LE PARADIS TERRESTRE

Imité de Milton, poète anglais.

Divertissement spirituel en un acte

M. DCC. XXXV.

Abbé NADAL


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 29/12/2016 à 19:39:56.


À Madame Le Nains, intendante du Poitou.

De l'humble Piété votre coeur est le temple,

Ouvrage du ciel même, à sa gloire élevé

Et si de vos vertus Ève eut donné l'exemple,

Le genre humain était sauvé.


ACTEURS.

ADAM.

ÈVE.

UN ANGE.

LE NARRATEUR.

CHOEUR DES ANGES.


SCÈNE PREMIÈRE.
Adam, Ève, Le Narrateur.

LE NARRATEUR.

Ce fut au jour marqué dans ses décrets divers,

Que Dieu laissant agir sa puissance secrète,

Vit du sein du néant éclore l'Univers :

Que la clarté, dit-il se fasse : elle fut faire,

5   Et les cieux, et la terre et les mers tout à tour

Formés avec même avantage,

Coururent se placer chacun dans leur séjour

Semblait de son pouvoir faire l'apprentissage,

Réserva la beauté pour son dernier ouvrage

10   Dans Dieu de ses augustes mains

Eut fait Adam sur son modèle

De sa chair, alors immortelle,

Il sut au plus beau des humains

Faire une épouse encore plus belle.

15   Dans un jardin délicieux

Qu'entre mille parfums arrose une onde pure,

Sous un berceau, l'amour de la nature,

Que perçait la lumière des cieux,

Pour la première fois dans un lit de verdure

20   Nos amants ouvrirent les yeux.

À leur aspect leur coeur ne put suffire,

L'oeil s'égare, la vois sur leurs lèvres expire,

Les sens sont suspendus, les transports sont divins ;

Et lui-même d'un doux sourire

25   Dieu bénit l'oeuvre de ses mains.

ADAM.

Cher objet avec qui je me trouve lié

Des noeuds sacrée d'une ardeur mutuelle,

Fille du ciel, ma compagne fidèle,

Cher part de moi-même, ou plutôt ma moitié,

30   Sois pour moi, dans le cours d'une chaîne si belle,

Un sujet éternel d'amour et d'amitié.

Ose attacher sur moi ces yeux dont la lumière

Brûle mon coeur de feux aussi puisque ma foi,

Et reçois ces regard avec qui toute entière

35   Mon âme s'envole vers toi.

ÈVE.

Digne présent du ciel, hôte de ces beaux lieux,

Auteur d'un doux transport que je ne puis comprendre,

J'ignore encore quel bien est le plus précieux,

Ou de te voir ou de t'entendre.

40   Que béni soit l'état où je me vois :

Je brûle de porter la chaîne

Qui te doit unir avec moi.

Esclave ensemble et souveraine

Ma gloire est d'obéir quand je règne sur toi ;

45   Et cédant sans effort au penchant qui m'entraîne,

Je sens que mon coeur vole au devant de ta loi.

ADAM.

De tes devoirs c'est à moi de t'instruire

Sois attentive aux objets que tu vois ;

Si dieu pour les former n'employa que sa voix,

50   Il peut d'un souffle les détruire ;

Et tout dans le chaos rentrerais à la fois.

Arrête m'a-t-il dit, arrête, et considère.

D'Ève et de toi par un décret austère

J'attache les destins à cet arbre fatal.

55   Contemple ce beau fruit, qui du bien et du mal

Renferme le profond mystère.

C'est de ce fruit qu'il vous faut abstenir,

Gardez-vous d'y porter une main téméraire,

Ou la terrible mort saura vous en punir.

ÈVE.

60   C'est une épreuve bien légère

De la fidélité que l'on doit à ces lois.

Aux risques d'attirer l'éclat de sa colère,

Est-ce à la volupté, quand elle est passagère,

À déterminer notre choix ?

ADAM.

65   Il n'exige de nous que cette obéissance

Pour prix de l'immortalité,

Qu'avec tant d'autres biens sa faveur nous dispense.

Si nous chérissons sa bonté.

Craignons encore plus sa puissance.

SCÈNE II.
Un Ange, Adam, Ève, Le Narrateur.

ÈVE.

70   Ministre et favori de cieux,

Esprit pur, ange tutélaire,

Fends la céleste plaine, et vole en ces si beaux lieux.

Mais sensible à notre prière,

Déjà de ton aile légère

75   L'éclat vient de frapper nos yeux.

Soutiens-nous dans l'ardeur de plaire

Au Dieu qui prévient tous nos voeux.

L'ANGE.

De ses bienfaits, de ses faveurs extrêmes

Vous savez le prix qu'il attend.

80   Les ombres de la nuit et les abîmes mêmes,

L'astre du jour sur son char éclatant,

Le Ciel, tout obéit à ses ordres suprêmes ;

Pourrions nous n'en pas faire autant.

TRIO

L'ANGE, ADAM, ÈVE.

Les ombres de la nuit et les abîmes mêmes,

85   L'astre du jour sur son char éclatant,

Le Ciel, tout obéit à ses ordres suprêmes ;

Pourrions nous n'en pas faire autant.

SCÈNE III.
Adam, Ève, Le Narrateur.

ADAM.

Puissent de toute créature

Adorés ses ordres souverains

ÈVE.

90   Gloire à celui qui remet dans nos mains

Tous les plaisirs de la nature.

ADAM.

C'est à nous de servir ces augustes desseins.

Il a soumis à notre empire

L'air, la terre, la mer, et tout ce qui respire.

ÈVE.

Des dons qu'il a versés sur toi

Le prix sera toujours présent à ma mémoire :

Mais quoiqu'il ait fait pour ta gloire,

En me donnant ton coeur il a plus fait pour moi.

DUO.

ADAM, ÈVE.

Pour hâter un bonheur suprême,

100   Serments sacrés, unissez nos destins :

Volez au trône de Dieu même

Sur les ailes des chérubins.

ÈVE.

Amant si sensible et si tendre,

Ou plutôt mon maître et mon roi,

105   C'est de toi que je vais d"pendre ;

Un Dieu m'en impose la loi.

Déjà sa voix s'est faite entendre,

La terre a tremblé d'effroi ;

Et dans tes bras Ève vient rendre

110   La premier tribut se sa foi.

SCÈNE I.
et DENIÈRE.
L'Ange, Choeur des Anges, plusieurs vois prises du Choeur des Anges, Adam, Ève, Le Narrateur.

LE NARRATEUR.

La chef de ces esprits qui volent sur le faîte

Où dans sa majesté repose l'Éternel,

Ouvrit les honneurs de la fête

Par ce cantique solennel.

L'ANGE.

115   Rends leurs félicités plus sûres,

Epithalame

Hymen, céleste Hymen, allume ton flambeau :

Tu préserves les coeurs de cruelles blessures,

Tu sais leur destin le plus beau ;

Et d'un chaste main déchirant son bandeau,

120   Tu fournis à l'Amour ses flammes les plus pures.

Chantez sous ces riants lambris,

Chantez les délices secrètes

De deux coeurs ardemment épris ;

Si les douceurs en sont parfaites,

125   C'est parce qu'un Dieu les a faites :

Obéir à ses lois, c'est en rendre le prix.

LE CHOEUR DES ANGES.

Chantons sous ces riants lambris,

Chantons les délices secrètes

De deux coeurs ardemment épris ;

130   Si les douceurs en sont parfaites,

C'est parce qu'un Dieu les a faites :

Obéi à ses lois, c'est en rendre le prix.

UNE VOIX DU COEUR DES ANGES.

Tendres passagers des beaux jours,

Favoris naissants de l'Aurore,

135   Oiseaux, célébrez leurs amours,

Et redoublez vos chants encore.

Que sous leurs pas naissent toujours

Les fleurs qu'on y voit éclore :

Qu'à jamais durent dans leur cours

140   Les biens que leur âme dévore.

Ranimés pour eux vos accents ;

C'est à Dieu même rendre hommage ;

Ils brûlent de feux innocents,

Et plus doux que votre ramage.

145   Que de leurs transports renaissants

Vos sons nous retracent l'image :

Ils brûlent de feux innocents,

Et plus doux que votre ramage.

LE NARRATEUR.

L'Écho, lointain du noeud qui les engage,

150   Rendait ainsi leurs voeux et leurs tendres soupirs.

DUO.

ADAM et ÈVE.

Puisse pour nous le Dieu qui comble nos désirs,

Charmant époux être toujours le même.

Charmante épouse être toujours le même.

Rien ne peut l'emporter sur nos premiers plaisirs,

155   Que l'éclat seul de sa gloire suprême.

L'ANGE.

Vous pour qui tous les coeurs sont faits,

Aimable et pure intelligence,

Puissiez-vous durer à jamais !

Vos biens les plus parfaits

160   Ne coûtent rien à l'innocence ;

Elle en augmente encore le prix et les attraits.

Vous pour qui tous les coeurs sont faits,

Aimable et pure intelligence,

Puissiez-vous durer à jamais !

TOUT LE CHOEUR.

165   Vous pour qui les coeurs sont faits,

Aimable et pure intelligence,

Puissiez-vous durer à jamais !

 


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