OEDIPE TRAVESTI

PARODIE DE LA TRAGDIE D'OEDIPE

DE M. DE VOLTAIRE

M. DCC. XIX.

AVEC PRIVILGE DU ROI.

PAR M. DOMINIQUE, COMDIEN DU ROI.

Reprsente pour la premire fois par les Comdiens italiens ordinaires du Roi, le 17 avril 1719.


publi par Paul FIEVRE, juillet 2015

© Thtre classique - Version du texte du 30/11/2022 23:00:56.


Prface de l'dition de 1889

L'OEdipe de Voltaire, sa premire tragdie, avait t reprsente pour la premire fois le 18 novembre 1718. La pice qui se rapprochait davantage de Sophocle que l'OEdipe de Corneille eut un succs des plus vifs, mit Voltaire la mode, et tout naturellement son oeuvre fut vise par les parodistes, la parodie tant en grande faveur aux Thtres de la Foire et la Comdie Italienne. Il ne se produisait pas alors un ouvrage important sans qu'il donnt naissance trois on quatre parodies. Parfois mme la parodie avait plus de succs que la pice qu'on s'tait amus travestir. Celle d'OEdipe compte parmi les meilleures.


ACTEURS

COLOMBINE, htesse du Bourget.

CLAUDINE, servante de Colombine.

SCARAMOUCHE, garon de cabaret.

TRIVELIN, mari et fils de Colombine.

FINEBRETTE, soldat gascon.

LE MAGISTER du Village.

LUCAS, paysan.

PLUSIEURS PAYSANS.

SIMOX, vieillard.

GUILLAUME, cuisinier de Montmartre.

BLAISE, ami de Finebrette.

La scne est au Bourget.


SCNE PREMIRE.
Finebrette, Blaise.

BLAISE.

Finebrette au Bourget ! quoi donc pensiez-vous ?

Morgue, gardez-vous bien d'habiter parmi nous :

Ces lieux sont infects, et j'y mourons par bande :

Que la tmrit de votre pied est grande !

5   Du reste des vivants je semblons spars,

Et je sommes ici tretous pestifrs :

La mort a moissonn la moiti du village,

a, rebroussez chemin...

FINEBRETTE.

Non : j'ai trop de courage,

Va, va, j'ai vu la mort de plus prs sans effroi ;

10   Elle n'ose attaquer un hros tel que moi.

Je ne crains point les coups de sa faulx meurtrire.

Pour peu qu'elle voult terminer ma carrire,

Je la ferais, sandis, reculer de cent pas.  [ 1 Sandis : Espce de jurement gascon. Sang, et dis pour Dieu. [L]]

BLAISE.

Croyez-moi, cependant, ne vous y fiez pas.

FINEBRETTE.

15   De celle affreuse mort la fureur vengeresse,

A-t-elle respect les jours de ma matresse ?

Colombine...

BLAISE.

Elle vit, je ne sais pas comment...

FINEBRETTE.

Cette femme eut toujours un bon temprament :

Mais d'o peut provenir tout ce remue-mnage ?

20   Et pourquoi donc la peste est-elle en ce village ?

BLAISE.

Depuis que notre ami Pierrot est trpass...

FINEBRETTE.

Qu'entends-je ! Cadedis ; qui l'et jamais pens !  [ 2 Cadedis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. [L]]

Pierrot n'est plus au monde ? Ah l'heureuse nouvelle !

Sa femme est veuve, h bien je m'unis avec elle.

25   Dans mon coeur se rveille un espoir dcevant...

Elle oubliera bientt le mort pour le vivant.

Mais pourquoi le dfunt n'est-il donc plus en vie ?

BLAISE.

Depuis plus de quatre ans une main ennemie,

Lui fil en un moment perdre le got du pain.

30   Il fut assassin.

FINEBRETTE.

  Le trait est inhumain !

Mais la perte pourtant n'est pas irrparable.

Je veux bien l'avouer, Pierrot tait bon diable ;

Mais quel rang tenait-il ? Il tait gargotier ;

Quant moi je suis noble, et de plus, bon guerrier ;

35   La Desse cent voix, de mes exploits charme,

Les a tant publis, qu'elle en est enrhume.

Blaise, de mon ardeur je te ferai l'aveu,

L'absence ni le temps n'ont point teint mon feu :

Mars n'a pu triompher de ma flamme fidle,

40   Pour Colombine, ami, j'en al toujours dans l'aile.

Ds nos plus jeunes ans nous nous aimions tous deux,

Et nous jouions ensemble mille petits jeux.

Ah ! Qu'elle tait alors smillante, badine !

Et cependant malgr sa jeunesse enfantine,

45   Elle aimait le solide, et dj l'on voyait

Que la condition de fille l'ennuyait.

J'admirais en secret son penchant pour la noce ;

Ds ce temps elle tait une femme prcoce.

Pierrot fut son poux, pour mes feux quel chec !

50   Le drle me passa la plume par le bec.

Je m'enrlai d'abord, et partis pour la Flandre ;

Mais de l'aimer toujours je n'ai pu me dfendre.

Pour ravir cette gloire l'enfant de Cypris,

J'ai rendu de mes faits tout l'univers surpris ;

55   De lauriers immortels j'ai vu ceindre ma tte.

Il est bien juste, aprs mainte et mainte conqute,

Que Colombine ici me couronne son tour,

Et que l'hymen succde mon parfait amour ;

J'ai fait loin de ses yeux d'assez rudes preuves.

BLAISE.

60   Vous n'tes pas de taille consoler les veuves,

Vous occuperiez mal la place de Pierrot :

Vous tes trop duel.

FINEBRETTE.

Me prends-tu pour un sol ?

BLAISE.

Attendez que du moins la place soit vacante.

FINEBRETTE.

Blaise, que me dis-tu ?

BLAISE.

Quoi le diable vous tente ?...

65   Feriez-vous cet affront son second mari ?

Trivelin de sa femme est tendrement chri,

Et vous ne pouvez pas en bonne conscience,

De son lit, lui vivant, avoir la survivance.

FINEBRETTE.

Je ne puis revenir de mon tonnement !

70   Je ne le cle point, ce coup est assommant,

Je n'aurais jamais pu former cette pense...

De ses ncessits, la veuve tait presse.

Rflchissons un peu, sans nous mettre en courroux :

La mort la dlivra de son premier poux,

75   Sans doute du second elle en fera de mme :

Il faut patienter, je serai son troisime.

BLAISE.

Oui vous l'pouserez, vous devez l'esprer,

Peut-tre pourra-t-elle aussi vous enterrer.

Ils sortent.

SCNE II.
Colombine, Scaramouche, Claudine.

SCARAMOUCHE.

Oui, tous nos paysans accusent Finebrette,

80   Madame, il est l'objet d'une haine secrte ;

Le peuple furieux, anim de courroux,

Assure que Pierrot expira sous ses coups.

Son retour nos maux donnera quelque trve,

Et va faire cesser la peste qui nous crve.

85   Car depuis le trpas de notre ami Pierrot,

Tous les malheurs ici s'avancent au grand trot :

Nos moutons sont galeux ; la campagne strile,

Nous prive tous les ans de son secours utile ;

Et dans tout le Bourget, il n'est point de roussin,  [ 3 Roussin : Cheval entier un peu pais et entre deux tailles. tre mont sur un roussin. [L]]

90   Qui ne soit attaqu d'un dangereux farcin ;  [ 4 Farcin : Terme de vtrinaire. Affection chronique et souvent contagieuse qui attaque les chevaux, les mulets, et qui consiste en une inflammation, suivie de ramollissement, des ganglions et vaisseaux lymphatiques. [L]]

Les garons n'osent plus aller jouer aux quilles,

Et la jaunisse enfin gte toutes nos filles.

COLOMBINE.

Qu'ai-je entendu, grands Dieux ? On peut le souponner !

Une telle injustice a lieu de m'tonner,

95   Claudine, se peut-il...

CLAUDINE.

  Ma surprise est extrme.

COLOMBINE.

Finebrette, dit-on...

SCARAMOUCHE.

Oui, Madame, lui-mme ;

Tout franc, je ne crois pas qu'on puisse s'abuser.

Et quel autre en effet pourrait-on accuser.

On sait que le gaillard vous a compt fleurette,

100   Que vous alliez souvent ensemble ta guinguette,

Et que votre mari jaloux avec raison,

Craignait de votre part un peu de trahison...

COLOMBINE.

Scaramouche, cessez de tenir ce langage,

Vous en avez menti, vous et tout le village,

105   Sortez.

SCNE III.
Colombine, Claudine.

COLOMBINE.

  De l'accuser on peut avoir le front ?

sa vertu, c'est faire un trop cruel affront.

CLAUDINE.

Que je vous plains, Madame !

COLOMBINE.

Ah ma chre Claudine !

Cet injuste soupon dsole Colombine :

Finebrette accus ! Peut-on l'imaginer ?

CLAUDINE.

110   On a quelques raisons, et pour le condamner.

COLOMBINE.

Lui, qu'un assassinat ail pu souiller son me !

Des lches sclrats c'est le partage infme.

Non, il n'a point commis cette indigne action,

Car il est tout ensemble honnte homme et Gascon,

115   Apprends que ces soupons irritent ma colre,

Et qu'il est vertueux puisqu'il m'avait su plaire.

CLAUDINE.

Finebrette longtemps vous a fait les yeux doux,

Pourquoi donc n'est-il pas devenu votre poux ?

COLOMBINE.

Nous brlmes tous deux d'une inutile flamme ;

120   Et malgr tout le feu qui dvorait son me,

Il ne put obtenir l'aveu de mes parents,

Des dsirs d'une fille indomptables tyrans.

Mon pre qui voyait Pierrot dans l'abondance,

Sur l'autre lui donna d'abord la prfrence.

125   Il fallut oublier, dans ses embrassements,

Et mes premiers amours, et mes premiers serments.

Finebrette se fit soldat dans la milice.

Il partit ; cet hymen pour lui fut un supplice.

Depuis ce temps fatal, ce gnreux Gascon,

130   Par ses exploits guerriers s'est acquis un grand nom :

On vante son courage, et mme la gazette  [ 5 Gazette : crit priodique contenant les nouvelles politiques, littraires, etc. dit aujourd'hui plus habituellement journal. [L]]

A parl plusieurs fois du vaillant Finebrette.

CLAUDINE.

Aprs avoir perdu votre premier poux,

Puisqu'il vous plaisait tant, que ne l'pousiez-vous ?

COLOMBINE.

135   Un gros loup furieux dsolait le village,

Nul n'osait contre lui signaler son courage ;

Le brave Trivelin, sans craindre le danger,

De ce fier animal s'offrit nous venger ;

Ce hros exigea pour prix de sa vaillance,

140   Qu'une femme du lieu devint sa rcompense,

Qu' la plus opulente il pt donner la main :

Tu sais bien que le choix ne fut pas incertain,

Pour l'intrt commun il fallut y souscrire ;

Finebrette pour lors sur moi n'eut plus d'empire :

145   Trivelin triomphant obtint d'abord ma foi,

Et le vainqueur d'un loup tait digne de moi.

CLAUDINE.

Ah ! Madone, en ces lieux Finebrette s'avance.

COLOMBINE.

Je crains de succomber, vitons sa prsence.

SCNE IV.
Finebrette, Colombine, Claudine.

FINEBRETTE.

H donc, vous me fuyez ! Quoi, vous fais-je trembler ?

150   Osez me voir, osez m'entendre, et me parler.

Je ne viens point ici vous chanter votre gamme.

Puisqu'enfin je n'ai pu vous obtenir pour femme,

J'en suis tout consol, que faire tout cela ?

Se pendre ? Bagatelle, il en faut rester l :

155   Vous n'tiez point du tout faite pour le veuvage.

H bien, ma chre enfant, comment va le mnage ?

Ce Trivelin a-t-il de l'esprit, du bon sens ?

En tes-vous contente, ayez-vous des enfants ?

COLOMBINE.

Oui, seigneur.

FINEBRETTE.

Cadedis, que vous tes fconde !

160   J'en suis charm ; pour moi, j'ai trim par le monde,

J'ai fait plus d'une fois trembler mes ennemis ;

Tel que vous me voyez, j'ai vu bien du pays :

H mais, vous n'en avez pas mal vu, ma charmante,

Deux maris ! Caddis, vous tes prvoyante.

165   Je ne vous blme pas, chacun sent son besoin.

Ma belle, cependant, si je n'eusse t loin,

Quand ici ce gros loup faisait le diable quatre,

Contre cet animal vous m'auriez vu combattre :

Par moi facilement il et t dompt,

170   Et moi-mme vos pieds je l'aurais apport.

Trivelin plus heureux triompha de la bte,

Et fort mal propos me ravit ma conqute.

COLOMBINE.

Oubliez ce qui peut encor vous chagriner.

On forme un grand soupon qui va vous tonner,

175   Du meurtre de Pierrot, le village en furie,

Vous accuse, et soutient...

FINEBRETTE.

Vous vous moquez, ma mie,

Qui, moi, de tels forfaits ? Moi, des assassinats ?

Et que de votre poux... vous ne le croyez pas.

COLOMBINE.

Non, je ne le crois point, et c'est vous faire injure,

180   Que vouloir un moment combattre l'imposture ;

Mais cependant, mon cher, puisqu'on a ce soupon,

Les archers vous pourraient fort bien mettre en prison.

FINEBRETTE.

En prison ? Dites-vous : ah ! je les en dfie.

Finebrette, morbleu, n'entend pas raillerie ;

185   Qu'ils viennent contre moi, Messieurs les pousse-culs,  [ 6 Pousse-cul : terme odieux dont on qualifie les Recors [assistants du sergent] des Sergents, et autres qui servent mettre et pousser les gens en prison. [F]]

Sandis, fussent-ils trente, lisseront tous vaincus.

SCNE V.
Trivelin, Scaramouche, Finebrette, Colombine, Claudine.

TRIVELIN.

Scaramouche, est-ce l le seigneur Finebrette ?

FINEBRETTE.

Oui, c'est lui qu'on outrage tort, et qu'on maltraite,

Lui qui n'a jamais fait une lche action,

190   Et qui soutient si bien sa rputation.

On fait mon honneur une sensible offense,

Je sais qu'on ose ici noircir mon innocence :

Je vous estimais fort, et je ne pensais pas,

Que vous pussiez descendre des soupons si bas.

195   L'injustice est criante, et ma valeur s'tonne,

Qu'on accuse un hros des bords de la Garonne ;

Joli-Coeur, la Rame, et moi, braves soldats,

Nous avons fait parler de nous dans les combats.

Que de sang rpandu, dans plus d'une bataille !

200   On sait bien, que j'allais, et d'estoc et de taille :

Qu'il faisait beau me voir affronter les hasards !

Rien ne me fait trembler, je suis un second Mars,

Plus vaillant que Csar, plus brave que Pompe.

Si par quelque malheur je perdais mon pe.

205   J'en abattais plus d'un avec le seul fourreau.

TRIVELIN.

Vous tes, je l'avoue, un Alcide nouveau.  [ 7 Alcide : autre nom d'Hercule.]

FINEBRETTE.

Ce que je vous dis-l n'est point fanfaronnade.

Quoique je sois Gascon, je hais la gasconnade.

Je suis connu partout, j'ai bon coeur et bon bras,

210   Et dans l'occasion, je ne recule pas ;

Votre femme le sait, elle peut vous le dire.

Vous m'accusez pourtant, sandis, je vous admire ;

Je veux bien l'avouer, je croyais qu'un Gascon,

Devait tre toujours au-dessus du soupon.

TRIVELIN.

215   Certes, je ne veux point vous imputer ce crime,

Mais le ciel en courroux demande une victime.

Par le sang du coupable il le faut apaiser,

Seigneur, tout le village a su vous accuser.

FINEBRETTE.

Quelle raison a-t-il? je n'y puis rien comprendre.

TRIVELIN.

220   Croyez-moi, sans tarder, songez vous dfendre.

FINEBRETTE.

Pour un garon d'honneur, partout on me connat,

Ma foi, si c'tait moi, je le dirais tout net :

Pourquoi tant finasser ? Allez je suis un drle,

Que l'on peut aisment croire sur sa parole.

225   Un valeureux soldat, un grivois tel que moi,

Quand il a dit un mot, en est cru sur sa foi. i

SCNE VI.
Le Magister, Lucas, plusieurs paysans, Colombine, Finebrette, Trivelin, Claudine.

TRIVELIN.

Que veut le Magister ?

LE MAGISTER.

Je viens pour vous apprendre,

Un funeste secret, qui va bien vous surprendre.

coutez-moi, village... au milieu de la nuit.

230   L'ombre du grand Pierrot a paru dans mon lit.

COLOMBINE.

Que dites-vous ?

LE MAGISTER.

J'ai vu son image sanglante,

Lui-mme m'a parl d'une voix menaante ;

Finebrette, a-t-il dit, n'a pas perc mon sein,

Un autre plus cruel...

TRIVELIN.

Nommez son assassin,

235   Qui peut vous retenir ?... Dites donc...

LE MAGISTER.

Ah ! Je n'ose.

FINEBRETTE.

Parlez, l'ami, parlez, voici bien autre chose :

Non, cadedis, il faut me tirer d'embarras.

LE MAGISTER.

Ne me demandez rien.

TRIVELIN.

Expliquez-vous.

LE MAGISTER.

Hlas!

LUCAS.

Non, morgu, s'il vous plat, cette affaire nous touche,

240   Et je voulons savoir de votre propre bouche,

Qui fut l'assassineur ; a, point tant de faons :

Ce ne sont point ici des fables, des chansons,

Dgoisez au plutt : je mourrons de la peste,

Si vous ne le nommez...

LE MAGISTER.

contrainte funeste !

245   Malheureux paysans, que me demandez-vous ?

LUCAS.

Quand il sera branch, je nous sauverons tous.

LE MAGISTER.

Lorsque je vous aurai dcouvert le coupable.

Vous frmirez d'horreur.

LUCAS.

Non, je me donne au diable,

J'en aurons d plaisir, et du soulagement.

LE MAGISTER.

250   Pierrot veut que l'exil soit son seul chtiment :

Mais cet infortun, se punissant lui-mme,

Se livrera bientt sa fureur extrme,

Et dans son dsespoir, se pochant les deux yeux,

Il ne jouira plus de la clart des cieux.

TRIVELIN.

255   Obissez, morbleu, je perdrai patience.

LE MAGISTER.

C'est vous qui me forcez rompre le silence.

TRIVELIN.

Que ces retardement irritent mon courroux.

LE MAGISTER.

Vous le voulez ? H bien, c'est...

TRIVELIN.

Achevez, qui ?

LE MAGISTER.

Vous.

TRIVELIN.

Moi ! Bon, vous vous moquez.

LE MAGISTER.

Non, le diable m'emporte.

TRIVELIN.

260   Quel mensonge ! Peut-on m'outrager de la sorte ?

COLOMBINE, Trivelin.

Quoi ! Du pauvre Pierrot, vous seriez l'assassin ?

FINEBRETTE.

H bien, vous m'accusiez, monsieur de Trivelin,

J'avais assassin Pierrot, vous entendre ;

Jugez, qui de nous deux prsent on va pendre.

265   Qu'en dites-vous, l'ami ? Vous voil bien camus.  [ 8 Camus : Fig. et familirement, embarrass, interdit. [L]]

Je me retire, adieu, vous ne me verrez plus;

On me dgraderait de noblesse, Iran titre,

Si je me faufilais avec un tel bltre.

Colombine je pars : mon coeur, console-loi,

270   En m'loignant d'ici, je fais ce que je dois ;

Je ferais d'y rester, une folie extrme :

Tu m'aimais tendrement, et je t'aimais de mme,

Mais tu n'ignores pas, que j'ai trop de vertu,

Pour vouloir pouser la veuve d'un pendu.

Il s'en va.

LUCAS.

275   Dans le village encor, osez-vous bien paratre ?

Assassiner Pierrot ! Morgu le tour est tratre.

Il faut que cela soit, le Magister le dit ;

Il ne se trompe pas, c'est un homme d'esprit :

Pour nous je n'irons point demander votre grce,

280   Il faut tout au plutt que justice se fasse.

TRIVELIN, au Magister.

Non ! Je ne reviens point de mon saisissement,

Et ma rage est gale mon tonnement.

Je rendrais par ta mort ma vengeance certaine :

Mais non, vieux radoteur, tu n'en vaux pas la peine...

285   Va, fuis loin de ces lieux, fourbe, infme, menteur.

LE MAGISTER.

Vous me traitez toujours de tratre et d'imposteur,

Votre pre autrefois me croyait plus sincre.

TRIVELIN.

Arrte... que dis-tu, quoi matre Andr mon pre...

LE MAGISTER.

Non, il ne s'agit point ici de matre Andr.

290   Vous apprendrez par qui vous ftes engendr,

Il ne faut pas toujours en croire l'apparence :

Rien n'est plus incertain, mon cher, que la naissance

Je vais faire l'instant sortir le gros Simon

Retenu dans les fers pour un simple soupon.

Colombine.

295   Du meurtre de Pierrot vous le crtes complice,

Il fut livr par vous aux mains de la justice.

Trivelin.

L'ami, vous n'tes pas encore o vous pensez.

Adieu, songez vous, je vous en dis assez.

Il s'en va avec les paysans.

SCNE VII.
Trivelin, Colombine.

TRIVELIN.

Quel cruel embarras ! Mon me inquite,

300   De soupons importuns n'est que trop agite :

Le Magister me gne, et prt l'excuser,

Je commence en secret, moi-mme m'accuser.

COLOMBINE.

Quoi donc, n'tes-vous pas sr de votre innocence !

TRIVELIN.

On est plus criminel quelquefois qu'on ne pense.

COLOMBINE.

305   Non, non, le Magister est un extravagant,

Il vous a tenu mme un discours arrogant.

TRIVELIN.

Ma mie, un petit mot ; sans vous parler du reste,

Quand Pierrot entreprit ce voyage funeste,

Trois ou quatre valets ne le suivaient-ils pas ?

COLOMBINE.

310   Non, son compre seul accompagnait ses pas.

TRIVELIN.

Un seul homme !

COLOMBINE.

Pierrot, ce sublime gnie,

Ddaignait, comme vous, la grande compagnie.

Il allait tous les jours faire un tour dans les champs,

Il n'avait point, mon cher, d'autres amusements :

315   Avec tous ses voisins, uni ds son enfance,

Comme il tait sans crainte, il marchait sans dfense.

Avec un ami seul, comme je vous l'ai dit,

Un samedi matin mon pauvre poux partit :

Monts sur deux bidets, Pierrot et son compre,

320   Se mirent en voyage, hlas!

TRIVELIN.

  Pour quelle affaire !

COLOMBINE.

Il allait en Bourgogne l'emplette du vin,

Quand il fut rencontr par un lche assassin.

TRIVELIN.

Des bons marchands de vin, exemple auguste et rare,

Aurai-je pu sur toi porter ma main barbare !

325   Dpeignez-moi du moins cet poux malheureux.

COLOMBINE.

Puisque vous rappelez ce souvenir fcheux,

Il tait dj vieux, mais malgr sa vieillesse,

Il avait quelquefois des retours de jeunesse ;

Ses yeux taient petits, mme fort enfoncs,

330   Et le pauvre Pierrot vous ressemblait assez...

Mon cher, qu'a ce discours qui doive vous surprendre ?

TRIVELIN.

J'entrevois des malheurs que je ne puis comprendre :

Le magister peut-tre a dit la vrit.

COLOMBINE.

Non, tout ce qu'il a dit n'est qu'une fausset.

335   Pour avoir cru jadis une vieille sorcire,

Il m'en cote mon fils, douleur trop amre !

TRIVELIN.

Votre fils ! Par quels coups l'avez-vous donc perdu ?

Pourquoi jusqu' prsent n'en avais-je rien su ?

COLOMBINE.

Apprenez, apprenez dans ce pril extrme,

340   Ce que j'aurais voulu me cacher moi-mme ;

Et de vous alarmer ne soyez plus si sot.

Je vous l'ai dj dit, j'eus un fils de Pierrot ;

Mais peine avait-il commenc sa carrire,

Que j'allai consulter une vieille sorcire.

345   Pardonnez si je tremble ce seul souvenir,

Voici ses propres mots, J'ai] d les retenir :

Ton fis tuera Pierrot, et ce fils tmraire...

Achverai-je ?

TRIVELIN.

H bien!

COLOMBINE.

Fera cocu son pre...

Que vois-Je, Trivelin ? Vous changez de couleur.

TRIVELIN.

350   De grce, poursuivez, je suis saisi d'horreur...

Qu'en ftes-vous ?

COLOMBINE.

Je crus cette laide mgre.

Et renonant enfin aux sentiments de mre,

Je voulus l'arracher aux rigueurs de son sort.

Et qu'aux enfants trouvs on le porta d'abord.

355   Cet ordre fut suivi :( malgr mon injustice,

Celui qui me rendit ce funeste service.

Alla, deux jours aprs, s'informer de mon fils,

Il sut qu'il tait mort, rigoureux ennuis !

Vaine prcaution ! Sentiments trop svres !

360   Pierrot fut massacr par des mains trangres,

Ce ne fut point son fils qui lui porta ces coups,

Et j'ai perdu mon fils sans sauver mon poux.

TRIVELIN.

Qu'entends-je ! mais il faut que par reconnaissance,

Je vous fasse mon tour une autre confidence ;

365   Et que vous connaissiez par ce triste entretien,

Le rapport tonnant de votre sort au mien.

Je suis n dans Montmartre, et tout franc j'en enrage,  [ 9 Montmartre n'tait pas dans Paris au XVIIme sicle.]

Je ne me plaisais point du tout dans ce village ;

Mon pre y fait encor le mtier d'htellier.

370   Un jour j'allai tirer du vin dans le cellier...

malheur ! Tout  coup les tonneaux s'entr'ouvrirent.

Le vin coula partout, et les murs se rougirent ;

Ma chandelle souille augmenta ma terreur :

A vous dire le vrai, j'avais diablement peur.

375   Une effrayante voix me parla de la sorte :

loignes-toi d'ici, gagne au plutt la porte,

Ne vient plus du bon vin souiller la puret ;

Bacchus est contre toi justement irrit...

Cette voix me prdit, le croirez-vous, Madame ?

380   Que ma mre devait un jour tre ma femme,

Que je tuerais mon pre...

COLOMBINE.

ciel, que dites-vous?

L'ai-je bien entendu ? je frissonne...

TRIVELIN.

Tout doux.

Vraiment j'ai bien encore autre chose vous dire,

Laissez-moi respirer, et je vais vous instruire.

385   Lorsque de cet effroi mes sens furent remis,

Je rsolus d'abord de quitter mon pays ;

J'abandonnai Montmartre, et sans beaucoup de peine

J'allai deux jours aprs courir la prtentaine.  [ 10 Prtentaine : Terme burlesque, qui ne se dit qu'en cette phrase proverbiale : ils ont t tout 1e jour courir la prtentaine ; pour dire, ils font allez de et del. [F]]

Je dguisai partout ma naissance et mon nom,

390   Un jeune pltrier fut mon seul compagnon :

Nous avions l'un pour l'autre une amiti sincre.

Un jour, prs de Dijon (Il m'en souvient, ma chre,

Je ne sais pas comment je l'avais oubli,

L'oracle de la cave est trop vrifi.)

395   Trouvant deux cavaliers dans un troit passage ;

Le vin qui me guidait seconda mon courage ;

J'avais un peu trinqu, la bacchique liqueur  [ 11 Bacchique : Qui appartient Bacchux [dieu du vin]. [F]]

M'chauffait la cervelle, et me donnait du coeur ;

Je voulus disputer, comme un homme peu sage.

400   Des vains honneurs du pas le frivole avantage.

J'tais ivre en un mot, mon camarade aussi.

Je marche donc vers eux, et comme un tourdi

J'arrte des bidets la fougue imptueuse :  [ 12 Bidet : Cheval ordinairement de petite taille, spcialement destin porter un cavalier dans les voyages. [L]]

Les voyageurs saisis, sous ma main furieuse,

405   Succombent l'instant, et sont percs de coups ;

Ils tombent mes pieds...

COLOMBINE.

Ah ! Que m'apprenez-vous

Simon vers nous s'avance, il tait le compre

De Pierrot...

TRIVELIN.

Il pourra dvoiler ce mystre.

SCNE VIII.
Simon, Colombine, Trivelin.

TRIVELIN.

Je veux tre clairci : viens malheureux vieillard,

410   Approche... mais je crois t'avoir vu quelque part.

SIMON, Colombine.

H bien, est-ce aujourd'hui qu'il faut que l'on me pende ?

ce funeste sort, faut-il que je m'attende ?

N'avez-vous point encor calm votre courroux ?

COLOMBINE.

Rassurez-vous, Simon, parlez mon poux.

SIMON, Trivelin.

415   Quoi donc ? Pierrot est mort, et voil votre femme !

Colombine.

Vous n'avez pas t longtemps veuve, Madame.

TRIVELIN.

Simon, venons au fait, je ne dis plus qu'un mot,

Tu fus le seul tmoin du meurtre de Pierrot,

Tu fus bless, dit-on, en voulant le dfendre ?

SIMON.

420   L'ami, Pierrot est mort, laissez en paix sa cendre

Et cessez d'insulter au rigoureux destin,

D'un malheureux vieillard bless de votre main.

TRIVELIN.

Moi, je t'aurais bless ? Quoi c'est toi que ma rage

Attaqua vers Dijon dans cet troit passage ?...

425   Oui Je te reconnais : que je suis tonn !

SIMON.

Vous avez fait le crime, et j'en fus souponn :

De cet affreux forfait, j'ai seul port l'endosse ;

On m'a donn pour gte un cul de basse-fosse.

TRIVELIN.

Que je suis un grand chien !

COLOMBINE.

Ne vous emportez pas.

430   Ce n'est pas votre faute.

TRIVELIN.

Il faut mourir.

COLOMBINE.

  Hlas !

TRIVELIN.

Vous devez vous venger de ma fureur extrme ;

Punissez-moi, Madame, tranglez-moi vous-mme,

Ou de mes propres mains...

COLOMBINE.

Que faites-vous, Dieux !

Trivelin, pargnez ce spectacle mes yeux ;

435   tes-vous possd, quel dmon vous tourmente ?

Je ne puis plus rester, ici tout m'pouvante.

File sort avec Simon.

SCNE IX.

TRIVELIN, seul.

Elle fait bien de fuir un monstre tel que moi,

J'assassine Pierrot, et sans savoir pourquoi.

Ah ! je suis un infme, un gibier de potence,

440   Et je mrite enfin...

SCNE X.
Scaramouche, Guillaume, Trivelin.

SCARAMOUCHE.

  L'tranger qui s'avance,

Veut vous entretenir.

TRIVELIN.

C'est assez, laissez-moi.

GUILLAUME.

Cher Trivelin !

TRIVELIN.

Guillaume, est-ce vous que je vois ?

Oui, c'est le cuisinier de matre Andr, mon pre,

C'est lut dont l'amiti m'a toujours t chre.

445   Comment se porte-t-il ? Rpondez.

GUILLAUME.

  Il est mort.

TRIVELIN.

Quoi, matre Andr n'est plus ? Il a vraiment grand tort.

Partons, Guillaume, allons ; je veux dans ma patrie,

Prendre possession de son htellerie :

Tu m'accompagneras.

GUILLAUME.

Il n'y faut plus penser ;

450   Montmartre, mon cher, vous devez renoncer :

Si vous y paraissez, votre mort est jure.

TRIVELIN.

Qui de mon cabaret me dfendrait l'entre ?

Parbleu je plaiderai, nous verrons si je puis

Par la...

GUILLAUME.

De matre Andr, vous n'tiez point le fils.

TRIVELIN.

455   Je n'tais pas son fils ! Et qul donc est mon pre ?

GUILLAUME.

La chose, dire vrai, n'est pas encor bien claire.

Vous ftes, mais surtout, n'en faites point de bruit,

Sur le haut de Montmartre expos dans la nuit.

TRIVELIN.

Prs de Paris ?

GUILLAUME.

Sans doute.

TRIVELIN.

claircis ce mystre

GUILLAUME.

460   Un vieillard vous porta dans ce lieu solitaire.

TRIVELIN.

Qu'entends-je !

GUILLAUME.

Le hasard vous offrit sous mes pas ;

La piti me saisit, je vous pris dans nies bras,

Je vous portai d'abord dans notre htellerie;

Du pauvre matre Andr l'me fut attendrie ;

465   Il vous plaint, vous caresse : admirez votre sort !

Matre Andr vous adopte, au lieu de son fils mort.

Mais la taverne enfin n'tait point votre place,

La piti vous y mit, le remords vous en chasse.

TRIVELIN.

Guillaume, ce vieillard, de qui tu m'as reu ;

470   Depuis ce temps fatal, ne l'as-tu jamais vu ?

GUILLAUME.

Jamais : lui seul savait le nom de votre pre,

Et pourrait aisment claircir ce mystre ;

Il tait fort ventru : si je le rencontrais,

Je suis persuad, que je le connatrais.

TRIVELIN.

475   Pourquoi m'annonces-tu celle triste nouvelle ?

Je ne puis rsister ma douleur mortelle,

J'entrevois ma naissance, et j'ai quelque soupon,

En vrit je suis un fort joli garon...

Simon, approchez-vous,

SCNE XI.
Simon, Guillaume, Trivelin.

GUILLAUME.

Aurais-je la brelue !  [ 13 Brelue : Berlue. Fig. Avoir la berlue, mal voir ; se faire une fausse ide d'une chose. [L]]

480   Non, sans doute, sur lui plus j'attache ma vue...

C'est lui...

SIMON.

Pardonnez-moi, si vos traits inconnus...

GUILLAUME.

De Montmartre, l'ami, ne vous souvient-il plus ?

SIMON.

Comment ?

GUILLAUME.

Quoi ! Cet enfant, qu'une nuit vous porttes ?

Ce malheureux enfant, qu'enfin vous expostes ?

SIMON.

485   Morbleu, qu'avez-vous dit ?

GUILLAUME.

  Vous tes trop discret ;

Vous devez rvler cet important secret :

Je sais ce que je fais en parlant de la sorte,

Trivelin est l'enfant...

SIMON.

Que le diable l'emporte.

Voyez un peu la langue! '

GUILLAUME, Trivelin.

Allez, n'en doutez pas ;

490   Quoi que ce vieillard dise, il vous mit dans mes bras,

Et voil votre pre.

TRIVELIN.

la fin je respire.

Simon.

Mais quoi, vous vous taisez, n'avez-vous rien dire ?

Vous tes donc mon pre, et le ciel a permis...

SIMON.

Vous en avez menti, vous n'tes point mon fils.

GUILLAUME.

495   De grce expliquez-vous, pourquoi tout ce mystre ?

Parlez, ne craignez rien.

SIMON.

Colombine est sa mre

Au lieu de le porter chez les Enfants Trouvs,  [ 14 Enfant trouv : enfant abandonn par ses parents, ramass par les passants, et recueilli par les hospices. [L]]

J'allai droit Montmartre...

GUILLAUME.

Et fi donc, vous rvez.  [ 15 Fi : Particule qui sert faire une exclamation pour tmoigner le mpris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]]

SIMON.

Il est fils de Pierrot.

TRIVELIN.

Tu redoubles ma rage ;

500   Malheureux oses-tu me tenir ce langage ?

loignez-vous tous deux, ou cent coups de bton.

De vos funestes soins vont me faire raison.

SCNE XII.

TRIVELIN, seul.

H bien, es-tu content, Magister dtestable ?  [ 16 Magister : Matre d'cole de village, qui enseigne lire aux jeunes paysans. Il aide aussi faire l'office du cur et du vicaire. Ce mot est pus latin, et s'applique aussi quelquefois toutes sortes de pdants. [F]]

Ton oracle la fin n'est que trop vritable.

505   Je n'ai pu me soustraire mon cruel destin,

De mon pre je suis l'odieux assassin ;

Moi-mme sur son front j'osai planter des cornes :

Pour moi, barbare sort, tes rigueurs sont sans bornes.

Non, un crime si noir ne peut se pardonner.

510   Que de gens l'envi vont me turlupiner !  [ 17 Turlupiner : Faire des tulupinades. [C'est dire] Plaisantrie fade et basse. [F]]

Il n'en faut point douter, les plumes satyriques,

criront contre mol plusieurs lettres critiques.

Tandis que d'un ct l'on me critiquera,

De l'autre vainement l'on m'apologira...  [ 18 Apologier : Barbarisme. Faire l'apologie de quelque chose ou quelqu'un.]

515   Mais quoi le jour s'enfuit !... Que vois-je ? Le village.

Vient avec des flambeaux me brler le visage ;

Arrtez... o fuirai-je... il va fondre sur moi.

L'enfer s'ouvre... Pierrot ! mon pre est-ce toi ?

Je vois, je reconnais cette honteuse crte,

520   Panache injurieux que j'ai mis sur ta tte ;

Punis-loi, venge-toi d'un fils dnatur,

D'un fils, qui non content de l'avoir massacr,

Livrant ses forfaits son me toute entire,

Ose mettre en son lit son pouse, et sa mre ;

525   C'en est trop, frappons-nous... mais je le veux en vain ;

Je crains de me blesser, la peur retient ma main.

C'est toi de punir mes crimes effroyables :

Approche, entrane-moi toi-mme tous les diables.

Pour moi d'affreux tourments doivent tre invents :

530   Je ne m'en plaindrai point, je les ai mrits.

Viens vite, je le suis.

SCNE XIII.
Colombine, Claudine, Trivelin.

COLOMBINE.

Quel horrible tapage,

Faites-vous donc ici ? Vous n'tes pas trop sage.

Ah ! tranquillisez-vous, mon cher petit mari,

Votre coeur ce nom n'est-il point attendri ?

TRIVELIN.

535   Qui moi, votre mari ? Ce titre abominable.

Irrite en ce moment la douleur qui m'accable.

COLOMBINE.

Qu'entends-je !

TRIVELIN.

C'en est fait, nos destins sont remplis,

Pierrot tait mon pre, et je suis votre fils.

Il s'en va.

 



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Notes

[1] Sandis : Espce de jurement gascon. Sang, et dis pour Dieu. [L]

[2] Cadedis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. [L]

[3] Roussin : Cheval entier un peu pais et entre deux tailles. tre mont sur un roussin. [L]

[4] Farcin : Terme de vtrinaire. Affection chronique et souvent contagieuse qui attaque les chevaux, les mulets, et qui consiste en une inflammation, suivie de ramollissement, des ganglions et vaisseaux lymphatiques. [L]

[5] Gazette : crit priodique contenant les nouvelles politiques, littraires, etc. dit aujourd'hui plus habituellement journal. [L]

[6] Pousse-cul : terme odieux dont on qualifie les Recors [assistants du sergent] des Sergents, et autres qui servent mettre et pousser les gens en prison. [F]

[7] Alcide : autre nom d'Hercule.

[8] Camus : Fig. et familirement, embarrass, interdit. [L]

[9] Montmartre n'tait pas dans Paris au XVIIme sicle.

[10] Prtentaine : Terme burlesque, qui ne se dit qu'en cette phrase proverbiale : ils ont t tout 1e jour courir la prtentaine ; pour dire, ils font allez de et del. [F]

[11] Bacchique : Qui appartient Bacchux [dieu du vin]. [F]

[12] Bidet : Cheval ordinairement de petite taille, spcialement destin porter un cavalier dans les voyages. [L]

[13] Brelue : Berlue. Fig. Avoir la berlue, mal voir ; se faire une fausse ide d'une chose. [L]

[14] Enfant trouv : enfant abandonn par ses parents, ramass par les passants, et recueilli par les hospices. [L]

[15] Fi : Particule qui sert faire une exclamation pour tmoigner le mpris, la haine, l'aversion qu'on a pour quelque personne ou quelque chose. [F]

[16] Magister : Matre d'cole de village, qui enseigne lire aux jeunes paysans. Il aide aussi faire l'office du cur et du vicaire. Ce mot est pus latin, et s'applique aussi quelquefois toutes sortes de pdants. [F]

[17] Turlupiner : Faire des tulupinades. [C'est dire] Plaisantrie fade et basse. [F]

[18] Apologier : Barbarisme. Faire l'apologie de quelque chose ou quelqu'un.

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