******************************************************** DC.Title = DES FONTAINES ET DES RUISSEAUX, CONVERSATION. DC.Author = BARY, René DC.Creator = FIEVRE, Paul DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Subject = Dialogue DC.Subject.Classification = 842 DC.Description = Edition du texte cité en titre DC.Publisher = FIEVRE, Paul DC.Contributor = DC.Date.Issued content = DC.Date.Created = DC.Date.Modified = Version du texte du 13/12/2023 à 07:35:54. DC.Coverage = France DC.Type = text DC.Format = text/txt DC.Identifier = http://www.theatre-classique.fr/pages/documents/BARY_FONTAINES.xml DC.Source = https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1097097 DC.Source.cote = BnF LLA Z-20072 DC.Language scheme = UTF-8 content=fr DC.Rights = Théâtre Classique, (creative commons CC BY-NC-ND) *************************************************************** DES FONTAINES ET DES RUISSEAUX CONVERSATION. V M. DC. LXII. AVEC PRIVILÈGE DU ROI. PAR RENÉ BARY, Conseiller et Historiographe du Roi. Achevé d'imprimer pour la première foi le 24 jour de mars 1662. Les exemplaires ont été fournis ACTEUR. THEODATE. ARIANE. Texte extrait de "L'esprit de cour, ou Les conversations galantes , divisées en cent dialogues, dédiées au Roi.", René Bary, Paris : de C. de Sercy, 1662 pp 28-35 DES FONTAINES ET DES RUISSEAUX CONVERSATION. Theodate cajole Ariane sur ce qu'elle aime les ruisseaux et les fontaines. THEODATE. Comme on aime ce qui flatte sa passion, je ne m'étonne pas de ce que vous aimez les fontaines et les ruisseaux, ils flattent votre rêverie. ARIANE. Le murmure des eaux, et le silence des bois, ont je ne sais quelle vertu qui calme les mouvements, qui recueille l'esprit, et qui dégage l'imagination. THEODATE. [Note : On lit Theonice au lieu de Theodate.]Ce n'est pas sans raison que vous aimez les Fontaines et les ruisseaux ; c'est dans ces glaces mouvantes que vous découvrez les causes des plus beaux feux du monde. ARIANE. Si j'aime les fontaines et les ruisseaux, c'est parce qu'ils représentent mes imperfections. THEODATE. Je ne puis souffrir que vous injuriez ce que j'admire : Si toute la nature était parlante, toute la nature condamnerait votre mépris. ARIANE. Il est vrai que vous m'honorez de votre bienveillance, et qu'on doit faire état des personnes que vous aimez : aussi ne feindrai-je point de vous dire que ces considérations font quelque impression sur mon esprit, et que je serais plus modeste, si vous étiez moins connaissant. THEODATE. Vous ne devez pas vous considérer par ce que je vous estime, vous devez vous considérer par ce que vous êtes estimable. ARIANE. Il y a des gens qui ne connaissent pas leurs avantages : Ceux qui ont cette faiblesse, ont besoin pour s'estimer de justes estimateurs. THEODATE. Si vous ne vous êtes jamais estimée que sur le rapport d'autrui, ne soyez plus si négligente ; il est temps que vous sachiez par vos propres observations bien qu'on vous observe. ARIANE. Vous me persuaderez à la fin que je suis belle ; mais aussi je crains que devenue amoureuse de moi-même, je ne devienne comme inséparable des miroirs ? THEODATE. Je consens très volontiers à l'effet que vous appréhendez, pourvu que mes yeux aient l'avantage de vous servir de glace. ARIANE. Vos yeux ne peuvent me servir de miroir, ils éblouissent ; et quoi qu'il y ait bien de la différence entr'eux et les miroirs ardents, on peut dire pourtant que s'ils n'en ont pas la concavité, ils en ont les feux. THEODATE. Rien ne brille où vous paraissez : et l'on jette quelque feu en votre présence, c'est un feu dont vous êtes la source. Que si vous ne voulez pas que mes yeux représentent votre personne, c'est que vous vous persuadez, ou qu'ils ne sont pas propres à cet usage, ou qu'ils ne sont pas dignes de cette fonction : mais cependant votre image s'est imprimée dans mon coeur, et ce qui a passé par mes yeux peut bien y faire quelque demeure. ARIANE. Si je me mirais dans vos yeux, je me penserais pas tant aux images qu'ils recevraient, qu'à celles dont votre mémoire est remplie, et dans cette distraction je ne formerais que des visions imparfaites. THEODATE. Peut-être appréhendez-vous de brûler par des rayons fixes et directs le siège de votre empire. Si cela est, que cette considération ne vous retienne point ; mon coeur vit parmi les flammes, il est accoutumé à votre feu ; et si votre feu était consumant ; il y a longtemps qu'il l'eut réduit en cendres. ARIANE. Je n'ai point encore remarqué que j'eusse des rayons de feu ; ces sortes de rayons sont capables de former des nuages : mais mes fontaines et mes ruisseaux, que j'appelle mes miroirs rustiques, n'ont jamais fumé de l'application de mes regards. THEODATE. Quoi que vos yeux n'aient pas la force de subtiliser les eaux, ils ont la vertu d'enflammer les coeurs. ARIANE. Si ce que vous dites avait quelque fondement, les personnes que je souffre me parleraient de leur souffrances : mais de tous ceux qui me rendent leurs assiduités, il n'y a que Theodate qui se soit érigé en titre de plaintif. THEODATE. Le visage de ceux qui vous voient vous découvre ce que ma langue vous déclare ; ce sont des interprètes qui parlent à leur mode mais comme les grands efforts appartiennent aux grandes douleurs, et que je souffre plus moi seul que tous vos martyrs, si il ne faut pas que vous vous étonne si la violence de ma passion surmonte ma retenue , elle délie ma voix, si elle remue mes lèvres, et si elle vous apprend enfin par des tons forcés et exclamatifs, ce que mes rivaux vous apprennent par des regards tendres et languissants ARIANE. Quelque mauvaise cause que vous entrepreniez, vous ne perdrez jamais votre procès. THEODATE. Quand contre vos injustes soupçons je défends l'ardeur de mon amour, je défends l'évidence de la vérité. ARIANE. Les choses violentes néanmoins ne sont pas de durée, et il y a longtemps que vous vous plaignez de la violence de votre passion. THEODATE. Les effets retiennent toujours quelque chose de leurs causes ; et comme la cause de ma passion renferme quelque chose d'extraordinaire, il est naturel que ma passion renferme quelque chose de rare. ==================================================