DU ROMAN

CONVERSATION

XXXI.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 31/01/2024 17:22:13.


ACTEUR.

MENDOSE.

BERONE.

HERMINE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 198-202.


DU ROMAN

un galant Homme feint de ne trouver pas bon que les Dames lisent des Romans.

MENDOSE.

Pour peu qu'on s'attache aux lectures plaisantes, l'on conoit du dgot pour les lectures srieuses.

BERONE.

J'avoue que les Arianes, les Cassandres, et les Cllies, ne font pas si solides que les A Kempis, les De Sales, et les Du Pons ; mais il n'est pas incompatible, qu'une honnte personne passe des derniers aux premiers, quelle folle des uns ses livres de divertissement, et qu'elle fasse des autres ses livres de mortification.

MENDOSE.

Les Romans laissent des ides sensuelles.

BERONE.

Les Romans laissent des images hroques.

MENDOSE.

Quel profit peut-on tirer, de tout ce qu'ils contiennent ?

HERMINE.

L'on apprend d'eux faire des billets et des rcits, des abords et des sorties ; l'on apprend d'eux de quel air on doit parler aux Princes, de quelle faon on doit dfrer aux Dames ; l'on apprend d'eux comment les conditions s'expriment, et comment les sexes se rglent.

MENDOSE.

Les enfants des Nobles apprennent la belle civilit de ceux qui les gouvernent.

HERMINE.

Il y a bien de la diffrence entre les Gouverneurs et les Romanistes ; les Gouverneurs donnent des prceptes, et les Romanistes donnent des exemples ; les Gouverneurs sont quelquefois ngligents, et les Romanistes sont toujours exacts ; les Gouverneurs troublent souvent par la svrit de leur visage les id[e]s qu'ils impriment, et les Romanistes fixent toujours par la douceur de leurs personnages les images qu'ils laissent.

BERONE.

L'on peut ajouter ce que vient de dire ma Compagne, que les Romanistes abreuvent l'esprit de cent accidents surprenants, et que par le judicieux dmlement des choses, ils lui dcouvrent les moyens d'tre prsent tout.

MENDOSE.

Quelque tat que vous fassiez des Romanistes, ils font voir comme dans un tableau anim, toutes les faiblesses de la Nature humaine.

BERONE.

Comme l'ivresse des esclaves dont parle l'Histoire inspirait la sobrit ceux qui l'observaient, l'extravagance des passions inspire la modration ceux qui la lisent.

MENDOSE.

Quand nous ne savons pas si les mouvements qui nous troublent ont des exemples, nous faisons quelque effort contre notre faiblesse : mais quand nous savons que les mmes mouvements qui nous agitent ont des semblables, nous ne nous soulevons point contre notre infirmit.

BERONE.

Les bons Romans ne reprsentent seulement pas les actions hroques et les avions brutales, ils reprsentent encore et les effets du bien, de les suites du mal, les rcompenses de la vertu, et les punitions du vice.

HERMINE.

Aprs cela je ne pense pas que Monsieur porte la dispute plus avant.

MENDOSE.

Vous avez raison, Mademoiselle, d'avoir cette pense, vous tes des invincibles : mais quand vous ne feriez pas ce que vous dites, je vous donnerais les mains, puis que je n'ai combattu votre inclination que pour exercer votre esprit, et qu'il est temps que de la svrit d'un millionnaire je passe la complaisance d'un courtisan.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. ces causes, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le Sieur Sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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