PROLOGUE EN VERS LIBRES.
Prix trente sols, avec la Musique.
M. DCC. LXVII.
de Charles COLLÉ
À LA HAYE, Et se trouve à Paris, Chez GUEFFIER, fils, rue de la Harpe, vis-à-vis la rue Saint Severin, à la Liberté.
Représenté pour le première fois le 7 Février 1755 chez le Duc d'Orléans.
publié par Paul FIEVRE juillet 2026
publié par Paul FIEVRE août 2026
© Théâtre classique - Version du texte du 31/07/2026 à 18:47:10.
PERSONNAGES.
LA PARADE. Ce rôle doit être joué par un homme, grotesquement habillé en femme.
L'AUTEUR.
LA FAUSSE DÉCENCE..
LA FONTAINE.
LA GRAVELURE.
La scène est au bas du Parnasse, après avoir vu représenter quelques Parades, l'on s'en dégoûta bien vite ; et c'est à cette occasion, que fut fait le Prologue Suivant, qui annonce des COMÉDIES DE SOCIÉTÉ.
Prologue estrait de "Le Galant escroc, comédie en 1 acte et en prose, précédée des Adieux de la parade, prologue en vers libres (par Charles Collé)." pp 6-23
LES ADIEUX DE LA PARADE
SCÈNE PREMIÈRE.
La Parade, L'Auteur.
LA PARADE.
Ah çà, Monsieur l Auteur, ah çà ,
Vous savez comme j'emme prête ! ....
L'AUTEUR, interrompant.
Madame la Parade, allons, laissez-moi là.
LA PARADE.
Queux petit impoli c'est là !
| 5 | Quoi ! C'est ainsi que l'on me traite, |
Après m'avoir fait treize enfants,
L'on avait joué une douzaine de Parades.
Que sur notre Théâtre on a vu triomphants ?
Treize enfants !...
L'AUTEUR , l'interrompant.
J'en veux faire à présent à Thalie.
LA PARADE.
| 10 | Vilain impur, où s'qu'est le sel |
De faire des enfants à la Reine Athalie ?
À la mère de Jézabel ?
L'AUTEUR.
Eh ! Non pas ; je vous dis Thalie,
La Muse qui préside au comique sensé
| 15 | Je veux faire une Comédie. |
LA PARADE.
Comment, Rossignol d'Arcadie ,
Tu voudrais me quitter ?
L'AUTEUR.
Eh mais, j'y suis forcé,
Je vois de nos enfants qu'on n'a plus la folie...
Vous avez vu siffler, d'une façon polie,
| 20 | Par le délicat spectateur, |
Notre Isabelle Précepteur,
Dont l'indécence était exécrable et jolie.
LA PARADE.
Eh ! Comment voulais-tu que cette pièce prît ?
Sarpédié, n'est-il pas notoire
| 25 | Que ce jour-là l'acteur eut trop peu de mémoire ; |
Et le spectateur , trop d'esprit ?
L'AUTEUR.
Comment, rien ne vous humilie !
LA PARADE.
Eh non; le goût se perd.... Le spectateur s'oublie.
Car, il ne se peut pas que nous intéressions
| 30 | Par des scènes plus indécentes ; |
Que dans les détails, nous glissions
Des ordures plus élégantes ;
Et qu'à tous propos nous placions
Des choses plus extravagantes ? ....
| 35 | Voyons : que veulent-ils enfin que nous fassions ? |
L'AUTEUR, d'un air d'humeur.
Eh ! Rien, Madame, rien !... Tout ce qui reste à faire,
Lorsqu'on commence à déplaire,
C'est de ne reparaître plus.
LA PARADE, en fureur.
V'là donc, cruel amant, voilà donc tes rebuts ?
| 40 | V'là donc comme en ce jour tu traites la Parade ? |
V'là donc le cas que tu fais des Beaux Arts ?
Adieu, monstre... Je vais me mettre en embuscade.
Et me prostituer le long des Boulevards.
Elle sort en pleurant.
SCÈNE II.
L'AUTEUR, seul.
Voyez la funeste menace ! ...
| 45 | Mais, poursuivons mon projet Calotin ; |
J'aperçois le bas du Parnasse ;
Cherchons y cette Muse, au regard libertin,
Qui, jadis, inspira Boccace,
Mais, ne la vois-je pas ?... Non,ce masque à la main
| 50 | Me désigne Thalie, |
SCÈNE III.
La Fausse Décence, un petit masque à la main, L'Auteur.
LA FAUSSE DÉCENCE, l'interrompant.
Eh ! Non, ce n'est point elle ;
Mais, je vous arrête en chemin
Pour vous donner des conseils pleins de zèle...
Je sais que vous quittez la Parade, et je vais....
L'AUTEUR , l'interrompant.
| 55 | Ah ! Madame, pardon ; trouverez-vous mauvais |
Si j'ose prendre la licence
De vous demander votre nom ?...
C'est que j'en meurs d'envie...
LA FAUSSE DÉCENCE, l'interrompant.
Oh ! non ;
Je le dis, volontiers... Mon nom est la Décence.
| 60 | C'est moi, qui dans le monde établis les égards, |
L'étiquet, et la convenance ;
Qui d'une feinte Agnès compose les regards,
Et qui lui fais sa contenance ;
Je donne le bon ton ; je supprime l'aisance ;
| 65 | C'est moi qui fais donner dans les plus grands écarts, |
Le beau sexe, avec bienséance.
L'AUTEUR, à part.
Eh ! Je me la remets ! C'est la fausse Décence !
LA FAUSSE DÉCENCE.
Que dites-vous tout bas ?
L'AUTEUR.
Mais je dis que je pars .
LA FAUSSE DÉCENCE.
Eh ! Pourquoi donc ?
L'AUTEUR.
C'est qu'il me semble,
| 70 | Pour répondre à votre pourquoi, |
Que jamais, la Décence et moi,
N'avons eu ; ni n'aurons rien de commun ensemble.
LA FAUSSE DÉCENCE.
Tant pis, pour vous, Monsieur... Quittez ce ton grivois ;
L'on ne plaît plus, par la licence.
| 75 | Il n'est point de plaisirs, où n'est point la Décence, |
Et l'on les trouve tous en observant ses lois...
Par exemple, je sais une femme divine...
Elle a toujours deux amants à la fois ;
Je vous dis : toujours deux ; et c'est, très souvent trois ;
| 80 | Mais, c'est si décemment, si fort à la sourdine, |
Qu'elle les rend heureux,pendant qu'on l'imagine
Indécise encor dans son choix... ,
L'AUTEUR, l'interrompant.
Cette femme, je la devine,
C'est vous-même.
LA FAUSSE DÉCENCE, se récriant.
Moi ! Moi !
L'AUTEUR.
Je le parierais ; mais,
| 85 | Je n'abuserai point de cette confidence |
Échappée à votre imprudence :
Et je vous quitte pour jamais.
LA FAUSSE DÉCENCE, le retenant.
Mais arrêtez : je viens aider à vos projets.
Vous gagnez mon estime, en quittant la Parade
| 90 | Essayez de traiter quelqu'honnêtes sujets, |
Allons, voyons, mon camarade ;
Pour vous la Comédie aura quelques attraits.
Lisez : j'apporte ici quelques titres exprès .
Elle lui remet un papier.
L'AUTEUR, lisant.
La Princesse de Clèves, Pamela, la Belle Maguelonne, Grandisson, Clarisse. [ 1 La Belle Maguelone : roman de Bernard de Trèves (1453).]
Il lui rend son papier.
Non ; je ne donne pas dans pareille embuscade ;
| 95 | Car, Madame, il est bon de vous dire, en passant, |
Que si j'ai quitté la Parade,
C'est, pour être moins indécent ;
Mais je ne veux pas être fade.
LA FAUSSE DÉCENCE, d'un air auguste.
Vous ne méritez pas que l'on vous persuade.
L'AUTEUR.
| 100 | si vous me proposiez de traiter Tanzaï , |
Peut-être bien...
LA FAUSSE DÉCENCE, l'interrompant avec un cri et une grimace.
Ah si ! Je l'ai toujours haï.
L'AUTEUR.
J'en suis fâché pour vous ; car ce conte folâtre
Offre à la Comédie, et d'excellents portraits,
Et des caractères très vrais.
LA FAUSSE DÉCENCE, d'un air ironique.
| 105 | Fort bien ! À votre place aussi, je risquerais |
De faire un jour en plein Théâtre .
Parler les Bijoux indiscrets. [ 2 Les Bijoux indiscrets : roman libertin de Denis Diderot (1748). ]
L'AUTEUR.
Pourquoi non ? Je ne vois pas, moi, que l'on raisonne,
Dans le monde, beaucoup mieux qu'eux.
LA FAUSSE DÉCENCE.
| 110 | Fi ! L'horreur ! Je vous abandonne. |
Cet homme est-il assez affreux ?
L'AUTEUR , la retenant.
Qu'un moment, à mon tour, ici je vous arrête,
Pour ne nous revoir de nos jours ;
Déesse, qui n'avez que le dehors honnête...
| 115 | Écoutez mes avis, ils font bons, et font courts : |
Réglez vos actions, plutôt que vos discours ;
Et ne vous faites point toujours
Des chimères pour les combattre.
Souvenez-vous, qu'au temps du joyeux Henri quatre,
| 120 | La Gravelure dominait, |
L'on disait, tout à trac, le mot, comme il venait.
L'on ne connaissait point, dans notre ancien langage,
Cette Décence, triste, et pédante, et sauvage,
Que le défaut de moeurs, en ce siècle perdu,
| 125 | Met en place de la vertu ; |
Mais aussi, dans cet heureux âge,
En revanche, on voyait plus d'une femme sage
Au lieu que, de nos jours....
LA FAUSSE DÉCENCE, l'interrompant d'un air de mépris.
Arrête. À cet outrage
Tant, et tant de fois rebattu,
| 130 | Je ne puis tenir davantage... |
Tu ne vaux pas l'honneur de te voir combattu.
Elle sort, avec indignation.
SCÈNE IV.
L'AUTEUR, seul.
Je ne voudrais que cette femme seule
Pour ennuyer une Cité.
Quand verrai-je bannir de la société
| 135 | Cette respectable Bégueule , |
Qui sait du Français, même, éteindre la gaîté ?
SCÈNE V.
La Fontaine, L'Auteur.
LA FONTAINE.
Il est habillé comme les personnages à manteau de Molière. Et sur son manteau, l'on voit des volants de satin jaune, ou orangé, où sont écrits, en lettres noires les titres de plusieurs de ses contes.
Ah ! Serviteur, mon Patriote.
L'AUTEUR.
Excusez-moi, Monsieur, je ne vous remets plus.
À votre perruque à calotte,
| 140 | Je vous prendrais pour Gorgibus... |
LA FONTAINE.
Eh quoi ! La chose encor peut-elle être incertaine ?
Sur mon manteau, j'ai fait attacher mon blason ;
Montrant ses volants.
Regardez... mais,je suis (pour vous tirer de peine,)
Le bonhomme Jean La Fontaine.
L'AUTEUR.
| 145 | Eh ! Vraiment, oui ! C'est vous ! Eh vous avez raison ! |
Examinant et lisant sur les volants de son habit. Joconde, les Lunettes, le Tableau, Nicaise, L'Hermite, le Berceau.
LA FONTAINE.
Je viens vous engager à mettre sur la scène
Un de mes Contes... là, choisissez le meilleur.
Il lui montre tous ses volants.
L'AUTEUR.
Je le veux bien ; mais tout ce qui me gêne,
C'est qu'ils vont dire encor que je suis trop obscène.
LA FONTAINE.
| 150 | Eh ! Quand on le dirait, voyez le grand malheur ! |
A-t-on jamais sur cela rien à craindre ?
Quand on le dit, ce n'est pas pour s'en plaindre ;
Choisissez, n'ayez point de peur.
L'AUTEUR.
Sur mon ton libre, ils m'ont tant fait la guerre...
LA FONTAINE.
| 155 | Bon ! Bon ! |
Bas et à part.
| Embarrassons-le ; et j'en sais un moyen. |
Haut, et d'un ton malin, et de persiflage.
La femme du compère Pierre
Lui désignant un de ses volants :
Tenez, c'est un sujet, qu'on peut mettre très bien
Sous les yeux de votre parterre.
Rendez-le tel qu'il est ; et qu'il n'y manque rien.
| 160 | L'on vous demande ici des pièces de spectacle ; |
Ce conte, en action , en doit présenter un,
Qu'on ne doit pas trouver commun.
L'AUTEUR.
Oui da ! Mais, j'y vois quelqu'obstacle.
LA FONTAINE, se retenant de rire.
Ma foi, moi, je n'en trouve aucun.
| 165 | Encor un coup, voyez que de jeu !... de spectacle |
Ce sujet là vous donne !... Eh ! quel moment !
Si vous pouvez le rendre décemment ;...
Et l'on peut s'en tirer.
L'AUTEUR.
Je vous crois un Oracle.
Mais, sur ce point je suis d'un autre sentiment.
Apercevant la Fontaine, qui éclate de rire.
| 170 | Quoi ! Vous me persiflez ?... Je suis bien sot vraiment. |
LA FONTAINE, riant encore.
Eh bien, cherchez un autre conte
Qui n'aille point au Criminel.
Trouveriez-vous mieux votre compte
Dans la Chose impossible, ou l'Anneau d'Hans Carvel? [ 3 L'anneau d'Hans Carvel : conte de Jean de la Fontaine.]
L'AUTEUR.
| 175 | Tout aussi peu |
LA FONTAINE.
| Prenez : à Femme avare |
Galant escroc.
L'AUTEUR
L'aventure est bizarre...
J'en ai le plan tout fait ;... mais il est bien gaillard.
LA FONTAINE
Tant mieux ! Mais, mettez beaucoup d'art
À farder les détails ; à bien voiler l'ordure.
Apercevant la_Gravelure.
| 180 | Eh ! par bonheur, ici le hasard nous procure |
Cette Muse Gauloise, et dont l'esprit naïf,
L'air sans apprêt, le crayon expressif,
Me fit dans mes écrits égayer la nature ;
C'est la gentille GRAVELURE.
SCÈNE VI, et dernière.
La Gravelure, La Fontaine, L'Auteur.
LA GRAVELURE , voilée d'une gaze très fine.
| 185 | Oui, c'est moi qui gaîment viens vous offrir mes soins ; |
Mon but est de vous satisfaire .
Je sais tous vos projets, j'entre dans vos besoins ;
Mais, c'est à la charge, au moins,
Que quand j'aurai de vous affaire,
| 190 | Vous entrerez aussi dans ce qui peut me plaire. |
LA FONTAINE.
La chose est juste de tous points.
Madame, à nos efforts que les vôtres soient joints :
C'est le Galant Escroc , qu'il met en Comédie.
L'AUTEUR, vivement.
Qu'on me passe des libertés.
LA FONTAINE.
| 195 | Il le faut ; il veut faire une pièce... hardie. |
L'AUTEUR.
Brûlante...
LA FONTAINE.
Pleine de gaîtés.
L'AUTEUR.
De traits vifs.
LA FONTAINE.
De naïvetés.
L'AUTEUR.
D'horreurs charmantes...
LA GRAVELURE, l'interrompant.
Arrêtez.
Ce siècle, dans les mots, veut de la modestie ;
| 200 | sur tout le reste il vous absout. |
Les équivoques, les ordures,
Sont, à présent, de mauvais goût.
Voyez ce voile, il faut en couvrir tout.....
Mais, vous viendrez très aisément à bout
| 205 | De plaire au sexe, même en faisant des peintures : |
Et, j'ose dire les moins pures ;
Sauvez le mot, vous sauvez tout.
LA FONTAINE, en riant.
C'est à moi que cela vint d'abord dans la tête.
Je tentai le premier , pour surprendre les sens
| 210 | De mettre un coloris honnête |
À des tableaux fort indécents.
LA GRAVELURE.
Oui, tout dépend de la tournure.
L'AUTEUR, éclatant de rire.
Ma foi, le monde, en avançant,
De plus en plus devient plaisant ;
| 215 | Comment ! Même la Gravelure |
se refuse au terme indécent ?
LA FONTAINE, à l'Auteur.
Mon fils, vous aimez trop l'ordure ;
Cela vous soit dit en passant.
Ne soyez pas, mais paraissez plus sage.
LA GRAVELURE, reprenant vivement.
| 220 | Oui ; pourquoi donner le brûlot ? |
Mon Dieu, je gagne davantage
À présenter toujours l'image ;
Et laisser deviner le mot.
LA FONTAINE.
Ne soyez point incorrigible.
L'AUTEUR, hésitant
| 225 | Qui ; je crois la chose possible. |
LA GRAVELURE.
Je vais par un exemple ici,
Vous la rendre encor plus sensible.
En vous chantant les couplets que voici.
Elle tire une chanson de sa poche
LA FONTAINE et L'AUTEUR , ensemble.
| 230 | Quoi ! C'est une chanson ?... |
LA GRAVELURE, les interrompant.
| Qui, c'est un vaudeville |
Dont le fond trop gaillard, s'adoucit par le style...
Par là vous jugerez à quel degré, combien,
Jusqu'où l'on peut porter, (et sans découvrir rien,)
La transparence de mes voiles.
| 235 | Écoutez ; c'est un entretien |
Entre un berger, nommé Julien
Et la bergère Quatre étoiles .
Dont je vous dirais bien à l'oreille le nom.
LA FONTAINE.
En ce cas dites-le nous donc.
LA GRAVELURE.
| 240 | C'est la fausse Décence. |
L'AUTEUR.
| Bon ! |
Quoi ! Ce serait cette fausse Décence,
Dont un seul instant la présence
M'a donné pour un an d'ennui ?
LA GRAVELURE.
Eh oui, c'est elle-même, eh oui !
| 245 | Oui, c'est sur elle... et c'est une aventure |
Qu'elle eut, le mois dernier ; et que la Gravelure ,
Que moi même, j'ai mise en couplets aujourd'hui.
Or écoutez ,
Et profitez.
Vaudeville... C'est un Vaudeville, où l'on parle en chantant, et que l'on chante en parlant, et qu'il faut jouer.
En parlant.
| 250 | Écoutez-moi, Julien, écoutez-moi. |
Vous ne savez point aimer ; Julien,
Je veux vous former... Je le veux bien,
Ma bergère : malgré ma tête légère
Je suis fort obéissant,
| 255 | Lorsque l'on me laisse faire... |
Mais, arrêtez donc, arrêtez donc.
Mais cela n'est pas décent.
En vous rangeant sous ma loi,
Je veux qu'on ait, avec moi,
| 260 | Du respect, et point d'audace... |
Moi ! Le respect m'embarrasse,
Dit Julien en l'embrassant ;
J'aime, je le dis, j'embrasse,
En parlant,
Eh mais, attendez donc, attendez donc,
| 265 | Mais cela n'est pas décent. |
Julien n'attaquait pas mal ;
Et, d'un combat inégal ,
La bergère enfin se lasse ;
Elle se rend avec grâce ;
| 270 | Le regarde en rougissant ; |
Et dit encor à voix basse :
Mais cela n'est pas décent.
4° et dernier Couplet.
Après avoir à ses lois,
Manqué de respect deux fois,
| 275 | Il n'en dit pas davantage ; |
La bergère l'encourage,
Et lui dit, en l'agaçant :
Votre silence m'outrage ;
Mais cela n'est pas décent.
L'AUTEUR.
| 280 | Quoi ! Madame la Gravelure , |
En conscience ! Quoi ! C'est là
Ce que vous appelez tournure ?
Oh ! Je me rends ; oh ! Me voilà
Prêt à traiter dans ce goût-là,
| 285 | Ce conte qu'offre ici le divin la Fontaine. |
LA GRAVELURE, emmenant La Fontaine.
Allons donc arranger cela.
L'AUTEUR, aux spectateurs.
Vous, de grâce, qu'il vous souvienne,
Messieurs, que s'il m'échappe ici quelques gros traits,
C'est que, de la Parade, à peine,
| 290 | Je suis encor sorti ; j'en suis encor tout frais. |
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Notes
[1] La Belle Maguelone : roman de Bernard de Trèves (1453).
[2] Les Bijoux indiscrets : roman libertin de Denis Diderot (1748).
[3] L'anneau d'Hans Carvel : conte de Jean de la Fontaine.

