DE L'INCLINATION BIZARRE

CONVERSATION

XXVII.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 31/01/2024 17:22:13.


ACTEUR.

BELIGONNE.

ALMANE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 172-179.


DE L'INCLINATION BIZARRE

Beligonne qui est une fille, ne se plat qu'avecque les Filles.

ALMANE.

Vous ne considrez pas, Beligonne, qu'on fait de votre exemple une raison, que la plupart des Filles fuient les Hommes, et que si vous faites toujours divorce avecque nous, vous allez tre coupable de la fin du Monde.

BELIGONNE.

Que voulez-vous que je vous dise ? La mme Nature qui m'a fait Fille, m'a donn de l'aversion pour les garons.

ALMANE.

Il ne faut pas suivre les mouvements d'une folle.

BELIGONNE.

La Nature ne passe pas pour telle.

ALMANE.

La bizarrerie de votre inclination est une preuve de son extravagance.

BELIGONNE.

Il est vrai qu'en ma personne elle s'est moque de votre sexe, et que si elle a condamn quelques Hommes m'aimer, elle m'a condamn n'en aimer pas un.

ALMANE.

Quoi que l'aversion qu'elle vous a donne vous doive rendre son ennemie, les grces dont elle vous a fait part, vous doivent rendre sa reconnaissante.

BELIGONNE.

Je ne m'aperois point de ses bienfaits : mais supposons que je lui aie de l'obligation, que faut-il que je fasse pour l'obliger mon tour ?

ALMANE.

Il faut que vous rpariez son manquement.

BELIGONNE.

Ne puis-je la reconnatre qu'en agissant contre elle ?

ALMANE.

Je ne dcouvre point d'autre moyen.

BELIGONNE.

la plaisante rverie ! H quelle honte y a-t-il une fille d'aimer les filles ? Notre sexe n'a-t-il pas des douceurs que le vtre n'a point ?

ALMANE.

Les Filles sont mal servies des filles. L'amour qui rgne entre elles, n'exerce point les sages Femmes.

BELIGONNE.

Toutes les filles ne font pas obliges de porter le bouquet conjugal.

ALMANE.

Les pierres sont dispenses de produire leurs pareilles, elles ne font pas animes ; Les Anges sont dispensez d'engendrer leurs semblable, ils ne font pas organiques ; les monstres sont dispenss de perptuer leur engeance, il leur manque quelque chose : mais qui peut dispenser une fille du Monde de fournir la multiplication ?

BELIGONNE.

Quand je n'aurais point d'aversion pour les hommes, je ne me marierais pas ; qui a mari, a matre.

ALMANE.

Voil ce que dirent les filles vulgaires ; mais qui a une matresse, a-t-il une servante ?

BELIGONNE.

Nous perdons la qualit de matresse, ds que nous perdons la qualit de fille.

ALMANE.

Le mariage est il incompatible avec les agrments ? La qualit de femme les belles choses ?

BELIGONNE.

Je ne prtends pas que le Mariage soit si dsavantageux notre sexe ; mais enfin les femmes comme femmes, ne sont pas tant aimes que les filles comme filles.

ALMANE.

Il n'est pas de vous comme de cent Damoiselles que je connais ; l'on ne peut se dfendre des charmes de votre conversation ; vous rgnez par toutes sortes d'avantages ; et un mari serait bien ennemi des bonnes choses, si lorsqu'il ne vivrait plus sous l'empire de votre beau virage, il ne vivait encore sous celui de votre bel esprit.

BELIGONNE.

N'apprhendez-vous point d'encourir l'indignation de mes Compagnes ?

ALMANE.

Si je choque leur inclination, je ne choque point leur intrt.

BELIGONNE.

Vous parlez mystre.

ALMANE.

Vous m'entendez bien.

BELIGONNE.

H quelle part mes compagnes prendraient-elles mon mariage ?

ALMANE.

Elles se piquent de vous imiter, et elles se mariaient ; et comme il n'y a rien de si doux que les plaisirs du mariage, elles goteraient avecque les Hommes, ce qu'elles ne peuvent goter avecque les filles.

BELIGONNE.

Je ne sais, ni ne veut savoir, le dtail de ce que vous dites ; et je crois qu'en cela il est de mes amies comme de moi.

ALMANE.

Je loue la sagesse de votre ignorance, mais je condamne le dfaut de votre curiosit : il appartient vos semblables de peupler le monde : La Marquise d 'Antipone ne fut pas plutt votre mre, qu'elle enfanta des grces ; et vous ne ferez pas plutt mre aussi, que vous enfanterez des amours.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. ces causes, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le Sieur Sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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