LA FIÈVRE DE PALMERIN

PASTORALE HÉROÏQUE

M. DCC. IX. Avec Approbation et Privilège du Roi.

À PARIS, AU PALAIS, GUILLAUME DE LUYNES, à l'entrée de la Galerie des Prisonniers, à l'Images Notre-Dame. AIGUSTIN HEBERT, à l'entrée de la Grand'Salle vis à vis de la Chapelle, à l'Image Saint-Anne, La Veuve F. MAUGER au quatrième pilier de la Grand'Salle au grand Cyrus, La Veuve J. CHARPENTIER, au sixième pilier de la Grand Salle, à la Couronne d'Or.


Texte établi par Paul FIEVRE, décembre 2017

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 31/01/2018 à 22:19:47.


ACTEURS.

PALMERIN, pasteur amoureux.

TROUPEAU DE CLIMÈNE.

M. L. M. de la C, ou Déesse irritée, sur un nuage.

AQUILONS.

CYCLOPES.

SALAMANDRES.

UN LIT DE GAZON.

TROUPE DE PERSONNES OBLIGEANTES ET SECOURABLES.

LE DÉDAIN.

LE DÉPIT.

L'ABSENCE.

LE TEMPS.

VÉNUS.

La scène est dans l'île de Lemnos.


LA FIÈVRE DE PALMERIN

SCÈNE PREMIÈRE.
Palmerin, Troupeau de Climène.

Le Théâtre représente une plaine fort agréable au bord d'un riant bocage. On voit fumer en perspective dans un prodigieux éloignement, les célèbres forges de Vulcain.

PALMERIN.

Passez, heureux moutons ! Passez dans cette plaine

La Bergère sui suit vos pas.

Vient de m'envoyer paître, hélas !

L'ingrate vous y mène.

LE TROUPEAU.

Bais, bais, bais.

LE PASTEUR.

5   Vous répondez â mes regrets !

Êtes-vous touchez de ma peine.

LE TROUPEAU.

Bais, bais

LE PASTEUR.

Que votre sort est différent du mien.

LE TROUPEAU.

Bais.

LE PASTEUR.

Tais-vous ! Voici Clímène ;

Comme moi, vous seriez accablez de sa haine,

10   Si l'ingrate entendait un si doux entretien.

Le Troupeau s'éloigne, la Bergère le fuit, et passe sans regarder Palmerin.

LE PASTEUR.

vous passez sans me voir ! ah faut-il que je brûle

Pour des yeux qui me font un si cruel destin !

Ainsi donc mon espoir, loin d'avancer, recule.

Mais quel éclat-nouveau ! Quel brillant véhicule...

SCÈNE II.
La Déesse irritée sur un nuage, ou dans un char ; Palmerin.

LA DÉESSE.

15   Palmerin m'a déplu. Pourquoi ? Que sais-je. Enfin

Palmerin m'a déplu ? Périsse Palmerin !

Que son sang jamais ne circule !

Qu'il soit rôti vif comme Hercule !

Que l'élément fiévreux ! Que Vulcain forge foudre!

20   Le calcine ! Le mette en poudre

LE PASTEUR.

Quel funeste courroux, ô Cieux !

Tant de fiel entre-t-il dans des Dieux ?

Le nuage se perd dans les nues. La Déesse disparaît, et le Pasteur se trouve environnée d'une cohue d'Aquilons, de Cyclopes, et de Salamandre.

SCÈNE III.
La Pasteur, Auilons, Cyclopes, Salamandres

CHOEUR D'AQULLONS.

Qu'on le mette à la glace !

CHOEUR DE SALAMANDRES.

Qu'on l'échaude ! Qu'on le fricasse !

25   Qu'il soit en proie à Vulcain.

LE PASTEUR.

Pour augmenter l'ardeur qui me dévore

Que sert tout ce diable de train ?

Adressez-vous aux beaux yeux que j'adore,

C'est un moyen plus prompt et plus certain.

30   Si mon insensible Bergère,

Pour moi plus froide qu'un glaçon,

Me fait redouter sa colère,

Je tremble. Voilà le frisson.

Entrée d'Aquillons.

PALMERIN.

Si cette beauté moins cruelle,

35   Par un regard flatteur de sa douce prunelle,

Promet à mon amour un plus heureux succès,

Le feu prend. Me voilà dans le chaud de l'accès.

Entrée de Cyclopes

LE PASTEUR.

Si par un baiser plein de flamme.

Elle veut bien payer mon rigoureux tourment

40   Mille feux, à la fois, s'allument dans mon âme,

E! voilà le redoublement.

Les cyclopes, les aquilons et les salamandres se joignent et font une entrée comme on n'en a point vu.

LE PASTEUR.

Mais ô Dieux ! Si son inconstance

En faveur d'un Rival fait pencher la balance,

La haine avec l'Amour fait un combat nouveau.

45   Voila le transport au cerveau.

Les Cyclopes, les Aguilons, et les Salamandres se joignent et font une entrée comme on n'en a point vu.

LE PASTEUR FURIEUX.

Quelle horreur me saisit ! Quels gouffres sont ouverts !

Ah je vois Clitemnestre, et le fils de Tantale.

Je vois couler l'onde infernale...  [ 1 Onde infernale : LEs enfers sont traversés par le fleuve Styx.]

Arrête noir Caron ! vieux Nocher des Enfers !

50   Arrête ! Reçois-moi dans la barque fatale !...

Mais il fuit, et mes cris se perdent dans les airs...

Ah Climène est-ce vous ? Où fuyez-vous cruelle !...

Dieux ! Mon rival fuit avec elle !

Je cède à la rigueur d'un si cruel destin.

55   Ô rage de Thyeste ! ô funeste festin !

Un lit de gazon s'élève fort à propos propos. Le Pasteur tombe dessus sans connaissance, les Aguilons, les Cyclopes et les Sulamandres se retiremt.

SCÈNE IV.
Palmerin évanoüi, Troupe de personnesobligeantes et secourables.

CHOEUR.

Juste Ciel ! Palmerin touche à sa dernière heure ?

Hé vite empêchons qu'il ne meure !

Dédain, Dépit, Absence ! Accourez au secours ?

Du pauvre Palmerin venez sauver les jours.

SCÈNE V ET DERNIÈRE.
Le Temps, Vénus, Palmerin, et le Choeur

LE TEMPS.

60   Le Pasteur est-il mort ? L'a-t-on enseveli ?  [ Le Délain, le Dépit et l'absence descendent du ciel, ou sortent des Enfers, et font de beaux enchantements autour de de Palmerin.]

LE CHOEUR.

Il respire Seigneur, mais sa peine est cruelle.

LE TEMPS.

Hé bien donnons-lui donc cinq ou six grains d'oublis.

VÉNUS.

Avec un gros d'amour nouvelle.

LE CHOEUR.

Oh ! Suprême venu d'un remède accompli.

CHACONNE.

VÉNUS.

65   Si la fièvre amoureuse

En veut à vos jours,

Si votre belle inconstante ou quinteuse

Vous quitte Pour d'autres amours ;

La recette est fidèle,

70   Changez pauvres amants,

Une flamme nouvelle

Finira vos tourments.

Le Choeur répète ces quatre derniers vers. La toile tombe.

 


Extrait du Privilège du Roi.

LOUIS par la grâce de Dieu Roi de France et de Navarre : à nos amés et féaux conseillers, les gens tenants nos cours de parlement, Maître des requêtes ordinaires de notre hôtel, Prévôts, baillifs, sénéchaux, leurs lieutenants civils, et autres nos justiciers qu'il appartiendra, SALUT, LE SIEUR DE SAINT-GILLES. Nous ayant fait exposer qu'il désirerait faire imprimer la Manuscrit de la Muse Mousquetaire, s'il nous plaisait lui vouloir accorder nos Lettres de permission sur ce nécessaires : Nous avons permis et permettons par ces présentes audit Sieur Saint Gilles de faire imprimer ledit Livre en telle forme, marge, caractères, autant de volumes et de fois qu'il voudra, et de la faire vendre et débiter dans tous les lieux de notre obéissance pendant cinq années, à compter du jour de la date des présentes. Faisons défenses à tous Imprimeurs, Libraires et autres de contrefaire l'impression dudit livre, introduire, vendre et débiter dans notre Royaume d'autre impression que cette qui aura été faite par celui ou ceux qui auront l'odre dudit sieur exposant, en vertu des présentes, à peine de confiscation des exemplaires contrefaits, de deux mille livres d'amende contre chacun des contrevenants, dont un tiers à nous, un tiers à l'Hôtel Dieu de Paris, l'autre tiers audit exposant, et de tous dépens, dommages et intérêts, à la charge que ces présentes seront enregistrées tout au long sur les registres de la Communauté des Imprimeurs et Libraires de Paris, et ce dans les trois mois du jour de leur date que l'impression dudit livre sera faite dans notre Royaume, et non ailleurs, en beaa papier, et qu'avant que de l'exposer en vente, il en sera mis deux exemplaires à notre bibliothèque publique, un dans celle de notre château du Louvre et un dans celle de notre très cher féal Chevalier Chancelier de France le sieur Phélipeaux, Comte de Pontchartrain, Commandeur de nos ordres ; le tout à peine de nullité des présentes, du contenu desquelles Vous mandons et enjoignons de faire jouir ledit exposant ou ses ayant cause pleinement et paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que la copie des présents, qui sera imprimée au commencement ou à la fin dudit livre, soit tenu pour dûment signifiée, et qu'aux copies collationnées par l'un de nos amés et féaux conseillers secrétaires, foi soit ajoutée comme à l'original : Commandons au premier Notre huissier, ou sergent de faire pour l'exécution d'icelles tous actes requis et nécessaires, sans autre permission, et nonobstant clameur du Haro, Chartes Normandes, et Lettres à ceux nécessaires : Car tel est notre plaisir. Donné à Fontainebleau le premier jour de Juillet l'an de grâce 1708, et de notre règne le soixante sixième. Signé, par le Roi en son conseil, TOURRES, et scellé du grand sceau de cire jaune.

Il est ordonné par édit de sa majesté de 1686 et arrêt de son Conseil, que les livres dont l'impression se permet par chacun des privilèges, ne seront vendus que par un libraire ou un imprimeur.

Registré sur le Registre n°2 de la Communautés des libraires et imprimeur de Paris, p. 369 n°691 conformément aux règlements, et notamment à l'Arrêt du conseil du 13 août 1703. À Paris, ce 13 août 1708. Signé L. SEVESTRE, Syndic.

J'ai lu par ordre de Monseigneur le Chancelier La Muse Mousquetaire, et j'ai cru que le public en verrait l'impression avec plaisir. Fait à Paris, ce 24 Mai 1708.

Notes

[1] Onde infernale : LEs enfers sont traversés par le fleuve Styx.

[2] Le Délain, le Dépit et l'absence descendent du ciel, ou sortent des Enfers, et font de beaux enchantements autour de de Palmerin.

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