LE MARIAGE DE SCARRON

COMÉDIE en un acte et en prose, mêlée de vaudevilles

AN 6.

Par P. Y. BARRÉ, J. B. RADET et F. G. DESFONTAINES.


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 07/04/2017 à 09:56:43.


PERSONNAGES, ACTEURS.

SCARRON, Citoyens CARPENTIER.

LE MARQUIS DE VILLARCEAUX, JULIEN.

MÉNAGE, DUCHAUME.

GIRAULT, valet-de-chambre de Ménage, HYPOLYTE.

MAUGIN, valet de Scarron, CHAPELLE.

UN NOTAIRE, FICHET.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, Citoyennes SARA.

NINON DE LENCLOS, BLOSSEVILLE.

BABET, jeune fille, FLEURY.

La Scène est à Paris, au Marais, chez Scarron.


Le théâtre représente un Salon.

SCÈNE PREMIÈRE.

MAUGIN seul.

Il jette les yeux sur une pendule.

Ah ! Ah !... Déjà neuf heures !... Monsieur l'Abbé ne tardera peut-être pas à sortir du lit, c'est à-dire, à vouloir que je l'en sorte ; car, sans moi, il y resterait longtemps ; mais il attend Mademoiselle d'Aubigné ; il sera matinal. Préparons-lui toutes ses petites affaires... Sa table...   [ 1 Scarron était presque entièrement paralysé et ne se déplaçait qu'en fauteuil roulant.]

Il la place sur le devant de la scène.

Ses livres...

Il les arrange.

Ses lettres... La dernière épreuve de Jodelet... Jodelet ! C'est ça une belle comédie ! Comme tout le monde y court ! Que d'argent elle rapporte aux comédiens ! Aussi, ces messieurs sont-ils venus en députation prier Monsieur Scarron de leur en faire une autre, toute pareille.

Air : Non, je ne ferai pas.

La députation était bien honorable,

Et jamais écrivain n'en aura de semblable,

D'autant qu'en tous les cas, c'est toujours aux auteurs

D'aller rendre visite à messieurs les acteurs.

Mais il faut passer cette petite inconséquence à ces messieurs, s'ils ont bien voulu se transporter chez mon maître, c'est qu'ils avaient besoin de lui, et qu'ils ne pouvaient pas le faire venir chez eux, attendu qu'il ne marche pas... Eh ! Puis, quand un homme d'église, un chanoine, fils d'un conseiller au parlement, fait tant que d'être auteur, on sent bien que ce n'est pas un auteur comme un autre.

Voyant que tout est arrangé.

Voilà ce que c'est... Quand je l'aurai roulé là, il aura tout sous sa main... Voyons maintenant si je n'ai rien oublié de ses commissions... Relisons sa petite note.

Il met ses lunettes et lit sur un papier.

Les vers à Mademoiselle d'Hautefort... Je les ai remis, et le pâté qu'elle m'a donné est à l'office. Un exemplaire du Virgile travesti à Monsieur le Surintendant.... Il l'a, et c'est un ouvrage bien placé : Monsieur Fouquet est reconnaissant, il sait ce que vaut une dédicace. Chez le commandeur de Souvré... J'y ai été, et j'en ai rapporté un panier de vin muscat... Passer chez Mademoiselle Ninon de Lenclos... J'en viens, et nous la verrons ce matin... Savoir des nouvelles de messieurs Segrais, Pelisson, Voiture, Sarrazin, et coetera... Tout cela est fait. Monsieur l'Abbé peut sonner quand il voudra.   [ 2 Pelisson, Paul (1624-1693) : Fut d'abord avocat à Castres, vint à Paris pour y jouir du commerce des gens de lettres, y acheta une charge de ssecrétire du Roi, devint en 1657 premier commis de Fouquet, et fut nommé conseiller d'État en 1660. Il partagea la disgrâce de Fouque et fut incarcéré en 1661 à la Bastille. (...) Il ne sortit de prison qu'au bout de 5 ans, fut nommé Historiographe du Roi et académicien. [B]]

Il va pour sortir.

SCÈNE II.
Maugin, Monsieur de Villarceaux.

MAUGIN.

Eh ! C'est monsieur de Villarceaux !

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Lui-même, mon cher Maugin.

MAUGIN.

Si matin ici !

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Tu vas savoir pourquoi.

MAUGIN.

Je sors de chez quelqu'un de votre connaissance, et j'ai été bien surpris de ne pas vous y trouver, vous qu'on y trouve toujours.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Écoute-moi.

MAUGIN.

Vous faites bien d'aller là ; Mademoiselle Ninon est une dame bien aimable.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Sans doute, mais....

MAUGIN.

Aussi, tout le monde l'aime, et, comme dit la chanson de ce monsieur qu'elle aimait avant vous....

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

De grâce !...

MAUGIN.

Elle est bonne cette chanson là.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Mais enfin...

MAUGIN, préludant.

Tra, la, la, la, la, la... Je la sais par coeur.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Je le crois ; mais....

MAUGIN.

Air : Eh! zon, zon, zon.

5   En attraits, en beauté

Célimène est parfaite;

On en est enchanté,

Et pourtant on répète:

Eh! non, non, non,

10   Ce n'est pas là Ninette;

Eh! non, non, non,

Ce n'est pas là Ninon.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Laisse-là ta chanson.

MAUGIN.

Pour l'esprit, le bon goût,

On vante Juliette ;

15   On la cherche partout,

Et pourtant on répète :

Eh! non, non, non, etc

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il ne me fera pas grâce d'un couplet.

MAUGIN.

D'Aurore on suit les pas :

Elle est tendre et coquette ;

20   On cède à ses appas,

Et pourtant on répète :

Eh! non, non, non, etc.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Qu'il m'impatiente !

MAUGIN.

Comme tout le monde a chanté cela !

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

As-tu fini ?

MAUGIN.

Oui, monsieur ; mais vous avez le temps : Monsieur l'Abbé n'est pas levé.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Ce n'est pas à Scarron que j'ai affaire ; c'est à toi.

MAUGIN.

A moi, monsieur de Villarceaux !... Ah ! Si j'avais pu le prévoir, je n'aurais pas chanté la chanson ; au reste, je n'en suis pas fâché : vous êtes toujours bien aise qu'on vous parle de Mademoiselle Ninon.

MONSIEUR VILLARCEAUX, avec mystère.

Il s'agit de Mademoiselle d'Aubigné.

MAUGIN.

Notre voisine !... Elle arriva hier de Saint-Maur, et doit venir ici ce matin.   [ 3 Saint-Maur : Commune au sud-est de Paris sur la rive droite de la Marne qui se nomme actuellement Saint-Maur-des-Fossés.]

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Je sais qu'elle y vient souvent.

MAUGIN.

Tous les jours, quand elle est à Paris.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Ton maître reçoit beaucoup de monde?

MAUGIN.

La cour et la ville ; des quatre coins de Paris on vient au Marais pour le voir.   [ 4 Scarron avait une maison dans le quartier du Marais de Paris qui se situe au nord de la Seine.]

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Eh ! Dis-moi, Maugin ; dans la nombreuse société qui se trouve chez lui, Mademoiselle d'Aubigné n'a-t-elle pas distingué quelqu'un de nos jeunes courtisans ?

MAUGIN.

Non, monsieur, Mademoiselle d'Aubigné ne distingue personne ; mais ça ne veut pas dire que personne ne la distingue.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il y a donc quelqu'un...

MAUGIN.

Oui, Monsieur, quelqu'un qui est toujours ici quand elle y vient.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Toujours ici ?

MAUGIN.

Il n'en sort pas.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il est donc bien épris ?

MAUGIN.

Ah ! Monsieur, cette femme-là lui tourne la tête ; il n'est occupé que d'elle, il en parle, il en rêve, il n'est bien qu'avec elle.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il la suit partout ?

MAUGIN.

Non, Monsieur, il ne la suit pas... Oh ! Ce n'est pas un amoureux... comme vous, par exemple.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Que veux-tu dire ?

MAUGIN.

Air: Pour héritage.

Quand d'une belle

Il desire approcher,

25   C'est toujours elle

Qui s'en vient le chercher,

Il ne va pas

Au devant de la dame,

Et jamais auprès d'une femme

30   Il ne perd ses pas.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Qu'est-ce que cela signifie ? De qui veux-tu parler ?

MAUGIN.

Vous ne devinez pas ?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Du tout.

MAUGIN.

C'est de monsieur l'Abbé.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Scarron !

MAUGIN.

Lui-même.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Scarron amoureux de Mademoiselle d'Aubigné !

MAUGIN.

Comme un fou ; au point que souvent il en est triste, lui qui ne l'a jamais été, même en perdant son procès, sa fortune, sa santé, ses jambes, sa figure, sa taille... Car il a perdu tout cela.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Je le sais.

MAUGIN.

Mais vous ne savez peut être pas comment cela lui est arrivé ?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Eh ! Qu'importe !

MAUGIN.

Oh ! C'est une drôle d'histoire... Il était à son canonicat du Mans, un jour de carnaval ; on courait les masques, il voulut s'en mêler...

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Oui, il se déguisa en sauvage.

MAUGIN.

Non, en oiseau.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il avait perdu l'esprit.

MAUGIN.

Il avait à ménager le décorum d'un chanoine qui ne peut pas se masquer comme un autre.

Air: Viens, puisqu'il doit en ces lieux.

Enmiélé, puis emplumé,

Il s'élance dans la rue ;

On l'entoure, on est charmé ;

Il fait crier la cohue :

35   Ah ! Le bel oiseau, vraiment !

L'un applaudit, l'autre hue.

Ah ! Le bel oiseau, vraiment!

Qu'il est laid ! Qu'il est charmant!

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Quelle extravagance !

MAUGIN.

Air: Où s'en vont ces gais bergers?

Chacun veut du bel oiseau

40   Emporter une plume ;

Il paraît d'autant moins beau,

Que plus on le déplume ;

Il fuit jusqu'au pont, et... v'lan !

Chacun reste en arrière...

45   Où donc est le chanoine volant ?

Il est dans la rivière.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

D'où il est sorti dans l'état où nous le voyons.

À part.

Si je n'ai point d'autre rival, me voilà bien tranquille.

Haut.

Et que dit Mademoiselle d'Aubigné des soupirs de son Adonis ?   [ 5 Adonis : jeune homme d'une beauté remarquable, était, suivant les Grecs,le fruit du commerce incestueux de Cinyras avec sa fille Myrrha. Il fut changé en anémone. [B]]

MAUGIN.

Je ne sais pas, monsieur... Mais écoutez donc, d'après toutes vos questions, ne seriez-vous pas vous-même... Oh ! Non, c'est impossible.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Quoi donc ?

MAUGIN.

Air : Vaudeville des Veuves.

Aimé de la belle Ninon,

Vous n'en pouvez aimer une autre;

Vous avez plaisir et renom,

50   Voyez quel bonheur est le vôtre!

Toujours épris de sa beauté,

Soyez constant, soumis et tendre:

Sur-tout, point d'infidélité,

Car elle est femme à vous la rendre.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Tu crois ?

MAUGIN, voyant entrer Ninon.

Demandez-le lui plutôt, la voilà.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à part.

Ninon ! Quel contre-temps!

SCÈNE III.
Les Mêmes, Ninon.

NINON.

Maugin, est-il jour chez ton maître ?

MAUGIN.

Non, mademoiselle, il n'a pas encore sonné ; mais voilà monsieur de Villarceaux qui vous fera compagnie.

Il sort.

SCÈNE IV.
Ninon, Monsieur de Villarceaux.

NINON.

Ah ! Ah ! Vous voilà, monsieur ?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, embarrassé.

Oui, madame, c'est que...

NINON.

Après trois jours d'absence, il faut venir ici pour vous rencontrer !

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Madame, j'allais me rendre chez vous !

NINON.

Chez moi !

Air : De Weick.

55   Vous n'êtes pas très empressé.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Qui ? moi ! Ninon, soyez bien sûre...

NINON.

Pourquoi cet air embarrassé?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Embarrassé ! non, je vous jure.

NINON.

Quel objet peut vous occuper ?

60   Allons, vous devez me connaître ;

Je suis trop franche pour tromper ;

Mais j'ai de trop bons yeux pour l'être.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Que dites-vous ?... Je ne comprends pas...

NINON.

Et moi, je comprends fort bien que vous ne m'aimez plus.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Moi, Madame !

NINON.

Ah ! C'est très-fâcheux; mais cela est... Oui, vos distractions, vos froideurs, vos absences, vos assiduités dans les maisons où va Mademoiselle d'Aubigné, que sans doute vous espérez rencontrer ici....

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Mademoiselle d'Aubigné ! Vous prétendez...

NINON.

Air: De Weick.

Pourquoi ces détours superflus?

Votre conduite a su m'instruire:

65   Eh! mon cher, quand on n'aime plus,

Tout bonnement il faut le dire.

Bis.

Tenez, je parle franchement,

J'abhorre un amant infidèle;

Bis.

Mais je pardonne à l'inconstant:

70   L'inconstance est si naturelle.

Bis.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Ah ! Ninon, croyez qu'il m'est affreux de mériter vos reproches.

NINON.

Des reproches !... Vous connaissez bien peu Ninon. Eh ! Pourquoi vous serais-je un crime de ce qui ne dépend pas de vous ! Tout passe dans la vie, et surtout l'amour... Ce qui vous arrive aujourd'hui pouvait m'arriver demain.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à part.

Que lui répondre ?

NINON.

Tenez, mon ami, si dans ce qu'on appelle rupture, inconstance, on écoutait moins l'amour-propre, on se trouverait moins d'amour, on verrait moins de justice à ses plaintes, à ses emportements, et l'on se conduirait tout aussi sagement que moi.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à part.

Je suis confondu.

NINON.

D'ailleurs, je ne vous épouserais pas, car j'ai bien résolu de ne jamais me donner un maître ; vous, Monsieur, il faut que vous vous mariiez, et Mademoiselle d'Aubigné est un parti qui vous convient sous tous les rapports ; elle a de la naissance, de la beauté, de l'esprit, point de fortune, à la vérité ; mais vous en avez beaucoup, et le plus bel usage que vous en puissiez faire, est de la partager avec elle.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Et c'est vous qui me le conseillez !

NINON.

Bien plus: j'aurai le courage de vous servir, de sacrifier l'amour à l'amitié.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Vous, Ninon !

NINON.

Je m'oublierai pour votre bonheur. Vous connaissez mes liaisons avec Madame de Neuillant, la protectrice de Mademoiselle d'Aubigné ; dès aujourd'hui, je veux l'aller trouver à Saint-Maur, et je suis sûre d'en rapporter son consentement à votre union.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Est-il possible !

Duo Du Sourd guéri.

Ah ! Ninon, quelle âme!

Contre moi point de courroux !

Eh ! Quelle autre femme

Penserait comme vous !

NINON.

75   Toujours d'accord, toujours unis,

Sans être amants, soyons amis.

ENSEMBLE.

Toujours d'accord, toujours unis,

Sans être amants, soyons amis.

NINON.

Aux amants vulgaires

80   Laissons les tristes débats,

Les plaintes amères

Qui ne nous iraient pas.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Toujours d'accord, toujours unis,

Jusqu'au tombeau soyons amis.

ENSEMBLE.

85   Toujours d'accord, toujours unis,

Jusqu'au tombeau soyons amis.

NINON, apercevant Mademoiselle d'Aubigné.

Ah ! Mademoiselle d'Aubigné.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à part.

Ciel ! Tâchons de faire bonne contenance.

SCÈNE V.
Les mêmes, Mademoiselle d'Aubigné.

NINON.

Ma chère amie, vous arrivez bien à propos ; nous parlions de vous avec Monsieur de Villarceaux.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Avec Monsieur de Villarceaux !

NINON.

Il vous rend bien justice....

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Auprès de vous, peut-on s'occuper de moi ?

NINON.

Air : Femmes, voulez-vous éprouver ?

Il aime en vous cette beauté

Qui de vous seule est inconnue ;

Cette aimable simplicité,

90   Cette modeste retenue:

Il aime votre air noble et doux,

Votre grâce, votre décence;

Et dans tout ce qu'il dit de vous,

Il en dit bien moins qu'il n'en pense.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Il ne manque à ce portrait que d'être ressemblant.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, avec embarras.

Ah ! Mademoiselle, quand on a le bonheur de vous voir, de vous entendre, on est forcé de convenir que la nature n'a rien fait de plus accompli, de plus digne de nos hommages.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Monsieur, de grâce....

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Et l'admiration, le respect...

NINON, bas à Villarceaux.

Mon cher ami, vous n'avez pas le sens commun.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à part.

C'est vrai.

NINON, idem.

Vous êtes trop amoureux pour savoir ce que vous dites ; allez-vous-en, et laissez-moi parler pour vous.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, bas à Ninon, et voulant lui baiser la main.

Ah ! Ma chère Ninon !...

NINON, retirant sa main.

Saluez Mademoiselle d'Aubigné.

Il fait une révérence profonde à Mademoiselle d'Aubigné, qui la lui rend froidement et les yeux baissés ; ensuite il sort.

SCÈNE VI.
Ninon, Mademoiselle D'Aubigné.

NINON.

Le pauvre garçon était bien mal à son aise ! Eh quoi ! Ma chère amie, vous voilà toute déconcertée ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

J'ai lieu du moins d'être surprise.

NINON.

Il faut pourtant vous accoutumer à ce langage ; on n'est pas aussi belle sans attirer les regards et les éloges.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je ne les cherche, ni ne les mérite.

NINON.

Ma chère amie, parlons sérieusement : avec un nom illustre, mais sans fortune, combien jusqu'à ce jour vous avez été malheureuse !

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Oui, je n'ai connu que des peines. Née dans les prisons de Niort, où se trouvaient mes parents persécutés, menée à l'âge de trois ans en Amérique, laissée sur le rivage par la négligence d'un domestique, prête à être dévorée par un serpent, embarquée à douze ans, attaquée d'une maladie violente, regardée comme morte, et au moment d'être jetée à la mer, rendue à la vie, ramenée en France, orpheline et sans bien, je n'y trouve de ressource que dans les bienfaits d'une parente, à qui je ne sens que trop que je suis à charge.

NINON.

Votre sort doit changer : on ne revient pas de si loin pour peu de chose ; mais prenez-y garde.

Air : L'équipage.

95   À votre âge,

Fille la plus sage

Est, sans y songer,

Exposée au danger :

On l'assiège,

100   Et souvent le piège

Qu'elle ne voit pas,

Se trouve sous ses pas.

Malgré vous, sensible et timide,

Il faut que votre coeur se décide ;

105   Sans parenTs, sans fortune, sans guide,

Il n'est de ressource pour vous

Que le choix d'un époux.

À votre âge, etc.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Eh ! Croyez-vous donc le mariage une perspective si agréable pour moi ?

NINON.

Mais il me semble qu'un hymen avantageux...

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Serait peut-être un malheur de plus.

NINON.

Que dites-vous ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Air : Maman vous a dit, dans six ans.

À mon mari n'apportant rien

110   Que ma naissance et ma misère,

Je lui devrai, je le sens bien,

Mon existence toute entière :

Mais, hélas ! Un pareil lien,

Malgré moi, de loin m'inquiète

115   Celle qu'on épouse sans bien

Est une esclave qu'on achète.

NINON.

Cela se voit quelquefois : mais il est aussi des hommes trop généreux, trop délicats, pour croire que jamais leur fortune puisse payer les qualités de celle qu'ils épousent, et, plus que toute autre, vous êtes faite pour rencontrer un pareil mari.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Vous me flattez, Ninon, et votre amitié vous aveugle.

NINON.

Non, ma chère d'Aubigné... Mais ne trouvez-vous pas singulier que ce soit Ninon qui vous presse de prendre un époux ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Effectivement personne ne s'en douterait.

NINON, la main sur son coeur.

C'est que personne ne sait ce qui se passe là.

Air : De Weicht.

On me cherche, on m'aime, on m'adore,

Sur moi par-tout on a les yeux;

Et je puis dire plus encore,

120   On m'estime et cela vaut mieux: (Bis.)

Tout me sourit, tout me seconde,

Je jouis d'un brillant destin;

Mais si je rentrais dans le monde,

Je prendrais un autre chemin.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Mais quand je serais assez heureuse pour trouver un mari qui me convînt, et qui voulût bien réparer en moi les torts de la fortune, vous savez que je dépends de Madame de Neuillant.

NINON.

Qui n'aurait aucune raison de s'opposer à votre bonheur. Je vais la voir ce matin, et je me charge de la pressentir là-dessus ; ensuite le mari pourra se présenter d'un moment à l'autre.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, souriant.

Vous croyez ?

NINON.

J'en suis sûre ; mais Scarron ne paraît pas.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je l'attends ici ; il m'a fait demander un entretien particulier.

NINON.

Un entretien particulier !... En ce cas-là, je ne le verrai que ce soir... Il a bien de l'amitié pour vous, Scarron.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Chaque jour il m'en donne des preuves, et je ne sais comment reconnaître les services qu'il ne cesse de me rendre.

NINON.

Oh ! Il a le coeur excellent... Ce soir, vous serez des nôtres ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je l'espère.

NINON.

À ce soir donc, et j'aurai vu Madame de Neuillant.

Elle sort.

SCÈNE VII.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, seule.

L'Attachement que Ninon a pour moi, l'éclaire sur les désagréments de ma position. L'hymen est donc mon seul espoir... Eh ! Quel espoir !

Air : Vaudeville d'Abuzard.

125   D'un époux il faudra tenir

Et mon état et ma fortune!

Ah! combien un tel avenir

Et m'épouvante et m'importune!

Pour tous ceux qui semblent s'offrir,

130   Je n'ai que de l'indifférence;

Et l'amour seul peut adoucir

Le poids de la reconnaissance.

SCÈNE VIII.
Mademoiselle D'Aubigné, Maugin.

MAUGIN.

Mademoiselle, monsieur l'Abbé ne peut se dispenser de recevoir Monsieur Ménage, qui veut absolument lui parler à l'instant même ; c'est ici qu'ils vont causer...

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, voulant se retirer.

Eh bien ! Je reviendrai.

MAUGIN, la retenant.

Non pas !... Monsieur l'Abbé vous prie de passer un moment dans le jardin ; cela ne sera pas long.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Sais-tu ce qu'il peut me vouloir ?

MAUGIN.

Non : mais il paraît que cela est fort important ; car, après Monsieur Ménage, sa porte sera fermée pour tout le monde.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, passant dans le jardin.

Je vais donc attendre.

MAUGIN, la suivant des yeux.

Promenez-vous là-bas, sous le berceau... Entrez, monsieur Ménage...

À Ménage qui paraît.

Mon maître est en voiture, je vais vous l'amener.

Il sort.

SCÈNE IX.

MÉNAGE, seul.

Enfin, je saurai si ce qu'on m'a dit est vrai, et si mon diable de fou a tout-à-fait perdu la tête... Le voici.

SCÈNE X.
Ménage, Scarron.

SCARRON, dans un fauteuil roulant, conduit par Maugin.

Air : Roulant ma brouette.

Place à l'équipage

De monsieur Scarron :

135   Salut à Ménage,

L'ami d'Apollon.

À Maugin.

Toi qui va derrière,

Allons, mon cocher,

Une allure fière,

140   Ne vas pas broncher.

Eh ! là, là, là, là,

M'y voilà.

Sans trouver d'ornière,

On arrive là.

MÉNAGE.

Toujours la même gaieté.

SCARRON.

Cela ne doit pas te surprendre. La douleur qui pique les autres hommes, ne fait que me chatouiller.

Bas à Maugin.

Veille à ce que Mademoiselle d'Aubigné ne s'impatiente pas.

MAUGIN, sortant.

Oui, Monsieur.

SCÈNE XI.
Scarron, Ménage.

ENSEMBLE.

SCARRON.

Si tu étais à ma place, mon cher Ménage, tu ferais de beaux cris, tu jurerais d'une belle force, toi qui n'es pas endurant.

MÉNAGE.

Ah ! Chacun a son humeur.

SCARRON.

Et la tienne est aigre.... Mais sachons quelle est la grande affaire qui t'amène et qui ne pouvait se remettre.

MÉNAGE.

C'est une chose qui te regarde particulièrement, et qui te donne un ridicule....

SCARRON.

Un ridicule ! Tant mieux ; il est très joli de n'en avoir qu'un.

MÉNAGE.

Laissons la bouffonnerie.

SCARRON.

Je ne le peux pas, mon ami, c'est tout ce qui me reste ; mais au fait, je suis pressé.

MÉNAGE.

Air : Allez-vous-en gens de la noce.

145   Il court certains bruits dans la ville ;

SCARRON.

C'est quelque sottise de plus :

Mauvais propos en mauvais style,

Par mauvaises gens répandus,

Bien entendus,

150   Bien retenus,

Bien saugrenus :

Tout ça ne court que trop la ville,

Voilà pourquoi je n'y cours plus.

MÉNAGE.

Il n'est pas question de plaisanter.

SCARRON.

C'est donc bien sérieux ?

MÉNAGE.

On dit, mon cher, qu'oubliant ta tournure, ton état, tes infirmités...

SCARRON.

Cela n'est pas vrai ; car voilà un petit chatouillement qui m'en fait souvenir... Mais ce n'est rien. Continue... On dit donc.

MÉNAGE.

Que tu songes à te marier.

SCARRON.

On dit cela dans la ville ?

MÉNAGE.

Tu conçois combien un tel propos a dû me paraître absurde.

SCARRON.

Sans doute ; d'autant que cela n'est pas encore tout-à-fait décidé.

MÉNAGE.

Comment ? Il en serait question ?

SCARRON.

Il ne manque plus que le consentement de la future.

MÉNAGE.

Tu me tranquillises ; car j'espère qu'aucune femme ne consentira à t'épouser.

SCARRON.

Je l'espère aussi ; mais si malheureusement il s'en trouvait une qui fût capable...

MÉNAGE.

Elle ne se trouvera pas.

SCARRON.

Que sait-on ? En fait de mariage, on en voit de si extraordinaire ! Je ne parle pas des mariages sous la cheminée.

Air : Vaudeville de la Soirée orageuse.

D'abord, mariage d'argent,

155   Mariage de convenance,

Mariage de sentiment,

Mariage de circonstance;

Puis, mariage d'opéra,

Mariage de comédie :

160   Le mien, monsieur, s'appellera :

Mariage de fantaisie.

MÉNAGE.

Monsieur Scarron, avec une pareille fantaisie, vous irez tout droit à l'hôpital des fous.

SCARRON.

Je n'irai pas ; on m'y portera.

MÉNAGE.

Eh ! Malheureux impotent ! Ce n'est pas un contrat de mariage qu'il te faudrait faire, c'est ton testament.

SCARRON.

Il est fait, Monsieur ; mon épitaphe aussi... Vous êtes connaisseur, je vais vous en régaler, écoutez.

Il lit.

« Celui qui ci maintenant dort,   [ 6 Il s'agit de son épitaphe écrite par lui-même.]

Fit plus de pitié que d'envie,

Et souffrit mille fois la mort,

165   Avant que de perdre la vie.

Passant, ne fais ici de bruit,

Prends garde qu'aucun ne l'éveille ;

Car voici la première nuit

Que le pauvre Scarron sommeille.»

MÉNAGE.

Quel assemblage de philosophie et d'extravagance ! Au surplus, je suis venu ici pour affaires, et non pour te donner des conseils.

SCARRON.

Je ne t'en demande point.

MÉNAGE.

Quand tu m'en demanderais, je ne t'en donnerais pas. Les amants sont comme les auteurs.

SCARRON.

Ils sont fort bien.

MÉNAGE.

Air : Il faut aimer, c'est la loi de Cythère.

170   L'amant charmé de l'objet qui l'engage,

Sur son hymen consulte ses amis :

L'auteur content de son petit ouvrage,

En le lisant, demande des avis ;

Mais l'un et l'autre, avant qu'on les conseille,

175   Ont déjà pris leur résolution ;

Et consulter, en affaire pareille,

C'est exiger une approbation.

SCARRON.

Je compte sur la tienne.

MÉNAGE.

Oh ! Tu t'en passeras fort bien. Mais tu me fais pitié ; pour la dernière fois, mon ami Scarron, je t'en prie, je t'en supplie, songe aux dangers que tu cours.

SCARRON.

Je ne crains rien.

MÉNAGE.

Les femmes...

SCARRON.

Je suis sûr de la mienne.

MÉNAGE.

Air de Persico.

Oh ! oui, l'homme le plus parfait

Est souvent trompé par sa belle ;

180   Et toi, malade et contrefait,

Tu veux trouver femme fidèle !

SCARRON.

Mais sans doute, avec mes appas,

Je trouverai cette merveille :

Un mari, comme on n'en voit pas,

185   Doit trouver femme sans pareille.

MÉNAGE, d'un air moqueur.

« Oui, tu vas épouser l'infante Ahihua,   [ 7 Vers 186-187, Citation parodique des vers 1539-1540 de Dom Japhet d'Arménie (1653) de Scarron.]

Qui te va réjouir comme un alleluia.»

SCARRON.

Ah ! Monsieur, vous citez mes vers !

MÉNAGE.

Qui ne sont pas bons.

SCARRON.

Qu'on applaudit.

MÉNAGE.

Qu'on n'applaudira pas toujours.

SCARRON.

Bien obligé.

MÉNAGE.

Mais je vais t'envoyer Girault, mon valet-de-chambre, qui, d'après ton mariage, a un marché à te proposer.

SCARRON.

Quel est ce marché ?

MÉNAGE.

Il te l'expliquera.

Air : Je n'saurais danser.

Pour la noce, allons,

Il faut songer à la danse ;

190   Pour la noce, allons,

Je vais chercher les violons.

SCARRON.

À quoi bon danser !

Évitons cette dépense ;

À quoi bon danser !

195   Ma femme peut s'en passer.

SCARRON.

Ma femme, crois-moi,

Soit qu'elle aime ou non la danse,

Ma femme, crois-moi,

Ne dansera pas sans moi.

MÉNAGE.

200   Un autre, crois-moi,

Si ta femme aime la danse,

Un autre, crois-moi,

La fera danser pour toi.

Il sort.

SCÈNE XII.

SCARRON, sonne, et Maugin paraît.

Mademoiselle D'Aubigné.

MAUGIN.

Elle est au fond du jardin ; je vais la chercher.

Il sort.

SCÈNE XIII.

SCARRON, seul ; il examine les papiers qui sont sur la table.

Bon ! Bon... Je verrai tout cela dans un autre moment... Une lettre de ma soeur... hum... hum... elle se porte bien ; elle revient dans dix jours, tant mieux : Monsieur de Mesme en sera bien aise... Ah ! La dernière épreuve de Jodelet.

Il parcourt et la corrige.

Maudit imprimeur ! Toujours des fautes ! Toujours des sottises ! Comme si ce n'était pas assez de celles de l'auteur !

Lisant.

« Qu'avec ces trois gosiers Cerberus t'engloutisse ;   [ 8 Citation des vers 898-891, de Jodelet de Scarron.]

205   Le grand chien Cerberus, Cerberus le grand chien,

Plus beau que toi cent fois, et plus homme de bien.»

Voilà le vrai comique... Aussi, cinquante représentations de suite.

Air : Vaudeville de l'lsle des Femmes.

C'est un succès bien prononcé ;

Ce que c'est que nos gens du monde !

Le Misanthrope est délaissé,   [ 9 S'il s'agit du Misanthrope de Molière, il y a une erreur sur la date, car le Misanthrope a été présenté au public en 1666 et non en 1652 période où se situe l'action.]

210   À Jodelet la foule abonde.

Mais, malgré ce succès complet,

Moi, je tire mon horoscope ;

On laissera le Jodelet

Pour retourner au Misanthrope.

Et l'on fera bien... Mais je crois entendre Mademoiselle d'Aubigné... Non, pas encore. Voilà longtemps que je la chante sous les noms de Cloris et de Sylvie ; mais aujourd'hui il n'est plus question de Sylvie ni de Cloris ; c'est à Mademoiselle d'Aubigné qu'il faut que je parle. La voici... La peur me prend et le sérieux me gagne... Adieu, Scarron.

SCÈNE XIV.
Scarron, Mademoiselle D'Aubigné.

ENSEMBLE.

SCARRON.

Pardon, mademoiselle, si je ne vais pas au-devant de vous.

À Maugin.

Un siège.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Comment vous trouvez-vous aujourd'hui ?

SCARRON.

Toujours bien quand je vous vois.

À Maugin.

Que l'on nous laisse seuls.

Maugin s'en va.

Le tête-à-tête ne vous épouvante pas, Mademoiselle ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Vous avez à me parler ?

SCARRON.

D'une affaire importante, très importante.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Pour vous ?

SCARRON.

Pour tous les deux. Mademoiselle, vous m'avez intéressé dès l'instant que j'ai eu l'avantage de vous voir ; plus je vous ai connue, et plus j'ai désiré votre bonheur : je ne cesse de réfléchir sur votre position ; elle m'afflige votre position... Elle me tourmente.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Il est vrai que le sort ne m'a pas traitée bien favorablement ; mais il est des êtres plus malheureux que moi.

SCARRON.

Je sais tout ce que vous avez à souffrir de Madame de Neuillant ; je sais combien il est dur de devoir tout à l'humanité d'une femme avare, qui assaisonne chaque bienfait d'un reproche, et qui, se faisant honneur de paraître avec vous en public, dans le particulier vous confond avec ses domestiques.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Et qui vous a dit ?...

SCARRON.

Ce n'est pas vous qui ne vous plaignez jamais.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Bien éloignée de me plaindre de Madame de Neuillant, je ne crains que de la perdre.

SCARRON.

Et si cela vous arrive, que deviendrez-vous ? Poursuivie, pressée, obsédée par tous les aimables de la cour, qui ne chercheront qu'à vous tromper ; les Méran, les Chevreuse, les Villarceaux, et tant d'autres... Que deviendrez-vous enfin ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Ce que le ciel voudra.

SCARRON.

Mais quand un séducteur opulent, profitant de votre détresse, vous proposera de pourvoir à tout, le ciel viendra-t-il vous dire à l'oreille que votre indigence est préférable à la richesse qu'on vous offre ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Que voulez-vous que je fasse ?

SCARRON.

Tenez...

Air : Jeunes amants, cueillez des fleurs.

215   Il est deux partis, mon enfant,

Que peut prendre une fille sage :

Le mariage ou le couvent,

Le couvent ou le mariage.

Il faut l'argent pour le couvent,

220   Le mari pour le mariage;

Eh bien ! je vous offre,

Ou mon argent pour le couvent,

Ou ma personne en mariage.

Bis.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Que dites-vous ?

SCARRON.

Rien de tout cela n'est séduisant, je le sais ; mais la raison vous commande. Quoi que vous choisissiez, je serai, sinon heureux, du moins content de vous voir délivrée de la dureté de Madame de Neuillant, de l'opulence des financiers, et des artifices des courtisans.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Ah ! Scarron, vous me pénétrez d'admiration ; combien tant de délicatesse ajoute à l'amitié !

SCARRON.

C'est elle seule qui m'inspire.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Comment répondre à vos offres !

SCARRON.

En acceptant l'une ou l'autre.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, avec embarras.

L'une ou l'autre ?

SCARRON, avec inquiétude.

Ce sera le couvent.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, après un silence.

Non, Scarron.

SCARRON, vivement.

Non !

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Air : J'ignore quelle est ma naissance.

En acceptant de préférence

225   Le couvent au lieu de l'époux,

Quelle que soit ma reconnaissance,

Elle serait nulle pour vous:

C'est donc l'hymen que je préfère,

Et du moins, en formant ces noeuds,

230   Le bien que vous voulez me faire

Devient utile à tous les deux.

SCARRON, transporté de joie.

Comment ! Quoi ! Vous préférez l'hymen ! L'hymen avec Scarron !

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je ne possède rien, mais il lui faut des secours, des soins continuels... C'est le seul époux à qui je puisse apporter une dot.

SCARRON, avec ivresse.

Oh ! Trop heureux Scarron !

Air : Not' demoiselle a dit oui.

Vous m'acceptez pour époux !

L'amitié l'emporte.

Bis.

Vous m'acceptez pour époux!

235   Ah! combien mon sort va me paroître doux!

Oui, de plaisir je vais guérir,

Mais la dose est forte ;

Bis.

Oui, de plaisir je vais guérir,

Si trop de plaisir ne me fait pas mourir.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je ne doute pas que ma bienfaitrice n'approuve cette union ; cependant je dois la consulter.

SCARRON.

Oh ! Nous aurons son aveu, j'en réponds.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Je ne la verrai que demain.

SCARRON.

Eh bien ! Ce soir, je vous remettrai le projet de notre contrat que vous lui porterez.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Quoi ! Sitôt....

SCARRON.

Je ne veux pas vous faire attendre.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Mais il me semble...

SCARRON.

Je n'étais que le malade de la Reine, je vais être le malade de ma femme, et ma femme verra que je ne remplirai que trop bien ma charge... Vous rougissez... Vous n'êtes pas encore faite à mon style ; mais vous vous y ferez.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

J'aimerais mieux... Pardon, si j'ose...

SCARRON.

Avec moi ! Aux termes où nous en sommes, vous pouvez tout oser.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Eh bien ! Puisque vous permettez que je vous parle avec franchise...

SCARRON.

Je l'exige.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Au lieu de me faire à votre style, j'aimerais beaucoup mieux vous accoutumer à mettre dans vos ouvrages plus de délicatesse et plus de décence. Vous n'y perdriez rien pour la gaîté, et vous y gagneriez pour la considération.

SCARRON.

Avant tout, le public veut qu'on l'amuse.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Air : Guillot un jour trouva Lisette.

240   Par un agréable délire,

Un auteur gai se fait aimer ;

Mais lorsqu'il excite le rire,

Qu'il sache se faire estimer.

Quand le rire arrache un suffrage,

Bis.

245   Désavoué par la pudeur,

Le public applaudit l'ouvrage ;

Mais que pense-t-il de l'auteur ?

Bis.

SCARRON.

Eh ! Mais...

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Monsieur Scarron, vous m'avez autorisée...

SCARRON.

Votre réflexion est juste, mademoiselle. Je m'étais toujours bien douté que cette petite fille que je vis entrer dans ma chambre, avec une robe trop courte, et qui se mit à pleurer, je ne sais pas bien pourquoi, était aussi spirituelle qu'elle en avait la mine. Vous tenez parole ; ainsi, vous me dirigerez ; je ne publierai plus rien sans vous consulter.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Il ne vous manque que d'être un peu plus difficile.

SCARRON.

Air : Monsieur redouble mes regrets.

Librement, à tort, à travers,

Dans mes vers,

250   Jusqu'ici mon esprit

A tout dit,

Tout écrit.

Mais dorénavant votre goût

Va dans tout

255   M'inspirer,

M'éclairer,

M'épurer.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Un auteur,

Pour son honneur,

260   Doit plaire au lecteur,

Sans blesser la pudeur.

SCARRON.

La pudeur

Nous fait honneur ;

Mais, pour ma pudeur,

265   Ma gaîté me fait peur.

SCARRON.

Librement, à tort, à travers,

Dans mes vers,

Jusqu'ici mon esprit

A tout dit,

270   Tout écrit.

Mais dorénavant votre goût

Va dans tout

M'inspirer,

M'éclairer,

275   M'épurer.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Librement, à tort, à travers,

Dans vos vers

Jusqu'ici votre esprit

A tout dit,

280   Tout écrit.

Mais dorénavant le bon goût

Doit en tout

L'inspirer,

L'éclairer,

285   L'épurer.

SCÈNE XV.
Les Mêmes, Maugin.

MAUGIN.

Girault, le valet-de-chambre de Monsieur Ménage est là ; il dit que vous lui avez donné rendez-vous pour affaire.

SCARRON.

Oui, mais qu'il attende.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Non, je ne puis rester plus longtemps.

SCARRON, à Maugin.

Qu'il vienne donc... À propos, j'oubliais... Mademoiselle, voici un exemplaire du Roman comique que j'ai promis à Madame de Neuillant... Voulez-vous bien vous en charger ?   [ 10 Le Roman comique est une oeuvre de Paul Scarron.]

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Volontiers.

Comme elle avance la main pour prendre le livre, Scarron la lui baise.

SCARRON.

Je n'aurais pas été la chercher.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, souriant.

Je vous laisse.

Elle sort.

SCARRON, très ému.

Ouf !... Ah ! Scarron, mon ami, si la santé peut te revenir...

SCÈNE XVI.
Scarron, Girault.

SCARRON.

Eh bien ! Mon cher Girault, Ménage prétend que tu as un marché à faire avec moi.

GIRAULT, l'air hypocrite pendant toute la scène.

Oui, Monsieur l'Abbé.

SCARRON.

De quoi s'agit-il, mon ami ?

GIRAULT.

On dit, monsieur l'Abbé, que vous prenez une femme.

SCARRON.

Non, c'est une femme qui me prend.

GIRAULT.

Ainsi, vous ne gardez pas votre canonicat!

SCARRON.

Non, mais je le vends.

GIRAULT.

Et moi, je l'achète.

SCARRON.

Toi, mon ami ?

GIRAULT.

Oui, monsieur l'Abbé ; si vous n'êtes pas trop cher, je m'en accommoderai.

SCARRON.

Ce n'est pas tout que le prix ; c'est la vocation qu'il faut.

GIRAULT.

La vocation, monsieur l'Abbé !... Oh ! Dieu merci, je suis bien appelé à cet état-là.

SCARRON.

Air : Un chanoine de l'Auxerrois.

Oui, je crois bien que ton désir,

À ce métier, est de grossir

Ton petit patrimoine ;

Mais d'un bon abbé te sens-tu

290   Les qualité et la vertu ?

GIRAULT.

Oui, de par Saint-Antoine.

SCARRON.

Sais-tu du grec et du latin ?

GIRAULT.

Autant qu'un frère ignorantin.  [ 11 Ignorantin : Les frères ignorantins, et, substantivement, les ignorantins, nom donné aux membres d'un ordre religieux fondé en 1495 par saint Jean-de-Dieu, Portugais, et introduit en France par Marie de Médicis ; destiné d'abord à servir et à secourir les pauvres malades, il s'occupa plus tard de l'éducation des enfants du peuple. Dans le faubourg St-Germain-des-Prés se sont établis les Frati ignoranti, autrement dits de Saint-Jean, lesquels sont très savants ès remèdes de toutes maladies ; ils s'appellent ainsi par une façon de modestie, et ne cherchent pas les disputes de paroles, PALMA CAYET, Chron. sept. anno 1604, cité dans l'Intermédiaire du 25 juillet 1864. Par confusion, et quelquefois par moquerie, on donne ce nom aux frères des écoles chrétiennes. [L]]

SCARRON.

Eh ! bon, bon, bon,

295   Mon joli garçon,

Tu seras bon chanoine.

Même air.

Es-tu bien vain, bien orgueilleux,

Bien nonchalant, bien paresseux ?

GIRAULT.

J'ai manqué d'être moine.

SCARRON.

300   As-tu le coeur tendre ?

GIRAULT.

  Beaucoup.

SCARRON.

Bois-tu souvent le petit coup ?

GIRAULT.

J'ai bu mon patrimoine.

SCARRON.

As-tu, pour finir en deux mots...

GIRAULT.

J'ai les sept péchés capitaux.

SCARRON.

305   Eh ! Bon, bon, bon,

Mon joli garçon,

Tu seras bon chanoine.

GIRAULT.

Monsieur l'Abbé, je l'espère.

SCARRON.

Monsieur Girault...

«Le chapitre avec vous ne dérogera point ;

Un grand fourbe est caché dedans votre pourpoint.»

GIRAULT.

Vous voyez bien qu'il ne s'agit que du prix... Quel est le vôtre ?

SCARRON.

Faut-il te parler en conscience ?

GIRAULT.

Oh ! Oui ; ne me surfaites pas.

SCARRON.

Fi donc !

Air: Mon père était pot.

310   Dans ce marché très délicat,

Point de parcimonie ;

Mille écus mon canonicat,

Et ça, sans simonie.

GIRAULT.

Mille écus !

SCARRON.

Cent francs à Maugin,

315   C'est le pot-de-vin

Que pour lui je réclame.

GIRAULT.

Encore!

SCARRON.

J'exige de plus,

Au moins cent écus

D'épingles pour ma femme.

GIRAULT.

Mais, Monsieur l'Abbé, vous n'y pensez pas : savez-vous que cela fait...

SCARRON.

Trois mille quatre cents livres, ni plus, ni moins.

GIRAULT.

Songez donc que le revenu est modique.

SCARRON.

Le revenu est honnête ; mais tous les avantages qui en résultent....

GIRAULT.

Je sais que la place n'est pas mauvaise.

SCARRON.

Pas mauvaise ! Chanoine au Mans !

Air : Vaudeville de Cruello.

320   Pour les friands, pour les gourmands,

La ville est précieuse:

D'abord, la poularde du Mans,

Elle est délicieuse :

Puis, faisans, perdrix, ortolans ;

325   Par-tout, des dîners excellents,

Et toute la semaine.

Je te vois d'ici gros et gras :

En moins d'un an tu deviendras ;

Tu deviendras

330   Un vrai chapon du Maine.

GIRAULT.

Oui, tout cela mérite attention.

SCARRON.

Un bénéfice simple qui n'engage à rien ; une bague au doigt que tu revendras quand tu voudras.

GIRAULT.

Je sais bien cela : mais, Monsieur l'Abbé, il faut un peu lâcher la main.

SCARRON.

Je ne le peux pas, vrai.

GIRAULT.

Vous devriez me le passer à cent louis.

SCARRON.

Cent louis ! Mes confrères me feraient un beau train !

GIRAULT.

Il me semble que ce serait un canonicat bien payé.

SCARRON.

Bien payé ! Trouve-m'en une douzaine à ce prix-là ; je les prendrai, moi.

GIRAULT.

Tenez, je ne vais pas par quatre chemins : voulez-vous.... les mille écus ?

SCARRON.

Oui, avec les quatre cents livres.

GIRAULT.

Oh ! Non.

SCARRON.

Mais tu marchandes là.... Sais-tu combien le Cardinal les vend, l'un dans l'autre ?... Quatre mille francs pour lui, et six cents francs pour son secrétaire.   [ 12 Cardinal : le cardinal Mazarin.]

GIRAULT.

Oh !

SCARRON.

Oui, monsieur, c'est un prix fait.... Le Cardinal n'en délivre pas un à moins.

GIRAULT.

Le Cardinal est un peu Juif ; mais....

SCARRON.

Oh ! Mais, mais... Adresse-toi à son Éminence, tu verras.

GIRAULT, réfléchissant.

Trois mille quatre cents livres !

SCARRON.

Pas davantage.

GIRAULT.

C'est bien de l'argent !

SCARRON.

C'est à prendre ou à laisser ; je n'en suis pas en peine, il ne me restera pas.

GIRAULT.

Allons, je ne marchande plus. Ce soir, vous aurez les trois mille quatre cents livres.

SCARRON.

Ce soir !... En ce cas-là, je t'invite.... Monsieur le Chanoine, je vous invite à souper.

GIRAULT.

Monsieur, vous me faites honneur.

SCARRON.

À condition que tu viendras dans ton nouvel habit. Je veux voir comment tu le porteras.

GIRAULT.

C'est bien aisé.

SCARRON.

Pas tant, pas tant... Cela demande un peu d'étude, et quelques précautions.

Air : Lise demande son portrait.

Linge bien blanc, rabat bien fin ;

Maintien doux et modeste,

Ton doucereux, regard câlin.

GIRAULT.

Je vous entends de reste ;

335   Allez, monsieur, ne craignez rien.

A vos avis fidèle,

Je vais, pour qu'on me trouve bien,

Vous prendre pour modèle.

Il sort.

SCARRON.

Ah ! Ah !... De l'épigramme, Monsieur Girault ! C'est égal.

SCÈNE XVII.

SCARRON, seul.

Allons, Scarron, mon ami, voilà qui va bien. Prendre femme et se débarrasser du petit collet... ma foi, voilà une bonne journée.

Air : Fanfare de Saint-Cloud.

Il est moins gai, sur mon âme,

340   D'être chanoine qu'époux.

Je vais auprès de ma femme

Passer des moments bien doux:

Chez moi, vraiment nécessaire,

Elle y tiendra désormais

345   La place de mon bréviaire

Que je ne touchais jamais.

SCÈNE XVIII.
Scarron, Babet d'un air timide et cherchant.

BABET, dans le fond.

Je ne vois pas ce monsieur.

SCARRON.

Qu'est-ce que c'est ?

BABET, sans approcher.

Monsieur, c'est moi qui cherche quelqu'un.

SCARRON.

Qui cherchez-vous ?

BABET.

Monsieur Scarron.

SCARRON.

C'est moi.

BABET, examinant Scarron.

Oh ! Monsieur, je me trompe ; c'est un monsieur Scarron qui se marie, et sûrement monsieur ne se marie pas.

SCARRON.

Pourquoi donc ça, Mademoiselle ?

BABET.

Dame !... C'est que... Faut que ce soit Monsieur vot' frère.

SCARRON.

Je n'ai point de frère.

BABET.

Li a donc un autre Scarron ?

SCARRON.

Il n'y en a qu'un ; c'est moi, et je me marie.

BABET.

En ce cas-là.

Air : L'autre jour j'étais seulette.

Excusez, j'vous en conjure,

Si j'vous dérange un p'tit brin ;

C'est d' la part de Monsieur Voiture,   [ 13 Voiture, Vincent (1597-1648) : Poète précieux connu, entre autres, pour ses sonnets et ses lettres. ]

350   Et de Monsieur Sarazin.   [ 14 Sarrasin, Jean-François (1604-1654) : Sas écrits se font remarquer par un badinage ingénieux ; il était en ce genre le rival de Voiture. [B]]

Comm' j'ai l'honneur de les connaître,

Et qui saviont que j' cherche un maître ;

Et qu' bentôt j'aurai dix-sept ans;

Ils m'adress't auprès d' vous pour être

355   La gouvernante d' vos enfants.

SCARRON.

Ah ! Les coquins....

BABET.

Oh ! Oui, monsieur, j'vois ben qu'i se sont moqués d' moi, et que me v'là sans place.

SCARRON.

Vous pourriez en trouver une plus sûre. Comment vous nomme-t-on, ma petite ?

BABET.

Babet, monsieur.

SCARRON.

Babet ! Il est joli ce nom-là ; mais vous paraissez bien délicate pour vous mettre au service.

BABET.

Monsieur, c'est que j'ai un amoureux qui est plus riche que moi, et que je veux gagner de quoi être aussi riche que lui.

SCARRON.

Qu'est-ce qu'il a donc, ce Crésus-là ?   [ 15 Crésus : dernier roi de Lydie, de la race des Mermandes, célèbre par ses richesses, monta sur le trône en l'an 559 avant JC, et partagea son règne entre les plaisirs, la guerre et les arts. [B]]

BABET.

Air de Lisbeth.

Il a cinquante écus comptant

Qu'il a gagnés au jardinage ;

Jusqu'à ce que j'en possède autant,

On diffère not' mariage.

360   Pour qu'en ménage tout aill' bien,

Sa mère dit, ainsi qu' la nôtre :

Qu'en fait d' santé, d'amour et d' bien,

Faut en avoir autant l'un qu' l'autre.

SCARRON.

C'est vrai: cependant il n'y a pas de règles sans exceptions... Mais, ma chère Babet, vos intentions sont trop honnêtes pour que je ne vous rende pas service. Vous cherchez une place, je me charge de vous en trouver une.

BABET.

Ah ! Monsieur.

On entend des tambours.

SCARRON.

Quel bruit est-ce là ?... Ma mie, revenez dans une heure, et vous serez satisfaite.

Les tambours roulent plus fort.

Encore !

Il sonne et Maugin paraît.

Babet sort.

SCÈNE XIX.
Scarron, Maugin.

SCARRON.

Maugin, qu'est-ce que j'entends-là ?

MAUGIN.

Monsieur, ce sont les tambours de la ville, qui viennent, de la part de Monsieur Boisrobert, vous féliciter sur votre mariage.   [ 16 Boisrobert, François le Métel, sieur de (1592-1662) : Est célèbre pas ses bons mots et par le talent avec lequel il savait conter. Il gagna les bonnes grâces du Cardinal de Richelieu, qui l'employa à composer les pièces qu'i se laissait attribuer à lui-même, et obtint de lui plusieurs bénéfices, mais il les perdit presque tous au jeu. Il fut un des fondateurs de l'Académie française, dont le séances se tinrent longtemps chez lui. [B]]

SCARRON.

Fort bien... Allons, messieurs les rieurs, ne vous lassez point.

Les tambours jouent le pas redoublé.

Air : Les Anglais et les Hollandais.

On tambourine mes amours :

365   Ah! pour moi quelle gloire!

Vas trouver messieurs les tambours,

Et donne-leur pour boire;

Dis-leur bien que je suis comblé

De leur gaieté discrète;

370   Mais qu'au lieu du pas redoublé,

Ils battent la retraite.

MAUGIN.

Oui, monsieur.

Annonçant.

Monsieur de Villarceaux.

SCÈNE XX.
Scarron, Monsieur de Villarceaux.

SCARRON, à part.

Mon rival !... Ceci n'est pas aussi gai.

Haut.

Monsieur de Villarceaux vient-il mêler ses félicitations à celles des tambours de la ville ?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Je viens, Monsieur, savoir s'il est vrai que vous ayez sur Mademoiselle d'Aubigné des vues sérieuses.

SCARRON.

Vous savez bien, Monsieur, que le sérieux n'est pas mon genre.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Trêve de plaisanteries; l'aimez vous ? Oui ou non.

SCARRON.

Oui ou non : vous l'avez dit.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, élevant la voix.

Monsieur Scarron...

SCARRON.

Ah ! Ça, mais s'il s'agit d'un duel, vous me prêterez vos porteurs.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Daignez répondre...

SCÈNE XXI.
Les Mêmes, Ménage.

SCARRON.

Ma foi, mon ami, vous arrivez fort à propos. Vous voyez un rival qui vient me faire querelle, et sans vous, je ne sais pas jusqu'où cela pouvait aller.

MÉNAGE, à Monsieur de Villarceaux.

Eh ! Monsieur, montrez-vous plus raisonnable que lui.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il ne s'agit point de querelle ; je viens seulement savoir où monsieur en est avec Mademoiselle d'Aubigné.

SCARRON.

Belle question ! Mais tout le monde le sait, et les tambours ont dû vous en instruire.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Comment ! Il serait possible...

SCARRON.

Air : Vive les fillettes.

L'amour est fantasque,

Nous le savons tous,

Et ce petit masque

375   Est le roi des fous.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à Scarron.

Femme si jolie

Pourrait l'épouser !

MÉNAGE.

Pareille folie

Ne peut s'excuser.

SCARRON.

380   L'amour est fantasque,

Nous le savons tous,

Et ce petit masque

Est le roi des fous.

ENSEMBLE. MONSIEUR DE VILLARCEAUX, MÉNAGE.

Un choix si fantasque

385   Nous surprendra tous ;

Sous un pareil masque

Chercher un époux.

SCÈNE XXII.
Les mêmes, Mademoiselle D'Aubigné.

MÉNAGE.

Venez, Mademoiselle, il est question de vous.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, à Scarron.

Je vous croyais seul.

SCARRON.

Mademoiselle, voilà monsieur de Villarceaux qui prétend qu'un visage comme le mien et une figure comme la vôtre, ne pourront jamais dormir sur le même oreiller.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Il est vrai que j'ai lieu d'être étonné...

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ, à Monsieur de Villarceaux.

Eh ! De quel droit, monsieur, viendrez-vous blâmer ou approuver le choix que je pourrais faire ?

SCARRON.

Voilà qui est positif.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à Mademoiselle d'Aubigné.

Pardon, mademoiselle ; mais je crois que sans trop d'amour-propre, un autre pouvait se flatter d'obtenir la préférence.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Ai-je jamais autorisé la moindre prétention sur ma main, ou sur mon coeur ?

SCARRON.

Vous ne vous attendiez pas à cette réponse ? C'est que mademoiselle met à cacher son esprit tout le soin que les autres femmes mettent à montrer le leur.

SCÈNE XXIII.
Les mêmes, Ninon.

NINON.

Air : Intégrité, franchise.

Chez Scarron l'allégresse

Nous conduit chaque jour :

390   Aujourd'hui la tendresse

Y doit avoir son tour.

Bas à Monsieur de Villarceaux.

Je reviens ici

Seconder l'ardeur qui vous presse.

Bas à Mademoiselle d'Aubigné, lui montrant un papier.

Vous verrez ceci,

395   Tout a pleinement réussi.

TOUS.

Chez Scarron l'allégresse, etc.

NINON.

Il n'y a personne ici de trop. Scarron est le plus grand admirateur de Mademoiselle d'Aubigné ; Ménage est notre ami à tous, et je puis parler librement. J'arrive de Saint-Maur, où madame de Neuillant m'a donné par écrit son consentement à ce que Mademoiselle dispose de sa main, bien sûre que son choix ne peut qu'être digne du nom qu'elle porte. D'après cela, celui qui aspire à ce bonheur, doit s'expliquer sans contrainte.

Bas à Monsieur de Villarceaux.

J'espère, monsieur, que vous êtes content de moi ?

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Enchanté, Mademoiselle ; mais je prie Monsieur Scarron de vouloir bien se charger du remerciement.

NINON.

Plaît-il ?

SCARRON.

Oui, ma chère Ninon, c'est à moi de vous témoigner toute ma reconnaissance.

NINON.

Comment !

SCARRON.

Tous les merveilleux de la cour et de la ville doivent aujourd'hui baisser pavillon devant mon mérite.

NINON, à Mademoiselle d'Aubigné.

Que veut-il dire ?

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Que ni le rang ni la fortune n'ont pu me commander ce que la raison et l'amitié me font faire pour Scarron.

NINON.

Mais songez qu'un amant jeune et riche...

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

Air : Vaudeville d'Honorine.

Un jeune amant dans l'opulence,

De m'épouser se flatterait en vain ;

Je n'ai rien que mon indigence,

Et ma fierté refuserait sa main.

Bis.

À Scarron.

400   J'apporte, en acceptant la vôtre,

Amitié, zèle, attention.

Je serais pauvre pour tout autre,

Mais je suis riche pour Scarron.

Bis.

TOUS.

Oui, sans fortune pour tout autre,

405   Vous êtes riche pour Scarron.

Bis.

NINON.

Je n'aurais jamais pu deviner un pareil mariage.

MÉNAGE, à Mademoiselle d'Aubigné.

Mademoiselle d'Aubigné, avec une pareille âme, vous êtes faite pour les plus hautes destinées.

NINON.

Ménage a raison.

Air : Pauline, au printemps de son âge.

Puisqu'aujourd'hui d'un choix si rare

La raison vous fait un devoir,

Sans doute le sort vous prépare

Ce qu'on ne peut encor prévoir;

410   Qui sait si, malgré sa puissance,

Un jour, un illustre barbon

N'enviera pas la survivance

De vos tendres soins pour Scarron.

Bis.

À Villarceaux.

Mon ami, vous n'avez rien de mieux à faire que de prendre la chose gaîment. Ce matin, je vous ai donné, je pense, un assez bel exemple.

SCÈNE XXIV.
les Mêmes, Girault, un Notaire.

GIRAULT, bas à Scarron.

J'arrive avec mon argent et le Notaire apostolique.

SCARRON.

Ah ! Ah !

Il l'examine des pieds à la tête.

Fort bien. Mesdames, je vous présente monsieur l'Abbé.

Tout le monde salue.

MÉNAGE.

Eh ! C'est ce coquin de Girault !

TOUS.

Girault !

SCARRON.

Chanoine de ma façon.

MÉNAGE.

Je te remercie de m'en avoir débarrassé.

GIRAULT.

Trop heureux si je pouvais un jour mériter la confiance de ces dames !

NINON.

Monsieur le Chanoine, si jamais je donne la mienne à quelqu'un de votre état, vous aurez la préférence.

SCARRON.

Monsieur le Notaire apostolique, vous faites des contrats de mariage ?

LE NOTAIRE.

Je fais de tout, monsieur.

SCARRON.

Vous allez faire le nôtre.

LE NOTAIRE, à une table.

À l'instant... La future est...

SCARRON.

Mademoiselle d'Aubigné.

LE NOTAIRE, écrivant.

Que reconnaissez-vous à l'accordée ?

SCARRON.

Ce que je lui reconnais ?

Air : L'amour galant, c'est son ouvrage.

Elle m'apporte en mariage,

415   D'abord, deux grands yeux fort mutins;

Ajoutez un très-beau corsage,

Une paire de belles mains,

Un coeur pur, une âme excellente

Et quatre bons louis de rente :

420   Mais le plus flatteur à mon gré,

C'est ce que personne ici ne lui conteste,

Beaucoup d'esprit que je ferai

Mieux valoir que le reste.

LE NOTAIRE, écrivant.

Quel douaire lui assurez-vous ?

SCARRON.

L'immortalité. Le nom des femmes des rois meurt avec elles, celui de la femme de Scarron vivra éternellement.

SCÈNE XXV.
Les Mêmes, Maugin, Babet.

MAUGIN.

Monsieur, cette jeune fille à qui vous avez dit de revenir...

SCARRON, à Babet.

Tout-à-l'heure, ma petite...

LE NOTAIRE.

Ces messieurs signent-ils ?

SCARRON.

Tout le monde signe... Et toi aussi, Maugin.

MAUGIN.

Moi, monsieur !

SCARRON.

Oui, mon ami : mon mariage ne te fait pas peur ? Tu serviras bien ma femme, n'est-ce pas ?

MAUGIN.

Oui, monsieur, s'il plaît à Dieu.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX, à qui l'on présente le contrat à signer.

J'espère que j'en suis dispensé.

NINON, à Monsieur de Villarceaux.

Vous avez de l'esprit... Signez ce contrat-là.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Mais...

NINON.

Signez, vous dis-je.

Il signe.

SCARRON, à Girault.

À nous deux.

GIRAULT, lui remettant l'argent.

Voici votre affaire : la somme est en or.

SCARRON.

Tant mieux.

S'adressant à Babet.

À vous, ma petite. Madame Scarron, voici mademoiselle Babet que messieurs Voiture et Sarrazin m'ont adressée pour être la gouvernante de nos enfants.

À Babet.

Ma bonne amie, comme je pourrais vous faire attendre un peu trop longtemps, je vous établis la gouvernante des vôtres.

BABET.

Des miens !

SCARRON.

Air : On ne rit plus, on ne boit guère.

Pour vous faire entrer en ménage,

425   Il vous manquait cinquante écus;

Pour le trousseau du mariage,

En voici cinquante de plus.

BABET.

Ah ! Monsieur, comment reconnaître...

SCARRON.

Allez, que votre hymen produise,

Priez qu'il m'en advienne autant.

430   Mais en passant,

Dites pourtant

À ces messieurs d'un esprit si plaisant :

Scarron est sage, quoi qu'on dise,

Car il place bien son argent.

TOUS.

435   Scarron est sage, quoi qu'on dise,

Car il place bien son argent.

NINON, à Monsieur de Villarceaux.

Vous me restez, Monsieur... vous voyez que ce n'est pas ma faute.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Après ce qui s'est passé, puis-je encore me flatter...

NINON.

Air : Réveillez-vous, belle endormie.

J'aurai toujours même tendresse,

Ma constance vous le promet.

MÉNAGE, à Monsieur de Villarceaux.

Si vous doutez de sa promesse,

440   Elle vous fera son billet.

MONSIEUR DE VILLARCEAUX.

Sa parole vaut mieux: d'ailleurs, Monsieur de la Châtre ne me le conseillerait pas.

SCARRON.

Maugin, fais-nous servir.

MAUGIN.

Dans l'instant, Monsieur.

SCARRON.

Allons, mes amis.

VAUDEVILLE.

MÉNAGE.

Air : Des tricotets.

Venez chanter et rire

Avec ma femme et Ninon.

CHOEUR.

Allons chanter et rire

Avec sa femme et Ninon.

SCARRON.

445   La gaîté, l'esprit, la raison,

Désormais vont à l'unisson

Habiter sa maison.

CHOEUR.

La gaîté, l'esprit, la raison,

Désormais vont à l'unisson

450   Habiter sa maison.

SCARRON.

Chacun voudra s'inscrire

Pour les soupers de Scarron.

CHOEUR.

Chacun voudra, etc.

NINON, à Mademoiselle d'Aubigné.

Souvent pour le noeud conjugal

455   On choisit mal :

Quant à vous, dans ce doux lien,

Vous voyez bien.

Point d'erreur, point de surprise,

De méprise ;

460   Vous épousez un esprit

Et tout est dit.

MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.

De ce choix j'ai lieu d'être contente,

Et mon coeur ne désire plus rien :

De Scarron si je remplis l'attente,

465   Son bonheur fera toujours le mien.

MAUGIN.

Je suis tout réjoui,

Oui ;

C'est de votre heureux mariage,

Le plaisir

470   Vient vous saisir,

Et le plaisir

Peut vous guérir.

De sa main une belle Dame

À votre flamme

475   Fait le don.

Que de bons amis dans la maison

Viendront à foison

Pour y voir la femme

De monsieur l'Abbé Scarron !

MÉNAGE.

480   De la folie

Enfant et digne appui,

De la folie

Tendre et fidèle ami,

Mainte folie

485   Scarron fit jusqu'ici :

Mais la plus jolie,

Est celle d'aujourd'hui.

CHOEUR.

De la folie, etc.

SCARRON.

Venez chanter et rire

490   Avec ma femme et Ninon.

CHOEUR.

Allons chanter, etc.

 


Notes

[1] Scarron était presque entièrement paralysé et ne se déplaçait qu'en fauteuil roulant.

[2] Pelisson, Paul (1624-1693) : Fut d'abord avocat à Castres, vint à Paris pour y jouir du commerce des gens de lettres, y acheta une charge de ssecrétire du Roi, devint en 1657 premier commis de Fouquet, et fut nommé conseiller d'État en 1660. Il partagea la disgrâce de Fouque et fut incarcéré en 1661 à la Bastille. (...) Il ne sortit de prison qu'au bout de 5 ans, fut nommé Historiographe du Roi et académicien. [B]

[3] Saint-Maur : Commune au sud-est de Paris sur la rive droite de la Marne qui se nomme actuellement Saint-Maur-des-Fossés.

[4] Scarron avait une maison dans le quartier du Marais de Paris qui se situe au nord de la Seine.

[5] Adonis : jeune homme d'une beauté remarquable, était, suivant les Grecs,le fruit du commerce incestueux de Cinyras avec sa fille Myrrha. Il fut changé en anémone. [B]

[6] Il s'agit de son épitaphe écrite par lui-même.

[7] Vers 186-187, Citation parodique des vers 1539-1540 de Dom Japhet d'Arménie (1653) de Scarron.

[8] Citation des vers 898-891, de Jodelet de Scarron.

[9] S'il s'agit du Misanthrope de Molière, il y a une erreur sur la date, car le Misanthrope a été présenté au public en 1666 et non en 1652 période où se situe l'action.

[10] Le Roman comique est une oeuvre de Paul Scarron.

[11] Ignorantin : Les frères ignorantins, et, substantivement, les ignorantins, nom donné aux membres d'un ordre religieux fondé en 1495 par saint Jean-de-Dieu, Portugais, et introduit en France par Marie de Médicis ; destiné d'abord à servir et à secourir les pauvres malades, il s'occupa plus tard de l'éducation des enfants du peuple. Dans le faubourg St-Germain-des-Prés se sont établis les Frati ignoranti, autrement dits de Saint-Jean, lesquels sont très savants ès remèdes de toutes maladies ; ils s'appellent ainsi par une façon de modestie, et ne cherchent pas les disputes de paroles, PALMA CAYET, Chron. sept. anno 1604, cité dans l'Intermédiaire du 25 juillet 1864. Par confusion, et quelquefois par moquerie, on donne ce nom aux frères des écoles chrétiennes. [L]

[12] Cardinal : le cardinal Mazarin.

[13] Voiture, Vincent (1597-1648) : Poète précieux connu, entre autres, pour ses sonnets et ses lettres.

[14] Sarrasin, Jean-François (1604-1654) : Sas écrits se font remarquer par un badinage ingénieux ; il était en ce genre le rival de Voiture. [B]

[15] Crésus : dernier roi de Lydie, de la race des Mermandes, célèbre par ses richesses, monta sur le trône en l'an 559 avant JC, et partagea son règne entre les plaisirs, la guerre et les arts. [B]

[16] Boisrobert, François le Métel, sieur de (1592-1662) : Est célèbre pas ses bons mots et par le talent avec lequel il savait conter. Il gagna les bonnes grâces du Cardinal de Richelieu, qui l'employa à composer les pièces qu'i se laissait attribuer à lui-même, et obtint de lui plusieurs bénéfices, mais il les perdit presque tous au jeu. Il fut un des fondateurs de l'Académie française, dont le séances se tinrent longtemps chez lui. [B]

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