******************************************************** DC.Title = EN EXPRESS, MONOLOGUE DC.Author = CHÉREAU, Arthur DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Monologue DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 29/12/2024 à 20:45:58. DC.Coverage = France DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/CHEREAU_ENEXPRESS.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k939692 DC.Source.cote = BnF LLA 8-YTH-22096 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** EN EXPRESS Monologue en vers. dit par COQUELIN AINÉ, de la Comédie Française. 1886 par ARTHUR CHÉREAU Imprimerie Générale de Chatillon-sur-Seine.- A. PICHAT PERSONNAGES. LE NARRATEUR, COQUELIN AÎNÉ EN EXPRESS ***************** Erreur dans l'interprétation du texte (ligne 372, programme : edition_txt_TOUT.php) J'aime beaucoup voyager, Mais seul : la compagnie empêche de songer Et de bien voir le paysage ; Et puis il me plaît de causer, quant à moi, Avec n'importe qui touchant n'importe quoi : D'un mot, je suis un peu sauvage. Chacun son naturel. Lors donc que je voyage, Je recherche l'isolement Et, la tête en dehors de mon compartiment, Je veille, de peur qu'on ne l'ouvre, Comme jadis la garde aux barrières du Louvre. Un jour, ainsi campé, j'attendais le départ. Ceux qui voyaient mon air se sauvaient autre part. Tout le monde se loge enfin et je m'installe, Seul ! - Mais j'avais compté sans les gens en retard Un monsieur hors d'haleine entre comme un Vandale. - Le vapeur siffle. En marche ! - Un monsieur très gentil Peut-être est-il discret et me laissera-t-il, Sinon tant pis pour lui, je fais quelque scandale ! - Il me salue et fort civilement, Je lui réponds et fort brutalement. Il m'oppose un cigare et moi je lui réplique Du geste un refus sec. Sans se décourager, Après certain coup d'oeil oblique Il va jusqu'à m'interroger : - « Allez-vous loin, Monsieur ? » - J'enrageais taciturne. Renfonce, renfrogné comme un oiseau nocturne. Bavarde tant qu'il plaira, Morbleu ! Je suis sourd. On verra. - « Monsieur, allez-vous loin ?... » Et moi je tends l'oreille. Dieu sait pourtant qu'il parlais bas ! - Allez-vous à Lyon ?... Allez -vous à Marseille ?... - Non, merci, je ne fume pas... » Ah ! ah! pensais-je, admirable riposte ! Pouffant de rire, il retourne à son poste ? Plus que lui je riais, sauvé sans trop de mal, Quand il conclut : « Est-il sourd l'animal ? » Eh ! eh ! pensai-je un tant soir peu morose, Pour un faux sourd tout n'est pas rose !... Bientôt il descendit - seul - et remonta deux : Une petite femme au parfum capiteux, Aux yeux noirs pétillants, à la bouche maligne, Vive comme l'anguille aux méandres glissants. Bienheureux le pêcheur qui la prit à la ligne ! Ah ! Maintenant causons, cher Monsieur, j'y consens ! Or c'était une jeune et fraîche mariée, Je le sus par la suite et qu'à ce rendez-vous Elle avait rejoint son époux. Elle eut, m'apercevant, une moue ennuyée. - « Bah ! lui dit-il, Charlotte, il est sourd comme un pot. » Décidément, j'étais capot. - « Quoi : Sourd ? réfléchit-elle en frappant ses mains folles, Nous pourrons au moins nous aimer en paroles ?... » Oh ! oh ! pensais-je, impossible ! Il me faut D'honneur les inviter à n'aimer pas tout haut !... - « Huit jours, reprit la jeune femme, Huit longs jours sans se voir et, quand on se revoit, N'être pas seuls !... » - Chacun alors ouvrit son âme, Où l'autre s'abreuvait comme un oiseau qui boit. - Tu crois qu'il n'entend pas ? disait la pauvre amie ; - Qui ? Lui ? Pas plus qu'une momie ! - Quel dommage au physique il n'est pas mal pourtant. » (Là, de ne pas être sourd j'étais assez content.) - « Peut-il en cet état se marier quand même ? Poursuit-elle d'un air contrit, Comment s'y prendrait-on pour lui dire : je t'aime ?... » Là-dessus, d'un fantasque esprit Sans doute aiguillonné par ma sotte présence, Elle me décocha toute sa médisance, Tous les désagréments de cette infirmité Dont j'affectais trop bien l'impassibilité, Un étourdissant babillage, Des gammes de rire éclatant. - « C'est un colis, dit-elle en m'inspectant, On s'est trompé dans l'emballage ! » (Là, de n'être pas sourd je n'étais plus content !) Elle allait, se grisant d'une ivresse enfantine, Et répétait dans ses ébats : - Mais Gaston, puisqu'il n'entend pas !... On est puni par où l'on pèche. - La mutine, Me guettait ; un moment je détourne les yeux Et j'entends le baiser le plus séditieux !... De son audace peu commune Elle tremble après coup, elle articule : « Ciel ! - Il rêve dit Gaston, il marche dans la lune... » Ce sont eux qui marchaient dans le lune... de miel ! Je n'osais plus me retourner, profane. - « Ah ! murmurait un organe charmant, Ah ! S'il était aveugle, seulement ! - Mains encor, s'il dormait ! » soupirait l'autre organe. Dormir ; Si je faisait semblant ? Sans mentir, j'en eus la pensée Séduisante, mais repoussée, Et je me retournerai, comme Argus vigilant. Je déplorai d'ailleurs mon stratagème. Ces rôles tiers sont singuliers. Depuis les papillons jusqu'au couple lui-même Tout conjuguait le verbe : « J'aime » ; J'étais dans mes petits souliers, Refroidi par le pittoresque, Rêvant Arlésienne, Espagnole ou Mauresque. - « Dormira-t-il ? Entendais-je toujours. Dors, voisin ! soufflait l'un ; l'autre : dors, roi des sourds ! » C'en était trop. Plus prompt que le salpêtre Et m'affublant d'un titre redouté, - « Non ! dis-je avec autorité, Je ne dormirai pas, je suis garde-champêtre !... » D'ici vous jugez l'effet. L'épouse rougit fort et l'époux stupéfait : - Vous n'étiez donc pas sourd ? - Hé ! Pas le moins du monde... » À ces mots, comme un chat qui gronde Il se hérisse furieux, Va me manger le nez ou m'arracher les yeux, Quand le train s'arrêtant, madame saut à terre Et, pour couper court au procès, Entraîne à quelques pas monsieur qu'il fait taire. Colloque entre eux et rire : Enfin un vrai succès. Gaston m'offre la main et moi, de ma portière, Saluant et déjà roulant vers la frontière ; - « Un peu plus, lui criai-je, et je verbalisais !... » ==================================================