LE BAL.

COMÉDIE.

VINGT SIXIÈME PROVERBE.

1822.

de CARMONTELLE.

À PARIS, chez DELONGCHAMPS, LIBRAIRE RUE DE LA FEUILLADE, n°2, près de la Place des Victoires.


Texte établi par Paul FIEVRE mai 2019

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 29/06/2019 à 08:33:13.


PERSONNAGES

MADAME DE CLERVAUT.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

MADAME D'ORVILLE.

LE CHEVALIER DE BERCY.

MONSIEUR DE SAINT-VAL, ami de M. de Clervaut.

La scène est chez madame de Clervaut, et dans une pièce qui est proche de la salle du bal, chez madame d'Orville.

Extrait de PROVERBES DRAMATIQUES DE CARMONTELLE précédé de la vie de Carmontelle (...), chez DELONGCHAMPS libraire, Tome Premier, 1822. pp. 499-364


LE BAL

SCÈNE PREMIÈRE.
Madame de Clervaut, Le Chevalier, tous deux en habits de bal.

La scène est dans l'appartement de madame de Clervaut.

MADAME DE CLERVAUT, en entrant et s'asseyant.

Attendons ici. Madame de Miremont est insupportable ! Voyez à quelle heure nous arriverons au bal.

LE CHEVALIER.

Pourquoi désirez-vous de me priver d'un moment si précieux pour moi ?

MADAME DE CLERVAUT.

Chevalier, encore une fois, ne me parlez plus sur ce ton-là, ou je ne vous verrai plus.

LE CHEVALIER.

Mais, Madame, est-ce répugnance ? Ne me trouvez-vous pas digne de vous ?

MADAME DE CLERVAUT.

Je vous ai déjà dit que je vous estime ; j'aime votre ton ; je suis même charmée de vous rencontrer dans la société : mais pour ce qui est de l'amour, je n'en veux point avoir.

LE CHEVALIER.

Si je ne vous déplais pas, pourquoi refuser mes soins ? Est-ce faire une indiscrétion de vous le demander ? Si vous m'estimez, pourquoi me le taire ?

MADAME DE CLERVAUT.

Vous avez raison : ce sera peut-être un moyen de vous guérir de votre amour, et de vous empêcher de perdre un temps que vous emploieriez mieux ailleurs.

LE CHEVALIER.

Ah ! Madame, ne le croyez pas; non, jamais...

MADAME DE CLERVAUT.

Écoutez-moi. J'ai épousé Monsieur de Clervaut sans le connaître, comme c'est l'usage : c'est un homme aimable, qui m'a aimée dès le premier moment, dont je fais tout le bonheur : pour quoi le troublerai-je ? Je suis heureuse comme je suis, que puis-je désirer de plus ?

LE CHEVALIER.

D'être aimée autant que vous méritez de l'être.

MADAME DE CLERVAUT.

Je le suis.

LE CHEVALIER.

Vous le croyez ? Mais si vous l'aimez réellement, votre bonheur ne sera pas long.

MADAME DE CLERVAUT.

J'ai pour mon mari une estime et une amitié solides ; et rien ne pourra me déterminer à lui causer le moindre chagrin. Les moyens que vous voulez même employer pour me faire répondre à vos sentiments, feront le contraire, et m'éloigneront de vous entièrement.

LE CHEVALIER.

Mais si Clervaut vous trompe ?

MADAME DE CLERVAUT, rêvant.

S'il me trompait !... Mais cela n'est pas possible.

LE CHEVALIER.

Pour ma justification, du moins consentez à en avoir la preuve.

MADAME DE CLERVAUT.

Je ne saurais le croire.

LE CHEVALIER.

Et quelle opinion vous restera-t-il de moi ? Celle d'un malhonnête homme, d'un imposteur. Me mépriserez-vous assez pour vouloir conserver une impression aussi cruelle pour moi ?

MADAME DE CLERVAUT.

Mon mari m'aime ; je n'en saurais douter.

LE CHEVALIER.

Il peut vous avoir aimée : je le crois comme vous ; mais son amour n'a pas été assez fort pour résister au désir d'être aimé d'une autre.

MADAME DE CLERVAUT.

Mais si cela n'est pas vrai, à quoi pouvez-vous vous attendre ?

LE CHEVALIER.

À mériter votre indignation toute ma vie.

MADAME DE CLERVAUT.

Je vous la promets ; songez-y avant de rien entreprendre.

LE CHEVALIER.

Mais si vous êtes convaincue, vous n'aurez plus de raisons à m'opposer. Que puis-je espérer ? Ce n'est plus un vol que je lui fais ; vous n'avez pas encore connu le bonheur d'aimer ; je vous réponds toute ma vie de n'avoir de volontés que les vôtres, si votre coeur peut devenir sensible. C'est un bien si grand, qu'à peine peut-on le concevoir, même en le goûtant.

MADAME DE CLERVAUT.

Chevalier... Quels sont vos moyens?

LE CHEVALIER.

Que me promettez-vous ?

MADAME DE CLERVAUT.

Il faut être sûre avant de pouvoir s'engager.

LE CHEVALIER.

Ah, je serai trop heureux !

Il lui baise la main.

MADAME DE CLERVAUT, souriant.

Votre espoir s'accroît facilement.

LE CHEVALIER.

Le moyen que j'imagine est presque sûr. Vous êtes de la taille de madame d'Orville...

MADAME DE CLERVAUT.

Quoi ; ce serait madame d'Orville que mon mari aimerait ?

LE CHEVALIER.

Elle-même. Elle se masquera, pour n'être pas obligée de faire les honneurs de son bal. Votre mari, occupé d'elle, oubliera toutes les autres femmes, et cherchera les occasions de lui parler sans cesse. Sa prononciation la fait aisément reconnaître. Parlez gras comme elle ; il s'y trompera, et vous connaîtrez facilement le fond de son coeur. Si ce moyen-là vous manque, je vous en trouverai d'autres, je vous en réponds.

MADAME DE CLERVAUT.

Je crois que je dois m'en rapporter à vous; mais songez, encore une fois, à tout ce que vous risquez, si vous vous trompez : je ne vous reverrai de ma vie.

Elle se lève.

Puisque Madame de Miremont ne vient point, partons.

Ils sortent après s'être masqués.

SCÈNE II.
Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

La scène est dans une pièce à côté du bal, chez madame d'Orville.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Ah, te voilà, Clervaut ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Oui ; dis-moi donc, Saint-Val, comment est masquée Madame d'Orville ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Je n'en sais rien ; je ne l'ai pas encore vue. Sais-tu que je te devine ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Eh bien, que devines-tu ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Que tu as des desseins sur elle.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Si tu pariais, je te dirais que tu as gagné. C'est vrai, la tête m'en tourne.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Cela ne serait peut-être pas difficile.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tu le crois ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Ma foi, je ne sais ; mais si j'en avais autant d'envie que toi, je n'hésiterais pas.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Oui ; mais si elle aime son mari ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

À propos de quoi vas-tu penser à son mari ? Que font les maris dans tout cela ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tu en parles bien à ton aise, parce que tu es garçon, toi.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Eh, d'où viens-tu donc ? Crois-tu garder Madame de Clervaut, en courant après madame d'Orville ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Pourquoi pas ? Elle n'en saura rien.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Elle n'en saura rien ! Je le lui dirais plutôt que de le lui laisser ignorer. Une femme que son mari abandonne, est un effet qui doit rentrer dans la société.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je ne l'abandonne point; et si je la croyais capable de penser comme toi...

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Que ferais-tu ? Renoncerais-tu à tes projets sur Madame d'Orville ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Mais... Cela me coûterait.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Laisse donc aller les choses, et songe à t'amuser. Te voilà tout sérieux.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tu m'as troublé l'imagination.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Tiens, voilà Madame d'Orville.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tu crois que c'est elle ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Sûrement. Allons, reprends ta bonne humeur. Pour moi, je vais tenter aussi une aventure : si je la manque, je ne m'en pendrai pas.

SCÈNE III.
Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut.

Tenez, le voilà votre mari.

MADAME DE CLERVAUT.

Il vient à moi.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

En vérité, beau masque, c'est bien mal faire les honneurs de chez soi, que de se cacher si longtemps.

MADAME DE CLERVAUT, grasseyant.

Vous me connaissez ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Cela pourrait être difficile à un autre ; mais pour moi...

MADAME DE CLERVAUT.

Vous êtes galant au bal.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je suis vrai ; c'est bien plus que d'être galant.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut.

Cela commence bien.

MADAME DE CLERVAUT, au Chevalier.

Allez faire un tour de bal ; je commence à vous croire.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut.

Je ne serai pas longtemps.

SCÈNE IV.
Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je crains bien qu'un autre ne m'ait prévenu, et que, plus heureux que moi...

MADAME DE CLERVAUT.

Ah, vous voilà jaloux déjà ! C'est une preuve d'amour que vous voulez me donner apparemment : mais je vous avertis que c'est très mal commencer ; car je hais les jaloux à la mort.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Quittez, je vous prie, le ton de la plaisanterie, quand il s'agit de l'affaire la plus sérieuse que je pense avoir de ma vie.

MADAME DE CLERVAUT.

Dites-moi si vous êtes réellement jaloux de Madame de Clervaut.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Eh, Madame ! Que vous importe?Laissez-moi vous parler, et ne m'occuper que de vous; je vous en supplie, répondez moi.

MADAME DE CLERVAUT.

Mais, répondez-moi vous-même.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Madame, j'estime madame de Clervaut : je l'ai aimée à la fureur ; mais je vous ai vue, puis-je l'aimer encore ?

MADAME DE CLERVAUT.

Pourquoi pas ? Est-elle moins aimable ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je n'en sais rien ; mais vous me le paraissez davantage. Je ne peux plus m'occuper que de vous ; je vous consacre ma vie ; mon bonheur est entre vos mains ; décidez de mon sort.

MADAME DE CLERVAUT.

Ce ton devient bien grave au moins, pour un bal; et si l'on attaquait aussi vivement madame de Clervaut ici, je crois que cela ne vous plairait pas, si vous le saviez.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Mais, madame, pourquoi vouloir toujours me parler d'une autre chose que de vous ?

MADAME DE CLERVAUT.

Vous ne le devinez pas ? Allez, je ne vous parle que de moi et de mes intérêts.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Que de vous et de vos intérêts ? Je ne vous comprends point... Ô ciel ! S'il était vrai ! Si ce que j'ose penser....

MADAME DE CLERVAUT.

Quoi ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je n'ose vous le dire.

MADAME DE CLERVAUT.

Je le veux absolument.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Vous me trouveriez trop vain.

MADAME DE CLERVAUT.

Pourquoi ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

L'on est toujours porté à se flatter ; c'est sûrement une erreur.

MADAME DE CLERVAUT.

Mais quoi ? Dites donc.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

J'imagine que vous êtes jalouse...

MADAME DE CLERVAUT.

De qui ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

De ma femme.

MADAME DE CLERVAUT.

Mais...

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Achevez de me rendre heureux....

MADAME DE CLERVAUT.

Mais si cela était, que feriez-vous pour me rassurer ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tout, tout ; vous n'avez qu'à ordonner.

MADAME DE CLERVAUT.

Tout, c'est bientôt dit.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Commandez, je vous en supplie.

MADAME DE CLERVAUT.

Eh bien, vous avez son portrait, je veux que vous me le sacrifiiez.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Ah, que ne me demandez-vous quelque chose de plus difficile !

MADAME DE CLERVAUT.

Cela me suffira.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Le voici.

Lui donnant le portrait.

Mais quel sera mon sort ?

MADAME DE CLERVAUT.

Vous le décidez dans ce moment.

Se levant.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Mais du moins dites-moi....

MADAME DE CLERVAUT.

Nous nous retrouverons.

SCÈNE V.
Monsieur de Clervaut, Madame de Clervaut, Le Chevalier.

MADAME DE CLERVAUT, au Chevalier en lui donnant son portrait.

Tenez, masque, gardez-moi cela jusqu'à ce que je vous le demande.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Mais, Madame...

MADAME DE CLERVAUT.

Je sais bien ce que je fais. Rentrons dans le bal.

LE CHEVALIER, à Madame de Clervaut.

Je vous suis. Quel bonheur !

SCÈNE VI.
Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Où vas-tu ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Laisse-moi donc entrer.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Non, je veux savoir si tu as réussi. La conversation a été longue.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Oui.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Et tu m'en parais content ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Mais...

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Ah ! De la discrétion... J'entends ce que cela veut dire ; je te fais compliment.

SCÈNE VII.
Madame d'Orville, Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MADAME D'ORVILLE, sans être masquée, avec un domino différent de celui de Madame de Clervaut.

Eh bien, messieurs, que faites-vous donc ici ? Pourquoi ne pas rentrer dans le bal ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Que vois-je !

MADAME D'ORVILLE.

Comment, pourquoi êtes-vous si étonné ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Je te laisse ; il faut servir ses amis.

Il rentre dans le bal.

SCÈNE VIII.
Madame d'Orville, Monsieur de Clervaut.

MADAME D'ORVILLE.

Mais, dites-moi donc, d'où vient votre étonnement ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

C'est de ce que vous avez pu changer de domino si promptement.

MADAME D'ORVILLE.

Rêvez-vous ? Je n'en ai point changé du tout.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Quoi ! Je ne viens pas de causer ici avec vous dans l'instant ?

MADAME D'ORVILLE.

Je ne sais ce que vous voulez dire.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Vous voulez m'inquiéter, apparemment ?

MADAME D'ORVILLE.

Je vous réponds que je ne plaisante nullement.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Ah ! Je vois que vous voulez vous dédire de tout ce que vous m'avez fait espérer.

MADAME D'ORVILLE.

Vous plaisantez vous-même, assurément.

MONSIEUR DE CLERVAUT, à part.

Oh ciel ! Me serais-je trompé !

MADAME D'ORVILLE.

Je puis vous prouve aisément que depuis que le bal est commencé, je ne suis pas sortie de l'endroit où l'on danse ; et j'ai toujours eu le même domino.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Vous m'affligez, vous me désespérez.

MADAME D'ORVILLE.

Quel en est le sujet ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Vous le savez, Madame.

MADAME D'ORVILLE.

Je vous jure que non.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Quoi ! Après tout ce que vous m'avez dit, après la preuve que je vous ai donnée de mon amour pour vous....

MADAME D'ORVILLE.

Je vois que vous avez été joué, et que vous avez été la dupe d'une autre. Informez-vous, et tout vous convaincra que je ne vous ai pas parlé de la soirée. Adieu ; tout ce que je puis faire pour vous, c'est de ne rien dire de cette aventure.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je croirai que je me suis trompé, jusqu'à ce que j'aie retrouvé le masque avec qui je me suis entretenu.

MADAME D'ORVILLE.

Tout comme il vous plaira.

Elle entre dans le bal.

SCÈNE IX.
Monsieur de Clervaut, Monsieur de Saint-Val.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Où vas-tu ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je vais chercher quelqu'un ; laisse-moi aller.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Je te cherche, moi, pour te conte une aventure très plaisante, qui vient d'arriver ici dans l'instant

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Tu me la diras une autre fois.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Cela ne vaudrait plus rien.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je t'en prie.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Non, non, écoute-moi. Tu connais le Chevalier de Bercy ?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Oui.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Il aime une femme depuis longtemps, sans avoir pu réussir jusqu'à ce moment.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Eh bien ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Il vient enfin de la déterminer en sa faveur.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Ici ?

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Oui, ici.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Il est bien heureux.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Oh mais, c'est la manière dont cela s'est fait, qui est plaisante ! Cette femme a retiré son portrait des mains de son mari, pour le donner à son amant en sa présence.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Quoi ?...

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Ne trouves-tu pas cela délicieux ?

Il rit.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

C'est le chevalier de Bercy ?...

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Oui, lui-même. Il vient de s'en aller avec elle. Je voudrais connaître le mari.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Non pas moi.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

C'est une aventure unique. Garde-moi le secret.

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Ne crains rien.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Mais qu'as-tu donc ? Cela ne te paraît pas plaisant?

MONSIEUR DE CLERVAUT.

Je n'en puis plus ; je m'en vais. Adieu.

Il sort.

MONSIEUR DE SAINT-VAL.

Il n'est pas content de sa dame, apparemment.

Ils sortent.

 


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