DE L'ENTREVUE AMOUREUSE

CONVERSATION

XXXV.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 30/04/2024 20:06:57.


ACTEUR.

LE PRINCE.

LA PRINCESSE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 208-212.


DE L'ENTREVUE AMOUREUSE

L'entrevue d'un grand Prince et d'une grande Princesse, qui se fit .... lorsqu'une des plus grandes Reines du Monde revint de son Voyage de.......

LE PRINCE.

Si l'on doit juger de la douleur de l'loignement par le plaisir de la prsence ; vous pouvez bien croire, Madame, que votre absence a fait les plus tristes jours de ma vie, puisque je ne vois rien de beau qui puisse conserver auprs de vous cette charmante qualit, et qu'on est extrmement sensible la privation des choses qu'on aime extrmement.

LA PRINCESSE.

J'aurais mauvaise grce, Monsieur, de douter de votre amiti ; vous avez fait toutes les avances d'un amant, et il serait indcent un Prince comme vous, de paratre plein de franchise, et d'tre plein de dissimulation : aussi ne feindrai-je point de vous dire, qu'en qualit de crdule et de sensible, j'ai pris part la part que vous avez prise aux petits accidents qui me sont arrivs, et que l'impatience que l'avais de vous faire civilit sur votre tristesse, a t une des plus rudes souffrances de mon voyage.

LE PRINCE.

Quoi que je sois ravi, Madame, que votre bont s'intresse en ce qui me regarde, je suis pourtant fch qu'elle vous ait fait passer de mauvaises heures.

LA PRINCESSE.

Comme votre tendresse faisait vos dplaisirs, il tait juste que la mienne fit mes ressentiments.

LE PRINCE.

Que ne doit-on point esprer d'une Princesse si considrante et si humaine ?

LA PRINCESSE.

Que ne doit-on point attendre d'un Prince si sensible et si bon ?

LE PRINCE.

Je ne vous dirai point, Madame, que l'honneur que vous me faites excde mon mrite ; j'offenserais en votre personne un jugement dont je fais tous les jours les loges : je vous dirai seulement que la passion de vous plaire occupe toutes mes penses, et que si l'on peut parvenir la possession de vos bonnes grces par l'extrmit de la passion, je puis esprer d'tre un jour la moiti de vous-mme.

LA PRINCESSE.

Le dsir de me plaire ne doit point vous inquiter ; Pour peu qu'on vous connaisse, l'on peut se vanter de connatre une personne fort aimable.

LE PRINCE.

Aprs l'avantage d'tre si bien auprs de vous, que mon ambition peut-elle dsirer ?

LA PRINCESSE.

Je ne m'tonne pas de ce que vous faites tant d'tat de l'affection de votre cousine ; les Dames font vaines , et le Prince est galant.

LE PRINCE.

On dit que les effets vrifient les rles : si cela est, comme il n'en faut pas douter, ou toutes les puissances du Monde conspireront contre mon dessein ; ou les vnements vous apprendront, Madame, que je regarde vos vertus comme quelque chose de merveilleux, et que je constitue mme le souverain bonheur de mes jours en l'honneur de votre amiti.

LA PRINCESSE.

Quoi qui arrive, le Prince fera toujours le plaisir de mes yeux, et les motions de mon coeur les charmes de mon imagination, et le sujet de mes belles heures.

LE PRINCE.

Je vis dans cette confiance.

LA PRINCESSE.

Vous mourrez dans ce sentiment.

LE PRINCE.

Agrable confirmation ! Il n'y a point de paroles plus favorables, il n'y a point de rponse plus satisfaisante.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. ces causes, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le Sieur Sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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