L'HOMME UNIVERSEL.

1881. Tous droits réservés.

par JULES MOINEAUX, rédacteur de la Gazette des Tribunaux.

PARIS, CHEVALIER-MARESCQ ÉDITEUR, 20 rue SOUFFLOT, 20.

8517. - Paris. Imprimerie de Ch. Noblet, 13 rue Cujas. - 1881


Texte établi par Paul FIÈVRE, janvier 2021

Publié par Paul FIEVRE, février 2022

© Théâtre classique - Version du texte du 31/01/2022 à 18:09:27.


PERSONNAGES.

LE NARRATEUR.

LE PRÉSIDENT.

LE PRÉVENU.

Extrait de MOINAUX, Jules, "Les tribunaux comiques", Paris, Chevalier-Marescq éditeur, 1881. pp 283-285


L'HOMME UNIVERSEL.

LE NARRATEUR.

Le 14 juillet, une jeune ouvrière était sur le balcon de ses patrons, lequel est placé au-dessus d'un établissement où des consommateurs se rafraîchissaient ; l'ouvrière a fait partir des pétards, les pétards ont fait partir les consommateurs, ce qui a fait partir des injures de la bouche du chef de l'établissement, et voilà une affaire en police correctionnelle.

La demoiselle fait connaître les injures dont elle se plaint, et son adversaire, est invité à s'expliquer :

LE PRÉVENU.

Depuis le matin, Messieurs, les pétards ne cessaient pas, ce qui renvoyait mes clients.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Qu'est-ce que c'étaient que vos clients ?

LE PRÉVENU.

Mes consommateurs.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc limonadier ?

LE PRÉVENU.

Oui, Monsieur ; alors, pendant que j'étais à retirer mes gaufres du moule....

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc pâtissier ?

LE PRÉVENU.

Je fais des gaufres, seulement pour manger avec la bière ; pour lors, voilà un pétard qui tombe sur la montre d'un de mes clients qui regardait l'heure ; il lâche sa montre en jurant et il me dit : « Elle est arrêtée, il y a quelque chose de cassé ; c'est dégoûtant, ça ! » Je lui dis : « Donnez, je vais voir ce que c'est. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc horloger ?

LE PRÉVENU.

Je l'ai, été autrefois ; pour lors, je regarde la montre ; c'était un petit rouage qui était dérangé ; je dis au client : « Il n'y a pas de mal. » À ce moment-là, ma femme que les pétards embêtaient rudement aussi, m'apporte mon cornet à piston et me dit : « Embête-les avec ça, jusqu'à ce qu'ils cessent leurs pétards. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc musicien ?

LE PRÉVENU.

J'ai tenu, dans le temps, un bal ; alors, je me mets à souffler de toutes mes forces dans mon piston ; pan ! Un autre pétard qui tombe sur le paletot d'un client et y fait une brûlure. Le client était furieux ; moi je regarde le trou que ça avait fait et je dis : « Il ne faut pas plus de dix minutes pour arranger ça, ça ne se verra pas ; je vas vous faire la réparation tout de suite. »

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc tailleur ?

LE PRÉVENU.

Je travaille dans ma loge.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Dans votre loge ? Vous êtes donc concierge ?

LE PRÉVENU.

Ma femme ; moi, je suis simplement limonadier.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Oh ! simplement.... Enfin reconnaissez-vous avoir injurié cette demoiselle ?

LE PRÉVENU.

Je ne me rappelle pas ce que je lui ai dit... Pensez ! J'étais si en colère... Je trouve d'autant plus dégoûtant de la part de mademoiselle d'avoir tiré des pétards sachant qu'elle me faisait tort, que, chaque fois qu'elle va au bal, je la coiffe gratis.

MONSIEUR LE PRÉSIDENT.

Vous êtes donc coiffeur ?

LE PRÉVENU.

On m'avait tait apprendre cet état-là, mais je l'ai quitté.

Le tribunal prononce une amende de SEIZE francs et voilà le prévenu condamné ; c'est cela de plus à ajouter à tout ce qu'il a déjà.

 


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