DE L'EXHORTATION

CONVERSATION

XII.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 31/01/2024 17:22:13.


ACTEUR.

L'ABB.

LE PRLAT.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 79-90.


DE L'EXHORTATION

CONVERSATION.

Quoi qu'on accuse un jeune Abb de n'tre pas le plus grand rgide du monde ; un prlat qui est son parent, ne laisse pat de l'entretenir saintement de la vertu.

L'ABB.

Que ce qu'on dit de moi, Monsieur, ne vous inquite point ; je ne dmens ni ma naissance, ni ma condition ; je ne dshonore ni mon ducation, ni mon habit ; et si quelque rglement que j'apporte ma vie, je ne suis pas en trop bonne odeur, c'est que l'Envie qui se couvre du manteau de la vertu, persuade la plupart des choses qu'elle entreprend, et que la plupart des esprits sont moins disposs croire le bien que le mal.

LE PRLAT.

Serait-il possible, mon enfant, que vous connussiez la vertu, et que vous aimassiez le vice ? Que vous possdassiez les lumires d'un ange, et que vous commissiez les actions d'un Dmon ? Ha ! Je ne puis avoir de votre conduite des sentiments fi injurieux ; et quand cette mme conduite semblerait mes yeux la plus horrible chose du monde, les proccupations de mon esprit combattraient les tmoignages de mes sens ; et si je n'tais pas votre avocat, au moins ne serais-je pas votre juge.

L'ABB.

Quand je ne me sentirais pas port vivre plus rgulirement que les sages du Monde, votre exemple serait capable de corriger mes inclinations ; et quelque diffrence qu'il y ait entre les Princes, et ceux qui ne font pas de ce rang, j'oserai vous dire que Tibre n'eut jamais tant de respect pour Germanicus, que Thocrite en a pour votre personne.

LE PRLAT.

Quelques raisons que vous m'ayez d'abord allgues, je m'tonne qu'un homme si bien n ait une rputation si mchante.

L'ABB.

Voulez-vous, Monsieur, que je vous dise en peu de mots d'o peut provenir encore ma mauvaise odeur ; c'est que je n'affecte point l'extrieur des hypocrites, et qu'entre mes observateurs il y en a qui croient mme qu'un homme n'est pas Catholique, s'il n'est superstitieux.

LE PRLAT.

que c'est tre ignorant en la science de bien vivre, que d'attacher le salut aux apparences ! Dieu ne se soucie pas qu'on frappe son estomac, il veut qu'on froisse son coeur : Dieu ne se soucie pas qu'on baisse sa vue, il veut qu'on mortifie sa chair : Dieu ne se soucie pas qu'on pousse des soupirs, il veut qu'on forme, des rsolutions.

L'ABB.

On peut infrer de ce que j'ai rapport, que la superstition veut des grimaces, que la superstition veut des extases, et qu'encore que les vritables dvotions soient semblables ces arbres dont les racines sont plus longues que les branches, il faut pour tre estim dans le Monde, faire profession de celles qui ont plus de montre que de solidit, qui ont plus d'clat que de fondement.

LE PRLAT.

Le tmoignage des hommes est inutile ; le tmoignage de la conscience est salutaire.

L'ABB.

Ma vie, grces Dieu, ne me reproche pas grand chose ; et si j'osais faire mon pangyrique, je vous dirais, Monsieur qu'on ne me voit, ni chez des Traiteurs, ni chez des femmes ; que je suis inconnu aux lieux o les gens de bien ne se font point connatre.

LE PRLAT.

Un Homme aurait mauvaise grce de se vanter d'tre Chrtien, et de vivre en pourceau ; de ne vouloir pas qu'il y eut un Enfer pour lui ; et de vouloir, comme on dit, qu'il y en eut un pour Socrate.

L'ABB.

J'avoue que les passions n'ont t donnes l'Homme que pour exercer sa raison, que pour confirmer sa volont : aussi tchais-je tous les jours de conformer mes actions mes connaissances ; et si je m'carte quelquefois de mon devoir, c'est que nous sommes les enfants d' Adam, c'est que nous sommes les fils de la corruption.

LE PRLAT.

Il est vrai qu'il est malais de rduire les passions la dernire servitude, qu'il est difficile de vaincre entirement des ennemis qui ont comme men en triomphe les plus grands conqurants du Monde : Mais quelle gloire n'y a-t-il point aussi dtruire des factieux, dfaire des brouillons, faire de leur place d'armes le champ de ces victoires ?

L'ABB.

Encore que la vertu ne s'acquire que par des efforts suants, il ne faut pas penser ce qu'elle nous cote, il faut penser ce qu'elle nous vaut.

LE PRLAT.

Si toutes les choies s'entreprennent pour quelque fin, quoi bon de s'arrter au milieu de l'entreprise ? Ne sait-on pas que c'est la fin de la lice que la rcompense attend le combattant ? Que c'est au bout de la carrire que le prix attend le vainqueur ?

L'ABB.

Aprs tout, Monsieur, comme je vous ai souvent ou dire, quel profit remporte-t-on de son abandonnement ?

LE PRLAT.

Il n'y a rien en ce Monde qui mrite notre recherche ; il n'y a rien sur la terre qui mrite notre poursuite : et ce que je dis est tellement prouv par l'usage, est tellement confirm par l'exprience, qu' peine possde-t-on les choses les plus souhaites, qu'on reconnat qu'elles n'ont rien de plus consistant que ces songes agrables qui flattent l'imagination, et qui n'assouvissent jamais le dsir, que ces festins apparents qui enchantent les yeux, et qui ne contentent jamais l'apptit.

L'ABB.

Comme le Monde n'est rempli que d'altrations, que de vicissitudes, c'est bien mal connatre le souverain bien, que d'y attacher ses affections.

LE PRLAT.

Que votre manire de vivre, mon cher cousin, soit toujours conforme vos beaux sentiments ; qu'on ne dise point justement de vous, ce qu'on dit de cent autres, que vous abusez du revenu de vos bnfices, que vous frustrez l'intention de vos pres ; que vous employez aux dlicatesses de la friandise et aux mollesses de la dissolution, les trsors de leur pargne, et les fruits de leur saintet.

L'ABB.

Ces conseils sont trop obligeants et trop utiles, pour en faire les simples objets d'une rflexion, pour en faire le simples matires d'un entretien.

LE PRLAT.

Comme les vices sont communicatifs ; comme les exemples sont contagieux ; qu'il ne soit point dit non plus que vous risquez votre salut, que vous hasardez votre Paradis, que ceux que vous voyez dshonorent leur condition, que ceux que vous frquentez profanent leur caractre ; qu'ils travaillent plus tre les soutiens du Dmon, que les serviteurs de Dieu ; tre les instruments de leurs passions, que les ministres de leurs dignits.

L'ABB.

Je sais bien que les esprits libertins sont pernicieux, que les compagnies licencieuses sont fatales ; et que si sans sollicitation et sans exemple, un Ange s'est perdu avec des Anges, un Aptre s'est damn avez des Aptres, un homme de bien se peut corrompre avecque des vicieux ; aussi puis-je dire sans vanit que t'examine les moeurs de ceux que je souffre, que j'observe les actions de ceux que je vois, et que ds que je dcouvre quelque indcence en la personne de mes plus familiers, je passe de la socit la retraite, de la compagnie la solitude.

LE PRLAT.

Qu'on ne vous reprsente point aussi par vue espce de reproche, que ceux qui vivent tous les jours comme s'ils devaient tous les jours mourir, mprisent les richesses, mprisent les honneurs, et que comme ils vivent plus en Dieu qu'en eux-mmes, ils vivent plus de la vie des Anges, que de la vie des Hommes.

L'ABB.

J'aurais mauvaise grce d'tablir mon ternit sur des choses temporelles ; j'ai t trop bien instruit pour tomber dans un si trange aveuglement.

LE PRLAT.

Que si dans votre manire de vivre il y a encore quelque chose redire, que rien ne vous dtourne de rompre vos liens, que rien ne vous empche de briser vos chanes, puisque le pch et la mort, dit un grand pre, sont une mme chose et que celui qui retarde la sortie de son spulcre, en en danger de n'en sortir jamais.

L'ABB.

S'il est craindre que le pch ne vienne jusques nous, il est bien plus craindre que nous ne demeurions au pch.

LE PRLAT.

Que les lumires de l'glise soient toujours les Lois animes sur lesquelles vous rgliez vos actions ; que les lgitimes dispensateurs des Oracles ternels soient toujours les rgles vivantes sur lesquelles vous ajustiez vos moeurs ; l'on ne peut ngliger ce qu'ils ordonnent, qu'on ne choque celui qui les a instruits ; l'on ne peut rejeter ce qu'ils enseignent, qu'on ne mprise celui qui les a inspirs.

L'ABB.

L'glise est une mre infaillible, elle doit tre notre Directrice.

LE PRLAT.

Que ce qui tente, que ce qui trompe, fait toujours l'objet de votre mpris ; que ce qui flatte, que ce qui passe, fait toujours l'objet de votre aversion.

L'ABB.

Je regarde toutes les choses prissables comme prissables ; et quoi que te ne sois pas insensible, je puis dire par la grce de Dieu, que je n'ai pas grand sujet de me plaindre de mes infirmits.

LE PRLAT.

Enfin, mon cher Parent, que l'amour de Dieu soit toujours chez vous un amour de prfrence, puisque Dieu renferme tout ce que les cratures ne renferment point ; que c'est un pre q ne peut tre dnatur, que c'est un roi qui ne peut tre tyran, que c'est un juge qui ne peut tre partial que c'est un matre qui ne peut tre mconnaissant, et que c'est un ami qui ne peut tre infidle.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. ces causes, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le Sieur Sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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