LES ETRENNES

DRAME EN UN ACTE.

TROISIÈME PROVERBE.

M. DCC. LXXXV.

Par MONSIEUR G***.

À LIÈGE, Chez F.J. DESOER, Imprimeur-Libraire, sur le Pontd'Isle, à la Croix d'Or.


Texte établi par Paul FIEVRE février 2018

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 30/04/2018 à 22:29:31.


PERSONNAGES

MADAME DORSIGNY.

MIMY, fille de madame Dorsigny âgée de sept à huit ans.

CÉCILE, amie de Mimy.

BABET, amie de Mimy.

UNE GOUVERNANTE.

La Scène est chez Madame Dorsigny.

Le texte est issu de "Nouveaux proverbes dramatiques ou recueil de comédies de société pour servir de suite aux Théâtres de Société et d'Éducation" par Monsieur G[arnier], 1785. pp. 33-53.


LES ETRENNES

Le Théâtre représente la Chambre à coucher de Mademoiselle Mimy. Il y a sur le devant une petite toilette sur laquelle est un carton. L'action se passe le premier jour de l'an, sur les trois heures après-midi.

SCÈNE PREMIÈRE.

MIMY, seule.

Elle se regarde avec complaisance dans le miroir et ajuste sa coiffure.

Voilà qui va à merveille... Je suis bien contente de Maman, et des étrennes qu'elle m'a données... Que la petite Monrose va endéver quand elle verra mon bonnet à dentelles... Hier, elle faisait tant la petite glorieuse ! À peine osait-on l'approcher : retirez-vous, Mademoiselle, vous allez gâter mon bonnet ; s'il était de blonde ou de gaze comme les vôtres, je ne m'en embarrasserais pas...   [ 1 Endéver : Être très dépité de quelque chose ; enrager. [W]]

Elle lève les épaules.

La petite bégueule ! Jamais je n'ai vu tant faire la renchérie ; et cela est laid, laid à faire peur, et d'une bêtise !... Une épingle ici ne serait pas mal.   [ 3 Bégueule : Femme prude et dédaigneuse d'une façon mal plaisante. [L]]

Elle place une épingle.

Bien... Il viendra aujourd'hui beau coup de monde à la maison, pour souhaiter une bonne année à maman... de beaux meilleurs.... Je me tiendrai à côté d'elle... Ils me regarderont...

Elle fait des mines devant le miroir.

Ils me trouveront jolie... Quand ils mèneront des compliments, je ferai comme cela.

Elle sourit de différentes manières.

Fi donc, cela ressemble à cette vieille madame Dorimont, quand elle veut faire la jolie... Comme ceci... Bon... Ah, quel plaisir !

SCÈNE II.
La Gouvernante, Mimy.

LA GOUVERNANTE, qui a tout en tendu, entre brusquement.

Cela non, Mademoiselle, votre plaisir ne sera pas ausi complet que vous l'espérez, j'y mettrai bon ordre.

MIMY, effrayée.

Ah ! Ma bonne.... c'est que.... je.... Vous m'avez fait bien peur.

Elle pleure.

LA GOUVERNANTE.

Il s'agit bien de cela, vraiment. J'ai entendu vos petits discours, Mademoiselle, ils sont fort jolis, ils m'annoncent des inclinations que je suis très charmée de connaître.

MIMY, pleurant.

Oui, allez ; vous m'avez fait une peur, que je n'en puis plus ; et vous savez que maman n'aime pas que l'on me fasse peur, elle sait bien que cela me rend malade.

LA GOUVERNANTE.

Vous voudriez me faire prendre le change, mais vous vous trompez ; c'est le fonds de coquetterie et d'orgueil que je viens de découvrir en vous qui me fait peur à moi, elle est plus vraie que la vôtre cette peur là, et malheureusement mieux fondée. Je fuis bien fâchée de troubler votre joie, Mademoiselle ; mais je vous avertis qu'il faut renoncer pour aujourd'hui à désoler Mademoiselle Monrose et à plaire aux beaux messieurs vous aurez la bonté d'ôter ce bonnet-là et de mettre aujourd'hui votre coiffure la plus commune.

MIMY.

Ma bonne, je vous en prie, laissez-moi mon bonnet ; je ne dirai pas à maman que vous m'avez fait peur.

LA GOUVERNANTE.

Je m'y attendons bien. Non, mademoiselle ; je n'ai point de compétition à faire avec vous ; si j'avais à faire grâce, vous vous y prendriez mal pour l'obtenir. Apprenez que, quand je punis, c'est que je le crois nécessaire, et que rien ne peut me faire changer. Vous mettrez votre bonnet de tous les jours, entendez-vous ? Cela est décidé ; prenez votre parti de bonne grâce. Je reviens à l'instant et je compte vous trouver coiffée ; sinon, gare le bonnet de nuit.

MIMY.

Ma bonne, je vous en prie, pardonnez-moi; cela ne m'arrivera plus.

LA GOUVERNANTE.

Je le compte bien. C'est inutilement que vous me priez, car vous ne porterez pas aujourd'hui ce bonnet-là. Mais soyez sage, modeste, et surtout point orgueilleuse... Si je n'ai point sujet de me plaindre de vous pendant tout le reste de la semaine ; c'est Dimanche les Rois... Je ne vous en dis pas davantage. Je vous promets que vous serez contente de moi. Allons, dépêchez-vous, madame Durosoy est avec ses filles auprès de madame votre mère : on vous a déjà de mandée plusieurs fois.

Elle sort.

SCÈNE III.

MIMY, seule.

Voilà qui est fâcheux. Cette misérable porte ! Si j'avais eu soin de la tenir fermée... Mais dépêchons-nous ; si Cécile et Babet allaient monter, elles me verraient ôter mon bonnet pour en mettre un plus commun, et puis elles se douteraient de toute l'histoire. Oh, je serais désespérée... Pourvu que maman ne s'avise pas de parler devant elles de mon bonnet neuf...

Elle tire du carton un bonnet.

Il faut donc mettre cela aujourd'hui.

Elle regarde le bonnet en levant les épaules.

Allons donc.

Elle se met en devoir d'ôter celui qui est sur sa tête.

Mais aussi Dimanche...

On entend du bruit.

Ah Ciel ! Voici du monde...

Elle ôte promptement son bonnet.

SCÈNE IV.
Mimy, Cécile, Babet.

BABET.

Eh bien, Mimy, es-tu morte ? Il y a une heure que nous t'attendons ?

CÉCILE, d'un air précieux.

Pour cela, Mademoiselle, vous n'êtes pas trop honnête ; il faut venir vous chercher jusque dans votre chambre.

MIMY, embarrassée, laisse tomber son bonnet derrière elle.

C'est que je me coiffais, mes bonnes amies, et...

BABET.

Tu te coiffais ? Tu es bien longue à te coiffer. Tiens, malpropre que tu es, voilà ton bonnet à terre.

Elle ramasse le bonnet.

MIMY, rougissant.

Cela est vrai.

Elle veut prendre le bonnet.

BABET.

Attends donc, que nous l'examinions ; mais, voilà du beau ; comment, diantre, de la dentelle ? Je n'en porte point encore, moi, et si j'ai un an et demi plus que toi.

CÉCILE.

Oui ; cela est assez propre et bon pour toi, Mimy ; c'est plus honnête que ces petites saloperies que tu portais. Ce font sûrement tes étrennes ?

BABET.

Oh ça, ma bonne, amie Mimy, j'ai une envie des plus grandes de te voir ce bonnet-là. Allons, que je t'aide à le mettre.

MIMY.

Non, ma bonne amie, je ne le mettrai pas aujourd'hui.

BABET.

Pourquoi donc ?

MIMY.

Non ; c'est que... tiens... l'ouvrière a encore quelque chose à y faire.

BABET.

Bon, tu te moques ; ce bonnet-là est fini, et très fini.

MIMY.

Mon Dieu, que tu es terrible ! C'est... le ruban qui n'est pas bien choisi.

CÉCILE.

Il est vrai qu'il est des plus communs.

BABET.

Ce ruban-là ? Je le trouve des mieux assortis. Allons, pas tant de façons, tu fais la petite mutine, je crois.

Elle veut lui mettre le bonnet.

MIMY, se défendant.

Non, quand je te dis que je ne veux pas le mettre et que je ne le mettrai pus.

BABET.

Oh, oh, tu le prends sur un drôle de ton. Eh bien, fais comme tu jugeras à propos.

CÉCILE.

En vérité, Mademoiselle, c'est bien mal te connaître l'amitié que l'on a pour vous.

MIMY.

Comme vous me désolez ! Oh bien, tenez, je vous avouerai que c'est ma bonne qui me l'a défendu.

BABET.

Comment dis-tu ? Ta bonne !

CÉCILE.

Voici une bonne histoire.

BABET.

Comment, tu es assez sotte, à ton âge, pour te laisser maîtriser par ta bonne ?

MIMY.

Cela vous est bien aisé à dire : c'est que c'est une personne bien sage, bien prudente, et qui me veut beaucoup de bien, que ma bonne ; du moins maman me le dit à chaque instant, et elle veut que je lui obéisse comme à elle-même.

BABET.

Comme à elle-même ; à une domestique ? Mais cela est épouvantable !

CÉCILE.

Effectivement, c'est une espèce de fermante qu'une gouvernante. On peut mettre ça à la porte quand on le veut ; n'en ayons nous pas eu jusqu'à trois ?

MIMY.

Oh, ma bonne n'est pas une gouvernante comme les autres.

BABET.

Comme les autres ou non ; c'est une domestique enfin.

CÉCILE.

Oui, tu as raison, une domestique, et ta mère t'ordonne d'obéir à une domestique ? Ah Ciel ! Pour moi l'on m'assommerait plutôt.

MIMY.

Mais, est-ce que vous n'avez pas une gouvernante aussi, vous ?

BABET.

Vraiment, oui, nous en avons une ; mais je voudrais bien, pour voir, qu'elle s'avisât de faire la maîtresse, comme je la ferais dénicher bien vite.

MIMY.

Oh ! Ici il n'y a que maman qui a le droit de chasser les domestiques.

BABET.

Imbécile que tu es, est-ce que tu ne fais pas comment il faut s'y prendre pour faire chasser un domestique qui déplait ?

CÉCILE.

Pour cela, tu es bien neuve.

MIMY.

Dame, j'avoue bonnement que je n'en fais pas autant que vous.

BABET.

Tu te souviens bien, ma soeur, de cette demoiselle Colette, notre première gouvernante, comme elle voulait faire la maîtresse, la sévère, nous mener à fa volonté ; mademoiselle nous donnait des tâches ; mademoiselle voulait nous faire apprendre des leçons ; mademoiselle faisait la rapporteuse, et puis c'étaient toujours des querelles épouvantables. Cela n'a pas duré longtemps, va ; j'ai su la désoler si à propos ; la desservir si adroitement auprès de ma maman ; enfin, j'ai tant fait des pieds et des mains, qu'elle a été obligée de décamper.

CÉCILE.

Elle était bien tenace celle-là ; maman avait bien de la confiance en elle... Nous avons eu des peines... des peines... mais à la fin nous en sommes venues à bout. Croirais-tu que nous l'avons forcée à demander elle-même son congé ?

BABET.

Et toutes celles qui font venues depuis, ont pris un autre ton ; nous les avertissions d'avance ; nous faisions nos conventions, et lorsqu'elles y manquaient, crac, à la porte.

MIMY.

Que vous êtes heureuses ! Je n'aurais jamais cette hardiesse-là, moi ; je fais pour tant bien lui faire quelques petits chagrins ; pour peu qu'elle me touche, elle ne me donnerait qu'un petit coup sur l'épaule, je pleure, je crie de toutes mes forces. Maman vient, ma bonne lui raconte tout et je suis encore grondée par-dessus le marché.

BABET.

Pauvre nigaude ! Il faut raconter l'histoire différemment.

MIMY.

Oh oui ; mais c'est que c'est une femme qui dit toujours vrai que ma bonne ; maman le sait bien.

BABET.

Allons donc, tu es un enfant. Il faut avoir de la fermeté, lui dire tout net que tu n'es pas faite pour lui obéir ; au contraire, parce que les domestiques ne doivent pas commander aux maîtres, sans quoi elle te mènera toujours par le nez.

CÉCILE.

Sans doute. Il faut faire un peu sentir à ces gens-là ce qu'on est, ce qu'ils nous doivent.

SCÈNE V.
Cécile, Babet, Mimy.

LA GOUVERNANTE.

Mesdemoiselles Durosoy, que faites-vous donc ici, s'il vous plait ?

BABET.

Mais, je crois que nous n'avons aucun compte à vous rendre.

LA GOUVERNANTE.

Vous êtes bien incivile pour une demoiselle de votre condition. Eh bien, apprenez, mademoiselle, que vous en avez à me rendre, que vous êtes ici chez moi, que vous ne deviez pas y monter sans ma permission.

BABET, en riant à sa soeur.

Qu'en dis-tu, ma soeur ? Nous nous imaginions pourtant être chez madame Dorsigny.

CÉCILE, sur le même ton.

Je le pensais comme toi, mais nous nous trompons, comme tu vois.

BABET, éclatant.

Ah, ah, ah, ah, cela est plaisant.

À la Gouvernante.

Je vous demande bien des pardons, Madame. Ah, ah, ah, ah.

LA GOUVERNANTE.

Mais , je vais de surprises en surprises. Oui ; mesdemoiselles, je suis ici chez moi ; vous n'ignorez pas que je suis gouvernante de mademoiselle Mimy ; partout où je suis auprès d'elle, j'ai l'honneur de représenter madame sa mère, et ici plus particulière ment qu'ailleurs.

Cécile et Babet continuent de rire.

En vérité, je ne puis m'empêcher de vous dire que vous êtes bien grossières ; quand vous ne respecteriez en moi que mon âge...

BABET.

Grossière vous-même ; mais, avec votre permission, nous ne sommes pas faites à respecter des domestiques.

CÉCILE.

Oh, mon Dieu ! Nous n'avons pas reçu cette éducation-là, par exemple.

LA GOUVERNANTE.

Il paraît que vous en avez reçu une excellente. Mademoiselle Mimy a dû beaucoup profiter de votre conversation.

BABET.

Certainement ; si elle veut nous croire, elle n'obéira plus à des gens à qui elle doit commander.

LA GOUVERNANTE.

Je m'aperçois que vous vous êtes entre tenues de très jolies choses. Allez, mes chères demoiselles, vous n'excitez rien chez moi que la pitié. J'avais seulement à vous dire que la visite de madame votre mère est finie et qu'elle vous attend pour s'en aller. Vous ne pouvez trop vous hâter de vous rendre auprès d'elle.

CÉCILE, d'un air moqueur.

Vous voulez donc bien recevoir nos respects.

BABET, à Mimy à demi-voix.

Que je te voie tantôt avec ton bonnet neuf ; sinon...

À la Gouvernante, d'un sérieux affecté.

Madame, j'ai l'honneur d'être... Ah, ah, ah, ah.

Elle sort avec sa soeur, en éclatant de rire.

SCENE VII.
La Gouvernante, Mimy.

LA GOUVERNANTE.

Voilà deux méchantes pestes ! Si je les avais soupçonnées aussi dangereuses, elles ne seraient certainement pas entrées ici. Mais que signifie, s'il vous plait, ce bonnet neuf qu'elles veulent vous voir tantôt ?

MIMY, avec humeur.

Ah ça, c'est mon bonnet d'étrennes. Pourquoi ne voulez-vous pas que je le mette aujourd'hui ?

LA GOUVERNANTE.

Pourquoi ? La question est singulière, Mademoiselle ; vous le savez aussi bien que moi, pourquoi ; d'ailleurs, je vous le défends, cela doit suffire.

MIMY, à demi-voix.

Oh, vous le défendez... Vous le défendez... Est-ce que je suis faite pour...

LA GOUVERNANTE.

Parlez plus haut, Mademoiselle, ce que vous avez à dire mérite d'être entendu.

MIMY, du même ton.

C'est vrai... Une servante... faire la maîtresse.

LA GOUVERNANTE, après l'avoir regardée quelque temps sans rien dire.

Fort bien , mademoiselle, vous avez admirablement profité. Si l'on vous laide faire, vous égalerez bientôt vos maîtresses ; je ne fais pourtant pas si madame votre mère aimerait que vous prissiez de pareilles leçons ; je l'entends, je crois, il faut lui demander l'on avis.

SCÈNE VII et dernière.
Madame Dorsigny, La Gouvernante, Mimy.

MADAME DORSIGNY.

Pourquoi ne descendez-vous donc point, mademoiselle, depuis le temps qu'on vous appelle ? Mais, qu'est-ce que je vois ? Vous voilà toute en désordre, décoiffée, le visage rouge, les yeux humides... Est-ce que vous auriez eu querelle avec votre bonne ? Vous savez que je n'aime pas cela.

MIMY.

Non, maman, c'est que... c'est elle qui...

MADAME DORSIGNY.

Qui, elle ? De qui parlez-vous donc, s'il vous plait ?

MIMY.

Maman, c'est de ma bonne, qui veut me mettre aujourd'hui en pénitence sans sujet.

MADAME DORSIGNY.

C'est votre bonne qu'il faut l'appeler, ou bien mademoiselle. Qu'il vous arrive de prendre de semblables tons. Quant à la pénitence, vous la méritez sûrement ; ainsi je prétends que vous la subissiez sans murmurer.

LA GOUVERNANTE.

J'ai surpris, ce matin, mademoiselle se regardant avec complaisance dans son miroir, et tenant des discours d'une coquette consommée. J'ai pris le parti, pour rompre ce penchant, de lui défendre de mettre aujourd'hui son bonnet d'étrennes.

MADAME DORSIGNY.

Vous avez fort bien fait, mais cette explication était inutile ; on doit vous obéir sans examen.

LA GOUVERNANTE.

Point du tout, Madame ; je suis ici sur le pied de servante, j'y dois faire les volontés de tout le monde ; n'est-ce pas Mademoiselle Mimy ? Ne font-ce pas là les leçons que vous ont données les demoiselles Durosoy ?

MADAME DORSIGNY.

Mais, voilà qui est horrible ; comment, petite impertinente ! Vous avez tenu de pareils propos?

LA GOUVERNANTE.

Non, madame, il faut lui rendre justice, elle est trop bien née, pour parler ainsi. Elle s'est seulement laissé aller aux mauvais propos des demoiselles Durosoy, qui font bien les deux plus dangereuses petites personnes et les plus mal élevées que je connaisse.

MADAME DORSIGNY.

Je suis bien aise d'apprendre cela. Oh bien, mademoiselle, je vous défends très expressément de voir jamais les demoiselles Durosoy ; si ce n'est en ma présence et lorsque je ferai à portée d'entendre tous vos discours et de n'en pas perdre une seule parole.

MIMY.

Elles sont venues me chercher, Maman.

MADAME DORSIGNY.

Cela suffit. Je prétends que vous respectiez votre Gouvernante, que vous la regardiez comme une autre moi-même et que vous lui obéissiez en tout sans hésiter.

MIMY.

Oui, maman.

MADAME DORSIGNY.

Prenez garde à ce que vous me promettez. Vous savez combien je vous aime ; eh bien, si vous manquez le moins du monde à ce que je viens de dire, vous perdez, sans ressource, mon amitié. Allons, demandez excuse à votre bonne.

MIMY, d'un air honteux.

Ma Bonne, je suis bien fâchée...

LA GOUVERNANTE.

Cela suffit, Mademoiselle ; j'oublie tout, j'espère que vous tiendrez parole à Madame votre mère ; car comme je le disais à l'instant, vous avez un assez bon caractère, il serait bien fâcheux qu'il fut gâté par la mauvaise compagnie des demoiselles Durosoy.

MADAME DORSIGNY.

C'est à quoi je vous prie de tenir la main. J'aurai soin de mon côté qu'elles ne se voient que lorsque cela sera indispensable, et toujours en ma présence.

LA GOUVERNANTE.

Madame, en faveur du repentir de mademoiselle, vous voudrez bien qu'elle mette aujourd'hui le bonnet dont vous lui avez fait présent.

MADAME DORSIGNY.

Elle ne le mérite guère ; mais vous êtes la maîtresse.

MIMY.

Maman... Ma Bonne... que je vous embrasse... Cela ne m'arrivera plus jamais.

MADAME DORSIGNY, après avoir embrassé sa fille.

C'est bien, ma fille, allons ; achevez de vous coiffer, dépêchez-vous, je vous mènerai avec moi faire quelques visites. Il n'y a rien qui forme autant les enfants que cet usage, et quelque embarrassant qu'il soit très souvent, il fera toujours le mien.

À sa fille.

Souvenez-vous bien d'aujourd'hui, et du danger que l'on court lorsqu'on fréquente de mauvaises compagnies.

 


Notes

[1] Endéver : Être très dépité de quelque chose ; enrager. [W]

[2] Renchéri : Fig. et familièrement. Difficile, dédaigneux. [L]

[3] Bégueule : Femme prude et dédaigneuse d'une façon mal plaisante. [L]

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