LA MORT DE CHRISPE

OU LES MALHEURS DOMESTIQUES DU GRAND CONSTANTIN

TRAGDIE

M. DC. XXXXV

PAR LE Sr TRISTAN L'HERMITE.

PARIS, Chez CARDIN BESONGNE, au Palais, sur le monte de la Saint Chapelle, aux Roses vvermeilles.

Reprsent pour la premire fois en 1644.


publi par Paul FIEVRE, mars 2013, revu dcembre 2016.

© Thtre classique - Version du texte du 30/11/2022 23:01:06.


MADAME LA DUCHESSE DE CHAUNE.

MADAME,

Vous avez port si hautement cet ouvrage de Thtre, en l'honorant de votre vue et de votre estime, que sa rputation pourrait dcrotre s'il ne portait point votre nom. J'oserai donc vous le consacrer comme l'astre qui prsidant sa naissance, lui a donn par une cleste impression tout ce qu'il a de plus agrable. Certainement, MADAME, s'il y a rien de dlicat en cette Peinture, c'est seulement aux endroits que vous avez daign retoucher : c'est aux lieux o j'ai suivi de plus prs la justesse de vos penses.

Il faut confesser que vos sentiments sont tous pleins de lumire et de magnificence ; et qu'il n'y a point de productions d'esprit si acheves, qui vous ne pussiez donner des grces nouvelles, s'il vous plaisait de les embellir. Pour moi, MADAME, ds l'instant que j'eus l'honneur de vous voir et de vous entendre parler, je me trouvai tout surpris l'objet d'un si grand recueil de diffrentes beauts : je fus tout bloui de l'clat d'un si merveilleux Chef-d'oeuvre de la Nature. Et vous me ftes juger favorablement de l'opinion de ces Philosophes qui veulent marier ncessairement la beaut de l'me celle du Corps : ne pouvant s'imaginer qu'un beau Palais ne loge toujours une belle htesse.

J'aperus lors avec admiration les avantages que l'Esprit tire d'un beau sang, et quelles dispositions il reoit de la perfection de ses organes.

En observant la grandeur de votre mrite, il m'et t impossible de pouvoir douter de la grandeur de votre naissance ; il fut ais de me persuader que vous sortez de ces grands hros dont le nom enrichit l'Histoire : de ces gnreux Gaulois qui ne balanaient point tirer l'pe contre le premier des Csars, et se trouvaient avoir assez de coeur pour vouloir dfendre un coin de terre contre le Conqurant de tout le reste de l'Univers.

Ce furent ces beauts et ce grand clat, MADAME, qui me firent en un moment mpriser pour votre service, ce que j'estimais auparavant plus que toutes choses. Cette libert qui est si chre tous les hommes, et sans qui toutes les douceurs de la vie deviennent amres.

Aussi, MADAME, vous tiez capable de me faire trouver de l'agrment dans une servitude plus contrainte. Je ne recevais pas en vous une Matresse pour l'autorit seulement ; j'en rencontrais encore une autre pour les belles connaissances et les excellentes qualits. Et servir de cette faon, tait moins cder la Fortune que ce n'tait se soumettre la Vertu. Je garderai donc le souvenir de cette aventure, MADAME, comme une faveur de mes destines, et n'aurai jamais de qualit qui me soit plus chre que celle, MADAME,

De Votre trs humble et trs obissant serviteur TRISTAN L'HERMITE


ARGUMENT DE LA PICE

ARGUMENT DU PREMIER ACTE.

1. Fauste s'entretient avec ses penses sur la forte inclination qu'elle a pour Chrispe, dont le mrite et la gloire ont fait une grande impression dans son coeur : mais la considration du crime qui se trouve en ses dsirs, fait que la Honte ou la Vertu les touffent ds leur naissance. 2. Cornelie la vient avertir de l'arrive de ce jeune Prince, dont la visite la met en quelque dsordre d'esprit. 3. Chrispe lui fait le rcit d'une bataille qu'il a gagne contre Licine ; et la conjure en suite de vouloir porter l'Esprit de Constantin donner la paix son Alli ; ce qu'elle promet d'entreprendre sa prire, quoi qu'elle ait quelque pressentiment de l'amour que Chrispe a pour Constance.

ARGUMENT DU SECOND ACTE.

2. Fauste de qui l'me est partage entre le devoir et l'amour, ne sait pas bien quel parti prendre : encore qu'elle semble se dterminer suivre es conseils de sa raison, et vouloir se ranger du ct de la Vertu. 2. Cornlie la vient assurer de la mutuelle affection de Chrispe et de Constance ce qui rallume le feu de sa secrte amour par une motion de jalousie. 3. Chrispe amne Constance en l'appartement de Fauste, esprant que l'Imperatrice sera favorable cette afflige sa considration ; mais Fauste feint d'tre malade pour ne les voir point. 4. Constance s'adresse Constantin pour l'obliger quelque trait de Clmence envers Licine son pre, et ses larmes n'obtiennent qu'un refus. 5. Mais Chrispe fait un autre effort, et fait pencher l'Esprit de ce bon pre l'accommodement qu'il dsire.

ARGUMENT DU TROISIME ACTE.

1. Constantin pressent ses malheurs domestiques par ce sinistres augures et de mauvais songes. 2. Dont Fauste hte l'vnement ; pique de jalousie contre Constance. Elle agit auprs de l'Empereur pour l'entire perte de Licine, aprs avoir demand grce pour lui ; Constantin qui remarque des faiblesses d'esprit en ce changement de discours, laisse Fauste enrage d'avoir fait cet effort inutilement, 3. Chrispe l'aborde tandis qu'elle est en cette motion, et sert d'objet sa colre ; puis comme cette chaleur s'est exhale en paroles, l'amour se rtablit en ressentiments ; et se voulant exprimer, en est empch par l'honnte honte. 4. Cornlie en fait dlicatement sentir quelque chose ce Prince , qui ne pouvant se dtourner d'aimer Constance pour cette considration. 5. Rduit sa belle-mre prendre des conseils plus violents, pour lever tous les obstacles qui s'opposent son dsir.

ARGUMENT DU QUATRIME ACTE.

1. Fauste dcouvre Constantin le mcontentement qu'elle a de voir Chrispe embarrass d'amour pour Constance, lui reprsentant que cette alliance pourrait un jour causer la perte de sa maison, et se sert de tant d'artifices pour en exprimer les apprhensions et la douleur, que ce Prince se trouve attendri par ses larmes, et se sent forc de lui donner esprance qu'il retirera sa parole. 2. Chrispe vient remercier Fauste du pardon qu'a reu Licine, et du rtablissement de sa maison ; mais Fauste lui fait connatre imprieusement qu'elle a mis obstacle ce trait de clmence, et rompu l'ouvrage que ses soins avaient avanc. 3. Constance persuade que Constantin avait fait grce son Pre, en vient faire des compliments Fauste qui la traite avec tant de mpris et d'orgueil, que cette jeune Princesse pique au vif de ces paroles, est porte lui en dire d'autres qui la jettent dans une extrme fureur. 4. Elle fait achever de corrompre un serviteur de Chrispe pour lui faire empoisonner sa rivale.

ARGUMENT DU CINQUIME ACTE.

1. Fauste se rjouit dans l'attente de la perte de sa rivale qu'elle a envoy empoisonner. 2. Constantin se plaint de l'aigreur dont elle a rebut Chrispe, et comme elle s'en veut excuser. 3, Lactance et Probe viennent avertir Constantin du malheur qu'ont produit des gants empoisonns apports, Constance. 4. Et tandis que l'Empereur va voir les deux amants qui sont morts, Fauste se fait raconter les particularits de cet accident ; et dsespre de la mort de Chrispe, autant que pique de jalousie pour Constance, fait rsolution de mourir aussi. 5. Constantin troubl de la perte de son Fils, ordonne Fauste de mourir ; ce qu'elle fait sur le champ, s'allant plonger dans une cuve pleine d eau chaude. 6. Constantin touch de la main de Dieu par ces malheurs domestiques, se dlibre d'accomplir les voeux qu'il a faits en devenant chrtien. 7. Le rcit de la mort de Fauste augmente encore ses dplaisirs et finit cette tragdie.


PERSONNAGES

FAUSTE, femme de Constantin.

CORNLIE, confidente de Fauste.

CHRISPE, fils de Constantin, et beau-fils de Fauste.

CONSTANTIN le Grand, Empereur.

CONSTANCE, Fille de Licine, beau-frre de Constantin.

LACTANCE, Prcepteur de Chrispe.

LONCE, domestique de Chrispe, et parent de Cornlie.

PROBE, Capitaine des Gardes.

La scne est Rome dans le palais de Constantin.


ACTE I

SCNE PREMIRE.

FAUSTE.

Doux cruels tyrans de mon me insense,

Qui mettez, tant de trouble en ma triste pense.

Chres impressions qui causs ma douleur,

Inimitables traits d'esprit et de valeur,

5   Belle image de Chrispe o je vois tant de gloire,

Ne t'mancipes plus d'errer en ma mmoire,

Les lois de mon honneur t'en ont voulu bannir,

Et mon chaste dessein ne t'y peut retenir.

Sors idole charmante, abandonne la place,

10   Le dsir te retient mais la vertu te chasse,

Et trouve avec raison mes sens bien effronts

De prendre tant de droit dessus mes volonts.

Ma Raison doit sur eux agir comme une reine,

Et ne consentir pas d'tre mise la chane :

15   Quel serait son malheur s'il fallait que les sens

La fissent soupirer sous de honteux liens ?

Et que par leur rapport de soi-mme ennemie

Elle quittt la gloire et chercht l'infamie ?

Non, non, gardons-nous bien de faillir ce point,

20   Nos filtres sont trop beaux ne nous dgradons point.

Ne revenez donc plus tragiques rveries,

Sans doute vous sortiez de l'esprit des furies,

Du feu de leurs tisons je m'allais consumer,

Car le flambeau d'amour ne pouvait l'allumer ;

25   Que ne dois-je pas craindre, et qu'est-ce que j'espre

Si j'ose aimer le Fils tant femme du pre ?

Quel crime celui-ci se pourrait comparer ?

En quels gouffres de maux serait-ce s'garer ?

Ce Prodige de mal tous les autres enserre,

30   C'est la haine du Ciel et l'horreur de la Terre ;

C'est le plus noir poison dont l'honneur soit tch,

C'est un monstre effroyable et non pas un pch.

Mon me toutefois est encore flatte

De ces mmes horreurs qui sont pouvante :

35   Je m'en sens tour tour et brler, et glacer,

Et je ne les saurais ni souffrir ni chasser.

passion trop forte ! loi trop rigoureuse !

J'ai trop de retenue et suis trop amoureuse ;

Le devoir et l'amour avec trop de rigueur,

40   S'appliquent la fois dchirer mon coeur :

Je frmis tout ensemble et brle pour ce crime,

La raison me gourmande et mon amour m'opprime.

Mais il faut noblement achever son destin,

Il faut vivre et mourir femme de Constantin,

45   Jusques dans le tombeau l'honneur et l'innocence

Seront les Compagnons de la soeur de Maxance,

Nul crime ce beau sang ne se peut reprocher,

Et j'aime mieux cent fois mourir que le tacher.

Clair Soleil de mes yeux, dlices de mon me,

50   Cher objet de mes soins, beau sujet de ma flamme,

Pardonne, aimable Chrispe, la sainte pudeur,

S'il faut que je t'offense en perdant cette ardeur,

C'est la svrit qu'elle met en usage,

Qui ne me permet pas de t'aimer davantage :

55   C'est le cruel effort de fin rigoureux trait,

Qui de mon coeur timide efface ton portrait ;

Je renonce par force tant d'aimables charmes,

Et ne romps avec toi qu'avec beaucoup de larmes :

Ma rsolution me comble de douleurs,

60   J'en appelle tmoin ces soupirs et ces pleurs :

Cher Chrispe, de ces pleurs je te fais une offrande,

Fauste ne peut te faire une faveur plus grande.

SCNE II.
Cornlie, Fauste.

CORNLIE.

Madame.

FAUSTE.

On a toujours quelque fcheux propos,

Ne peut-on me laisser un moment en repos ?

65   Qu'as-tu donc me dire ? Et qu'est-ce qu'on demande ?

Ton importunit n'en sera pas plus grande.

CORNLIE.

Chrispe est cette porte.

FAUSTE.

Ha Chrispe, il peut entrer :

Mais suis-je en un tat me pouvoir montrer ?

Demeure Cornlie ; Dieux ! cette vue

70   On me verra changer, je ferai toute mue,

Je devrais viter ce fatal entretien :

Retourne, et lui dis que... Mais non ne lui dis rien.

Va donc ; arrte encore.

CORNLIE.

Entrera-t-il, Madame ?

FAUSTE.

Dis-lui qu'il peut entrer : rassure-toi mon me,

75   Dissipe promptement cette confusion,

J'ai besoin de ta force en cette occasion,

Tu vas apercevoir une grce infinie,

On te voudra ravir, mais tiens-moi compagnie.

SCNE III.
Fauste, Chrispe.

FAUSTE.

Et bien, jeune Csar, c'est par votre vertu

80   Que l'empire aujourd'hui voit son Hydre abattu :

Vous avez fait cesser nos matires de larmes,

Le rebelle Licine a fait joug vos armes,

Et ce bras glorieux qu'il voulut prouver,

L'empche pour jamais de se plus relever.

85   Vous voyant si bienfait, et si vaillant encore,

La Thrace vous a pris pour le Dieu quelle adore,

Elle s'en va vous mettre au dessus des autels,

Et placer votre image entre les Immortels :

Car de si grands Exploits, et qui dont sans exemples,

90   Ont vraiment mrit des autels et des Temples.

CHRISPE.

Madame, tout l'honneur de cet heureux destin,

Se doit attribuer au sage Constantin ;

Pour faire des progrs dont la Terre s'tonne,

On n'a presque besoin que des Ordres qu'il donne :

95   Ils sont toujours si beaux, et si bien conus,

Qu'on a demi vaincu quand on les a reus.

Cet illustre Empereur, ce miroir des grands Princes,

Peut de son cabinet conqurir des provinces,

Envoyer la victoire au bout de l'univers,

100   Et se faire amener des Rois chargs de fers :

Il s'est voulu servir de mon obissance,

Et ses commandements ont fait voir sa puissance.

FAUSTE.

Ses Ordres font ainsi trembler les rvolts,

Quand par un si grand Prince ils sont excuts :

105   Mais je douterais fort qu'entre les mains d'un autre

Ils eussent un succs, qui fut pareil au vtre.

CHRISPE.

C'est en continuant les traits de vos bonts.

FAUSTE.

Je ne vous flatte point, ce sont des vrits.

CHRISPE.

Votre me m'obliger est trop accoutume.

FAUSTE.

110   Je ne parle de vous qu'aprs la Renomme:

Mais contez-moi comment le tout est arriv,

Et de quelle faon Licine s'est sauv.

Je n'en ay rien appris qu'en paroles confuses,

Ne vous prparez point me payer d'excuses,

115   Mon dsir curieux ne se doit point trahir.

CHRISPE.

Puisqu'il vous plat, Madame, il faut vous obir.

Licine la campagne exprimait tant d'audace,

Qu'il en faisait trembler tous les monts de la Thrace :

Tous ses fleuves taient, ou taris ou troubls,

120   Du nombre des soldats qu'il avait assembls,

La Grce toute entire avec l'Esclavonie,

Tous les peuples du Pont, tous ceux de l'Armnie,

De mille Pavillons, et de mille tendards,

Occupaient enfin son nom le domaine de Mars :

125   Mais pour nous menacer d'un furieux orage,

Il semblait que Mars mme occupait son courage.

Comme nous fmes prts de voir venir aux mains,

Les Peuples d'Orient avecque les Romains,

Je l'aperus d'un haut excitant la tempte,

130   Une plume touffue ondoyait sur sa tte,

Et ses yeux qui brillaient sous un front assur,

clataient l'envi de son armet dor :  [ 1 Armet : casque, ou habillement de tte. (...) Pasquier dit que ce mot n'est venu en usage que sous Franois Ier. [F]]

Sur un cheval superbe et beau par excellence,

Qui s'emportait parfois d'une noble insolence ;

135   Il allait donner l'ordre, et visiter les rangs

De ce corps compos de cent corps diffrents ;

O la plus grande part qu'avait arm la crainte,

Et qui n'obissait qu'aux lois de la contrainte ;

Fit assez, bonne mine au point qu'on se battit,

140   Fit ferme quelque temps, et puis se dmentit.

Je ne vous dirai point comme les miens donnrent,

Ni quel fut le pril o nos Aigles volrent.

Cinq ou six cents drapeaux l'abord emports,

Ont pu vous annoncer ces belles vrits.

145   Vous avez, bien appris que par cette saillie

Quasi tout l'Orient plia sous l'Italie :

Et comme la fureur de nos premiers efforts

Fit tomber devant nous cinquante mille morts ;

Quand le reste press d'une honteuse envie

150   Lcha soudain le pied pour conserver sa vie.

Licine cependant, accabl d'ennemis,

Fut vaincu seulement, et ne fut point soumis ;

Il rallia vingt fois quelque cavalerie,

Et revint au combat avec tant de furie,

155   Qu'il eut sur notre camp renvers le malheur

S'il eut sur la puissance gale la valeur.

De mme qu'un lion que vingt chasseurs talonnent,

Et que le bruit des chiens et des trompes qui sonnent

Menacent hautement d'un assur trpas,

160   Regagne la fort, mais c'est au petit pas ;

Tourne souvent la tte, et fait voir sur sa trace

Que sa crainte est petite au prix de son audace.

Ainsi ce grand guerrier des siens abandonn,

Se sauva devant nous, mais sans tre tonn,

165   Tournant parfois un front o l'audace portraite

De quelque illustre coup honorait sa retraite :

Il menaait encore, et bravait les Romains

Comme s'il eut tenu la Palme entre les mains ;

Il tait aussi fier en sauvant sa personne

170   Que s'il eut de mon pre enlev la couronne/

De moi, je fus touch de voir tant de valeur,

J'en gotai la victoire avec quelque douleur,

Et bien qu'intress dans la gloire de Rome,

J'eus un peu de regret de perdre un si grand homme,

175   Je poussai jusqu' lui de peur qu'on l'enlevt,

Et lui donnai du temps afin qu'il se sauvt.

FAUSTE.

Quoi ? Pour nos ennemis avoir tant de clmence ?

CHRISPE.

Madame, je vous dis la chose en confidence :

Et je sais des raisons qui vous feront juger

180   Qu'en cela je commis un crime fort lger.

FAUSTE.

Un ennemi si grand est toujours redoutable.

CHRISPE.

Cette dernire chute entirement l'accable :

Que peut-il dsormais sans ressource et sans bien

Que demander la vie en ne demandant rien ?

185   Il vient de hasarder sur la terre et sur l'onde

La part qu'il possdait en l'Empire du Monde :

Il a de la Fortune prouv le revers,

Et c'est Constantin qu'appartient l'Univers.

Licine malheureux autant qu'on le peut tre,

190   Lui qui du monde entier s'est cru rendre le matre,

N'a rien eu de meilleur pour fin de ses travaux

Que d'tre accompagn de quinze ou vingt chevaux.

la plupart encore, il a donn licence

Pour se pouvoir sauver avec plus d'assurance.

195   En un coin de l'Asie il sera parvenu,

Cachant sa qualit, passant pour inconnu,

Attendant qu'un pardon de sa peur le dlivre,

Et que votre bont lui permette de vivre.

J'ai laiss prs d'ici sa fidle moiti,

200   Dont les ennuis sont tels qu'ils vous feront piti :

Craignant de son poux la mort, ou le servage,

Elle en a pris le deuil ainsi que d'un veuvage ;

Mais comment ai-je dit quelle en a pris le deuil ?

Elle en est sur le point de descendre au cercueil :

205   Ce trouble absolument finit sa destine,

De tous ses mdecins elle est abandonne.

Sa fille arrive ici pleine de ses douleurs :

Et pour obtenir grce en de si grands malheurs,

Elle vient vos pieds taler tous les charmes

210   Qu'une vive douleur mle en de belles larmes.

FAUSTE.

On ma dit qu'elle avait quelqu'clat dans les yeux.

CHRISPE.

On pourrait l'appeler un chef d'oeuvre des cieux.

FAUSTE.

Ne serait-elle point de ces beauts muettes,

Que l'on dirait plutt moins vives que portraites ?

CHRISPE.

215   Point du tout, son esprit en ses adversits,

l'envi de ses yeux fait briller des clarts :

Rien ne peut galer l'ennui qui la dsole,

L'excs, de sa douleur dvore sa parole.

Mais quand le cours des pleurs, ou celui des soupirs

220   Lui permet d parler dans ces grands dplaisirs,

L'art dont elle s'exprime est un charme agrable

Qui rend de sa douleur toute me inconsolable.

FAUSTE.

Ceux que nos intrts touchent sensiblement,

S'en pourront consoler assez facilement.

CHRISPE.

225   Madame, en peu de temps vous en ferez l'preuve,

Et vous verrez bientt l'orpheline et la veuve.

Dont les illustres coeurs transis et dsols,

Ne prendront pas ces noms si vous ne le voulez :

Car si peu que le vtre leurs maux compatisse,

230   Il peut de Constantin dsarmer la justice.

FAUSTE.

Pourrait-on sans pcher leur tre officieux ?

Dsarmer les vertus, c'est offenser les Dieux.

CHRISPE.

Les Dieux font bons, Madame, et sont pour leur puissance

Moins craints et respects, qu'aims pour leur clmence,

235   Les Rois que pour enfants ils daignent adopter,

Peuvent-ils faire mieux que de les imiter ?

Ont-ils tant de pouvoir pour tre inexorables,

Et n'essuyer jamais les pleurs des misrables ?

FAUSTE.

Parlez, en leur faveur ; de moi je n'y puis rien,

CHRISPE.

240   Vous pouvez tout, Madame, et vous les savez bien,

C'est par vous seulement que l'Empereur respire,

Vous tes le bon ange et l'me de l'Empire.

On sait que votre esprit qui n'a point de pareil,

Change comme il lui plat la face du conseil,

245   Vous pouvez, dispenser la rigueur ou la grce,

Exciter la tempte, ou causer la bonace.  [ 2 Bonace : Calme de la mer, qui se dit quand le vent est abattu, ou a cess. La bonace trompe souvent le Pilote. [F]]

H ! De grce, prenez, de sentiments humains,

Pour mes tristes parents qui vous tendent les mains,

Et qui sur ma parole en ce dbris funeste,

250   "Sondent en vos bonts, tout l'espoir qui leur reste.

FAUSTE.

Comment ? vous entendre on dirait qu'aujourd'hui

Chrispe n'aurait plus rien demander pour lui.

CHRISPE.

Ce bien que je demande avecque tant d'instance,

Sera de mes travaux toute la rcompense,

255   Et vous m'avancerez par ce trait de piti

Tout ce que m'a promis votre sainte amiti.

FAUSTE.

Un Prince comme vous, si vaillant et si sage,

Ne doit rien demander son dsavantage.

CHRISPE.

Madame si les miens sont traits doucement,

260   Je fuis la caution de leur ressentiment,

Je puis vous assurer que la reconnaissance

Est vraiment naturelle en l'me de Constance,

Et que votre maison aprs ce rare effet,

Gotera pleinement le fruit de ce bienfait.

265   De crainte d'offenser cette bont divine.

Constance deviendra l'espion de Licine,

Et l'clairant de prs, fera toujours savoir

Si cet esprit altier demeure en son devoir,

Puis ce dernier pardon que demandent nos larmes,

270   Le rendra plus soumis que la force des armes.

FAUSTE.

La victoire est certaine et cela ne l'est pas:

Nous pourrions vous revoir dans de grands embarras,

De grands rois tous les jours la Fortune se joue.

CHRISPE.

La Fortune est changeante, il est vrai, je l'avoue,

275   Mais elle n'a plus lieu de nous mettre en danger,

Nous l'empcherons bien dsormais de changer.

FAUSTE.

Oui bien, si nous savons user de la Victoire.

CHRISPE.

En saurait-on user avecque plus de gloire ?

Par ce trait de douceur, le nom de Constantin

280   S'pandra dsormais du couchant au matin ;

Et vous qui prenez part ses vertus illustres,

Ferez passer le vtre plus de mille lustres.  [ 3 Lustre : Terme de supputation parmi les Romains : c'est un espace de cinq ans. [F]]

FAUSTE.

Vous voulez me sduire avec ses vanits.

CHRISPE.

Ces honneurs sont certains, ce sont des vrits,

285   Pour faire que vos noms s'lvent sur la nue,  [ 4 Nue : On dit qu'on exalte quelqu'un par dessus la nue ; quand on le loue hyperboliquement. On dit aussi qu'un pote, qu'un orateur, s'lvent au dessus des nues ; quand ils ont un style lev, des penses sublimes. [F]]

Que votre Renomme en tous lieux soit connue,

Et que par l'Univers aux sicles avenir

On n'en puisse jamais perdre le souvenir :

N'employez point le marbre eu quelqu'autre matire,

290   Laissez-vous seulement flchir ma prire.

Pour vous terniser sans ces arcs glorieux,

Qu'une savante main taille aux Victorieux,

Et sans faire lever de hautes pyramides,

Amollissez, ce coeur devant des yeux humides.

295   Quel colosse de bronze et taill doctement,

Peut mieux sa grandeur servir de monument,

Et la faire paratre avec magnificence,

Qu'un Auguste Empereur sauve par sa clmence ;

Qui fera redevable envers votre bont

300   De l'honneur et du bien, comme de la clart ?

FAUSTE.

Allez, sur cette affaire il faut que je m'emploie.

CHRISPE.

que cette faveur me va donner de joie !

Que vous m'obligerez servant ces malheureux !

FAUSTE.

Je ferai tout pour vous, et rien pour l'amour d'eux.

305   Mon esprit n'agira que par votre prire.

CHRISPE.

Et bien, je prends sur moi la dette toute entire.

ACTE II

SCNE PREMIRE.

FAUSTE.

Fauste, quoi te rsoudras-tu ?

Entre l'amour et la vertu

Qui tiennent aujourd'hui ton me balance ?

310   Dj la crainte et le dsir

Font des lignes dans ta pense ;

Il faut laisser ou prendre, il est temps de choisir.

Je vois l'Honneur qui d'un ct

Monstre sa svre beaut ;

315   L'Amour parat de l'autre entour de dlices ;

Et la guirlande qu'il me tend

clate sur des prcipices,

Mais mon me est encline o le pril est grand.

Aimable chef-d'oeuvre des cieux,

320   Chres dlices de mes yeux,

Et dont la triste absence est l'Enfer de mon me ;

Chrispe, dois-je manquer de foi,

Et devenir toute de flamme

Pour celui qui parat tout de glace pour moi ?

325   Suivrai-je un objet si charmant ;

Ou croirai-je le sentiment

Qui veut rendre en mon sein cette ardeur amortie ?

drglement sans pareil !

C'est mon juge, et c'est ma partie

330   Que ma Raison trouble appelle mon conseil.

     

C'est cet ennemi sans piti

Dont les traits de mon amiti

Augmentent aujourd'hui le mpris et la haine :

Et qui pour une indigne amour

335   Rejette l'amour d'une reine,

Qui fait voir sa puissance aussi loin que le jour.

     

Ma beaut ne le touche point ;

Et je ne m'abaissais au point

De confondre ses pieds, mes fleurs avec mes charmes,

340   Le coeur ingrat de ce hros

Braverait l'effort de mes larmes

Comme un superbe cueil brave celui des flots.

     

N'importe, je veux l'adorer :

N'en dussai-je rien esprer,

345   Et quelque grand danger que mon coeur se propose :

Je n'attends qu'un funeste sort ;

Mais si j'en regarde la cause,

Je ne saurais prir d'une plus belle mort.

     

Fauste, dans quel excs ton amour te transporte,

350   Ne dois-tu pas rougir de parler de la sorte ?

C'est trop t'manciper, c'est trop ; mais pour le moins

Ces licences d'amour s'expriment sans tmoins,

Ce n'est qu' mes pensers seulement que je m'ouvre :  [ 5 Penser : nom masculin au XVIIme pour pense.]

Le Ciel voit nos pensers, et parfois les dcouvre.

355   Le Ciel est indulgent aux crimes amoureux ;

Souvent des Criminels il fait des malheureux.

Quel crime en ces pensers si je cache ma flamme ?

Toute l'horreur du crime a sa source dans l'me.

Est-ce un crime d'aimer o l'on voit tant d'appas ?

360   C'est enfreindre la loi qui ne le permet pas.

Mais si nous le voulons les lois nous sont sujettes :

Mais nous en dpendons, car les Dieux les ont faites.

Si faut-il succomber sous un si doux poison,

Il vaut mieux sur ses sens lever sa raison ;

365   Le souhait en est doux, la honte en est sensible ;

Quittons donc ces desseins ; mais il m'est impossible.

que de sentiments l'un l'autre opposs !

Que de pensers de glace et de traits embrass !

Que Junon la Nocire est pour moi rigoureuse ;

370   Et pour tout dire, enfin, que je suis malheureuse.

Qu'il en puisse arriver ce que le Ciel voudra,

Au moins rien de honteux ne nous diffamera,

Nous n'aurons qu'un dsir qui sera lgitime,

Quand l'amour est honnte, aimer n'est pas un crime.

375   J'aimerai les appas dont il est revtu,

Comme un esprit bien n peut aimer la Vertu ;

Mes feux se garderont d'offenser la Nature,

Ma flamme sera grande et se maintiendra pure.

SCENE II.
Faust, Cornelie.

CORNLIE.

Madame, vos soupons ne sont pas mal conus,

380   On vient de m'informer pleinement l-dessus ;

Christe brle d'amour pour la jeune Constance,

Et mme leurs esprits sont en intelligence.

FAUSTE.

Quoi ! Chrispe aime Constance ? Et l'on s'en aperoit ?

CORNLIE.

Il lui rend tous les jours des soins qu'elle reoit.

FAUSTE.

385   Croit-il innocemment que Constantin l'endure ?

CORNLIE.

L'troite parent leur sert de couverture :

Visitant la Princesse en cette adversit

Son amour peut passer pour gnrosit.

FAUSTE.

Nous lverons le masque sa trompeuse flamme :

390   Nom saurons clairer jusqu'au fonds de son me,

Et nous lui ferons voir, s'il prtend s'chapper,

Qu'il est trop jeune encor pour nous vouloir tromper.

Mais pourrait-il aimer un fardeau pour la Terre ?

Un funeste dbris des malheurs de la guerre ?

395   La fille un tyran qui vit sans quit ?

D'un monstre furieux que nous avons dompt ?

Qui t'a donc apport cette belle nouvelle ?

CORNLIE.

Lonce mon neveu qui suit Chrispe chez elle,

Et qui va de sa part enchanter ses ennuis,

400   Lui portant les matins ou des fleurs, ou des fruits,

Et qui l'a vu soutient aux pieds de cette belle

Mler ses pleurs aux siens, et se plaindre avec elle.

FAUSTE.

Puisque sur ton parent tu prends tant de pouvoir,

Fais qu'il t'apprenne tout et me fais tout savoir.

CORNLIE.

405   Lorsque je suis entre, il me venait d'apprendre

Que ce couple d'amants ici se venait rendre,

dessein de vous voir, et vous solliciter

De dtourner les maux qu'il espre viter.

Et sans doute aujourd'hui que le Conseil s'assemble,

410   Aprs vous avoir vue, ils viendront ensemble.

FAUSTE.

Ils n'ont pas mis encor mon esprit leur point,

Je les servirai fort, je n'y manquerai point.

Il aurait toutefois combattre l'orage,

Si l'approche du port dpend de mon suffrage :

415   Mais les voici venir qui se parlent tout bas,

Ils ont mal pris leur temps, ils ne me verront pas.

SCNE III.
Chrispe, Constance.

CHRISPE.

Je vous le jure encore, ma belle parente,

Que je raffermirai votre fortune errante,  [ 6 Fortune : Terme du polythisme grco-romain. Divinit qui prsidait aux hasards de la vie. Le temple de la Fortune. Les anciens reprsentaient la Fortune sous forme d'une femme, tantt assise et tantt debout, ayant un gouvernail, avec une roue ct d'elle, pour marquer son inconstance, et tenant dans sa main une corne d'abondance. [L]]

Que je vaincrai des miens l'implacable courroux,

420   Ou que j'aurai l'honneur de mourir prs de vous.

Essuyez donc ces pleurs dont la course ravage

Les roses et les lys de votre beau visage ;

Et de votre penser chassez les dplaisirs

Qui font entrecouper votre voix de soupirs ;

425   Suspendez la douleur qui vous tient abattue,

Donnez quelque relche l'ennui qui vous tue,

Armez-vous un moment de rsolution,

Soyez toute Constance en cette occasion.

Je confesse que Fauste a l'humeur trop altire,

430   Qu'en tous ses sentiments elle est assez entire,

St mme qu'en celui qu'elle m'a tmoign

la presser beaucoup, j'aurais fort peu gagn.

C'est pourquoi lui contant l'aventure importune,

Qui confondit ma gloire avec votre infortune ;

435   J'ai couvert mon amour du titre d'amiti,

J'ai dguis ses traits des traits de la piti,

Et n'ai pas tmoign qu'ayant caus vos larmes,

Je fusse au dsespoir du bonheur de mes armes ;

Ou j'en ai fait connatre un regret apparent,

440   Non comme un serviteur, mais bien comme un parent ;

Enfin sur ce discours je l'ai bien flatte

Qu' vous favoriser elle est toute porte,

Et votre esprit craintif ne doit point redouter

De l'aller voir encor pour l'en solliciter :

445   Croyez, que j'ai rendu cette entrevue aise,

Elle est vous servir peu prs dispose,

Et nous mettrons bientt la chose au dernier point.

CONSTANCE.

Seigneur, en cet espoir ne vous trompez vous point ?

J'ai connu dans ses yeux une secrte haine

450   Qui rejetait ma plainte, et me souffrait peine,

Et ses regards altiers faisaient assez savoir

Qu'elle ne prenait point de plaisir me voir ;

J'ai peur d'en recevoir quelque mauvais visage.

CHRISPE.

Madame, sans sujet vous prenez cet ombrage.

CONSTANCE.

455   Son orgueil me pourrait traiter de haut en bas,

Et je suis d'une humeur ne le souffrir pas :

Car bien que j'eusse en tte une forte partie,

peine un trait piquant serait sans rpartie.

CHRISPE.

Vouloir d'une afflige accrotre la douleur ?

CONSTANCE.

460   On apprhende tout tant dans le malheur.

CHRISPE.

Pour avoir ces pensers Fauste est trop gnreuse.

CONSTANCE.

Constance pour tout craindre est assez malheureuse,

CHRISPE.

Madame, votre peur vous le fait figurer.

CONSTANCE.

Seigneur, votre dsir vous fait tout esprer.

CHRISPE.

465   Mais on vient de sa part nous dire quelque chose.

SCNE IV.
Constance, Chrispe, Cornlie.

CORNLIE.

Seigneur, l'Impratrice au Cabinet repose ;  [ 7 Cabinet : Le lieu le plus retir dans le plus bel appartement des Palais, des grandes maisons. Signifie aussi une pice d'appartement, o l'on tudie, o l'on se squestre du reste du monde, et o l'on serre ce qu'on a de plus prcieux. [F]]

Un grand mal sur le champ vient de la travailler.

CHRISPE.

Nous n'entrerons donc pas de peur de l'veiller.

SCNE V.
Constance, Chrispe.

CONSTANCE.

H bien, Seigneur, h bien ? O sont vos esprances ?

470   Direz-vous que j'ai vu de fausses apparences ?

J'ai fait un jugement dont vos sens font tmoins ;

Son horreur naturelle a surmont vos soins,

faire ce rebut elle tait prpare :

Sachant que nous entrions elle s'est retire,

475   Le mal qui l'a surprise est un mal affect

Et celui de sa haine est une vrit,

Je ne pourrai sortir d'un sort si dplorable.

Vous ne flchirez point cette me inexorable.

CHRISPE.

Pour ce trait de malheur ne nous rebutons pas,

480   Un astre plus heureux y conduira nos pas ;

Et lorsque sa sant sera mieux affermie,

Nom pourrons par nos soins flchir cette ennemie.

CONSTANCE.

Il sera malais de pouvoir l'adoucir,

Seigneur, c'est un dessein qui ne peut russir.

CHRISPE.

485   Ne dsesprons pas de notre destine.

CONSTANCE.

Sa haine pour Constance est trop enracine.

CHRISPE.

Qui rendrait contre vous ces esprits anims ?

CONSTANCE.

Je crois qu'elle me hait parce que vous m'aimez.

CHRISPE.

S'il tait vritable, charmante princesse,

490   Sa haine contre vous, n'aurait jamais de cesse,

Puisque qu'tant embras pour un objet si beau,

J'ai fait voeu de l'aimer jusques dans le tombeau.

CONSTANCE.

Durant le peu de temps que vous m'y prsenttes

Elle plit toujours quand vous me regardtes ;

495   Fut toujours inquite, et fit assez juger

Que me servir ainsi n'tait pas l'obliger ;

D'o peut venir cela ?

CHRISPE.

C'est qu'elle est glorieuse

Pleine de vanit, hautaine, imprieuse,

Et quelle s'imagine ayant l'autorit

500   Que toute la louange est due sa beaut.

Pourtant vous servir elle s'est oblige ;

Et lorsque de parole elle s'est engage

Elle est religieuse maintenir sa foi,

Et je ne puis penser qu'elle y manque pour moi.

505   Mais que Fauste nous soit favorable ou contraire,

Nous parviendrons sans doute au bonheur que j'espre :

Mon pre est le meilleur d'entre tous les mortels,

La Nature jamais n'en a form de tels.

Quand on l'obsderait, je romprais tous ces charmes

510   Si j'avais devant lui rpandu quelques larmes.

CONSTANCE.

Acheter ce prix la fin de nos malheurs ?

Ce serait trop, Seigneur, il vous cotait des pleurs :

Il se contentera des miens qui sont vulgaires,

Il plat mon malheur qu'ils ne me cotent gure.

CHRISPE.

515   Dieux ! Mais prparons nous, Constantin va passer,

Il serait propos encor de le presser,

Il faudrait sur le champ lui faire une harangue.

CONSTANCE.

sainte Pit, viens inspirer ma langue.

SCNE VI.
Constance, Constantin, Chrispe.

CONSTANCE.

Nos importunits, plaisent aux Immortels

520   Lorsque nos voeux pressants assigent leurs autels ;

Parce que cet effort marquant notre esprance,

Honore leurs bonts et leur toute-puissance :

Et fait voir clairement que pour avoir du bien

Nous avons besoin d'eux qui n'ont besoin de rien.

525   J'espre aussi, Seigneur, que dans mes infortunes,

Mes plaintes aujourd'hui vous sont moins importunes ;

vous qui sans pareil gouverns sous les cieux,

Et marchez ici bas au premier rang des Dieux.

qui plus justement faut-il que l'on s'adresse

530   Lorsqu'on est accabl de mal ou de tristesse,

Qu' celui qui partout fait respecter ses lois

Et s'est rendu le matre et l'arbitre des rois ?

Votre rare bont peut ici toute entire

Travailler sur le fonds d'une illustre matire ;

535   Sur un noble tissu, dont un cruel malheur

A troubl l'ordonnance et terni la couleur.

Il est juste, Seigneur, que vous gotiez la joie,

De rtablir des jours fils d'or et de soie,

Et qu'oubliant enfin tout ce qui s'est pass

540   Vous redressiez vous-mme un trne renvers.

Changez, par vos bonts un destin si funeste,

Le plaisir de bien faire est un plaisir cleste ;

Et celui d'excuser lorsque l'on peut punir,

De rendre des tats qu'on pourrait retenir,

545   Et libralement remettre une couronne,

C'est de ces grands effets dont l'Univers s'tonne :

Et la Flicit d'un spectacle si doux

Ne peut jamais venir que des Dieux et de vous.

coutez une soeur qui vos bonts rclame,

550   Et qui vous en conjure avant que rendre l'me ;

Elle que ses ennuis, ou la fin du malheur

S'en vont faire mourir de joie ou de douleur.

CONSTANTIN.

ma nice, cessez ; je ne puis vous entendre ;

l'objet de vos pleurs je me trouve trop tendre,

555   Mais je suis endurci pour ce pre inhumain,

Pour ce pre cruel j'ai le coeur trop d'airain :

Et quoi qu'on me promette, et quoique l'on me die,

Je ne puis oublier sa noire perfidie :

Je ne puis oublier les cruels attentats

560   Dont il a si souvent branl mes tats.

Aprs tant de bienfaits par qui cet infidle

Devait tre li d'une chane ternelle ;

Ce tyran insensible aux traits de ma piti,

A toujours viol les lois de l'amiti :

565   Il n'eut jamais plaisir qu' me faire la guerre ;

Il m'a perscut sur l'onde et sur la terre,

Et contre sa promesse, et sans aucun propos  [ 8 Propos : Signifie aussi, rsolution ; dlibration ; proposition faite sur quelques matire. [F]]

Il s'est toujours mu pour troubler mon repos.

Combien l'avons-nous vu recourir ma grce,

570   Vaincu dans l'Allemagne et vaincu dans la Thrace ;

Et venir par les siens pleurer mes genoux,

Pour se rendre rebelle mme temps qu'absous ?

Ne se souvenir plus de l'effet de vos larmes,

Et mettre injustement toute la terre en armes ?

575   Non je ne veux plus voir tous coups hasard

Un si grand diffrent par le fer dcid :

J'aurai seul dsormais la puissance absolue ;

Qu'on ne m'en parle plus, la chose est rsolue.

CONSTANCE.

Seigneur, considrez...

CONSTANTIN.

C'est en vain battre l'air.

CHRISPE.

580   Retirez-vous, Madame, et me laissez parler.

SCNE VIII.
Constantin, Chrispe.

CONSTANTIN.

C'en est fait, C'en est fait.

CHRISPE.

Quoi, Seigneur, point de grce ?

CONSTANTIN.

Tu veux en m'exposant que je la satisfasse ?

Pour un fils bien-aim c'est trop peu me chrir.

CHRISPE.

Moi ? T'exposer ? Seigneur ? J'aimerais mieux mourir.

585   Je ne pourrais ici te parler de Clmence

Si tu ne l'exerais avec toute assurance :

Et tu connatrais bien, s'il te plat m'couter,

Que ton autorit n'a rien redouter.

CONSTANTIN.

Parle donc, et m'en donne une raison bien ample,

590   Apprends-moi pour le moins faillir par exemple :

Cherche dans notre sicle, ou dans l'Antiquit

Un trait si favorable la tmrit.

CHRISPE.

Alexandre vainquit un Prince de l'Indie  [ 9 Jean Racine traita prcisment ce sujet dans la tragdie nomm "Alexandre le Grand" reprsente pour la premire fois le 4 dcembre par le troupe de Molire au Thtre du Palais-Royal.]

Qui pour l'oser combattre eut l'me bien hardie.

595   Et qui fait prisonnier sans trouble et sans effroi,

Demanda hautement qu'on le traitt en Roi.

Et cependant charm d'une vertu si grande,

Le macdonien accorda sa demande,

Le voulut rtablir en ses mmes tats,

600   Et s'acquit de la gloire en ne l'opprimant pas,

Ici, grand Constantin, n'oserais-tu prtendre

ce degr d'honneur ou s'lve Alexandre ?

Et peux-tu bassement craindre ton Alli

Lorsqu'en tant de combats tu l'as humili ?

605   Quand ta soeur son pouse en larmes te convie

De la laisser en paix le reste de sa vie ?

Craindre un ennemi seul atterr par tes mains,

Toi qui donne des lois au reste des humains,

Et qui voit dans le Ciel par les Divins mystres

610   Ta Fortune trace en brillants caractres ?

Quel timide penser peut rcuser tes yeux

Ou te faire douter des promesses des cieux ?

Dois-tu rien redouter en l'tat o nous sommes

Ni du ct des Dieux, ni du ct des hommes ?

615   Si l'effroi peut saisir un coeur si gnreux,

Sacrifie ta peur Licine et ses neveux ;

Enveloppe ta soeur dam la mme disgrce >

Et fais ainsi prir la moiti de ta race :

Mais garde que ta gloire aille du mme rang,

620   Tu pourras la tcher en rpandant ton sang.

CONSTANTIN.

Que de maux apparents mls en ta requte !

Elle remet mon sort du calme la tempte>

Me retire du port pour m'en rendre loign,

Et redonne au hasard tout ce que j'ai gagn.

625   Je dois craindre Licine, il est homme de guerre,

Il a pour partisans les deux tiers de la Terre ;

Je crains les attentats, je crains les trahisons,

Mais Chrispe est plus puissant que toutes ces raisons.

Fauste et tout le Conseil auront beau faire instance,

630   En faveur de mon fils j'ai piti de Constance :

Je veux, comme il souhaite, embrasser la douceur,

Et faire encore grce au mari de ma soeur :

Afin qu'elle gurisse, et qu'essuyant ses larmes

Elle bnisse encor la douceur de mes armes.

CHRISPE.

635   Pre le meilleur d'entre tous les humains,

Souffrez pour ce bienfait que je baise vos mains ?

Quoi, rpondre, Seigneur; ma secrte envie,

vos rares bonts, je dois deux fois la vie,

Mon plus ardent souhait, et mon sort le plus doux.

640   C'est de pouvoir un jour la prodiguer pour vous.

CONSTANTIN.

Je sais bien que mon fils m'aime avec tendresse,

Mais il faut qu'on se serve ici de quelque adresse,

Fauste pour t'obliger m'a parl d'un pardon,

Va-t-en lui tmoigner qu'elle t'a saisi ce don,

645   Qu'elle a calm mon me, et que sans son suffrage

Tes parents en ce jour allaient faire naufrage :

Tu connais cet esprit qui veut tre flatt,

Et j'aime le repos et la tranquillit.

ACTE III

SCNE PREMIRE.
Constantin, Lactance.

CONSTANTIN.

Toi qui me fus donn pour mon soulagement

650   Esprit o la doctrine est joint au jugement,

Et mlant au savoir une admirable adresse,

Sait raisonner sur tout avec tant de sagesse.

Viens donner du remde ce secret ennui

Qui prvenant mes maux m'inquite aujourd'hui :

655   Il faut qu' tes discours ma peine se console,

Et quelle s'adoucisse au miel de ta parole/

Ah !

LACTANCE.

Qu'avez-vous, Seigneur, qui vous fait soupirer ?

CONSTANTIN.

J'ai ce que sans frmir je ne puis dclarer :

Je n'aperois partout que de tristes prsages

660   Qui de l'ire du Ciel m'apportent les messages ;

Du pied droit en sortant j'ai le seuil rencontr,

Un hibou dans ma chambre en plein jour est entr,

Et pour marque des maux qu'il me venait apprendre

Est tomb raide mort ds qu'on l'a voulu prendre.

665   Un chien que j'ai nourri qui me fuit en tous lieux,

Et qui n'a nul repos s'il n'a sur moi les yeux,

Devient morne aujourd'hui lorsque je le caresse,

Et d'un aboi plaintif m'imprime sa tristesse :

Puis je suis effray d'un songe que j'ai fait.

LACTANCE.

670   Ces augures parfois ne sont pas sans effet.

CONSTANTIN.

Il m'a sembl la nuit qu'achevant la campagne

Encor tout fatigu des exploits d'Allemagne,

Je voulais reposer dessus des gazons verts

Durant le plus grand chaud en des lieux dcouverts,

675   Et qu'une aigle royale, si belle, et glorieuse,

Qui suivait des Romains l'aigle victorieuse,

S'opposant au Soleil, venait tout propos

Ajuster en ce temps son vol mon repos :

Planait dessus ma tte, et d'un gal ombrage

680   De la chaleur du jour dfendait mon visage.

Au gr de mes dsirs, l'oiseau parfois baissait,

Et du vent de son aile il me rafrachissait ;

Chassait loin de ce lieu d'importunes corneilles

Qui venaient pour blesser mes yeux ou mes oreilles :

685   Et bref avec ardeur prenait autour de moi

Les soins d'un serviteur ardent et plein de foi.

Sa beaut me plaisait, j'aimais ses bons offices,

C'tait mon passe-temps et mes chres dlices,

Et tous mes courtisans disaient pour me flatter,

690   Qu'il semblait prs de moi l'aigle de Jupiter.

Lorsqu'un sale vautour ami de la voirie,

Sur ce noble animal descendant de furie

Par un dpit jaloux sa perte anim

L'a fait choir mes pieds d'un bec envenim :

695   J'ai vu l'oiseau sanglant mourir sur l'herbe verte,

Et d'un trait dcoch j'en ai veng la perte :

Son ennemi cruel mourant auprs de lui,

Allgea ma colre, et non pas mon ennui ;

Car ce cher animal qui n'a point de semblable,

700   Laissa de son malheur mon me inconsolable ;

J'en rpandis des pleurs, j'en poussai des soupirs,

Et vins m'veiller dans ces grands dplaisirs.

LACTANCE.

Ce songe est effroyable, et j'en ai fait un autre

D'aussi mauvais prsage, et qui rpond au vtre :

705   Chrispe sans doute est l'aigle ardente vous servir,

Et quelque grand malheur s'en va nous le ravir,

Si la bont du ciel ou l'humaine prudence ,

Ne font passer ailleurs la maligne influence ;

Devers le point du jour, dans un profond repos

710   Ce Prince ma paru, je l'ai vu les yeux clos,

Et mon timide esprit troubl d'une ombre vaine

A cru que tous mes sens prenaient part a sa peine :

J'ai senti les glaons qui saisissaient son corps,

J'ai vu son teint tout ple et ses yeux demi morts ;

715   Et parmi cet horreur nul autre pareille,

Sa languissante voix a frapp mon oreille.

Lactance, m'a-t-il dit, jetant les yeux sur moi,

J'prouve les rigueurs d'une cruelle loi :

Le violent excs d'une effroyable rage

720   Prcipite mes jours en l'avril de mon ge.

De grce, vois mon Pre, et le vas avertir

Que mon me l'appelle avant que de partir,

Et pour l'affection qu'il m'a toujours garde,

Cherche sa main royale et la baise en ide.

725   ces mots, son esprit de son corps est sorti,

Et dans le vif regret que j'en ai ressenti,

L'abondance des pleurs roulant sur mon visage

A fait vanouir cette funeste image.

Je me suis veill tout mu de douleurs,

730   Le sein gros de soupirs, et tout tremp de pleurs ;

Et dessus mon chevet paupires dcloses,

J'ai longtemps contempl l'inconstance des choses ;

Mdit sur mon songe, et promen mes yeux

Sur l'instabilit qu'on trouve sous les Cieux,

735   O la plus belle vie et la mieux attache,

D'un prompt coup de ciseau je voit souvent tranche.

Seigneur, c'est votre image et votre digne appui,

Veillez, sur son salut, et prenez garde lui :

Conservez, ce hros qui marchant sur vos traces.

740   N'a son doux lment que dans vos bonnes grces.

CONSTANTIN.

Tous mes autres enfants me sont beaucoup moins chers,

J'en atteste le Ciel, et le Dieu que je sers :

Mais par o puis-je faire une perte si grande ?

Je ne l'aperois point quoi que je l'apprhende.

745   En l'tat o je suis, Chrispe est hors des hasards,

Sa vie est l'abri des piques et des dards.

LACTANCE.

Il est en sret des dangers dont Bellone  [ 10 Bellone : dieu qui personnifie la guerre et accompagne Mars.]

Pourrait au champ de Mars menacer sa personne ;

Mais on sait que l'envie avec sa trahison,

750   Use de plus d'un fer, et de plus d'un poison ;

Lorsque sans redouter la honte ni le blme,

Elle a fait le dessein de couper une trame.

Gardez, qu'on vous surprenne, et que quelque ressort

Traverse votre vie en lui donnant la mort :

755   La vertu sollicite en ce lieu la Nature,

Comme il est votre fils, il est ma nourriture,

Et si cet arbrisseau se trouvait arrach,

Celui qui le dressa serait bientt sch.

CONSTANTIN.

Chrispe est en sret, jamais nul artifice,

760   Ni... Mais loigne-toi voici l'Impratrice.

SCNE II.
Fauste, Constantin.

FAUSTE.

Seigneur, vous rendrez-vous l'importunit

Oui veut qu'on vous offense avec impunit,

Et que pardonnant tout par une fausse gloire

Nous ne gotions jamais les fruits de la Victoire ;

765   Si votre fermet peut ici balancer,

Tous vos travaux passs sont recommencer ;

Sur la mauvaise foi qu'on vous a tmoigne,

Il faut dbattre encor une palme gagne ;

Il faut remettre encor le harnais sur le dos,

770   Et ne goter jamais un moment de repos.

CONSTANTIN.

Ce discours me rejette en une peine extrme,

Il est embarrassant et contraire soi-mme,

C'est vouloir une chose, et ne la vouloir pas,

C'est promettre la vie et donner le trpas,

775   Quels contraires effets voulez-vous que j'assemble ?

Puis-je tre impitoyable et clment tout ensemble ?

Pourquoi me parliez-vous de leur donner la paix ?

N'tes-vous plus d'accord avecque vos souhaits ?

FAUSTE.

Seigneur, le plus souvent la premire pense

780   Dans le meilleur esprit n'est pas la plus sense ;

Quoi qu'elle semble bonne force d'y songer,

Quelqu'autre vient aprs qui la peut corriger ;

Et notre jugement augmentant de lumire ,

Prend souvent la seconde, et quitte la premire.

785   Puis, quand j'ai demand qu'on mit tout en oubli,

Je ne croyais pas voir Licine rtabli,

J'esprais qu'on tiendrait son audace bannie

Sur les rives du Pont, ou vers la Bithinie ;  [ 11 Bithinie : Contre de l'Asie mineure, borne au Nord par le Pont-Euxin et au Sud par le Galatie et la Phrigie, l'Ouest par le Propontide et l'Est par la PaPhlagonie. [B]]

Qu'il vivait en repos et non pas lev,

790   Non plus en Empereur, mais en homme priv :

C'est tout ce que de vous il se devait promettre.

CONSTANTIN.

Il faut entirement le perdre ou le remettre ;

La gloire me dfend de faire rien de bas,

Pardonner demi, c'est ne pardonner pas.

FAUSTE.

795   J'aimerais mieux aux miens assurer la Couronne,

Punissant un tyran qui jamais ne pardonne.

CONSTANTIN.

Notre Chrispe s'oppose ses derniers malheurs,

Et pour la parent me conjure avec pleurs.

FAUSTE.

Chrispe est comme un enfant qui voit un fer reluire,

800   Et qui le veut avoir quoi qu'il lui puisse nuire ;

Mais on doit sagement combattre son dsir,

Pourvoir son salut plutt qu' son plaisir ;

Et quoi qu'avec des pleurs il demande les armes,

Pour pargner son sang, laisser couler ses larmes.

805   Ici l'exact refus fait montre d'amiti,

Et la haute rigueur y tient lieu de piti ;

Et comme il tient de vous la lumire et la vie,

C'est vous qu'appartient de rgler son envie.

CONSTANTIN.

Sans l'avis du Conseil nous n'en rsoudrons rien.

FAUSTE.

810   Conseillez-vous en donc avec des gens de bien.

SCNE III.
Fauste, Cornlie.

FAUSTE.

Ah ! Cette cruaut me perce jusqu' l'me,

Est-il rien de pareil ?

CORNLIE.

Ne pleurez point, Madame,

FAUSTE.

Ah ! Ce trait de rigueur me blesse au dernier point :

Et tu me dis encor que je ne pleure point ;

815   Ne vois-tu pas que Chrispe en faveur de Constance,

M'a prs de l'Empereur fait voir mon impuissance ?

Qu'il s'est rendu contraire tout ce que j'ai dit,

Et contre ma faveur fait lutter son crdit ?

dure ingratitude ! noire perfidie !

820   Qu'il faut que dans l'enfer un mchant tudie,

Et que jamais esprit ne saurait concevoir

Qu'inspir des dmons du souffle le plus noir.

Quoi ? J'aime donc ce fils l'gal de son pre,

mes propres enfants mon amour le prfre,

825   Mon me l'estimer s'accorde avec mes yeux,

Et contre la Nature, et contre tous les Dieux,

Et lui du mme temps par une erreur extrme,

Pour nous contrarier est contraire lui-mme ?

Se met dedans les fers pour nous mieux oppresser,

830   Et lui-mme se tue afin de nous blesser ?

CORNLIE.

On ouvre, j'oi du bruit.

FAUSTE.

Ah ! Mon trouble est extrme,

Que je le haiS, grands Dieux, ou plutt que je l'aime

Que n'ai-je des appas changer son dessein ?

Ou que n'ai-je un poignard pour lui percer le sein.

835   Mes yeux qu'il est charmant, mon cour qu'il est horrible !

Que je suis indulgente, et que je suis sensible :

Pour nons laisser parler loigne un peu tes pas :

Mais, j'ai besoin de toi, ne te retire pas.

SCNE IV.
Fauste, Chrispe, Cornlie.

FAUSTE.

Chrispe dont l'univers fait ses chres dlices,

840   Faut-il pour qui vous aime inventer des supplices ?

Faut-il qu'un si grand Prince et si considr

Opprime des sujets dont il est ador ?

Des tigres, des lions je craindrais moins la rage,

Vous tes plus cruel que l'ours le plus sauvage,

845   Ceux de qui la fureur se prend aux Immortels

Qui rpandent le sang jusques sur les autels ;

Le bras des assassins, la bouche des impies,

Les tratres, les brigands, les monstres, les harpies,  [ 12 Harpie : Oiseau fabuleux dont il n'est fait mention que chez les potes, qui lui donnent un visage de femme, et des pieds et des mains crochues. Se dit aussi de ceux qui sont affams du bien d'autrui, qui le prennent avec avidit. [F]]

Et tout ce qui du Ciel attire le courroux,

850   A plus de retenue, et de bont que vous.

CHRISPE.

Moi, Madame, et comment ?

FAUSTE.

Aussi je vous dteste

Beaucoup plus que la mort, beaucoup moins que la peste ;

J'ai plus d'horreur de vous que des feux, que des fers,

Et de tous les serpents qui rampent aux enfers.

CHRISPE.

855   Quelle en est la raison, veuillez donc me l'apprendre.

FAUSTE.

Ah ! Ne me parlez plus, je ne puis vous entendre,

N'aurai-je point le bien que l'on me laisse en paix ?

CHRISPE.

Puis qu'il vous plat ainsi, Madame, je m'en vais,

Mais je ne pense pas vous avoir offense.

FAUSTE.

860   Ah ! Chrispe, revenez, ma colre est passe :

Et quelque procd qui me doive toucher

Je ne dirai plus rien qui vous puisse fcher.

Je vous pardonnerai de bon cour tout ce crime p

Je vous aurai toujours en la plus haute estime,

865   Et je ne vivrai plus que pour vous honorer

De toutes les faveurs que l'on peut esprer,

Pourvu que par serment votre me enfin s'engage.

CHRISPE.

quoi?

FAUSTE.

C'est... je ne puis en dire davantage,

Il m'a pris tout  coup des blouissements ;

870   Voil qui vous dira quels font mes sentiments ?

CORNLIE.

Madame.

FAUSTE.

Cornlie, achevez de lui dire,

Cette incommodit veut que je me retire.

SCNE V.
Cornlie, Chrispe.

CORNLIE.

Quelle peine grands Dieux ?

CHRISPE.

Dites, je vous attends :

Mais je ne puis ici perdre beaucoup de temps.

CORNLIE.

875   Seigneur...

CHRISPE.

  Vit-on jamais une telle merveille ?

Je ne sais si je dors, je ne sais si je veille :

Vois-je des yeux de l'me on bien de ceux du corps,

Je n aperois ici qu'nigmes, que transports,

On exerce sur moi l'humeur la plus mauvaise,

880   On vient m'injurier, puis soudain l'on m'apaise,

Et m'ayant protest que tout est pour mon bien,

On me dit que j'coute et l'on ne me dit rien.

CORNLIE.

Seigneur, vous savez bien les excs de tendresse

Qu'a toujours eu pour vous cette grande Princesse ;

885   C'est pourquoi votre esprit se devrait dtacher

De tous les procds qui la peuvent fcher :

Voila ce qui la trouble et dont elle est touche.

CHRISPE.

Mais sachons, Cornlie, en quoi je l'ai fche.

CORNLIE.

C'est que possible elle a des dplaisirs secrets,

890   De ce que vous mfiant en d'autres intrts,

Bien loin de retrancher le mal par sa racine,

Vous parlez, au Conseil en faveur de Licine,

Elle n'en vent point voir relever la maison ;

De ce nouveau dpit c'est toute la raison.

CHRISPE.

895   Ah ! Ce n'est point cela ; cette grande saillie

Vient d'un autre motif, dites tout, Cornlie :

Cet esprit qui s'emporte en ce drglement,

En matire d'tat agit plus sagement.

Oui, quelqu'autre sujet produit la violence

900   Qu'exprime son discours, et mme son silence :

Vous devriez satisfaire son commandement,

Et me dire la chose un peu plus clairement.

CORNLIE.

L'ordre que j'ai reu, Seigneur, c'est de vous dire

Qu'il ne tiendra qu' vous de gouverner l'Empire ;

905   Admirant aujourd'hui vos exploits triomphant,

Fauste vous considre autant que ses enfants,

Auprs de l'Empereur ses soins et ses suffrages

N'agiront dsormais que pour vos avantages :

Mais pour vous prparer goter tant de biens,

910   Il faut que vous quittiez, Licine, et les siens :

Il faut abandonner toute cette famille,

Et ne voir jamais plus Constance, ni sa fille.

CHRISPE.

Constance ni sa fille ! trait injurieux !

Je les verrai toujours tant que j'aurai des yeux.

915   Comment, elle veut donc que dans cette aventure

Je renonce mon sang, je manque la Nature,

Et que pour obir aux lois de sa rigueur

Je dshonore ainsi mon esprit et mon cour ?

Allez lui rapporter, mais avec diligence,

920   Qu'elle peut sur ma vie exercer sa vengeance,

Mais non pas m'obliger vivre sans piti,

Et manquer pour les miens d'honneur et d'amiti ;

Comment, afin qu'on m'aime, et qu'on me considre,

Je serai l'ennemi de la soeur de mon pre,

925   J'aurai l'esprit si noir, j'aurai le coeur si bas ?

Ah ! J'aime beaucoup mieux que l'on ne m'aime pas.

Qu'un autre prenne part cette bienveillance

Qui conduit la honte avec tant d'insolence,

Quiconque ose tenter mon courage en ce point

930   Ne doit pas me connatre et ne m'estime point.

Ma rsolution ne peut tre change,

J'ai fait voeu de servir une tante afflige ;

La menace de Fauste et de tout son pouvoir

Ne saurait divertir le cours de mon devoir.

935   Dpchs Cornelie, allez, courez lui dire,

Et que l'honneur Chrispe est plus cher qu'un Empire.

Seigneur, dispensez-moi de faire ce rapport,

Fchant l'Impratrice, il peut vous faire tort.

CHRISPE.

Elle m'en fait assez alors qu'elle s'attache

940   mettre sur ma gloire une ternelle tche :

Dites-lui, dites-lui, qu'il n'en faut plus parler,

Mon cour est un rocher qu'un ne peut branler.

SCNE VI.
Cornlie, Fauste.

CORNLIE.

Je ne porterai point ces mauvaises nouvelles,

Son discours m'a laiss dans des transes mortelles,

945   Madame !

FAUSTE.

Cornlie, et bien ?

CORNLIE.

  C'est temps perdu.

FAUSTE.

J'tais en cet endroit d'o j'ai tout entendu ;

Qu'il est audacieux et qu'il est tmraire.

CORNLIE.

Il s'emporte un peu trop.

FAUSTE.

Je ris de sa colre,

Il faut qu'elle se passe, il faut qu'humili

950   Il me vienne prier que tout soit oubli.

Qu'il vienne par ses pleurs divertir une foudre,

Et baiser une main qui le peut mettre en poudre.

Il ose s'attacher ce qui me dplat,

L'insolent et l'ingrat, je l'ai fait ce qu'il est ;

955   Si j'ai su le servir, je saurai bien lui nuire,

J'ai bien su l'lever, je puis bien le dtruire.

N'a-t-il eu jusqu'ici tant de respects pour moi

Qu'afin de s'introduire me donner la loi ?

Avoir des sentiments mes dsirs contraires,

960   Pour hasarder l'Empire, et troubler les affaires ;

Pour former une ligue avec nos ennemis,

Pour nom galer ceux que nous avons soumis,

Et rgler son gr nos bonnes aventures.

Ah ! Je lui ferai voir qu'il prend mal ses mesures,

965   Il changera d'tat s'il ne vient s"excuser,

Tout est perdu pour lui s'il tarde m'apaiser.

Je veux mes enfants laisser l'tat tranquille,

Et dompter hautement ce lion indocile.

CORNLIE.

Madame, c'est un joug qu' peine il recevra.

FAUSTE.

970   Je l'y forcerai bien, s'il ne plie il rompra,

Il quittera l'Empire, ou changera de flamme.

CORNLIE.

Mais il est Fils d'Auguste.

FAUSTE.

Et moi j'en suis la femme,

Et nous verrons bientt, s'il me veut mettre au pis,

Lequel l'emportera de la femme, on du fils.

ACTE IV

SCNE PREMIRE.
Constantin, Fauste.

CONSTANTIN.

975   Quoi je ne saurai point d'o cette humeur procde ?

L'ennui qui vous afflige, est-ce un mal sans remde ?

FAUSTE.

C'est un mal pour le moins gurir mal ais ?

Puisque mme d'Auguste il est autoris,

C'est un mal qui se forme, et qui venant a crotre ?

980   Pourra faire prir ceux qui l'auront fait natre.

CONSTANTIN.

La prire de Chrispe en est le fondement.

FAUSTE.

L'indulgence d'Auguste en fait l'accroissement.

CONSTANTIN.

Ce mal n'est pas si grand que Fauste se figure.

FAUSTE.

Puisse l'vnement tromper ma conjecture.

CONSTANTIN.

985   Mais qu'apprhendez-vous ?

FAUSTE.

  Des malheurs infinis,

Vos peuples revolts, vos enfants dsunis ;

Une guerre civile, un trouble pouvantable,

Mille changements, un destin lamentable.

CONSTANTIN.

Nous saurons dtourner un si funeste sort.

FAUSTE.

990   Oui tant que vous vivrez mais aprs votre mort ?

CONSTANTIN.

Chrispe prendra toujours l'intrt de son frre.

FAUSTE.

Je crains avec raison qu'il fasse le contraire.

CONSTANTIN.

Et sur quel fondement craignez-vous ce danger ?

Chrispe est-il si mchant ?

FAUSTE.

Non, mais il peut changer.

CONSTANTIN.

995   On voit fort peu changer des mes si bien nes.

FAUSTE.

Si l'a-t-on vu changer en fort peu de journes.

CONSTANTIN.

Je ne m'aperois point d'un si grand changement.

FAUSTE.

La Cour avec regret fait ce discernement.

Chrispe nous honorait avant que la victoire

1000   Eut clair son front des rayons de le Gloire,

Et qu'un vent orgueilleux de rputation

Eut essor le vol de son ambition.

Il suivait nos conseils avant que cette guerre

L'eut vu dans les dangers passer pour un tonnerre,

1005   Et de peur de faillir, et de trop hasarder,

Il n'entreprenais rien sans nous le demander.

Mais ce bon naturel s'est chang dans la Thrace,

O la Fortune amie, a flatt son audace,

Et sans considrer son flux et son reflux,

1010   Dans cette haute mer il ne nous connat plus.

Il croit que nos avis lui sont peu ncessaires,

Il veut tenir tout seul le timon des affaires,

Et si sous cet orgueil nous plions aujourd'hui,

Le naufrage est pour nous, et le port est pour lui.

1015   Rome est en sa puissance, et nous pouvons bien dire

Qu'il est matre absolu de nous et de l'Empire,

Et qu'il se htera de nous fermer les yeux.

CONSTANTIN.

Fut-il matre de tout, il nous traiterait mieux.

CONSTANTIN.

L'ambition rendrait son me inexorable.

CONSTANTIN.

1020   Fauste, sa pit nous serait favorable.

FAUSTE.

Jamais la pit ne peut accompagner

Un coeur proccup du dessein de rgner,

Car l'avide dsir de prendre une couronne

te les sentiment que la Nature donne,

1025   Et bien souvent un fils d'un aveugle transport,

Marche lors sans dessus un pre mort.

Christe vous craint, Seigneur, et je puis dire encore

Qu'il vous aime beaucoup, mme qu'il vous adore ;

Mais ce bon naturel peut tre corrompu

1030   Par ceux qui pour nous perdre ont fait ce qu'ils ont pu.

S'il faut que dsormais par une erreur fatale,

Ce Prince si bien n passe dans leur cabale,

Licine aura bientt suborn son esprit

Pour lui faire achever le coup qu'il entrepris

CONSTANTIN.

1035   Ce n'est pas un parti qu'il faille qu'il embrasse ;

Par quel raisonnement jugez-vous qu'il y passe ?

FAUSTE.

Par l'amour qui le pousse le voir refabli,

Et fait que pour Constiance il m'est tout en oubli.

CONSTANTIN.

Quoi, Chrispe est-il touch de la jeune Constance ?

FAUSTE.

1040   Pour elle toute seule il vous fait cette instance.

Si le bandeau d'amour ne lui couvrait les yeux

Il verrait sous des fleurs un serpent furieux ;

Il craindrait de ce lieu l'alliance funeste,

Il fuirait cet amour comme l'on fuit la peste.

1045   Une haine envieillie en un coeur dloyal,

Corrompra lchement ce cour vraiment royal ;

Et vous l'ayant prdit, je serai la Cassandre  [ 13 Cassandre : fille de Priam et d'Hcube. Apollon amoureux de cette princesse, lui avait permis de luis demander tout ce qu'elle voudrait pour prix de sa complaisance : elle le pria de lui accorder de la don de la prophtie ; mais lorsque Appolon eut rempli sa promesse, elle refusa de tenir sa parole, et le Dieu, ne pouvant lui ter le don de prdire, empcha que se prdictions fussent jamais crues. [B]]

Qui verrai mettre Rome et nos Palais en cendre :

Possible que l-haut assis entre les Dieux,

1050   Lorsque sur nos malheurs vous porterez les yeux,

Vous aurez du regret de voir Fauste enchane,

Prs du Char de Licine en triomphe mene ;

Vos Temples dmolis, vos peuples saccags,

Et vos jeunes enfants lchement gorgs ;

1055   Et l'Italie enfin cruellement dtruite,

Dtester pleurant votre peu de conduite.

Toutefois ces malheurs ne me surprendront pas,

J'en prviendrai l'effet par un noble trpas :

Le poison ou le fer, misre incroyable !

1060   Plutt que Constantin, me sera favorable,

Et sans leur prompt secours je ne puis viter

Les maux o le Destin me va prcipiter.

CONSTANTIN.

Ah ! Ne vous troublez point de ces grandes alarmes

Mon cour pntr par le cours de vos larmes :

1065   De tout autre intrt vos pleurs m'ont dtach,

Mon fils m'avait surpris mais vous m'avez touch,

Il faudra que je pense vos amis fidles,

Pour gauchir sagement ces embches mortelles.

Mais Chrispe vient ici vous parler sur ce point.

1070   Suspendez cette affaire et ne l'aigrissez point.

N'outragez point ce fils dont je suis idoltre,

Soyez toujours se mre, et jamais sa martre

Ne lui retranchez rien de votre affection.

FAUSTE.

Seigneur, laissez moi faire en cette occasion,

1075   Je tiens qu'il faut un peu lui tenir la main haute,

Afin que son esprit reconnaisse sa faute,

Et se rende plus souple suivre nos avis,

S'tant si bien trouv de les avoir suivis.

SCNE II.
Chrispe, Fauste.

CHRISPE.

Je viens de vous rendre grce divine princesse

1080   D'avoir fait que des miens enfin la crainte cesse :

Votre esprit balanant la piti de mes pleurs,

Avec la cruaut de leurs derniers malheurs ;

Encor qu'il s'y portt avec quelque rpugnance,

A fait la rigueur succder la clmence.

FAUSTE.

1085   quoi tend ce discours confus et mal tissu ?

CHRISPE.

vous remercier d'un bien que j'ai reu :

Car bien que Constantin m'aime, et me considre,

J'avais besoin de vous pour flchir ce bon pre,

Vous seule avez sauv Licine du trpas.

FAUSTE.

1090   Lui sauv ? Point du tout, ne vous abusez pas.

CHRISPE.

Un Courrier dpch porte cette houueUe.

FAUSTE.

Cette nouvelle est fausse, il faut qu'on le rappelle.

CHRISPE.

Licine l'apprendra comme une vrit.

FAUSTE.

Il peut la recevoir comme un conte invent.

CHRISPE.

1095   Assez distinctement on me l'a fait entendre.

FAUSTE.

Quelqu'un par ce discours vous a voulu surprendre.

CHRISPE.

L'Empereur me l'a dit avec tant de bont.

FAUSTE.

L'Empereur vous l'a dit ? Il s'est fort mcont :

Il n'y pensait donc pas ; c'est par quelque surprise ;

1100   S'il s'abuse si fort, il faut qu'il se ravise.

CHRISPE.

J'attends de sa promesse un effet bien certain.

FAUSTE.

Si c'est l votre espoir, vous esprez en vain.

CHRISPE.

On peut sur sa parole encore plus prtendre.

FAUSTE.

En cette occasion l'on en doit rien attendre.

CHRISPE.

1105   L'Honneur plgeant sa foi, m'assure sur ce point.  [ 14 Plger : Cautionner en justice, rpondre pour quelqu'un, et s'obliger de payer le jug.]

FAUSTE.

Moi, je suis caution qu'il ne le fera point.

CHRISPE.

J'en vais tout de ce pas rafrachir sa mmoire.

FAUSTE.

C'est une illusion que vous lui ferez croire.

CHRISPE.

Je sais par quels serments il s'y trouve oblig.

FAUSTE.

1110   L'intrt de l'en rend dsengag.

CHRISPE.

Nous verrons.

FAUSTE.

Voyez donc... As-tu vu, Cornlie,

Quelle confusion succde sa folie ?

Il pourra discerner d'un jugement plus sain

S'il a quelque avantage choquer mon dessein :

1115   Ici son insolence est un peu rprime,

Assez, hautainement je me suis exprime.

CORNLIE.

En vous parlant, Madame, il semblait tout transi.  [ 15 Dans l'dition originale Cornlie n'est pas dans la liste des personnage en tte de la scne.]

FAUSTE.

Constance est absente, il n'toit pas ici,

Ce n'est que la moiti d'un tout qui m'est funeste,

1120   Ce n'en est qu'une part, mais en voici le reste.

SCNE III.
Constance, Fauste.

CONSTANCE.

Je ne viens plus, Madame, avec de tides pleurs

Vous demander la fin de nos longues douleurs ;

Avec un teint plus gai je dois vous rendre grces

D'avoir du mauvais sort dissip les menaces :

1125   Nous donnant une preuve en ces adversits

Qu'il n'est rien d'admirable au prix de vos bonts ;

Car ces rares bonts adoucissant les choses

S'en vont bientt changer nos pines en roses.

FAUSTE.

Encor que vos destins soient si bien disposez,

1130   Vous n'aurez, pas les fleurs que vous vous proposez.

CONSTANCE.

Tous les voeux que je forme en mon me craintive

Sont que la haine meure et que mon pre vive,

Que jamais la Discorde et le trouble mutin

N'loigne ses dsirs de ceux de Constantin ;

1135   Bref qu'en leur union la paix soit infinie.

FAUSTE.

Mais vous quel objet voulez-vous tre unie ?

CONSTANCE.

Moi Madame ? l'honneur comme vos intrts,

FAUSTE.

Point, point, nous avons su quelqu'un de vos secrets.

CONSTANCE.

Je n'ai point de secrets qu'il faille que je cache,

1140   Ils sont fort innocents je veux bien qu'on les sache.

FAUSTE.

Quoi que vous les cachiez ils sont fort apparents,

Vous travaillez pour vous plus que pour vos parents :

Prenant un soin pour eux, vous en avez un autre,

D'abattre une maison pour agrandir la vtre.

CONSTANCE.

1145   D'abattre une maison ?

FAUSTE.

  Oui, oui, mais c'est en vain.

Nous ferons hautement avorter ce dessein.

CONSTANCE.

Madame, ces effets d'une haine visible

Sont encore des traits d'un malheur invincible,

Qui par notre constance a sembl s'irriter

1150   Et s'est plu si longtemps nous perscuter :

Il faut, sans murmurer, souffrir sa violence,

Puisque votre pouvoir nous impose silence.

FAUSTE.

Que peut-on cela vous rpondre, sinon

Qu'il nous est bien aise de porter votre nom :

1155   Puisque danse succs, il est vrai que Constance

Pour le malheur a des siens a peu de rpugnance,

Le jour de leur dfaite est un jour glorieux,

Elle veut de bon cour ce que veulent les Cieux.

Si Licine en fuyant est sorti de la Thrace,

1160   Vous l'avez sur le champ veng de bonne grce :

Exprimant un pouvoir qui n'est point limit,

Vous avez mis aux fers celui qui l'a dompt.

Vous avez tout soumis en blessant un seul homme ;

Quoi que Rome ait vaincu, vous triomphez de Rome.

1165   Quel effet merveilleux ! Un puissant Empereur

Qui jusqu'au bout du monde a sem la terreur,

En de si grands prils n'a gagn tant de gloire

Que pour mettre vos pieds le fruit de sa Victoire.

Quoi ? Du nom de malheur ce succs, appeler ?

1170   De semblables malheurs on se peut consoler.

CONSTANCE.

Madame, ce discours je ne puis rien entendre.

FAUSTE.

Auguste et le conseil l'ont fort bien su comprendre ;

Chrispe vous rend des soins et vous fait les doux yeux,

Vous obsde toute heure et vous fuite en tous lieux ;

1175   Il vous promet beaucoup, mais sachez qu'il se moque.

CONSTANCE.

S'il se moque de moi, la chose est rciproque.

FAUSTE.

En pouvez-vous douter ?

CONSTANCE.

Je n'en ai feint de peur.

FAUSTE.

Il est asseez adroit.

CONSTANCE.

Mais il n'est point trompeur.

FAUSTE.

Il tient un rang bien haut

CONSTANCE.

Je suis de la famille.

FAUSTE.

1180   Il est fils d'Empereur.

CONSTANCE.

  Et n'en suis-je pas fille ?

FAUSTE.

On voit en ces Csars de l'ingalit.

CONSTANCE.

La Fortune en a mis, mais non pas l'qut.

FAUSTE.

L'un de ces Empereurs a pu l'autre soumettre.

CONSTANCE.

L'autre de sa valeur se pouvait tout promettre.

FAUSTE.

1185   Il n'a pas en campagne eu les Dieux pour amis.

CONSTANCE.

Il n'est pour rien moins que ceux qui l'ont soumis.

FAUSTE.

Les vaincus aux vainqueurs ne sont pas comparables.

CONSTANCE.

La Vertu rend parfois les malheurs vnrables.

FAUSTE.

Cependant hors du trne on voit cette vertu.

CONSTANCE.

1190   Elle peut clater sous un trne abattu.

FAUSTE.

Enfin quoi qu'il en soit, Constance n'est point ne

Pour prtendre avec Chrispe au lien d'Hymene ;  [ 16 Hymne : divinit fabuleuse des paens, qu'ils croient prsider aux mariage. (...) signifie aussi potiquement le mariage. [F]]

Nous ne souffrirons point qu'il soit fait son poux.

CONSTANCE.

Vous souffrirez au moins qu'il m"aime mieux que vous.

FAUSTE.

1195   son dam s'il vous aime, interdit de le faire.  [ 17 Dam : En langage ordinaire, signifiait autrefois, perte et dommages, et n'est plus en usage qu'en cette phrase : s'il lui arrive du mal son dam, pour dire ce sera lui qui en souffrira le dommage. [F]]

CONSTANCE.

son dam beaucoup plus s'il agit au contraire.

FAUSTE.

Une peut vous aimer qu'avec beaucoup d'erreur.

CONSTANCE.

Ni vous aimer aussi qu'avec beaucoup d'horreur.

FAUSTE.

Ah ! Sortez promptement engeance de vipre.

CONSTANCE.

1200   On ne m'accuse point d'avoir perdu mon pre.

FAUSTE, seule.

Quel fantme a fait bruit ? Et quel spectre a pass ?

Dors-tu point ? Est-ce toi que l'on s'est adress ?

Et peut-on appliquer ce que l'on vient de dire

qui tient aujourd'hui les rnes de l'Empire ?

1205   Mais cette vrit ne se peut dmentir,

Constance me parlait, elle vient de sortir ;

C'est moi, c'est moi que ce discours s'adresse,

Elle vient d'offenser sa Reine et sa matresse :

L'insolente qu'elle est voit encore le jour

1210   Aprs avoir choqu ma gloire et mon amour ?

moi, que sur le champ cette impudente expire,

CORNLIE.

Madame.

FAUSTE.

Ce n'est rien, allez qu'on se retire.

Connaissant Constantin et sa mauvaise humeur,

Il ne faut pas ici faire de la rumeur ;

1215   Et n'ayant peu parer une atteinte si rude,

Il vaut mieux mnager ma rage avec tude,

Dvorer mon dpit, et me plaindre tout bas,

Que d'clater plus haut et ne me venger pas.

moi Constance ? moi ? Me parler de la sorte ?

1220   En aurions-nous raison quand elle serait morte ?

Pour rendre un si grand coup mon bras est trop lger,

Je pourrai la dtruire, et non pas me venger.

Mais Chrispe est tout ici, cette jeune indiscrte

De ses noirs sentiment n'est rien que l'interprte.

1225   Cet ingrat, il me joue, et bravant mon crdit,

L'avoue absolument de ce qu'elle m'a dit.

Quoi Chrispe rira donc avec cette effronte

Du plaisir qu'elle a pris m'avoir irrite ?

Il se vantera donc prs d'elle chaque jour

1230   Des traits dont son mpris a pay mon amour ?

Ma dfense inutile et ma vaine furie

Pourront entrer encore en cette raillerie ?

Ah ! Je veux bien parer un si sensible affront,

J'ai le bras assez fort pour garantir mon front,

1235   Et je vais m'employer de toute ma puissance

Pour faire avant ma honte clater ma vengeance.

Il faut bien que le fer, la flamme ou le poison,

D'un mpris si sanglant me fassent la raison.

Pour les presser d'agir, ds cette heure je donne

1240   Le plus beau diamant qui brille en ma couronne.

Plutt que cette amour m'offense impunment,

Je veux perdre la fois et l'amante, et l'amant.

Chrispe, il te souviendra de m'avoir offense,

Ta sentence mortelle est dj prononce,

1245   Et le dsir ptille en mon cour dpit

Que ce sanglant arrt ne soit excut.

Oui Chrispe, c'en est fait, et tes jeunes annes

Par mon juste courroux se verront termines :

Pour le soulagement de ma vive douleur

1250   Je vais faire passer la faux sur cette fleur.

Il faut que ma vengeance en ta perte mdite

Sur ce que fait un corps lorsque l'me le quitte ;

Et les convulsions qu'on lui voit ressentir

Quand la bouche dispute la laisser sortir.

1255   Avec attention je te verrai, perfide,

Devenir ple et froid sans avoir l'oeil humide :

Et verrai sans regret en ce dernier effort

Passer dedans tes yeux les ombres de la mort.

Mais o va ma fureur ? Arrte ma colre,

1260   Peux-tu bien outrager une chose si chre ?

Dtournons de ce couple nos mains, et nos yeux,

Car c'est un attentat qui blesserait les Dieux;

Fauste, quoi te portait ta furieuse envie ?

Ces voeux vindicatifs attentaient sur ta vie,

1265   Et ta soudaine mort bornerait le plaisir

Que ton dpit cruel propose ton dsir.

Tu te verrais surprise, et dans cette disgrce

Ta plus brlante ardeur se changerait en glace.

Ne fais rien qui t'oblige de grandes douleurs,

1270   Et prviens sagement tes soupirs et tes pleurs.

Quoi que Chrispe t'offense, il peut vivre sans crainte,

Tu ne pourrais blesser une chose si sainte ;

Il est inviolable ton ressentiment,

Il aura part au crime, et non chtiment

1275   Et lorsque tu pourrais d'un clat de tempte

Perdre tout l'univers, il sauverait sa tte

Je consens qu'un hros le plus grand des humains

Au fort de mon courroux me dsarme les mains ;

Il nous plat de sauver un complice du crime,

1280   Nous nous contenterons d'une seule victime ;

Constance par son sang pourra dsaltrer

Cette brlante soif qui nous fait soupirer.

Mais par o m'y prendrai-je ? Et que faudra-t-il faire

Pour ouvrir cette source mon bien ncessaire

1285   Sans qu'elle fasse bruit, et qu'un peuple mutin

Aigrisse contre moi l'esprit de Constantin ?

Ouvre-toi mon esprit cherche, invente et t'emploie

Pour btir sur ce plan le comble de ma joie :

Fais que dans ce dbris mon nom soit conserv,

1290   Conduis bien cet ouvrage et le rends achev.

En voici le secret, j'en ai trouv l'adresse :

Je surprendrai l'amant, il perdra sa matresse,

Elle, ce serviteur que je lui ravirai,

Imputera les maux dont je la comblerai :

1295   Je porterai Confiance mourir enrage,

On ne la verra plus, et je serai venge.

Ah ! Serpent dangereux qui t'oses prendre moi ?

Tu t'mancipes trop, ta mort en fera foi :

Tu te repentiras de l'air dont tu me traites,

1300   Tu crveras bientt du venin que tu jettes.

Filles !

UNE DES FILLES.

Avanons-nous, on nous vient d'appeler.

FAUSTE.

Ce n'est qu' Cornlie qui je veux parler ;

As-tu vu ton parent ?

CORNLIE.

Il est ici, Madame.

FAUSTE.

Mais me veut-il servir ?

CORNLIE.

Oui, mais il craint le blme,

1305   Il balanait encor la gloire, et l'intrt.

FAUSTE.

Presse, et le fais pencher du cot qui me plat,

Hte une heureuse crise en mon esprit malade ;

Il faut que le raison bientt le persuade :

Fais qu'il hasarde tout afin de me sauver,

1310   Et s'il est rsolu, qu'il me vienne trouver.

Je veux que l'Uniuers aprs ce grand service,

Doute qui de nous deux sera l'Impratrice.

SCNE IV.

CORNLIE.

Dieux quelle faveur ! Cieux qu'ai-je entendu !

Mon cour dans cette joie est encor suspendu.

1315   Essayons de lui faire acquitter sa promesse,

Et servons dignement cette digne matresse ;

Je tiens ce qu'elle veut moiti russi ;

Lonce est-il par l ?  [ 18 Vers 1318, on lit "Lonce est-il pas l ?", ce qui semble tre fautif.]

SCNE V.
Lonce, Cornelie.

LONCE.

Adarne le voici.

CORNLIE.

h bien ? Me veux-tu croire, ou suivre ton caprice ?

1320   Prends-tu part pour Chrispe, ou pour l'Impratrice ?

Du plomb avecque l'or fais-tu comparaison ?

Ou quittes-tu ton sens pour suivre la raison ?

Es-tu pour ta fortune, ou de glace ou de flamme ?

Mes avis sont-ils point passs jusqu'en ton me ?

LONCE.

1325   Madame, vos avis j'ai mrement pens,

Mais mon esprit encor se trouve balanc ;

J'aime ce jeune Prince, et j'ai peine rien faire

Qui le puisse offenser, ou lui puisse dplaire ;

Peut-on mieux acqurir du bien qu'en le servant ?

1330   N'est-il pas ador comme un Soleil levant ?

CORNLIE.

Lonce sen ce discours dpourvu de Science,

On voit que la jeunesse a peu d'exprience,

Et qu'en ton ge encor nos esprits innocents

Suivent avec erreur le conseil de nos sens.

1335   Selon les yeux du peuple, et son grossier langage,

C'est un soleil levant qu'un Prince de cet ge :

Mais comme tous les jours nous voyons arriver

Ces Soleils dont parfois longtemps se lever.

Et quelquefois encor tous brillants de lumire,

1340   On les voit clipser entrants dans la carrire,

Chrispe est brave et bienfait, mais on voit qu'aujourd'hui

Il prend beaucoup de peine travailler pour lui ;

Qu'il coulera du temps avant qu'il s'tablisse,

Et qu'il puisse agrandir ceux qui lui font service.

1345   Constantin prise fort ses exploits triomphants,

Mais il sait bien aussi qu'il a d'autres enfants

D'une aimable Princesse ; illustre pour la race,

Digne pour la vertu, charmante pour la grce ;

Qui peut plus de beaucoup que ce jeune vainqueur,

1350   Ayant absolument son oreille, et son cour.

Pour acqurir des biens et de l'honneur encore,

Ce n'est pas Constantin, c'est Fauste qu'on adore ;

Les charges, les emplois, et le bien et le mal

Passent par cette main, coulent par ce canal :

1355   Elle verse aux sujets de ce puissant Empire

Ce qu'ils ont de meilleur, et ce qu'ils ont de pire.

La source est chercher plutt que les ruisseaux,

Il faut se prendre l'arbre, et non pas aux rameaux ;

Surtout, quand nos yeux la fortune se montre,

1360   Il faut soudain tirer profit de sa rencontre :

Et qui n'est pas habile la prendre aux cheveux,

Aprs l'occasion fait d'inutiles voeux.

LONCE.

Madame, ce discours montre mon ignorance,

Je veux sur vos conseils fonder mon esprance,

1365   Et je croirai faillir avec impunit,

Servant aveuglement une Divinit.

CORNLIE.

Entre donc l-dedans ; dis l'Impratrice

Que tu veux les yeux clos embrasser son service :

Ds l'heure, ta fortune est sans comparaison,

1370   Tu verras les flots d'or rouler dans ta maison.

ACTE V

SCNE PREMIRE.

FAUSTE, seule.

Poison subtil, esprit de douleur et de mort,

Hte-toi de faire un effort

Qui satisfasse Fauste, et punisse Constance ;

Trop longtemps ma honte elle demeure au jour,

1375   Et je dois pour le moins contenter ma vengeance.

Moi qui ne dois jamais contenter mon amour.

     

Son sang tout corrompu semble tre prpar

cet effet si dsir ;

C'est d'un monstre cruel quelle a reu la vie ;

1380   Mais parmi cet espoir je crains avec raison

Que l'amour quelle a prise et qu'elle ma ravie

Lui serve d'antidote, et de contre-poison.

     

Le beau portrait de Chrispe est grav dans son coeur,

Et cet agrable vainqueur

1385   Sera son protecteur comme il est son complice :

Mais j'y donne bon ordre en mon secret dessein ;

Car l'instrument fatal qui sert ma justice

Attaquera plutt sa tte que son sein.

     

Ah Vnus ! Ni l'amour ne la sauveront pas

1390   Puisque j'ai jur son trpas,

Quand ils l'enlveraient au Temple d'Amathonte  [ 19 Amathonte : Ville de l'?le de Cypre sur la cote sud, tr?s c?l?bre pour le culte qu'on vouait ? V?nus. Elle avait ?t? b?tie par les Ph?niciens. [B]]

Pour la percer jour de mille coups mortels,

J'aborderais en Cypre, et moi-mme leur honte

Irais la poignarder jusques sur leurs autels.

     

1395   Tandis qu'a te venger un Ministre s'emploie,

largis-toi mon coeur, et nage dans la joie;

Gotons avec plaisir ce mets dlicieux

Dont la dlicatesse est rserve aux Dieux.

Nous sommes leurs enfants, et leur grce quitable

1400   Permet que nous prenions un morceau de leur table,

En cette occasion nous en pourrons goter

Sans que jamais crime on le puisse imputer.

En m'osant offenser Constance s'est perdue,

La mort quelle reoit est une peine due,

1405   Ma violence est juste et n'a rien d'inhumain,

Elle dicte l'arrt la balance la main.

J'ai d donner ce coup cet objet de haine,

Afin que de son crime elle portt la peine.

Que peut dire cet ge, ou la postrit,

1410   Sinon quelle a reu ce qu'elle a mrit :

Et que ce grand exemple empchera l'audace

Qui du pouvoir suprme excite la menace ?

Si Constantin se plaint, nous nous plaindrons aussi,

C'est possible dj ce qui l'amne ici.

SCNE II.
Constantin, Fauste.

CONSTANTIN.

1415   Vos derniers procdez, ont bien montr, Madame,

Que toute femme est faible, et fait toujours la femme,

Et qu'au moindre sujet de mcontentement,

Ce sexe imprieux s'adoucit rarement.

Mais avec tant d'excs montrer sa violence,

1420   Ne mettre point du tout mon respect en balance ;

Et faire clat ainsi d'un injuste courroux,

C'est un drglement qui n'appartient qu' vous.

C'est une motion aveugle et tmraire,

Qui pourra bien vous nuire autant que me dplaire.

1425   Nous y mettrons bon ordre, et vous ferons bien voir

Que qui vit sans bont doit vivre sans pouvoir.

FAUSTE.

Seigneur, s'il vous plaisait d'entendre ma dfense,

Possible que l'excuse amoindrirait l'offense.

CONSTANTIN.

Quand par vos actions vous osez me choquer,

1430   Les frivoles raisons ne vous peuvent manquer :

Mon cour qui hait mort l'artifice et les ruses,

Veut plus de retenue, et beaucoup moins d'excuses.

Mais pouvez vous jamais pour aucune raison

Mettre par ces clats du trouble en ma maison ?

FAUSTE.

1435   Jamais en son courroux une femme d'Auguste

Ne saurait clater sur un sujet plus juste :

Si l'exemple est nouveau du trait de ma fureur,

L'exemple est rare aussi d'une pareille erreur ;

Et si l'on mesurait la peine avec l'audace,

1440   L'attentat paratrait plus grand que la disgrce.

Seigneur, si j'avais eu sur trois mots prononcs,

Cent foudres dans les mains je les aurais lancs :  [ 20 Foudre : Se dit figurment de la colre de Dieu ou des Rois.]

Devant vos propres yeux je l'aurais mise en cendre

Quand vous auriez t prsent pour la dfendre ;

1445   L'une a commis le crime, et l'autre l'a puni,

Constance a commenc, depuis Fauste a fini.

CONSTANTIN.

Quel trange rplique, et quelle extravagance ?

Quand je parle de Chrispe on rpond de Constance ?

FAUSTE.

Seigneur, pour votre fils si je l'ai mal trait,

1450   Il n'en doit accuser que sa lgret ;

Lui qu'on voit s'emporter d'une aveugle conduite.

Et de qui le projet est craindre en sa suite.

CONSTANTIN.

C'est une fausse erreur qu'on lui veut imposer.

FAUSTE.

Quoi ? D'adorer Constance ? Et vouloir l'pouser ?

1455   Ce n'est point une erreur, on voit qu'il s'y prpare.

CONSTANTIN.

Que voulez-vous qu'il aime, une fille barbare ?

Une esclave trangre, un objet de courroux,

Dont un jour les enfants rgneraient aprs nous ?

FAUSTE.

Seigneur, jamais esclave et jamais inconnue,

1460   Qui serait par nos choix en son lit parvenue,

Vint-elle du Sarmate ou du peuple noirci,

N'apporterait en dot les maux de cette-ci.

Vous voulez recevoir en cet hymen funeste

Quelque chose de pis que la mort, que la peste ;

1465   Car c'est un embarras vous faire sentir

Tout ce qu'a de cuisant l'aigreur du repentir.

Licine aprs cela pourrait faire son compte,

De nous combler de maux, de regret et de honte ;

Mais si le Ciel nous aime, il doit faire un effort

1470   Pour loigner de nous et la honte et la mort.

CONSTANTIN.

Nous verrons, nous verrons : mais qui mne Lactance ?

SCNE III.
Constantin, Fauste, Lactance, Un capitaine des gardes.

LACTANCE.

Seigneur accourez, vite au quartier de Constance.

CONSTANTIN.

Que s'y passe-t-il donc ?

LACTANCE.

Ah Sire ! Des malheurs

Qui vous obligeront fondre tout en pleurs.

CONSTANTIN.

1475   C'est quelque trait de Fauste : ah mchante ! Ah cruelle !

SCNE IV.
Fauste, Capitaine des gardes.

FAUSTE.

Arrte, et nous apprends qu'elle est cette nouvelle.

CAPITAINE DES GARDES.

Madame, en un moment deux astres de la Cour

Ont perdu pour jamais la lumire du jour :

que cet accident a dtruit d'esprances !

FAUSTE.

1480   Qui sont ces deux soleils, sont-ce les deux Constances ?

L'tat en leur salut avait grand intrt.

CAPITAINE DES GARDES.

Voici le tout, Madame, coutez, s'il vous plat.

Chrispe tait venu voir Constance dans sa chambre,

Elle avait la main des gants parfums d'ambre,

1485   Garnis tout alentour de diamants et d'or.

Et dedans leur papier envelopps, encor ;

Voila, '-t-elle dit ce Prince adorable,

Des soins d'un cher parent une marque admirable :

Voil qui dans l'tat o le fort nous a mis,

1490   Montre que nous avons encore des amis :

Et que si leur bont ne manque de puissance,

Nous n'aurons pas sujet de perdre l'esprance.

Lors elle a dpli ce funeste prsent,

Et l'a considr de prs en le baisant.

1495   Chrispe comme surpris...

FAUSTE.

  Ah ! Ma crainte est extrme.

CAPITAINE DES GARDES.

Prenant aussi les gants les a sentis de mme :

Et comme si jamais il ne les avait vus,

A lou la beaut dont ils taient pourvus.

Puis comme tout  coup prouvant leur puissance,

1500   En les jetant par terre, il dit Constance :

D'o viennent donc ces gants ? Qui vous les a donns ?

Ah ! Ne les sentez plus, ils sont empoisonns,

Une vapeur maligne en ma tte est monte,

Cieux ! Dj ma vue en est dbilite :

1505   Et dj le venin dont je me sens surpris,

D'un effort violent attaque mes esprits.

Lors faible et sans couleur, Constance a fait rponse,

Ce sont des gants, Seigneur, que m'a donn Lonce :

Et c'est de votre part qu'il me les a rendus.

1510   L le Prince a repris :Ah nous sommes perdus !

En ce prompt accident, vous pouvez bien connatre

Que quelqu'un pour nous perdre a su gagner ce tratre :

Tout ce qu'en ce malheur je rencontre de doux,

C'est que j'aurai l'honneur de mourir prs de vous.

1515   Plut au Ciel que la rage en ce coup tmoigne,

M'eut attaqu tout seul et vous eut pargne :

Vous voyant viter un trait si rigoureux,

Expirant vos pieds, je mourrais trop heureux :

Je me contenterais seulement de la gloire

1520   De pouvoir jamais vivre en votre mmoire,

Nous resterons unis, encor que spars,

Mais vous ne parlez plus je meurs et vous mourez.

La Princesse abattue ce discours funeste,

A dit encor : Croyez... sans achever le reste.

1525   ce mot en mourant ils se sont embrasss :

Pour marque du poison...

FAUSTE.

C'est assez, c'est assez.

CAPITAINE DES GARDES.

Un sang tout violet a couvert leur visage.

FAUSTE.

Tu m'en as trop appris, n'en dis pas davantage :

Je fuis sur ce rcit trop tendre de moiti,

1530   Il m'aurait bien suffi d'en ou la moiti :

De grce laisse-moi dans l'humeur sombre et noire.

O me vient de plonger cette funeste histoire :

Heureuse dans l'excs des plus cuisants malheurs,

Si j'ai la libert des soupirs et des pleurs.

1535   Ah Fauste misrable ! Ah Fauste infortune !

Quel tissu de malheur forme ta destine ?

Qu'est-ce que contre toi de violence pris,

Tous les Dieux conjurs pourraient faire de pis ?

Lorsque tu fais prir une me criminelle

1540   Tous tes contentements prissent avec elle,

Et tout ce que tes yeux connaissent de plus beau,

Avec leur seul horreur passent dans le tombeau,

Destins ! Venins ! Mort ! Violence !

Que ne laissiez-vous Chrispe en enlevant Constance.

1545   colre funeste ! Aveuglement fatal,

Qui n'a pu sparer le bien d'avec le mal,

Et qui de tout mon bien par une erreur trange,

Fait avec tout mon mal un si triste mlange !

Quoi si je lance un trait, rigoureuse loi !

1550   Pour me percer le coeur il rflchit sur moi :

Par ce funeste trait qui ne m'a point venge,

J'ai servi ma rivale et me suis outrage.

Constance a de ce mal, retir mille biens,

Chrispe a ferm ses yeux, elle a ferm les siens,

1555   Et serrant les liens dont Amour les assemble,

Ils ont fait leurs adieux et sont partis ensemble.

Pour rendre mon dpit et plus juste et plus grand,

On les a vus encor s'embrasser en mourant :

En un sang qui se glace ils conservent des flammes,

1560   Leurs corps restent unis aussi bien que leurs mes ;

La Mort ne dfait pas ce que l'amour a joint,

Ils quittent la lumire et ne se quittent point :\

Chrispe baise en mourant Constance qui l'adore,

Ils n'ont plus de chaleur et s'ils brlent encore :

1565   Leur dessein continue del du trpas.

Et dans leur cour teint leur amour ne l'est pas.

Ah Constance ! C'est trop traverser mon envie,

Ta mort pour me dplaire enchrit sur ta vie:

Mais en dpit du Ciel, de l'amour et du sort,

1570   Je m'en veux ressentir encore aprs ta mort,

Je te veux suivre encore, et chercher une voie

Pour rompre tes plaisirs et traverser ta joie,

Je veux troubler encor ton amoureux dessein,

Te porter des flambeaux et des fers dans et sein :

1575   Et m'opposant l-bas ton idoltrie :

Au milieu des damns, te servir de furie.

SCNE V.
Cornlie, Fauste.

CORNLIE.

Rassurez-vous, Madame, et calmez vos esprits,

Le fidle Lonce a failli d'tre pris :

Mais ce bon serviteur s'est lanc dam le Tibre  [ 21 Tibre : Fleuve clbre d'Italie, nat dans les Appenins, en Toscane, (...) coule gnralement au Sud, arrose la Toscane, la territoire romain, baigne Rome et Ostie (...) et se jette dans la Mer Tyrrnienne sous Ostie par deux bras, aprs un cours d'environ 370 Km. [B]]

1580   Pour garder le secret et pouvoir mourir libre :

On ne l'a point revu sur la face de l'eau,

Et du sein de ce fleuve il a fait son tombeau.

Puisque ses yeux sont clos, si vous fermez la bouche,

En ce grand accident il n'est rien qui vous touche,

1585   Vous pourrez tout nier avecque sret.

FAUSTE.

Oui, mais e veux tout dire avec sincrit ;

Crois-tu que je souhaite une faute impunie,

Qui fait que je me porte une haine infinie,

Moi-mme Constantin je la veux dcouvrir,

1590   J'ai mrit la mort, si je veux la souffrir.

CORNLIE.

Dieux ! Voici l'Empereur, quel trouble en son visage,

Employez cet esprit calmer cet orage.

SCNE VI.
Constantin, Fauste, Probe.

CONSTANTIN.

Ah perfide !

FAUSTE.

Seigneur, ne vous emportez pas.

CONSTANTIN.

Qu'as-tu fait de mon fils ?

FAUSTE.

J'ai caus son trpas.

1595   Mais l'ayant su parti, j'ai fait voeu de le suivre.

CONSTANTIN.

Accompli donc ton voeu, car tu ne dois plus vivre.

FAUSTE.

Je vais vous satisfaire tous deux de ce pas.

CONSTANTIN.

J'approuve ton dessein, meurs et ne tarde pas.

tigresse enrage ! femme impitoyable i

1600   Digne fille d'un monstre aux sicles effroyable ?

Cet arrt de ta mort est selon l'quit ;

Meurs et dpche-toi tu l'as bien mrit,

Dtestant hautement ta fatale alliance,

J'en attends la nouvelle avec impatience.

1605   Va vite ton trpas ne se peut diffrer,

Le moment vient trop tard qui nous doit sparer ;

Avant ces trahisons tu devais rendre l'me,

J'eusse t plutt veuf d'une mchante femme,

Tu n'aurais rien commis qui peut choquer ta foi,

1610   Mon fils serait vivant qui valait mieux que toi,

Et ta cruelle rage, et ta maudite envie,

Ne m'auraient point priv du support de ma vie.

Vois d'un impie objet l'acte le plus pieux :

Suis l, Probe, et la vois mourir devant tes yeux,

1615   Hte-l de subir cette juste ordonnance,

Et reviens me le dire avecque diligence.

CONSTANTIN, seul.

Ah ! Que le coup est grand dont je fuis atterr !

C'est vraiment un effort d'un bras dmesur,

Accabl sous le faix d'une charge pesante,

1620   Je puis bien discerner la main toute puissante,

C'est par son mouvement que je suis abattu,

C'est ici que sa force accable ma vertu.

main toute Cleste, ici je te vois luire,

Tu viens me chtier, mais non pas me dtruire :

1625   C'est pour me raffermir que tu choques les miens,

Je baises de bon cour les verges que tu tiens.

Par ces vives leons, je deviendrai plus sage,

Le mal que je ressens est mon avantage.

Hlas je m'endormais d'affaires travaill,

1630   Quand ce coup imprvu m'a soudain rveill :

Sans le fidle avis de ces choses funestes,

J'oubliais le secours de cent faveurs clestes

Qui maintinrent mon trne en dpit des tyrans,

Et qui me demandaient l'honneur que je leur rends.

1635   Je vous avais promis, Puissance suprme,

De purger mes tats d'erreur et de blasphme :

Ce voeu si nglig rentre en mon souvenir,

Si je vous l'ai promis je vous le veux tenir ;

Les Temples des faux Dieux et leurs vaines idoles

1640   Verront en leur dbris l'effet de mes paroles,

Et je saurai partout ou mon pouvoir a lieu

Faire tous mes sujets adorer le vrai Dieu ;

Ce grand Dieu qui m'assiste, et qui dans ma souffrance

Par sa sainte faveur souviendra ma constance,

1645   Consolera mon cour de sa secrte voix,

Et me fera tout vaincre l'ombre de la Croix.

SCNE VII.
Constantin, Probe.

CONSTANTIN.

Dj Probe revient ; et bien cette mchante

Est-elle rsolue ?

PROBE.

Elle n'est plus vivante.

CONSTANTIN.

Quoi si tt par le feu, le fer ou le cordeau ?

PROBE.

1650   Non Sire, elle a fini dans un bassin plein d'eau :

Comme elle est arrive en la prochaine tuve

Elle mme a donn l'eau chaude dans la cuve

Qui par quatre canaux coulant incessamment,

A rendu ce vaisseau combl dans un moment,

1655   L'eau bouillonne en fumant de son dernier supplice,

Et tandis la superbe et triste Impratrice

Passe dans sa ceinture un coffre tout plein d'or,

Puis dit, ce beau mtal nous doit servir encor :

Qu'on me l'attache bien de peur qu'il se dlie,

1660   Comme j'ai tout perdu tu me perds Cornlie :

Mais pour rcompenser ton service et ta foi,

Je laisse des enfants qui prendront soin de toi.

Serre encore ces noeuds d'une treinte plus forte,

Cet or fera pour toi lorsque je serai morte

1665   Toi Trobe, de ma part retourne Constantin,

Dis lui qu'avec plaisir j'achve mon destin,

Qu'il soit autant heureux que je fuis misrable,

Si je meurs tout ensemble innocente et coupable ;

Lors tenant le coffret serr de ses deux bras,

1670   Elle s'est lance en l'eau la tte en bas :

Au fonds de l'eau bouillante elle s'est abme,

Et l'on ria plus rien vu dans l'paisse fume.

CONSTANTIN.

Il faut qu'on la retire, et que soudainement

On la fasse sans bruit porter au monument.

1675   Elle avait des dfauts, mais elle avait des charmes

Qui m'obligent encore rpandre des larmes.

 


EXTRAIT DU PRIVILGE DU ROI.

Par grce et Privilge du Roi donn Paris le dix-septime jour de juillet 1645. Sign, Par le Roi en son Conseil, RENOUART. Il est permis CARDIN BESONGNE, Marchand Libraire Paris, d'imprimer ou faire imprimer, vendre et distribuer une pice de Thtre intitule, La Mort de Chrispe, par le sieur de Tristan l'Hermite, durant le temps et espace de sept ans, compter du jour qu'il sera achev d'imprimer : Et dfenses sont faites tous imprimeurs, libraires et autres, de contrefaire le dit Livre, ni le vendre ou exposer en vente peine de trois mile livres d'amende, et de tous dpens, dommages et intrts, ainsi qu'il est plus amplement port par lesdites Lettres, qui sont en vertu du prsent Extrait tenues pour bien et dment signifies, ce qu'aucun n'en prtende cause d'ignorance.

Achev d'imprimer pour la premire fois vingtime juillet 1645. Les exemplaires ont t fournis.


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Notes

[1] Armet : casque, ou habillement de tte. (...) Pasquier dit que ce mot n'est venu en usage que sous Franois Ier. [F]

[2] Bonace : Calme de la mer, qui se dit quand le vent est abattu, ou a cess. La bonace trompe souvent le Pilote. [F]

[3] Lustre : Terme de supputation parmi les Romains : c'est un espace de cinq ans. [F]

[4] Nue : On dit qu'on exalte quelqu'un par dessus la nue ; quand on le loue hyperboliquement. On dit aussi qu'un pote, qu'un orateur, s'lvent au dessus des nues ; quand ils ont un style lev, des penses sublimes. [F]

[5] Penser : nom masculin au XVIIme pour pense.

[6] Fortune : Terme du polythisme grco-romain. Divinit qui prsidait aux hasards de la vie. Le temple de la Fortune. Les anciens reprsentaient la Fortune sous forme d'une femme, tantt assise et tantt debout, ayant un gouvernail, avec une roue ct d'elle, pour marquer son inconstance, et tenant dans sa main une corne d'abondance. [L]

[7] Cabinet : Le lieu le plus retir dans le plus bel appartement des Palais, des grandes maisons. Signifie aussi une pice d'appartement, o l'on tudie, o l'on se squestre du reste du monde, et o l'on serre ce qu'on a de plus prcieux. [F]

[8] Propos : Signifie aussi, rsolution ; dlibration ; proposition faite sur quelques matire. [F]

[9] Jean Racine traita prcisment ce sujet dans la tragdie nomm "Alexandre le Grand" reprsente pour la premire fois le 4 dcembre par le troupe de Molire au Thtre du Palais-Royal.

[10] Bellone : dieu qui personnifie la guerre et accompagne Mars.

[11] Bithinie : Contre de l'Asie mineure, borne au Nord par le Pont-Euxin et au Sud par le Galatie et la Phrigie, l'Ouest par le Propontide et l'Est par la PaPhlagonie. [B]

[12] Harpie : Oiseau fabuleux dont il n'est fait mention que chez les potes, qui lui donnent un visage de femme, et des pieds et des mains crochues. Se dit aussi de ceux qui sont affams du bien d'autrui, qui le prennent avec avidit. [F]

[13] Cassandre : fille de Priam et d'Hcube. Apollon amoureux de cette princesse, lui avait permis de luis demander tout ce qu'elle voudrait pour prix de sa complaisance : elle le pria de lui accorder de la don de la prophtie ; mais lorsque Appolon eut rempli sa promesse, elle refusa de tenir sa parole, et le Dieu, ne pouvant lui ter le don de prdire, empcha que se prdictions fussent jamais crues. [B]

[14] Plger : Cautionner en justice, rpondre pour quelqu'un, et s'obliger de payer le jug.

[15] Dans l'dition originale Cornlie n'est pas dans la liste des personnage en tte de la scne.

[16] Hymne : divinit fabuleuse des paens, qu'ils croient prsider aux mariage. (...) signifie aussi potiquement le mariage. [F]

[17] Dam : En langage ordinaire, signifiait autrefois, perte et dommages, et n'est plus en usage qu'en cette phrase : s'il lui arrive du mal son dam, pour dire ce sera lui qui en souffrira le dommage. [F]

[18] Vers 1318, on lit "Lonce est-il pas l ?", ce qui semble tre fautif.

[19] Amathonte : Ville de l'le de Cypre sur la cote sud, trs clbre pour le culte qu'on vouait Vnus. Elle avait t btie par les Phniciens. [B]

[20] Foudre : Se dit figurment de la colre de Dieu ou des Rois.

[21] Tibre : Fleuve clbre d'Italie, nat dans les Appenins, en Toscane, (...) coule gnralement au Sud, arrose la Toscane, la territoire romain, baigne Rome et Ostie (...) et se jette dans la Mer Tyrrnienne sous Ostie par deux bras, aprs un cours d'environ 370 Km. [B]

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