DE LA BELLE RESISTANCE

CONVERSATION

X.

XCVIII.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR REN BARY, Conseiller et Historiographe du Roi.

PARIS, Chez CHARLES DE SERCY, au Palais, dans le salle Dauphine, la Bonne-Foi couronne.


© Thtre classique - Version du texte du 31/01/2024 17:22:14.


ACTEUR.

POLEONTE.

PAULINE.

Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes, divises en cent dialogues, ddies au Roi.", Ren Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662. pp 53-70.


DE LA BELLE RESISTANCE

CONVERSATION.

Poleonte qui est ami d'une trs belle femme, tche de se prvaloir, de se prvaloir de ses dplaisirs domestiques.

POLEONTE.

Vous tes pensive ; et l'on dirait vous voir, que vous tes mcontente.

PAULINE.

Il ne faut pas tre savant en l'art de deviner, pour dire ce que vous dites : Mais o font les personnes qui puissent se vanter d'tre satisfaites ?

POLEONTE.

Il ne tient qu' vous que votre condition ne soit meilleure.

PAULINE.

Ce discours est obscur, je ne l'entends pas.

POLEONTE.

Voulez-vous que je vous l'explique ?

PAULINE.

Il n'est pas ncessaire.

POLEONTE.

Ha ! Mchante, vous riez ! Vous savez ma pense.

PAULINE.

Je n'ai pourtant pas trop envie de rire.

POLEONTE.

Croyez-moi, suivez mon conseil ; reprsentez-vous que la jeunesse n'a point de retour ; que l'ge qui la fuit, n'a point de consolateurs ; et que comme il y a de sottes fidlits, il y a de belles perfidies.

PAULINE.

Quelle doctrine ! H o avez-vous appris cette morale ?

POLEONTE.

Comme il est juste de tromper le trompeur, il est raisonnable de manquer de foi celui qui manque de parole : On a jur qu'on vous applaudirait, et l'on vous contredit ; On a jur qu'on vous aimerait, et l'on vous perscute ; on a jur qu'on vous honorerait, et l'on vous diffame ; il me semble que ces indignits sont atroces, que ces injures sont horribles, qu'elles devraient trouver du ddain dans vos yeux de la haine dans votre coeur, et du changement dans vos actions.

PAULINE.

Il faut faire le bien contre le mal.

POLEONTE.

S'il faut faire le bien contre le mal, quel avantage a le bien ?

PAULINE.

Quoi qu'on fasse quelquefois pour les personnes indignes, ce qu'on fait pour les personnes aimables, on le fait toujours diversement : et c'est pour cette raison qu'on dit qu'il y a bien de la diffrence entre les offices du devoir, et les effets de l'affection ; entre les manires de traiter un mari fcheux, et les faons de traiter un mari complaisant.

POLEONTE.

Quelques raisons que vous puissiez allguer, un dsobligeant ne mrite pas qu'on l'oblige.

PAULINE.

Il y a de certains exemples qui doivent plutt faire natre la patience, que l'emportement ; et j'ai toujours ou dire, que le vice des maris ne devait pas touffer la vertu des Femmes.

POLEONTE.

Quel moyen d'accorder l'injustice avecque la vertu ?

PAULINE.

On met l'observance entre les bonnes habitudes ; et cette habitude qui est sous la justice, et par consquent sous la vertu, dfre la loi.

POLEONTE.

La vengeance est ne avecque nous ; et ce qui la combat, combat la Nature.

PAULINE.

La Nature est peccable, mais les Lois d'En-haut sont infaillibles.   [ 1 Peccable : Qui est capable de pcher. Tout homme est peccable. [L]]

POLEONTE.

Il y a grand plaisir repousser l'injure.

PAULINE.

Il y a grand plaisir surmonter son ressentiment.

POLEONTE.

On est soulage quand on a donn quelque chose son aigreur.

PAULINE.

On est confuse quand on s'est venge ses dpens.

POLEONTE.

Vengez-vous, et vous ne vous en repentirez point ; je prends part vos intrts, et vous trouverez en ma personne toutes les qualits que la faveur demande.

PAULINE.

Il y a grande apparence que vous ne seriez pas assez retenu lors que mon honneur dpendrait de votre discrtion, puisque vous tes trop licencieux lorsque votre bonheur dpend de ma piti.

POLEONTE.

Il est vrai que je m'emporte, que je m'oublie ; mais la violence de mon mal excuse la libert de mes paroles ; vous possdez mon coeur, et je ne possde pas ma langue.

PAULINE.

Je vous plains, et je vous condamne.

POLEONTE.

Si de deux maux il faut viter le pire, vous devez tre plus porte tromper un homme outrageux, qu' faire mourir un homme passionn.

PAULINE.

On doit prfrer une duret religieuse un dpit criminel, une cruaut innocente une complaisance dfendue.

 


PRIVILGE DU ROI.

Louis par le Grce de Dieu, Roi de France et de Navarre : nos ms et Faux conseillers les gens tenant nos cours de Parlement, requtes de notre Htel et du Palais, Baillifs, snchaux, leurs lieutenants, et tous autres nos officiers et justiciers qu'il appartiendra, salut. Notre cher et bine aim le sieur REN BARY, nous a fait expos qu'il a fait un livre intitul, L'Esprit de Cour, ou les belles conversations, lequel il dsirerait faire imprimer, s'il nous plaisait lui accorder nos lettres sur ce ncessaires. CEs CAUsEs, Nous lui avons permis et permettons par ces prsentes, de faire imprimer, vendre et dbiter en tous les lieux de notre Royaume, le susdit livre en tout ou en partie, en tels volumes, marges et caractres que bon lui semble, pendant sept annes, commencer du jours que chaque volume sera achev d'imprimer pour le premire fois, et condition qu'il en sera mis deux exemplaires dans notre Bibliothque publique, un ne celle de notre chteau du Louvre, vulgairement appel le Cabinet des Livres, et un en celle de notre trs cher et fal le sieur sguier Chancelier de France, avant de les exposer en vente ; et faute de rapporter s mains de notre m et fal Conseiller en nos conseils, Grand Audiencier de France, en quartier, un rcpiss de notre Bibliothque, et du sieur Cramoisy, commis par nous du chargement de la dlivrance actuelle desdits exemplaires, Nous avons ds prsent dclar ladite permission d'imprimer nulle, et avons enjoint au syndic de faire saisir tous les exemplaires qui auront t imprims sans avoir satisfait les clauses portes par ces prsentes. Dfendons trs expressment toutes personnes, de quelque condition et qualit qu'elles soient, d'imprimer, faire imprimer, vendre ni dbiter le susdit livre en aucun lieu de notre dsobissance durant ledit temps, sous quelque prtexte que ce soit, sans le consentement de l'exposant, peine de confiscation de ces exemplaires, de quinze cent livres d'amende, et de touts dpends, dommages et intrts. Voulons qu'aux copies des prsentes collationnes par l'un de nos ms et faux conseillers et secrtaires du Roi, foi soit ajoute comme l'original. Commandons au premier notre Huissier ou sergent sur ce requis, de faire pour l'excution des prsentes tous exploits ncessaires, sans demander autre permission ; Car tel est notre bon plaisir ; nonobstant oppositions ou appellations quelconques, Clameur de Haro, Charte Normande, et autres lettres ce contraires. Donn Paris le quinzime jour de dcembre, l'an de grce mille six cent soixante et un, et de Notre rgne le dix-neuvime. sign, par le Roi en son conseil, MOUsTIER, et scell du grand sceau de cire jaune.

Registr sur le livre de la Communaut le 10 , mars 1662, suivant l'arrt de la Cour de Parlement du 8 avril 1653. sign DEBRAY, syndic.

Ledit sieur BARY a cd et transport son droit de privilge Charles de Sercy Marchand Libraire Paris, pour en jouir suivant l'accord fait entre eux.

Achev d'imprimer pour la premire foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont t fournis


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Notes

[1] Peccable : Qui est capable de pcher. Tout homme est peccable. [L]

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