flaminia.

ARLEQUIN.

Eh c'est la mre de la matresse de mon matre ! Une femme qui tait jeune autrefois, n'est-ce pas ? Et qui a la rage d'tre aime... Et ton Matre l'aime-t-il ?

TRIVELIN.

Bon, un mdecin se mler d'aimer ! Il vise au matrimonium ; la veuve est riche, dit-on, et le plerin aime le bien avec concupiscence. Il m'a donn commission de m'informer Spinette des esprances qu'il peut former...

ARLEQUIN, se pmant de tendresse.

Ah ! Trivelin quel nom viens-tu de dire ?

TRIVELIN.

Comment donc ?

ARLEQUIN.

Ah ! Trivelin... L'amour me transporte pour cette Spinette. Je crois que j'en deviendrai fou. C'est une cruelle, une tigresse qui... Mais je vois mon Matre.

SCNE VII.
Arlequin, Trivelin, Mario.

MARIO.

Ne vois-je pas un de mes anciens valets ? C'est Trivelin !

ARLEQUIN.

Oui, Monsieur, c'est un des plus habiles fripons...

TRIVELIN.

Ah Monsieur Arlequin vous me rendez confus.

ARLEQUIN.

De plus c'est le valet de votre beau-pre, ou peu s'en faut.

MARIO.

Comment ?

TRIVELIN.

Oui Monsieur, je sers Monsieur Rhubarbini qui pourchasse cette veuve de vos voisines, Flaminia.

MARIO.

Quoi, cette femme son ge songerait se remarier !

TRIVELIN.

Vraiment elle n'aurait qu' vous entendre tenir ce discours ?

MARIO.

Je sais que je serais perdu. Amant de la fille, il faut que je cajole la mre : c'est une demi-vieille coquette qui semble seule vouloir ignorer les sentiments que j'ai pour sa fille. Il faut pourtant m'expliquer. Arlequin, n'a-t-elle point encore paru ?

ARLEQUIN.

Bon, avant qu'elle ait achev de s'atiffer, la nuit sera venue. Une demi-vieille sa toilette ne finit point. C'est une mouche par-ci, une agaante par-l, un peu de rouge encore, un arrangement de bouche, une tournure d'yeux... Ces sortes de femmes n'ont point de meilleur ami que leur miroir : c'est l'unique confident qui elles se montrent telles qu'elles sont, pour en obtenir l'art de paratre ce qu'elles ne sont pas... Mais propos j'ai vu sa fille qui veut vous parler, elle vous attend dans son appartement.

MARIO.

Eh que ne le disais-tu donc ? Courons voir ma chre Silvia.

SCNE VIII.
Arlequin, Trivelin.

ARLEQUIN.

Et moi, ma chre Spinette. Mais Trivelin, toi qui as tant d'esprit, apprends-moi comme il faut faire pour toucher une cruelle.

TRIVELIN.

C'est selon. Il faut prendre les femmes par leur faible... Elles aiment les airs vapors, libres ; trop de sagesse les gne... N'as-tu pas vu de ces jeunes dbraills, et brusquement polis, qui voltigent sur les thtres autour des actrices ?

ARLEQUIN.

Oh vraiment oui.

TRIVELIN.

Imite bien leurs faons...

Il lui fait faire tous tes gestes.

Le chapeau sur l'un des yeux, la main dans la ceinture, une paule plus haute que l'autre...

D'un ton de petit matre.

Je me donne au Diable ma chre, vous tes d'un brillant blouir. Voulez-vous me faire languir longtemps ? Dieu me damne je vous adore, je vous idoltre... H donc qui tient-il que vous ne m'accordiez quelque lgre faveur... beaucoup gesticuler surtout, les Dames aiment les amants pantomimes.

Il gesticule, Arlequin se dfend faisant la femme.

ARLEQUIN.

Mais, vous n'y songez pas, Chevalier, arrtez vous donc.

TRIVELIN.

Spinette vient, songe jouer ton rle.

SCNE IX.
Spinette, Arlequin, Trivelin.

TRIVELIN.

Je viens de la part de Monsieur Rhubarbini savoir l'tat de la sant de Madame Flaminia, et lui dire qu'il aura l'honneur de la voir aujourd'hui. Mais Mademoiselle Spinette, parler franchement, mon matre ne se flatte-t-il point dans ses esprances, et croyez-vous que votre Dame rponde son amour ?

SPINETTE.

Je ne puis vous rien dire de positif l-dessus. Le coeur d'une coquette est un labyrinthe o l'on se perd, et dont elle ignore souvent elle mme les dtours : qu'il fasse toujours de son cot ce qu'il pourra, il viendra peut-tre quelque bon moment.

TRIVELIN.

Je vous remercie, je vais retrouver mon Matre.

SCNE X.
Arlequin, Sspinette.

ARLEQUIN.

O vas-tu donc si vite Spinette ?

SPINETTE.

Que veux-tu ?

ARLEQUIN.

Eh la regarde-moi.

SPINETTE.

H bien je te regarde.

ARLEQUIN.

Que tu es rude ! N'entends-tu pas ce que je te veux dire ?

SPINETTE.

Non vraiment.

Arlequin fait toutes les postures de petit Matre que lui a montr Trivelin, il tire sa tabatire, chante, danse, etc.

Arlequin que veux-tu donc dire avec tous tes gestes ?

ARLEQUIN, embrouillant dans son discours.

Ah ma chre, de par tous les diables, vous tes belle comme un petit dmon... les beaux yeux que... votre ardeur... a fait natre dans le coeur... de mon amour... tout cela est cause que... vos appas... et vos charmes...

En gesticulant.

Enfin il vous aime la folie.

SPINETTE.

Quel diantre de galimatias me fais-tu donc l ? Je n'y entends rien.

ARLEQUIN, se dpitant.

Que diable aussi pourquoi chercher tant de grands mots ? Tiens, je ne saurais sortir de mon naturel. Faut-il tant de faons pour te dire que je t'aime de tout mon coeur, et que...

SPINETTE.

Tais-toi. J'entends ma Matresse. Je serais perdue si elle te voyait. Elle veut qu'on ne cajole qu'elle dans la maison.

ARLEQUIN.

Spinette, seulement un baiser, en rabattant sur les droits du mari...

SPINETTE.

Eh va, va, on dit que les maris en rabattent toujours assez.

ARLEQUIN.

Adieu donc barbare Spinette.

SPINETTE.

Adieu amoureux Arlequin.

SCNE XI.
Flaminia, Spinette.

FLAMINIA.

Quoi, Spinette, il n'est venu personne ?... Personne... En vrit voil qui me confond. Quel drangement ! Quel relchement de visites ! Je n'ai jamais vu une telle disette d'hommes ! Ne pas voir un chapeau la toilette d'une femme comme moi ! Cela est choquant !

En se mirant.

Le dpit que j'en avais sera cause que je serai coiffe tout de travers.

SPINETTE.

Vous vous moquez, Madame, jamais vous n'avez t si bien. Vous embellissez chaque jour, ET votre jeunesse crot avec le temps.

FLAMINIA, en se carrant.

Cette fille a du got. Tout de bon me trouves-tu...

SPINETTE.

On ne peut pas mieux.

FLAMINIA.

Il ne me manque que de l'embonpoint mais Monsieur Rhubarbini m'a promis qu'il m'engraisserait.

SPINETTE.

propos, il est venu ici Monsieur Rhubarbini, et il reviendra... Mais le voici Madame.

SCNE XII.
Monsieur Rhubarbini, Flaminia, Spinette.

FLAMINIA.

Ah Monsieur Rhubarbini nous parlions de vous, et voila Spinette qui soutenait vos intrts.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Elle ne sert pas un ingrat, Madame, et je voudrais qu'elle eut besoin de mon ministre pour lui en marquer ma gratitude.

SPINETTE.

Oh je vous suis bien oblige, je n'ai que faire de mdecin... ni d'embonpoint.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Mais vous, Madame, jusqu' quand voulez-vous diffrer de mettre un baume spcifique aux vives blessures que m'ont fait vos appas ? L'amour qui circule dans mes veines enflamme tellement mes poumons, qu'il n'y a que l'mtique de vos faveurs qui puisse gurir la fivre dont brle mon coeur.   [ 4 Emtique : est un remde qui purge avec violence par haut et par bas. fait de la poudre et du beurre d'antimoine prpar, dont on a spar les sels corrosifs par plusieurs lotions. [F]]

SPINETTE, part.

Voil une dclaration d'amour purgative, sur ma parole.

FLAMINIA.

Mon Dieu, Monsieur Rhubarbini, que vous tes pressant ! Je ne suis point en tat d'entendre de pareils discours ; ils renouvellent les chagrins de mon veuvage. Quand j'entends seulement parler d'engagement, il me prend des vapeurs...

MONSIEUR RHUBARBINI.

Une prise d'un second mariage gurira ces vapeurs de veuvage. Mais tous vos discours ne dnotent que trop que votre empressement n'est pas gal au mien. Pour vous je nglige mon Art, tous mes malades se plaignent de moi, l'heure que je vous parle, un malade de qualit m'attend, j'oublie en vous voyant que le mal presse.

SPINETTE, part.

C'est peut-tre tant mieux pour le malade.

FLAMINIA.

Ah Monsieur Rhubarbini, c'en est trop , allez voir votre malade de qualit ; je serais fche que mes appas cotassent la vie quelqu'un.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Si ce sacrifice vous tAit agrable...

FLAMINIA.

Non vraiment, je ne veux point de tels sacrifices, et si ce n'est assez de vous prier d'y aller, je vous l'ordonne.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Puisque telle est votre ordonnance, j'y vais donc : mais je reviens aussitt, et ne vous quitte plus qu'au pralable vous n'ayez dment clairci mon fort et vos intentions.

SCNE XIII.
Flaminia, Spinette.

SPINETTE.

Cet homme-l est pressant, oui !

FLAMINIA.

Il faut mnager tout le monde, Spinette, ne fut-ce que pour faire nombre. Le nombre des amants sied bien : cela sert toujours tenir en respect celui qu'on favorise.

SPINETTE.

C'est l'entendre. Mais ce n'est donc pas celui-ci qui...

FLAMINIA.

Monsieur Rhubarbini m'aime beaucoup , et je l'estime surtout cause du soin qu'il prend d'entretenir ma beaut par ses secrets : mais si je me rsous reprendre un second mari, c'est des mains de l'amour mme que je veux le tenir.

SPINETTE.

Quel sera cet heureux mortel ?

FLAMINIA.

Effectivement dans le grand nombre de soupirants qu'attirent ici mes attraits, il est difficile de dmler.

SPINETTE.

Quoi ! Tous ceux qui viennent ici soupirent pour vous ?

FLAMINIA.

Et pour qui donc ?

SPINETTE.

Je crois que votre fille...

FLAMINIA.

Ma fille ! Ma fille ! Y a-t-il de la comparaison d'elle moi ? Une petite mijaure ! Il faut un certain art pour conqurir un coeur qu'on n'acquiert que par l'usage. Enfin donc tu n'as pu pntrer quel est mon vainqueur ?

SPINETTE.

Non vraiment.

FLAMINIA.

Devrais-tu avoir tant de peine te l'imaginer ? Mario...

SPINETTE, Mario.

Voici bien autre chose !

part.

Je rougis.

FLAMINIA.

Ah Spinette ! Ce qui me plat surtout de lui, c'est son respect et sa timidit : croirais-tu bien que depuis qu'il vient ici, ses regards seuls m'ont parl de sa passion, et que sa bouche ne m'en a rien dit ?

SPINETTE.

Mais si cet amour tait imaginaire...

FLAMINIA.

En tout cas je ne serais pas embarrasse o trouver un poux, et je pourrais rabattre sur le mdecin, mais je suis sre que Mario m'aime. Je te dirai mme que depuis quelques jours, il semble qu'en me regardant avec des yeux pleins d'amour, il ait quelque chose me dire qu'il n'ose pourtant me dclarer ; mais c'est tre trop timide , et je veux aujourd'hui, par un air plus dsarm de rigueurs, l'enhardir m'expliquer des dsirs que je brle de contenter : le voici... Laisse-nous, je veux le faire parler.

SCNE XIV.
Flaminia, Silvia, Mario.

SILVIA, Mario en entrant.

Je vois ma mre, Mario, parlez, puissiez-vous en obtenir ce que vous demandez !

FLAMINIA, Silvia rudement.

Qu'est-ce donc Mademoiselle, qui vous fait prendre la libert de vous mettre ainsi de la Compagnie, et de venir ici sans qu'on vous demande ? Ne vous l'ai-je pas dfendu? rentrez ...

Silvia qui fait la rvrence.

Rentrez-vous dis-je.

SCNE XV.
Flaminia, Mario.

MARIO.

Ah, Madame, que vous m'intimidez encore par votre colre ! Et que cette mauvaise humeur est d'un fcheux augure pour mes esprances.

FLAMINIA, se radoucissant.

Approchez, Monsieur, approchez ; cette mauvaise humeur ne vous regarde pas, et elle aurait peine tenir contre votre prsence. Pourquoi tant de timidit ? Des hommes comme vous ne sont pas faits pour former des esprances vaines auprs des Dames qui sont connaisseuses en mrite...

Tendrement.

Parlez, on est peut-tre dispose plus que vous ne pensez vous accorder ce que vous pourriez souhaiter.

MARIO.

Votre accueil me rassure un peu : il y a longtemps que je balance vous parler de la chose du monde qui importe le plus au bonheur de ma vie : j'aime, et si l'amour rompt mon silence, il portera l'excuse de mon audace. Madame c'est de vous que dpend mon destin, c'est vous seule que je dois avoir recours, et c'est vous aussi que je m'adresse pour soulager le feu violent qui m'enflamme.

FLAMINIA.

Eh croyez-vous que l'on soit s'en apercevoir ? Votre discrtion ne m'a pas empch de pntrer votre secret, j'en suis instruite comme vous, l'amour a d'autres expressions que le langage ordinaire, et souvent les yeux lui servent de truchements, votre respect m'a touch, et je vous en estime davantage...

MARIO.

Ah, Madame, puisque vous avez pntr, et que vous voyez sans courroux cet ardent amour, me permettrez-vous d'tendre mes vues jusqu' l'honneur de vous appartenir de plus prs par les noeuds d'un hymen o tendent tous mes voeux ? Que vos bonts ne se lassent pas, je sens que je ne pourrais survivre vos refus...

FLAMINIA.

On s'intresse trop vos jours, et l'on vous aurait moins fait languir si vous aviez parl plutt. Quelque rpugnance qu'on m'ait vu jusqu'ici pour une telle affaire, je consens peur l'amour de vous l'engagement dont vous me voulez parler...

MARIO, avec transport.

Ah Madame, je suis le plus heureux des humains, souffrez qu' vos genoux...

FLAMINIA.

Arrtez... Arrtez, vos transports sont trop violents...

MARIO.

Agrez que je presse mon bonheur, et que je vous donne ce soir un petit divertissement qui puisse servir de prlude la signature du Contrat.

FLAMINIA.

Qui pourrait vous rien refuser ? Vous ne me parlez point des conventions du mariage ?

MARIO.

Madame, c'est m'offenser que de me croire capable de penser ces sortes de choses.

FLAMINIA.

Quelle gnrosit, quelle noblesse de sentiments ! C'est donc moi de songer vos intrts puisque vous les ngligez.

MARIO.

Eh de quoi voudriez-vous qu'un amant transport de la joie de possder ce qu'il aime allt s'embarrasser ? Vous tes quitable, puis-je mieux faire que de m'en rapporter vous ?

FLAMINIA.

Vous ne vous mettez pas en mauvaises mains, et l'on ne ms-usera pas de votre dfrence, je ne ferai pas les choses demi, et pour vous le prouver, la rserve de cent mille francs...

Bas et part.

C'est le bien de ma fille que je ne puis engager.

Haut.

Je vous donne tout mon bien qui se monte trois fois autant.

MARIO.

Ah, Madame, modrez l'excs de vos libralits, c'est me rendre confus, et mon amour en aura moins de mrite.

FLAMINIA.

Plus vous rsistez recevoir mes offres, et plus vous mritez qu'on vous force de les accepter : je ne vous demande pour prix de ce que je fais pour vous que de presser la conclusion de cet hymen : passez vous-mme chez mon notaire que vous connaissez, et faites dresser le Contrat selon mes intentions.

MARIO.

Agrable commandement ! J'en ai plus d'impatience que vous : que je suis heureux ! Non je n'aurais jamais pens que vous eussiez t si favorable mes dsirs ! J'y cours.

FLAMINIA.

Allez, et que l'amour vous prte ses ailes pour revenir plus promptement.

SCENE XVI.

FLAMINIA, seule.

Non, je ne puis mieux faire que de m'attacher cet aimable homme, quelque prix que ce soit, il le mrite bien comme il m'aime ! Je m'en tais bien doute, oh ce n'est pas moi qu'un amant en fait accroire...

SCNE XVII.
Silvia, Flaminia.

SILVIA.

Aprs la nouvelle que Mario vient de m'apprendre, quoiqu'il ne m'en ait dit qu'un mot en courant, Madame, je croirais manquer ce que je vous dois, si je ne venais pas d'abord vous tmoigner le plaisir que je ressens de...

FLAMINIA.

C'est prendre le bon parti : je suis bien aise de vous voir ainsi regarder la chose du bon ct : vous vous en trouverez bien, Mario est galant homme...

SILVIA.

Quelle joie pour moi de vous entendre ainsi vanter un homme qui... Mais j'aperos Monsieur Rhubarbini.

SCNE XVIII.
Flaminia, Silvia, Rhubarbini, Trivelin.

FLAMINIA, part.

Ah l'insuportable homme ! N'en serai-je jamais dfaite ?

MONSIEUR RHUBARBINI.

Madame, dussent crever tous mes malades, je me drobe enfin mes visites afin de cultiver une si belle plante mdicinale pour mon amour.

FLAMINIA.

Oh Monsieur Rhubarbini, si vous prtendez encore m'tourdir de vos douceurs mdecinales, vous ferez mieux d'aller voir chez vous si l'on vous demande.   [ 5 Mdcinale, le terme est inexact, il s'agit prebablement d'une licence que l'auteur s'accorde pour montrer la mconnaissance de Flaminia.]

MONSIEUR RHUBARBINI Trivelin.

Trivelin, qu'est-ce ceci ? Je ne m'attendais pas cet accs-l.

TRIVELIN.

Elle vous traite dj en mari.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Madame, d'o vous vient donc cette humeur mordicante ? Tantt quand je vous ai fait l'exposition de mon amour, vous avez par des mots plus dulcifiants flatt mes esprances ; aprs m'avoir fait languir si longtemps, pourriez vous...   [ 7 Dulcifiant : Qualificatif tir du verbe dulcifier : Terme de chimie. Rendre doux, ter les sels du corps. [F]]

FLAMINIA, riant.

Ah, ah, ah ! Il faut que vous soyez bien dupe mon pauvre Monsieur Rhubarbini de croire qu'une femme comme moi puisse jeter les yeux sur une figure comme la vtre !

TRIVELIN.

Elle ne vous flatte point.

FLAMINIA.

Vous seriez bon tout au plus tre le pis aller de quelque femme qui n'aurait pas choisir.

SILVIA, part.

Monsieur le Mdecin n'a pas une trop bonne rception.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Comment on traite ici un fameux Mdecin ! tempora mores ! Eh que pourriez vous trouver de mieux votre ge ?

FLAMINIA, riant.

mon ge ! mon ge ! On est fort dchire, votre avis ? Et l'on ne doit plus prtendre la conqute d'un homme jeune, aimable... Eh non on n'a pas de certains agrments...

MONSIEUR RHUBARBINI, Trivelin.

Il faut que quelque vapeur lui ait mont dans la rgion suprieure...

FLAMINIA, riant.

Demeurez, demeurez seulement pour tre confondu, vous verrez des apprts de noces...

Riant.

Ah,ah, pour la raret du fait, il faut que vous ouvriez le bal.

SILVIA, part.

C'est de ma noce apparemment que ma mre veut parler.

Haut et ironiquement.

Je crois que Monsieur Rhubarbini s'en tirera bien, il a l'air la danse.

MONSIEUR RHUBARBINI, en colre.

Ces discours la fin me gonflent la rate.

SILVIA.

Je vois Mario avec le notaire.

part.

Que je suis contente !

SCNE XIX.
Rhubarbini, Flaminia, Sylvia, Mario, un notaire et Trivelin.

FLAMINIA au Net tire.

Approchez Monsieur.

Mario tendrement.

Avez-vous fait mettre sur le contrat les clauses que je vous ai dit ?

MARIO.

Oui Madame, ah pourrai-je jamais reconnatre tant de bienfaits ? Si vous souhaitez, on vous fera la lecture des articles.

FLAMINIA.

Il n'en est pas besoin, ds que vous en tes content, je signe aveuglement.

Elle signe, et dit Silvia.

Ne signez-vous pas Mademoiselle ?

SILVIA.

Le devoir d'une fille est l'obissance.

Elle signe et Mario aussi.

FLAMINIA au Notaire.

Monsieur c'en est fait, et vous n'avez qu' emporter ce contrat, je vois nos musiciens et nos danseurs qui viennent tout propos.

SCNE XX.
Les Musiciens et les Danseurs paraissent, prcds d'Arlequin et de Spinette.

SILVIA.

Ce n'est pas tout ma mre, et voil encore un mariage faire : Arlequin et Spinette s'aiment, si vous vouliez...

FLAMINIA.

J'y donne mon consentement, allons qu'on ne parle plus que de joie, et que les maris commencent le bal.

Ici les Violons, jouent un menuet, Flaminia prsente, comme pour danser, sa main Mario qui lui fait une grande rvrence, passe par derrire elle, et va prendre la main de Silvia qui s'avance lui, et ils se mettent en devoir de danser.

FLAMINIA.

La joie le trouble. Eh quoi que faites vous Mario ?

MARIO.

Ce que vous m'ordonnez, Madame.

SILVIA.

Nous ne faisons, ma mre, que ce que vous nous avez dit.

FLAMINIA prenant la main de Mario.

Mais vraiment vous vous mprenez.

Silvia.

Et vous je vous apprendrai...

SILVIA.

N'avez-vous pas dit que les maris commencent le bal ?

FLAMINIA.

Eh bien ?

SILVIA.

Eh bien ma mre, c'est donc moi qui dois le commencer avec Monsieur.

FLAMINIA.

Elle est folle, ne dirAit-on pas que c'est elle qu'on marie, et dont on vient de signer le contrat ?

SILVIA.

Eh de qui donc ma mre ?

FLAMINIA, Mario toute interdite.

La demande est comique, il faut que la tte lui ait tourne.

SILVIA.

Que veut donc dire ma mre ? Non la tte ne m'a point tourne, et c'est vous qui vous trompez assurment.

FLAMINIA.

Oh je ne puis plus tenir... Retirez-vous petite fille...

SILVIA.

Je ne la suis plus, et je veux que Mario dveloppe cette nigme.

FLAMINIA Mario comme stupfaite.

Faites-l donc taire, et lui dites que c'est moi.

MARIO.

Ma foi, Madame, vous me voyez si interdit que je ne sais que vous dire.

FLAMINIA.

II n'y a pas tant rver, ouvrez le bal avec celle que vous regardez comme votre pouse.

MARIO faisant la rvrence Flaminia.

Puisque vous me permettez de m'expliquer.

Prenant la main de Silvia.

Je n'en aurai jamais d'autre que l'aimable Silvia.

FLAMINIA.

Silvia, Ciel qu'entends-je ! Et le contrat...

MARIO.

Le contrat est rempli de son nom et du mien, vous le devez savoir.

FLAMINIA.

Me serais-je en effet abuse ce point !

Mario.

Perfide ! Quoi ces transports d'amour n'taient pas...

MARIO.

Je vois que nous nous sommes mal entendus, mais j'tais dans la bonne foi, et vous interprtiez pour vous ce que je n'adressais qu' votre fille...

FLAMINIA, rudement.

Vous tes un fat, et je ne souffrirai pas...

MARIO.

L'quivoque est fcheuse pour vous, mais trouvez bon que j'use de mes avantages, vous avez sign.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Madame, croyez-moi, il faut avaler la pilule.

FLAMINIA.

Je crve de dpit... Hon... Je me fuis lie moi-mme, j'ai sign, et pour comble de malheur je me suis dpouille des trois quarts de mon bien.

MONSIEUR RHUBARBINI, Trivelin.

Des trois quarts de son bien !

TRIVELIN.

Allons nous-en Monsieur, il n'y a plus rien pouser ici.

FLAMINIA, aprs un moment de rflexion.

Mais je suis bien sotte de m'affliger ainsi de la perte d'un extravagant, elle est aise rparer, et Monsieur le Mdecin voudra bien.

MONSIEUR RHUBARBINI.

Madame, par pari refertur, vous m'avez maltrait, chacun a son tour, et la saigne que vous avez fait votre bien, m'a guri de mon inflammation amoureuse, je vous baise les mains.

FLAMINIA, outre.

Quoi tout me trahit ! quelle honte suis-je expose ! Ouf... J'ai le coeur si serr... que je ne puis parler... Je suis... Je suis dsespre.

Elle sort.

SCNE XXI.

MONSIEUR RHUBARBINI.

L'quivoque tait plaisante.

SILVIA.

Ah Mario ! Notre union me cotera l'amiti de ma mre, elle ne me le pardonnera jamais.

MARIO.

Nous l'apaiserons avec le temps, belle Silvia ; oublions les sujets de tristesse, et voyons notre petit divertissement que Monsieur le mdecin honorera s'il veut de sa prsence.

SPINETTE.

Arlequin dis-moi un peu, n'y a-t-il point aussi de quiproquo entre nous ?

ARLEQUIN.

Oh pour cela non, je t'aime, tu m'aimes, je me marie avec toi, tu te maries avec moi, il n'y a point l de quiproquo comme tu vois.

Aprs quelques danses.

UN MUSICIEN, chante.

Chantons, clbrons en ce jour,

Le mange rus d'une veuve Coquette,

Qui de plusieurs amants fait l'essai tour tour

Et d'un nouvel poux cherche faire l'emplette.

5   Chantons, clbrons en ce jour,

Le mange rus d'une veuve Coquette,

Telle qu'on croit novice aux mystres d'amour ,

Veuve en herbe ; souvent passe encore pour fillette

Chantons, clbrons en ce jour,

10   Le mange rus d'une veuve Coquette.

Monsieur Rhubarbini.

Ce docteur mine profonde

De prendre femme a quitt le dessein :

Il a raison, ma foi peupler le monde,

N'est pas le fait d'un Mdecin.

MONSIEUR RHUBARBINI, rpond sur le mme air.

15   Malgr nos fautes imprvues

En pleure-t-il moins dans notre coffre-fort ?

Lorsque la terre a couvert nos bvues,

Ceux qui font morts ont toujours tort.

SILVIA.

Quoiqu'on dise du mariage,

20   Il faut qu'il soit d'un doux usage ,

On a beau nous pouvanter,

Rien ne nous en dtourne.

La jeune fille en veut tter,

Et la veuve y retourne.

VAUDEVILLE.

ENSEMBLE.

25   La plus fire douleur s'apaise :

Comme la Matrone d'Ephse,   [ 8 Il existe une com?die nomm? Le Matronne d'Eph?se de Fatouville (1682) et un op?ra-comique de Louis Fuzelier (1714).]

Une veuve est elle aux abois ?

Un vivant de joyeux minois

la ragaillardir est prte,

30   Et fait si bien du premier coup, zeste,

Qu' l'hymen elle reprend got.

Un amant avant l'hymne,

Enchant de sa destine,

Croit que ses feux seront sans fin.

35   L'hymen souhait vient enfin,

La premire nuit l'amour reste,

Mais souvent le petit malin zeste.

S'envole ds le lendemain.

     

En vain dans son humeur jalouse,

40   Un poux croit de son pouse,

carter toujours les galants ;

Que servent ses soins vigilants,

Il ne faut qu'un moment funeste

Un jeune gaillard qui plaira, zeste,

45   sa barbe lui croquera.

     

Les mres qui font les jeunettes,

Ne veulent pas que leurs fillettes

Frquentent les jeunes garons,

Mais pour luder leurs leons,

50   Nous en saurons toujours de reste.

Quand on le garde trop longtemps, zeste,

Notre honneur prend la clef des champs.

     

ARLEQUIN, au Parterre.

Quoique friand de ma nature,

J'aime macaron, confiture,

55   Et bon fromage de Milan ;

De vos suffrages plus friand,

Je les prfre tout le reste,

Je dis des mets les plus musqus, zeste,

Messieurs si vous ne me claquez.

 


APPROBATI0N

J'ai lu par ordre de Monseigneur le Garde des Sceaux, La Veuve Coquette, suite du Nouveau Thtre Italien. Paris ce 31. Janvier 1731.

Sign, DANCHET


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Notes

[1] Appareil : Disposition de ce qui a grandeur ou pompe. Pompe magnificence. [L]

[2] Simples : C'est un nom gnral qu'on donne toutes les herbes et plantes, parce qu'elles ont chacune leur vertu particulire pour servir d'un remde simple. [F]

[3] Galbanon : Galbanum, terme de pharmacie. C'est une gomme qui se peut dissoudre dans des liqueurs aqueuses. On dit, qu'un homme donne du galbanum, lorsqu'il promet beaucoup de choses pour en tenir peu.

[4] Emtique : est un remde qui purge avec violence par haut et par bas. fait de la poudre et du beurre d'antimoine prpar, dont on a spar les sels corrosifs par plusieurs lotions. [F]

[5] Mdcinale, le terme est inexact, il s'agit prebablement d'une licence que l'auteur s'accorde pour montrer la mconnaissance de Flaminia.

[6] Mordicant : Ce qui est acide et piquant. [F]

[7] Dulcifiant : Qualificatif tir du verbe dulcifier : Terme de chimie. Rendre doux, ter les sels du corps. [F]

[8] Il existe une comdie nomm Le Matronne d'Ephse de Fatouville (1682) et un opra-comique de Louis Fuzelier (1714).

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