L'HÉROÏNE AMÉRICAINE

PANTOMIME EN TROIS ACTES

Propres à former les moeurs des enfants et des jeunes personnes, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à vingt.

Prix douze sols.

M. DCC. LXXXVI.

Par M. ARNOULD.

À PARIS, Chez GUILLOT, Libraire de MONSIEUR, frère du Roi, rue Saint?Jacques, vis-à-vis celle des Mathurins.

De l'imprimerie de la Veuve BALLARD et Fils ; rue des Mathurins.


Texte établi par Paul FIEVRE, avril 2018

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 30/04/2018 à 22:29:40.


AVERTISSEMENT

Le trait suivant, rapporté dans l'Histoire Philosophique et Politique des Établissements et du Commerce des Européens dans les deux Indes, a fourni le sujet de cette Pantomime. Voyez tome V , page 271. « Des Anglais débarqués sur les côtes du Continent pour y faire des esclaves, furent découverts par les Caraïbes qui servaient de butin à leurs courses. Ces Sauvages fondirent sur la troupe ennemie, qu'ils mirent à mort ou en fuite. Un jeune homme, longtemps poursuivi, se jeta, dans un bois. Une Indienne l'ayant rencontré, sauva ses jours, le nourrit secrètement, et le reconduisit après quelque temps sur les bords de la mer. Ses Compagnons y attendaient à l'ancre ceux qui s'étaient égarés : la chaloupe vint le prendre. Sa libératrice voulut le suivre au vaisseau. Dès qu'ils furent arrivés à la Barbade, le monstre vendit celle qui lui avait conservé la vie, qui lui avait donné son coeur avec tous les sentiments et tous les trésors de l'amour. Pour réparer l'honneur de la Nation Anglaise , un de ses poètes a dévoué lui-même à l'horreur de la postérité ce monument infâme d'avarice et de perfidie. Plusieurs langues l'ont fait détester des Nations. »

On a suivi, le plus qu'il a été possible, ce sujet historique ; les changements qu'on s'est permis, étaient nécessités par l'action théâtrale.


PERSONNAGES.

INKLE. le sieur Talon.

UN CAPITAINE de Vaisseau Anglais, Le Sr. Jaimon.

JARIKA, La Dlle Julie.

UN CHEF DE SAUVAGES, Le Sr Varennes.

TROUPE DE SOLDATS ANGLAIS.

TROUPE DE SAUVAGES.

La scène est en Amérique


ACTE PREMIER

Le Théâtre représente une forêt. Dans le fond, et sur le côté gauche, est une cabane.

SCÈNE PREMIÈRE.

Inkle, à la tête de quelques Soldats, conduit deux Femmes Caraïbes enchaînées. Ils traversent la forêt, et dirigent leurs pas du côté de la mer.

SCÈNE II.

Jarika sort avec précaution de sa cabane, et cherche d'où provient le bruit qu'elle a entendu ; Elle aperçoit Inkle arrêté dans sa marche par les Sauvages, et se retire promptement dans sa cabane.

SCÈNE III.

Inkle, les cheveux en désordre, et son épée rompue dans les mains, revient sur ses pas, et traverse précipitamment la forêt, si poursuivi par une troupe de Sauvages.

SCÈNE IV.

Jarika sort de sa cabane, et, suit des yeux l'officier Anglais, au sort duquel elle paraît par degrés prendre le plus vif intérêt Son geste exprims combien elle appréhende qu'il ne tombe entre les mains de ses ennemis. Le moment lui paraissant favorable, elle s'élance dans la forêt, dans le dessein de 1e délivrer.

SCÈNE V.

Les Sauvages, qui étaient à la poursuite d'Inkle, reviennent et paraissent furieux de ce que l'ennemi leur est échappé. Après avoir visité la cabane de Jarika et ses environs, ils disparaissent en continuant leurs recherches.

SCÈNE VI.

Jarika s'avance, et suit de l'oeil les Sauvages. Sa joie éclate en voyant qu'elle a sauvé les jours de celui quelle aime. Elle retourne aussitôt sur ses pas, et revient en conduisant Inkle par la main.

SCÈNE VII.

Touché de la beauté de la jeune Américaine, et pénétré de reconnaissance pour le service qu'elle vient de lui rendre, Inkle lui donne des témoignages de l'amour 1e plus tendre. Jarika est enchantée de voir son amant répondre à sa tendresse. Elle le prend par la main, et le conduit à sa cabane, où elle l'invite à prendre quelque repos, pendant qu'elle ira dans les bois pourvoir à sa nourriture. Elle s'arme de son arc, et s'enfonce dans la forêt, en recommandant à son amant de ne point s'exposer à la fureur des Sauvages, en sortant avant son retour de l'endroit où elle le laisse.

SCÈNE VIII.

INKLI semble oublier le sort dont il est menacé, pour ne s'occuper que du plaisir de revoir bientôt l'objet de sa tendresse. Enfin, accablé, épuisé de la fatigue, il se couche sur une natte de jonc, qui est à l'entrée de la cabane, et essaye de prendre quelque repos.

SCÈNE IX.

Jarika accourt ; elle apporte du gibier et des fruits. Arrivée près de la cabane, elle s'arrête tout-à-coup en apercevant Inkle endormi. Elle s'approche en observant de faire le moins de bruit possible, dans la crainte de troubler son repos, s'assied à ses pieds, et le considère avec l'attention la plus affectueuse.

Peu à peu Inkle s'éveille. Jarika tressaille de joie ; elle se hâte de lui présenter des fruits, et l'engage de la manière la plus tendre, à en manger. Elle court ensuite à un ruisseau voisin, et lui apporte de l'eau pour le désaltérer.

Un bruit confus se fait entendre au loin. Jarika tremblante pour les jours de son amant, et voyant les Sauvages s'avancer, conduit promptement Inkle dans une grotte voisine pour le dérober à leur poursuite.

SCÈNE X.

Les Sauvages paraissent. Désespérés de voir que leur ennemi a disparu, et persuadés que la jeune Américaine l'a soustrait à leurs regards, ils se saisissent d'elle, et la menacent de la mort si elle ne leur découvre l'endroit où l'étranger s'est retiré. Jarika n'est point intimidée de leurs menaces. Les Sauvages ont déjà le sabre levé sur sa tête  : prête à recevoir le coup de la mort  : plutôt que de trahit son amant, elle se jette à genoux, se couvre les yeux de ses deux mains, et attendent courageusement le sort qui lui est préparé.

Inkle paraît à l'entrée de la grotte. Effrayé du spectacle qui s'offre à ses yeux, il rentre promptement dans le creux du rocher.

SCÈNE XI.

Survient à l'instant le Chef des Sauvages ; il leur défend de frapper, et leur ordonne de s'éloigner. Ils obéissent.

SCÈNE XII.

Il s'approche de Jarika, en l'assurant qu'elle n'a plus rien à craindre. Il l'examine, lui déclare qu'il la trouve belle, et l'engage à s'attacher à lui. Elle lui répond avec franchise qu'elle a déjà donné son coeur, et que rien ne serait capable de lui faire changer de sentiment.

SCÈNE XIII.

Plusieurs Sauvages accourent, et annoncent à leur Chef l'arrivée d'un second vaisseau. Il quitte promptement Jarika, en lui disant qu'il va tâcher, par son courage, de mériter le bonheur de lui plaire, et court avec ses compagnons du côté où ils ont aperçu l'ennemi.

SCÈNE XIV.

Jarika vole à l'endroit où elle a fait cacher son amant. Elle lui apprend l'arrivée d'un vaisseau de sa Nation, l'invite à se rendre avec elle sur le bord de la mer, et lui demande avec les plus vives instances la permission de partir avec lui, si elle parvient à le conduire au vaisseau. Inkle y consent avec plaisir. Ils sortent tous deux par un chemin opposé à celui des Sauvages.

ACTE II

Le Théâtre représente un Paysage aride ; dans le fond, une chaîne de rochers contre lesquels la mer vient se briser. On aperçoit dans le lointain un Vaisseau Anglais à l'ancre.

SCÈNE PREMIÈRE.

Jarika conduit Inkle par la main, en prenant toutes les précautions possibles pour n'être point aperçue des sauvages. Arrivés au bord de la mer, elle s'empresse de lui montrer le vaisseau qu'on aperçoit au loin. Inkle l'ayant reconnu pour un vaisseau de sa nation, s'abandonne aux transports de la joie la plus vive, et assure l'Américaine de toute sa reconnaissance, pour les services signalés qu'elle vient de lui rendre.

Un bruit confus se sait entendre. Ce sont les Sauvages qui viennent reconnaître l'ennemi. Jarika entraîne Inkle parmi les rochers, pour le dérober à leurs regards.

SCÈNE II.

Dans la crainte d'être surprise par les Anglais, dont le débarquement vient de se faire, le Chef des Sauvages ordonne à ses compagnons de le suivre pour se préparer à les combattre.

SCÈNE III.

Un régiment s'avance en bon ordre. Le Capitaine en forme trois divisions, qu'il envoie à la découverte en différents endroits.

SCÈNE IV.

Le Chef des Sauvages, qui s'est aperçu de la manoeuvre de l'ennemi, fait avancer ses compagnons, dont il forme aussi trois divisions, auxquelles il ordonne de prendre le même chemin que les Anglais.

SCÈNE V.

Une des trois divisions Anglaises revient sur ses pas pour observer les mouvements des Sauvages ; mais elle se reploie bientôt sur elle-même pour se mettre en embuscade, et attendre un moment plus favorable de fondre sur l'ennemi.

SCÈNE VI.

Inkle, qui, dans sa fuite avec Jarika, a été rencontré par les Sauvages, arrive, poursuivi par cinq d'entre-eux, qui l'entourent, et contre lesquels il ne lui reste plus aucun moyen de défense.

SCÈNE VII.

Tamia paraît furieuse, elle s'élance sur un des Sauvages, lui enlève sa massue, et se range à côté d'Inkle, qu'elle couvre de son corps en s'exposant aux coups qu'on lui porte. À cette action fière et généreuse, le courage d'Inkle se ranime ; et joignant ses efforts à ceux de l'Américaine, ils se forcent bientôt à eux deux seuls, les quatre sauvages à prendre la fuite.

SCÈNE VIII.

Deux divisions Anglaises arrivent, poursuivies de près par les Sauvages. Alors la division qui était en embuscade sort et fond impérieusement sur eux et les prennent en flanc. On attaque et on se défend de part et d'autre. La victoire, après avoir resté quelque temps indécise, se déclare enfin en faveur des Anglais. Les Sauvages prennent la suite, à leur tour, et se retirent en désordre, poursuivis par les Anglais.

SCÈNE IX.

Un détachement Anglais revient en conduisant une troupe de Sauvages qui ont été faits prisonniers, et qui sont enchainés deux à deux. Le Capitaine ordonne qu'on les conduise au vaisseau.

SCÈNE X.

Inkle vient trouver le Capitaine à qui il se fait connaître. Il lui présente Jarika comme une personne qui lui a rendu les plus grands services. Touché de la beauté de la jeune Américaine, le Capitaine devient jaloux du bonheur d'Inkle. Il ordonne à ses troupes de se préparer à une seconde expédition contre les Sauvages. Elles défilent par différents chemins, et le Capitaine, Inkle et Jarika se retirent pour aller prendre quelque repos.

ACTE III

Même décoration qu'au second acte.

SCÈNE PREMIÈRE.

Jarika est endormie au pied d'un arbre. Inkle, assis près d'elle, paraît plongé dans une rêverie profonde.

On entend au loin deux coups de canon qui partent du Vaisseau.

Inkle se lève, en observant de faire le moins de bruit possible, dans la crainte d'éveiller Jarika, et fait quelques pas du côté de la mer.

SCÈNE II.

Les Capitaine, accompagné de quelques soldats, vient avertir Inkle que le vaisseau va bientôt mettre à la voile. Jarika endormie frappe ses regards. Il s'en approche et paraît indécis sur le parti qu'il doit prendre. Un soldat qui croit s'apercevoir de ce qui se passe dans son âme, lui propose d'enchaîner l'Américaine, et de la conduire sur son bord. Le Capitaine hésite.

SCÈNE III.

Inkle revient sur ses pas. Étonné de l'action à laquelle se dispose le soldat, il veut en témoigner son ressentiment au Capitaine, lorsque celui-ci lui présente une bourse, en lui proposant de lui vendre Jarika comme esclave. Inkle hésite, le Capitaine s'en aperçoit et profite de cet instant pour le décider, en lui mettant une seconde bourse dans la main. Ébloui par la quantité d'or que renferment les deux bourses, et vaincu par les instances du Capitaine, Inkle consent enfin à abandonner celle qui lui a sauvé la vie en exposant plusieurs fois la sienne. Le soldat saisit cet instant pour passer, avec beaucoup de précaution, un anneau de la chaîne au bras de Jarika, dans la crainte de l'éveiller.

SCÈNE IV.

Le Chef des Sauvages paraît sur le haut d'un rocher, et examine avec l'attention la plus marquée ce qui se passe.

Jarika s'éveille, aperçoit Inkle à quelques pas d'elle, se lève précipitamment, et court à l'objet de toute sa tendresse. Elle veut le serrer dans ses bras ; la chaîne dont est chargée sa main frappe ses regards ; interdite, effrayée, ses yeux se fixent sur ceux d'Inkle, qui dans l'instant détourne les siens, et semble vouloir se dérober à sa vue. L'infortunée Américaine ne peut se persuader que son amant soit assez lâche pour l'avoir vendue à son ami. Elle veut se jeter à ses genoux ; mais Inkle, en s'éloignant, lui déclare que tout est rompu entre eux, et qu'elle appartient au Capitaine. Tremblante, les yeux baignés de larmes, elle tend les bras vers son amant ; sa douleur lui laisse à peine la force de se soutenir ; elle ne cherche plus qu'à exciter du moins sa compassion... Inkle est inflexible, et le Capitaine ordonne à Jarika de se préparer à le suivre.

Le Chef des Sauvages, révolté de cette atrocité, se retire en se promettant d'en tirer une prompte vengeance.

SCÈNE V.

On vient annoncer au Capitaine qu'il n'est point en sûreté dans cet endroit ; que les Caraïbes reprennent les armes, et se disposent à recommencer le combat. Il remet l'Américaine entre les mains de quelques soldats, en leur ordonnant de se rendre pomptement au vaisseau, et se retire avec Inkle.

SCÈNE VI.

Le Chef des Sauvages paraît. Ses compagnons arrivent de différents côtés. Il les rassemble , les range en pelotons, se met à leur tête, et court à l'ennemi qui se dispose à se rembarquer.

SCÈNE VII.

Une troupe de femmes sauvages arrive. Elles semblent craindre les suites du combat qui se prépare ; elles regardent au loin, et annoncent par leur différents mouvements l'impression de crainte ou d'espérance que fait sur elles le combat dont le bruit se fait entendre dans le lointain  : peu-à-peu ce bruit augmente les combattants s'approchent, et les femmes se retirent.

SCÈNE VIII.

Une troupe de Sauvages revient sur ses pas, poursuivie par un détachement anglais. Ils s'enfoncent dans la forêt.

SCÈNE IX.

Quelques femmes sauvages reviennent et paraissent dans la plus cruelle agitation. Arrive le Chef, tenant la jeune Américaine d'une main, et son sabre de l'autre. Il lui ôte ses chaînes, lui rend généreusement la liberté, et la remet entre les mains des femmes sauvages pour veiller à sa sûreté.

SCÈNE X.

Ingle accourt pour reprendre Jarika. Il fond impétueusement sur le Chef des Sauvages ; les femmes se retirent et emmènent l'Américaiue presque malgré elle. Il se livre un combat vif et opiniâtre entre Inkle et le Chef ; celui-ci est sur le point d'être victorieux Inkle commence à l'affaiblir.

SCÈNE XI.

Survient tout-à-coup le Capitaine, qui se joignant à Inkle, rend la partie trop inégale pour que le Chef puisse résister plus long-temps. Il est au moment d'être massacré, lorsqu'arrive aussitôt une troupe de Sauvages, qui le dégage, et enveloppe Inkle qui est fait prisonnier et que l'on en traîne.

SCÈNE XII.

Le Capitaine qui a trouvé le moyen de se débarrasser, reparoît sur le champ à la tête d'un détachement de ses troupes ; mais trouvant une résistance opiniâtre dans le Chef et ses compagnons, il est enfin obligé de céder et de prendre la fuite.

SCÈNE XIII.

Les Sauvages restés maîtres du champ de bataille, se rassemblent et se remettent en ordre. L'instant d'après, on entend quelques coups de canon qui annoncent le départ du vaisseau. Un Sauvage vient annoncer que les ennemis ont disparus, et que leur vaisseau vient de mettre à la voile.

Les Sauvages demandent au Chef la mort d'Ynkle, pour les venger des incursions et des cruautés des Anglais. Il la leur promet, et se retire avec eux.

SCÈNE XIV.

Jarika réduite au désespoir par la perfidie de son amant, quitte les femmes qui tâchaient d'adoucir ses chagrins, et vient chercher quelque endroit écarté où elle puisse, en liberté, se livrer tout entière à sa douleur.

Une fête bruyante qui s'annonce au loin, et qui paraît s'approcher, l'oblige à se retirer.

SCÈNE XV.

Marche composée de Sauvages, hommes et femmes. Ils arrivent en dansant. On prépare le poteau où doit être attaché le prisonnier. Inkle enchaîné, et conduit par quatre Sauvages, dont deux sont armés, l'un d'un scapel, et l'autre d'un casse?tête.

Cérémonies ordinaires des Sauvages lorsqu'ils se disposent à faire mourir un prisonnier.

Il est conduit et attaché au poteau. On allume le feu. Le Chef est au moment de donner le signal pour commencer les tourments qu'ils ont coutume de faire souffrir à leurs prisonniers, lorsque Jarika, éperdue, accourt et lui retient le bras. Elle le supplie avec les plus vives, les plus tendres instances de lui accorder la grâce de son perfide amant. Le Chef, après avoir hésité sur le parti qu'il doit psendre, finit par la lui refuser. Voyant que ses prières sont vaines, elle s'éloigne, tire un poignard et menace de se donner la mort, s'il ne lui accorde pas sa demande. Le Chef, effrayé de son action, court à elle, la désarme, et lui reproche son amour pour un traître qui, pour prix de sa tendresse a eu la cruauté de la livrer à l'esclavage. Pour toute réponse, Jarika tombe à ses genoux et redouble ses instances. Le Chef attendri, touché de la générosité de la jeune Américaine, pour laquelle il conserve toujours la passion la plus vive, se laisse fléchir, et lui accorde enfin la grâce qu'elle demande.

Tous les Sauvages font un mouvement de mécontentement ; mais le Chef, d'un seul regard, leur en impose et les réduit au silence.

Jarika tressaille de joie, elle vole à son amant, et lui ôte avec le plus vif empressement ses chaînes. Elle les considère un instant, frémit en se rappelant que ce sont les mêmes dont on s'est servi, lorsqu'il l'a vendue au Capitaine, et les jette au loin avec effroi.

Inkle confus, humilié de trouver tant de générosité dans une femme qu'il a si cruellement outragée, tombe à ses genoux qu'il veut embrasser. Elle frisonne, le repousse avec dédain, en lui faisant sentir quelle différence elle met entre l'infamie de sa conduite et la noblesse de celle du Chef des Sauvages. Elle voue une haine éternelle à lui et à sa nation, offre sa main au Chef, qui la reçoit avec la plus vive reconnaissance, et ordonne froidement à Inkle de s'éloigner. Il veut essayer de la fléchir, mais quelques Sauvages s'avancent et le contraignant à se retirer. Il part, le coeur déchiré par ses remords.

Les Sauvages témoignent par un geste qu'ils approuvent l'Américaine et leur Chef ; ils se livrent à la joie, et se préparent à célébrer leur union.

Un divertissement général termine la Pantomime.

 


Lu et approuvé pour la représentation de la Pantomime et l'impression du programme, le 4 Mars 1786.

STUARD.

Vu l'approbation, permis d'imprimer. À Paris, de 4 mars 1786.

DE CROSNE

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