LA FOLLE QUERELLE

OU LA CRITIQUE D'ANDROMAQUE

COMÉDIE représentée par la troupe du Roi.

M. DC. LX VIII.

AVEC PRIVILÈGE DU ROI.

À PARIS, Chez THOMAS JOLLY au Palais en la Salle des Merciers, au coin de la Galerie des Prisonniers, à la Palme et aux Armes d'Hollande.

À PARIS, de l'imprimerie de Jean Cusson.


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 31/08/2018 à 22:04:15.


À MADAME LA MARÉCHALE DE L'HOSPITAL.

Madame,

Ma Critique s'est imaginé qu'après vous avoir fait rire deux ou trois fois, elle vous ferait rire toujours. Sa présomption est tout-à-fait grande, mais MADAME, je ne laisse pas de vous la présenter, parce que c'est une occasion de vous donner de nouvelles assurances de mes respects et que je ne veux en laisser échapper aucune. Peut-être me soupçonnerez-vous d'agir par quelque autre intérêt et de ne vous l'offrir que pour mettre adroitement mon coup d'essai sous sous votre protection ? Je ne m'opposerai point à ce soupçon qui ne me saurait être qu'avantageux et l'honneur d'être protégé d'une personne comme vous, est assez considérable, pour ne me défendre pas d'avoir eu dessein de me le procurer. Peut-être aussi craignez-vous que je ne me veuille servir de la même occasion pour vous donner des louanges ; mais, MADAME, je sais trop qu'aux charmes inévitables de la beauté et qu'aux lumières et à la délicatesse de l'esprit vous joignez une modestie qui ne souffrirait qu'avec peine tout ce qu'on serait obligé de vous dire. Qu'un autre que moi fasse tant qu'il lui plaira votre éloge. Qu'il publie que vous donnez lieu à la Fortune de se plaindre de vous de ce que la fidélité inviolable que vous voulez garder aux cendres d'un illustre époux l'empêche d'élever votre vertu aux grandeurs qu'elle mérite : c'est une vérité qui n'a pas besoin de mon témoignage pour être connue de toute la Terre, et je me contente de demeurer aux termes que la raison me prescrit, de vous assurer que personne n'est avec plus de respect que moi,

MADAME,

Votre très-humble et très obéissant serviteur.

DE SUBLIGNY

PRÉFACE

Cette Comédie a diverti assez de monde, dans le grand nombre de ses représentations, et elle a même assez plu à ses ennemis, pour borner la vengeance qu'ils en ont prise, à publier que le plus habile homme que la France ait encore eu en ce genre d'écrire, en était l'auteur, je veux dire Monsieur de Molière, et qu'il n'y avait rien de moi que mon nom. Je sais combien cette erreur m'a été avantageuse ; mais je n'ai pas le front d'en profiter plus longtemps, et dut-on ne trouver plus ma Comédie si belle, je fais conscience d'exposer davantage cet homme illustre aux reproches que méritent, à ce qu'on dit les faiseurs de Critiques. C'est donc moi qui ai fait le crime. J'ai tâché seulement à le commettre de l'air dont Monsieur de Molière s'y serait pris ; parce que sa manière d'écrire me plaît fort que je voudrais toujours l'imiter si j'avais à travailler pour la scène, et que, même, si l'envie m'en prend quelque jour je le prierai hardiment de me donner de ses leçons ; mais tant s'en faut que j'aie prêté mon nom à personne, qu'au contraire si j'en avais été cru, on n'aurait pas su qui je suis. Ce n'est pas qu'en critiquant l'Andromaque, je me sois imaginé faire une chose qui dut m'obliger à me cacher ; c'est une petite guerre d'esprit qui bien loin d'ôter la réputation à quelqu'un peut servir un jour à la lui rendre plus solide et il serait à souhaiter que la mode en vint, pour défendre les auteurs, de la fureur des applaudissements qui, souvent, à force de leur persuader malgré eux qu'ils ont atteint la perfection dans un ouvrage, les empêchent d'y parvenir par un autre qu'ils s'efforceraient de faire avec plus de soin. Je fus charmé à la première représentation de l'Andromaque, ses beautés firent sur mon esprit ce qu'elles firent sur ceux de tous les autres, et si je l'ose dire, j'adorai le beau génie de son auteur sans connaître son visage. Le tour de son esprit, la vigueur de ses pensées et la noblesse de ses sentiments m'enlevèrent en beaucoup d'endroits, et tant de belles choses firent que je lui pardonnai volontiers, les actions peu vraisemblables ou peu régulières que j'y avais remarquées. Mais lorsque j'appris, par la suite du temps qu'on voulait borner sa gloire à avoir fait l'Andromaque, et qu'on disait qu'il l'avait écrite avec tant de régularité et de justesse qu'il fallait qu'il travaillât toujours de même pour être le premier homme du monde ; il est vrai que je ne fus pas de ce sentiment. Je dis qu'on lui faisait tort, et qu'il serait capable d'en faire de meilleures. Je ne m'en dédis point ; et quelque chagrin que puissent avoir contre moi les partisans de cette belle pièce, de ce que je leur veux persuader qu'elle les a trompés quand ils l'ont cru si achevée ; je soutiens qu'il faut que leur auteur attrape encore le secret de ne les pas tromper, pour mériter la louange qu'ils lui ont donnée d'écrire plus parfaitement que les autres. Je ne prétends pas faire croire qu'ils soient moins spirituels pour avoir été éblouis au contraire je le prends pour une marque de leur vivacité et d'une délicatesse d'esprit peu commune, qui sur la moindre idée qu'elle reçoit d'une belle chose, la conçoit d'abord dans sa pureté et dans toute sa force sans songer si les termes qui l'expriment signifient bien ce que l'auteur a voulu dire. Il faut bien que cela soit puisque si l'on se veut donner la peine de lire l'Andromaque avec quelque soin, on trouvera que les plus beaux endroits où l'on s'est écrié et qui ont rempli l'imagination de plus belles pensées sont toutes expressions fausses ou sens tronqués qui signifient tout le contraire ou la moitié de ce que l'auteur a conçu lui-même, et que parce qu'un mot ou deux suffisent à faire souvent deviner ce qu'il veut dire et que ce qu'il veut dire est beau, l'on y applaudit, sans y penser, tout autant que s'il était purement écrit et entièrement exprimé. La France a intérêt de ne point arrêter au milieu de sa carrière, un homme qui promet visiblement de lui faire beaucoup d'honneur. Elle devrait le laisser arriver à ce point de pureté de langue et de conduite de Théâtre qu'il sait bien lui-même qu'il n'a pas encore atteint ; car, autrement il se trouverait qu'au lieu d'avoir déjà surpassé le vieux Corneille, il demeurerait toute sa vie au dessous. Le Théâtre ne m'a point permis de m'étendre sur les fautes de la diction dans le troisième acte de ma Critique, de crainte que l'action n'en fût trop refroidie ; mais après tout, je n'ai point remarqué, en lisant l'Andromaque, qu'elle fut si bien écrite, que l'auteur se dut régler entièrement sur elle, à l'avenir. Par exemple quand il dit.

Pourquoi dans vos chagrins sans raison affermie,

Vous croirez-vous toujours, Seigneur, mon ennemi ?

Je ne trouve point que "vous croirez-vous mon ennemi" Pour dire "me croirez-vous votre ennemie", soit une chose bien écrite et quand il dit encore :

Mais les Grecs sur le fils persécutent le père,

Il a par trop de sang acheté leur colère.

Cet "acheté leur colère par trop de sang" ne me plaît pas et ne vaut rien; du tout : "attiré" serait ce qu'il faudrait dire. J'avoue pourtant qu' "acheté" a quelque chose de plus nouveau et même, de plus brillant qu' "attiré", mais cela fait voir que tout ce qui reluit n'est pas or. En effet, si ce "par trop de sang" est entendu du "sang des Grecs" ; il faut nécessairement dire "attiré" et non pas acheté parce que ce n'est pas la mode de payer celui dont on achète de sa propre monnaie ; et s'il est entendu du sang d'Hector, il n'y a pas d'apparence qu'Heftor ait acheté la colère de ses ennemis par la perte du sang des siens, ou du sien propre qui devait plutôt servir à les apaiser. Je n'aime guère davantage les vers ou il dit,

Détestant ses rigueurs, rabaissant ses attraits.

Parce que l'on dit bien rabaisser le vol, rabaisser l'orgueil, le prix etc. mais point du tout rabaisser des attraits. Je n'aime pas encore.

... Que feriez vous d'un coeur infortuné,

Qu'à des pleurs éternels vous avez condamné ?

Car les pleurs font l'office des yeux, comme les soupirs, mais le coeur ne pleure pas. Je ne dirais pas non plus.

... Ne pensez pas qu'Hermione dispose,

D'un sang sur qui la Grèce aujourd'hui se repose.

Car il me semble que se reposer sur un sang est une étrange figure, et je n'écrirais pas aussi,

... Est-ce ainsi que vous exécutez,

Les voeux de tant d'États que vous représentez ?

Parce qu'éxexuter les ordres n'est pas la même chose qu'exécuter les voeux, qui ne se dit que quand on avoué quelque chose mais ce n'était point un pèlerinage que les Grecs avaient voué en Épire. Il y a dans l'Andromaque un nombre infini de ces petits péchés véniels que je ne voudrais pas reprocher à un moins bel Esprit que cet auteur illustre ; mais il faut qu'il les évite soigneusement aussi bien que les équivoques continuelles de ses relatifs, s'il veut être cru plus habile que les autres ; car ce sont des monstres devant le tribunal de la pureté de notre langue, et tant qu'il écrira,

Avant que tous les Grecs vous parlent par ma voix,

Soufrez que je me flatte en secret de leur choix.

On luy demandera à quoi à quoi il faudra qu'on rapport ce choix des Grecs, et même ce que voudra dire cet en secret qui est un beau galimatias. Tant qu'il écrira.

Et qu'à vos yeux, Seigneur je montre quelque joie,

De voir le fils d'Achille et le vainqueur de Troie.

Oui, comme ses exploits nous admirons vos coups.

On lui demandera à quoi se rapporte ce oui comme ses exploits, puis qu'il n'a parlé que du fils d'Achille et du vainqueur de Troie qui ne font qu'une même personne. Tant qu'il écrira,

Hector tomba sous lui Troie expira sous vous,

Et vous avez montré par une heureuse audace,

Que le fils seul d'Achille a pu remplir sa place.

On lui dira qu'il aurait mieux valu écrire Troie tomba sous vous et Hector expira sous lui. On lui demandera encore si c'est la place de Troie que le fils d'Achille a pu remplir ou bien celle de son père, et l'on trouvera dans cette harangue d'Oreste à Pyrrhus quantité de fautes qui éloignent fort un auteur de la netteté qu'on attribue à celui de l'Andromaque. Tant qu'il écrira même

Tu sais de quel courroux mon coeur alors épris,

Voulut en l'oubliant venger tous ses mépris.

On dira toujours qu'il exprime ses pensées à contre sens, parce qu'on voit bien qu'il a prétendu dire qu'il voulut punir ses mépris et non pas les venger. Tant qu'il écrira encore,

Et croit que trop heureux d'apaiser sa rigueur.

On luy répondra qu'on n'apaise point une rigueur mais qu'on l'adoucit ; et s'il réplique que bien d'autres l'ont écrit avant lui, on lui dira qu'il doit mieux faire que les autres.

On lui dira encore qu'il se trompe dans les vers suivants, et même qu'il s'y méprend.

Mes voeux ont par trop loin poussé leur violence,

Pour ne plus l'arrêter que dans l'indifférence.

Parce que les voeux, qui font l'action même de celui qui les fait, n'ont point d'action et ne peuvent pousser leur violence et d'ailleurs qu'en mettant pour ne plus s'arrêter que dans l'indifférence, il donne à entendre qu'il s'y arrêtaient auparavant, ce qui n'était pourtant pas, puisqu'ils étaient si violents. Mais je ne prétends pas faire voir ici toutes les fautes que j'ai remarquées dans ce chef-d'oeuvre du Théâtre. Son Auteur qui a plus d'esprit que moi les découvrira bien lui-même s'il les veut reconnaître et il s'en servira ensuite comme il lui plaira. Il suffit que j'en ai compté jusqu'à près de trois cents et que l'on voit bien que je n'ai pas eu dessein de les exagérer puisque je n'ai pas seulement gardé l'ordre des scènes, ni marqué les endroits où sont celles que je viens de dire. Je me suis contenté d'en-rapporter confusément quelques-unes à mesure qu'elles me font revenues dans la mémoire, pour prouver un peu ce que j'avais avancé. À cela prés, l'Auteur d'Andromaque n'en est pas moins en passe d'aller un jouir plus loin que tous ceux qui l'ont précédé, et s'il avait observé dans la conduite de son sujet de certaines bienséances qui n'y font pas : s'il n'avait pas fait toutes les fautes qui y sont contre le bon-fens : je l'aurais déjà égalé sans marchander à notre grand Corneille. Mais il faut avouer que si Monsieur Corneille avait eu à traiter un sujet qui était de lui-même si heureux il n'aurait pas fait venir Oreste en Epire comme un simple Ambassadeur ; mais comme un Roi, qui eût soutenu sa dignité. Il aurait fait traiter Pylade en Roy à la Cour de Pyrrhus comme Pollux est traité à la Cour de Créon, dans la Médée ; ou s'i l'eût manqué à le traiter en Roi, il n'eut pas cherché à s'en excuser, en disant qu'il ne l'est que dans un Dictionnaire historique, et qu'il ne l'est pas dans Euripide car Pylade est Roi dans Euripide même. Il aurait introduit Oreste le traitant d'égal, sans nous vouloir faire accroire, qu'autrefois le plus grand Prince tutoyait le plus petit ; parce que cela n'a pu être entre gens qui portaient la qualité de Rois, et que quand cela aurait été, ce n'est pas les cérémonies des anciens Rois qu'il faut retenir dans la Tragédie, mais leur génie et leur sentiments, dans lesquels M. Corneille a si bien entré qu'il en a le mérité une louange immortelle ; et qu'au contraire ce sont ces cérémonies-là qu'il faut accommoder à notre temps pour ne pas tomber dans le ridicule. Monsieur Corneille, dis-je, aurait rendu Andromaque moins étourdie, et pour faire un bel endroit de ce qui est une faute de jugement, dans la résolution qu'elle prend de se tuer avant que le mariage soit consommé, il aurait tiré Astyanax des mains de Pyrrhus, afin qu'elle ne fût pas en danger de perdre le fruit de sa mort, et qu'on ne l'accusât point, d'être trop crédule. Il aurait conservé le caractère violent et farouche de Pyrrhus, sans qu'il cessât d'être honnête homme, parce qu'on peut être, honnête homme dans toutes fortes de tempéraments et donnant moins d'horreur qu'il ne donne des faiblesses de ce Prince qui sont de pures lâchetés il aurait empêché le spectateur de désirer qu'Hermione en fût vengée au lieu de le craindre pour lui. Il aurait ménagé autrement la passion d'Hermione, il aurait mêlé un point d'honneur à son amour, afin que ce fût lui qui demandât vengeance plutôt qu'une passion brutale ; et pour donner lieu à cette Princes de reprocher à Oreste la mort de Pyrrhus, avec quelque vraisemblance, après l'avoir obligé à le tuer ; il aurait fait que Pyrrhus lui aurait témoigné du regret d'être infidèle, au lieu de lui insulter : qu'Oreste l'aurait prise au mot pour se défaire de son Rival au lieu que c'est elle qui le presse à toute heure de l'assassiner, et pour prétexter la conspiration d'Oreste, il n'aurait pas manqué à se servir, utilement, de ce qui fut autrefois la cause de la mort de Pyrrhus, en joignant l'intérêt des Dieux à celui de sa jalousie. Enfin il aurait modéré l'emportement d'Hermione ou du moins il l'aurait rendu sensible pour quelque temps au plaisir d'être vengée. Car il n'est pas possible qu'après avoir été outragée jusqu'au bout, qu'après n'avoir pu obtenir seulement que Pyrrhus dissimulât à ses yeux le mépris qu'il faisait d'elle qu'après qu'il l'a congédiée, dans pitié, sans douleur du moins étudiée et qu'elle a perdu toute espérance de le voir revenir à elle, puisqu'il a épousé sa rivale ; il n'est, dis-je pas possible qu'en cet état elle ne goûte un peu sa vengeance. Pour conclusion Monsieur Corneille aurait tellement préparé toutes choses pour l'action où Pyrrhus se défait de sa garde, qu'elle eût été une marque d'intrépidité au lieu qu'il n'y a personne qui ne la prenne pour une bévue insupportable. Voilà ce que je crois que Monsieur Corneille aurait fait et peut-être ce qu'il aurait encore fait mieux. Le temps amène toutes choses et comme l'auteur d'Andromaque est jeune aussi bien que moi, j'espère qu'un jour je n'admirerai pas moins la conduite de ses ouvrages que j'admire aujourd'hui la noble impétuosité de son génie.


Faute à l'impression.

Page 23 ligne 2, pour ma chambre, lisez dans ma chambre.

Page 24 ligne 11, de Maîtresse lises de Maîtresses

Page 33 ligne 10, des petits printipiums lisez des petits principiums.

Page 54 ligne 2, Oui Madame, lisez Non Madame.

Page 71 ligne 1. Il y a des impertinents, lisez il y a eu des impertinents

Page 83, ligne 3. Clonte liiez Cléonte.

Pae 109 ligne 12, c'était une écervelée lisez c'était un écervelé.


LES ACTEURS

ÉRASTE, accordé avec Hortense.

HORTENSE, Fille de Sylviane.

ALCIPE, Cousin d'Eraste.

LA VICOMTESSE, jeune Veuve.

SYLVIANE, Veuve mère d'Hortense.

LYSANDRE, Amant d'Hortense.

LISE, Femme de Chambre d'Hortense.

LANGOUMOIS, Valet de Chambre d'Eraste.

CÉSAR, Un des Laquais de la Vicomtesse.

La scène est à Paris dans la cour d'une grande maison à trois corps de tous dont le premier est occupé par la Mère Hortense, le second par la Vicomtesse, et le troisième par Eraste.


ACTE I

SCÈNE PREMIÈRE.
Langoumois, Lise.

LISE.

Je te prie de ne me point suivre et de me laisser-là. ma maîtresse m'a défendu d'avoir jamais aucun commerce avec toi ni avec ton Maître.

LANGOUMOIS.

Eh ! Parbleu, que ta maîtresse et mon maître rompent ensemble tant qu'il leur plaira ; mais nous demeurons bons amis je te prie.

LISE.

Il avait bien affaire de la fâcher comme il fit hier au soir, et il est bien étourdi. Il devait du moins attendre qu'elle fût mariée avec lui, puis qu'il n'avait plus qu'un jour à se contraindre.

LANGOUMOIS.

Hé quoi ? Pour lui avoir soutenu que l'Andromaque est une très belle Comédie elle a eu sujet de se piquer contre lui ? Je suis fort trompé, si ce n'est un prétexte pour ne pas encore épouser mon maître demain. Elle a déjà fait remettre deux fois la chose, pour des raisons bien impertinentes mais qu'elle n'en fasse pas tant, mon maître que tout cela rebute, pourrait bien la planter là et épouser la Vicomtesse.

LISE.

La Vicomtesse ?

LANGOUMOIS.

Oui, la Vicomtesse.

LISE.

Il épouserait la Vicomtesse qui a presque laissé perdre quarante mille livres de rente depuis son veuvage pour ne vouloir songer qu'à des aventures de Roman ? Qui quand elle va chez ses avocats ou ses procureurs souhaite qu'ils ne soient pas chez eux, de peur de parler d'affaires et qui croit avoir gagné un Empire quand elle ne les a pas trouvés, sans songer que c'est sa ruine ? Ô que ton maître serait bien loti !

LANGOUMOIS.

Hé là, là tout doucement. Elle a encore assez de bien pour contenter un Honnête homme.

LISE.

On la vint exécuter ces jours passés, pour ses dettes, et pendant qu'on détendait sa tapisserie, Madame était encore dans son lit, qui disait aux Sergents, Faites tout doucement, et ne m'éveille pas. La plaisante femme qu'il aurait-là.

LANGOUMOIS.

Crois-tu qu'il soit plus heureux avec ta maîtresse dont il n'a essuyé jusqu'ici que des caprices ?

LISE.

Et pourquoi se les attire-t-il ?

LANGOUMOIS.

Mon Dieu si tu voulais, tu dirais bien le nom de celui qu'on aime peut-être en secret, et qui est cause que mon maître est maltraité.

LISE.

Oh point. Ma maîtresse n'aime personne.

LANGOUMOIS.

Si cela était, tu aurais intérêt de nous en avertir ; car si mon Maître n'épouse pas Hortense, tu perdras les cent pistoles qu'il t'a promises.   [ 1 Pistoles : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant [XVIIème] de la valeur d'onze livres et du poids des louis » [F].]

LISE.

Je le sais bien, et je serais fort fâchée de les perdre ; mais assure-toi que la querelle qu'on lui a faite, ne vient pas de ce qu'on aime ailleurs ou Madame serait bien fine de me l'avoir caché ; c'est que ton Maître qui est l'homme du monde le plus contredisant, s'avise de faire le bel esprit chez nous, depuis qu'il se mêle d'aller à la Comédie ; et que quand Madame en dit don avis, il prend le parti contraire à tort et à travers quoiqu'on sache bien que ce soit la chose dont il puisse le moins parler, et qu'il s'y connaisse moins qu'à de l'Hebreu. Mais quand il aurait raison, notre sexe veut qu'on ait pour lui de la complaisance.

LANGOUMOIS.

Ah! La complaisance n'est pas le vice de mon maître.

LISE.

Tu vois, aussi, où il en est. Peut-être que de quinze jours, il ne se reverra à la veille de ses noces.

LANGOUMOIS.

De quinze jours ! Ah ! J'en serais enragé, et j'enverrais mille fois l'Andromaque à tous les Diables.

LISE.

Je voudrais que celui qui l'a faite, fût bien à son aise. J'en ai tellement la tête étourdie depuis hier,que je crois que je n'entendrai parler d'antre chose. Cuisinier, cocher, palefrenier, laquais et jusqu'à la porteufe d'eau, il n'y a personne qui n'en veuille discourir. Je pense m$eme que le chien et le chat s'en mêleront si cela ne finit bientôt. Et le tout, à cause de la folie de ton maître.

LANGOUMOIS.

La folie ! La folie ! Ta maîtresse dira tout ce qu'il lui plaira ; mais mon maître a de l'esprit.

LISE.

Il pouvait dire qu'il trouvait la pièce belle, sans lui faire ce sot compliment. Vous ne savez ce que vous dites Madame, vous ne savez ce que vous dites, l'Andromaque est la plus belle chose du monde. Et surtout dans une grande compagnie qui n'était pas de cet avis car tu sais ce que tous ces messieurs en dirent, à la réserve de ton maître. >

LANGOUMOIS.

Il est vrai, dès que ta maîtresse se fut déclarée tout le monde blâma jusqu'au dernier personnage. Je me souviens, mot pour mot, de tout ce qu'on en dit. On demanda quel métier Pylade faisait à la Cour de Pyrrhus ? On dit qu'Oreste était un plaisant Roi. Pyrrhus ? Un sot. Andromaque une grande bête, et Hermione une guenipe. Mais je voudrais bien avoir entendu prouver tout cela moi ; car je crois que mon maître s'y connaît mieux que tous ces gens-là.   [ 2 Guenipe : Femme malpropre, maussade, et de très basse condition. Terme très familier. [L]]

LISE.

Pour moi, je ne m'y connais point ; mais j'ai entendu parler pour et contre, et j'avoue que ce qu'on a dit contre m'a plus touchée que ce qu'on a dit pour.

LANGOUMOIS.

J'y remarquai bien aussi, quelque chose qui ne me plût pas, quand je la vis jouer ces jours passés mais ce n'était rien moins que ce qu'on dit hier.

LISE.

Adieu, je pende que voici ma maîtresse et je crois entendre le carrosse qui entre dans l'autre cour.

LANGOUMOIS.

Eh ! Ma pauvre fille, encore un moment.

LISE.

Non, je serais grondée si elle savait que je t'eusse parlé, rentre chez toi, et moi chez moi.

LANGOUMOIS.

Attends, je m'en vais voir plutôt si c'est elle. Oui c'est ta maîtresse, et je pense, mêmes, que mon maître est dans le carrosse, car j'ai vu de nos laquais. Peut-être Lise que leur paix est déjà faite. Plût à Dieu !

LISE.

Bien va t'en.

LANGOUMOIS.

Souviens-toi en tout cas de conserver les cent pistoles.

LISE.

Je ferai tout ce qu'il faudra faire. Adieu.

SCÈNE II.
Hortense, Eraste, Lise.

HORTENSE.

Lise !

LISE.

Plaît-il, Madame ?

HORTENSE.

Que fait ma mère ?

LISE.

Elle est dans sa chambre avec Madame la Vicomtesse.

HORTENSE, à part.

Ô Ciel ! Quelle compagnie ! Et lequel éviterai-je de ce fâcheux ou d'elle ?

Haut.

Portez-lui ces emplettes, et dites-lui que je vais, pour un moment dans ma chambre.

Lise sort.

ÉRASTE.

Quoi, Madame ? Vous ne voulez pas que nous entrions chez Madame votre mère ?

HORTENSE.

Nous nous remettrions peut-être à disputer si Pyrrhus est Honnête-homme ou non, et nous nous querellerions encore si bien qu'au lieu de trois jours de délai que je vous demande, pour me résoudre à épouser un obstiné comme vous ; je vous demanderais, peut-être, le temps d'y songer toute ma vie.

ÉRASTE.

Ah ! Madame, vous êtes trop bonne, pour me punir, avec tant de rigueur, d'un crime si léger.

HORTENSE.

Vous appelez un crime léger de m'avoir forcée, jusqu'à cette heure, a avoir de la complaisance pour tous vos sentiments ? Au lieu que j'en devais attendre de vous ? Ah ! J'en suis lasse et c'est bien la raison que j'éprouve, si, une fois en votre vie vous serez capable de me céder quelque chose.

ÉRASTE.

Éprouvez-le, Madame mais en toute autre rencontre que celle-ci. Ces trois jours seraient trois siècles pour mon amour et je ne crois pas qu'étant belle, raisonnable et spirituelle, comme vous êtes, vous voulussiez me faire mourir avec tant d'inhumanité, trois jours durant.

HORTENSE.

Il fait bon vous quereller, Eraste. Vous ne m'aviez pas encore cajolée sur mon esprit avec tant de galanterie et je suis fâchée de n'avoir pas pris un plus long terme que trois jours, afin de jouir plus longtemps de ces douceurs. Je vous cautionne cependant que vous ne mourrez pas de ce retardement.

ÉRASTE.

Ah ! Madame, vous ne m'aimez pas ; car si vous m'aimiez... Ah ! Voilà votre bracelet qui vient de tomber ; qu'il est joli !

HORTENSE.

Rendez-le moi, je vous prie.

ÉRASTE.

Oh ! Je le veux garder, comme un gage de votre amitié.

HORTENSE.

Et moi, je veux que vous me le rendiez.

ÉRASTE.

Moi Madame ! Je n'ai point encore eu de vos faveurs, je le garderai chèrement.

HORTENSE.

Eraste vous voulez que nous rompions ensemble pour jamais.

ÉRASTE.

Mais...

HORTENSE.

Je ne me soucie pas du bracelet ; mais voyons si vous aurez de la complaisance.

ÉRASTE.

Il faut donc Madame que cette obéissance me vaille quelque chose ; jurez-moi...

HORTENSE.

Quoi ?

ÉRASTE.

Que notre mariage sera pour la nuit prochaine, comme il a été résolu.

HORTENSE.

Oh !

ÉRASTE.

Point de bracelet à moins que de me promettre cela.

HORTENSE.

Hé bien nous verrons, donnez.

ÉRASTE.

Jurez-le moi, devant.

ÉRASTE.

Ah ! Je serais aussi bête qu'Andromaque qui épouse Pyrrhus sur sa parole avant que d'avoir vu son fils en sûreté.

ÉRASTE.

Eh ! Juste Ciel ! Madame, cette pièce vous servira-t-elle toujours de règle et de matière, à me persécuter ?

HORTENSE.

Je ne puis me régler sur aucune chose, que vous estimiez davantage. Mais sans tant d'amusements, rendez-moi mon bracelet.

ÉRASTE.

Vous me promettez-donc.

HORTENSE.

Hé ! Vitement.

ÉRASTE.

Nous épouserons cette nuit ?

HORTENSE.

Donnez.

ÉRASTE, lui baise la main dont elle lui arrache le bracelet.

J'aurai toujours ce baiser.

HORTENSE.

Vous êtes bien extravagant, Eraste, et bien hardi.

ÉRASTE.

Il est vrai, Madame, que puisque vous m'avez promis de ne point différer notre mariage, je devais attendre ces heureux moments mais je vous tiendrai bon compte de ce baiser-là.

HORTENSE.

Je ne vous ai rien promis.

ÉRASTE.

Quoi Madame ?

HORTENSE.

J'ai dit que vous me rendissiez mon bracelet, et que je verrais ce que j'aurais à faire ; mais je ne trouve point à propos de vous rien promettre.

ÉRASTE.

Ah ! Parbleu, Madame, cela serait fort vilain. Je trouverais à mon tour de quoi vous condamner par vos propres sentiments si après avoir tenu Pyrrhus pour un si mal-honnête homme, à cause qu'il manquait de parole, vous veniez à en manquer vous-même.

HORTENSE.

Qui n'a rien promis, ne saurait manquer de parole. Mais quand j'en manquerais, il ne s'agit point ici d'affaires d'État, comme dans l'Andromaque ; et d'ailleurs vous me trouveriez bien une excuse puisque vous en avez trouvé pour Pyrrhus.

ÉRASTE.

Sérieusement, Madame, tout le monde espère que ce fera, pour la nuit prochaine et Madame votre mère ne sera pas contente si vous différez encore une chose qui devrait être faite il y a quinze jours.

HORTENSE.

Sérieusement, Eraste, et tout résolument, il n'en fera rien. Ma mère est bonne, et voudra ce que je voudrai pourvu que vous ne vous y opposiez-pas, et soit caprice ou raison qui me fasse vous demander un délai de trois jours, je veux voir par là si vous m'aimez.

ÉRASTE.

Ah Madame, cela est insupportable. Doutez-vous que je ne vous aime infiniment ? Mais je vois bien que c'est pour vous venger du peu de complaisance, dont vous m'accusez, que vous feignez de vouloir ce retardement.

HORTENSE.

Je ne feins point de le vouloir, je le veux en effet.

ÉRASTE.

Hé comment ? Madame...

HORTENSE.

Oui.

ÉRASTE.

Eh ! Je vous conjure.

HORTENSE.

Point de nouvelles.

ÉRASTE.

Ho ! Vous m'épouserez pourtant, c'est trop vous moquer de moi. J'ai Madame votre mère et la raison de mon côté. L'heure de notre mariage a été résolue, puis que vous ne le voulez point d'amitié, vous le voudrez de force, songez y bien.

HORTENSE.

Ha ha ! Voilà le songez-y bien de Pyrrhus. Après qu'il a bien fait le doucereux auprès d'Andromaque, il la traite de la même façon. Je ne m'étonne plus, Monsieur, que vous défendiez si fort son caractère. C'est une politique d'excuser les défauts de nos semblables, et nous faisons pour nous-mêmes, en agissant de la sorte.

ÉRASTE.

Eh ! Madame, quand on est au désespoir, quand on a de l'amour...

HORTENSE.

Quand on a de l'amour, et qu'on est à accoutumé à vivre parmi les honnêtes gens, on est respectueux. Je suis ravie vraiment de vous avoir si bien connu. Hé bien bien, j'en profiterai. Vous vous servirez de tout votre pouvoir, et moi du mien. Adieu vous pouvez vous aller plaindre à ma mère mais souvenez-vous, que j'épouserai plutôt le dernier de tous les hommes, que vous ; et que je vous tiens pour un aussi malhonnête homme, que le héros que vous estimez tant.

ÉRASTE.

Ah cruelle ! Fais, fais-moi mourir, achève...

HORTENSE.

Achève ? D'où vient encore ce tutoiement ? Est-ce que le titre d'amant disgracié vous a mis fort au-dessus de moi comme celui d'ambassadeur, met Oreste au dessus de Pylade ?

ÉRASTE.

Tigresse !

HORTENSE.

Adieu, Pyrrhus, adieu.

SCÈNE III.
Alcipe, Eraste.

ALCIPE.

On te maltraite fort, cher cousin. Quoi ? La querelle d'hier au soir dure toujours ? Et on en est encore sur le chapitre d'Andromaque ?

ÉRASTE.

Tu vois.

ALCIPE.

De quoi est-ce aussi que tu t'es allé aviser de rompre en visière à ta maîtresse pour cela ? Quel diable d'intérêt prends-tu tant à l'Andromaque ? Quand tu n'aurais point de fortune à espérer par ton mariage avec Hortense, ne sais tu pas qu'il faut avoir de la complaisance parmi les femmes, et que le vrai moyen de se ruiner dans leur esprit, c'est de les contredire ? Quand tu aurais dit, que l'Andromaque n'est pas une des meilleures pièces du monde, il y en a bien d'autres que toi qui le disent qui n'ont pas de maîtresse à ménager.

ÉRASTE.

Pourquoi veux- tu que je parle contre ma pensée ? Tous ceux avec qui j'étais sur le théâtre, ont dit qu'elle était belle. Je n'examine rien davantage ; elle est belle et le sera malgré tout le monde et malgré toi-même.

ALCIPE.

Tu vois comme cela a accommodé tes affaires. Voilà ton mariage différé, et peut-être rompu.

ÉRASTE.

Rompu ? Tu te moques, j'ai parole de la mère qu'on n'en signera pas moins ce soir notre contrat pour être marié la même nuit, et pour preuve de cela, je vais envoyer tout présentement mon valet faire préparer un petit régale, pour le bal que je veux donner.

SCÈNE IV.
Eraste, Alcipe, Langoumois.

ÉRASTE.

Langoumois !

LANGOUMOIS.

Plaît-il, Monsieur ?

ÉRASTE.

Écoutez, allez vous-en au petit Paris, dire qu'on me tienne prêt pour ce soir ce qu'ils savent bien et de la manière que je le dis hier au maître.

LANGOUMOIS.

Tout est donc raccommodé, Monsieur, et votre paix est donc faite ?

ÉRASTE.

Faites ce que je vous dis, sans vous informer d'autre chose.

LANGOUMOIS.

Bon, bon, bon ! Monsieur, j'y vais tout à l'heure.

SCÈNE V.
Alcipe, Eraste.

ALCIPE.

Je doute fort qu'Hortenfe soit de l'avis de sa mère.

ÉRASTE.

Oh ! Tu peux t'en assurer, la petite friponne qu'elle est, en a autant d'envie que moi, et ce n'est que pour me faire impatienter qu'elle fait tout ce qu'elle fait. Elle a même du plaisir à éprouver ainsi la violence de mon amour.

ALCIPE.

Tu te flattes. Elle t'a fait un compliment en te quittant qui passait la raillerie, et la belle prononçait cela avec vigueur.

ÉRASTE.

C'est qu'elle est un peu piquée de ce que j'ai dit qu'elle m'épousera malgré elle et, que je ferai agir sa mère ; mais un moment effacera tout cela.

ALCIPE.

Tu lui as donc fait le compliment que Pyrrhus fait à Andromaque ?

ÉRASTE.

Par ma foi ! Mon cher, je ne lui ai point parlé tout à fait comme Pyrrhus ; mais quand je l'aurais fait, je juge par moi-même, que Pyrrhus a raison.

ALCIPE.

Il a si fort raison, que ceux qui louent le reste de la pièce, ont tous condamné sa brutalité, et je m'imagine voir un de nos Braves du Marais, dans une maison d'honneur, où il menace de jeter les meubles par les fenêtres si on ne le satisfait promptement. Mais elle t'a encore donné une attaque touchant Oreste qui tutoie Pylade ?

ÉRASTE.

Oui. Je suis bien aise que tu l'aies entendu ? Dit-on jamais rien de plus ridicule ?

ALCIPE.

C'est avec justice qu'elle condamne encore cet endroit. Le voudrais tu soutenir, toi ?

ÉRASTE.

Si je le voudrais soutenir ? Quoi tu trouves mauvais que deux amis se tutoient ? Ah ! Je te trouve plaisant aussi bien qu'elle, et cela vaut de l'argent.

ALCIPE.

Je te dis...

ÉRASTE.

Tu me dis la plus haute impertinence du monde cher cousin, tais-toi, tu feras mieux de ne dire mot.

ALCIPE.

Tu parles....

ALCIPE.

Pauvre auteur d'Andromaque, tu as fait une lourde faute, de faire tutoyer deux amis !

ALCIPE.

Mais...

ÉRASTE.

Ah ! Puisque tu condamnes cette façon d'agir je t'appellerai désormais Monsieur.

ALCIPE.

Tu es un étourdi. Je n'aurais rien à dire, si Oreste et Pylade se tutoyaient tous deux ; mais de voir seulement Oreste tutoyez Pylade...

ÉRASTE.

Et à qui tient-il que Pylade ne le tutoie aussi s'il veut l'appeler Seigneur, Oreste n'en peut mais.

ALCIPE.

Le fou ! À qui tient-il ? Il tient à l'auteur, qui a du savoir que Pylade étant Roi bien qu'Oreste.

ÉRASTE.

Pylade Roi ? Ah ! Je te le nie.

ALCIPE.

Vraiment ! Il était Roi de la Phocide, je te marque son royaume ; et son père, à qui il avait succédé s'appelait Strophius ; si tu ne le sais pas c'est que tu n'as pas lu l'Histoire.

ÉRASTE.

L'Hiftoire ? Ah ! Il est là bon l'Histoire ! C'est bien des gens comme moi, va, qui se soucient de l'Histoire. C'est assez que j'ai lu Clélie avec la Vicomtesse, et que je sais l'Andromaque sur le bout du doigt.

ALCIPE.

Voilà de nos Messieurs, qui veulent qu'une chose ne soit pas parce qu'ils n'en ont pas la connaissance. Oui Pylade était fils du Roi de la Phocide, qui était beau-frère d'Agamemnon père d'Oreste de sorte qu'Oreste et Pylade étaient même cousins germains.

ÉRASTE.

Et que m'importe ?

ALCIPE.

Que t'importe ! C'est une impertinence extrême d'introduire deux personnes tellement égales et de faire que l'un parle à l'autre comme s'il était son écuyer, ou son Valet de chambre, et que cet autre le souffre.

ÉRASTE.

Bon, bon, bon ! Voilà une belle critique !

ALCIPE.

Je trouve la chose encore plus ridicule, en ce qu'on fait faire cela à Oreste, lorsqu'il est devenu ce que nous appelons d'Evêque Musnier. Est-ce à cause que du plus grand Roi de Grèce, qu'il était, il n'est plus qu'un simple Ambassadeur des petits Principimus, qu'on veut qu'il tranche tant du grand avec Pilade ?

ÉRASTE.

Il est bien Ambassadeur extraordinaire pour toi.

ALCIPE.

Ah ! Je te l'avoue, il n'est rien de plus extraordinaire qu'un Roi Ambassadeur.

ÉRASTE.

[T]u es fou mon cher, tu es fou.

ALCIPE.

Je fuis fou, parce que, tu ne sais que répondre. Mais je vois, ce me semble, la Vicomtesse qui fait son compliment de sortie à la mère d'Hortense pour repasser chez elle. Je gage, quelque entêtement qu'elle ait pour l'Andromaque, qu'elle dira que j'ai raison.

ÉRASTE.

C'est justement le secret de bien faire sa cour auprès d'elle, que de condamner l'Andromaque, oui oui va, tu y seras bien reçu.

ALCIPE.

Peut-être. Mais la voici, la bonne figure avec sa langueur affectée.

ÉRASTE.

Cette langueur n'est pas déplaisante, et si je n'avais mes raisons pour épouser Hortense je m'accommoderais mieux de son esprit, que de celui de mon écervelée.

ALCIPE.

Oh ! Toi, tu n'as garde de dire autrement.

SCÈNE VI.
Alcipe, Eraste, La Vicomtesse.

LA VICOMTESSE, faisant des révérences à la porte de Silviane.

Hé ! Madame, vous faites des cérémonies comme si nous ne logions pas tous, dans une même maison.

ÉRASTE, tandis que la Vicomtese fait des révérences.

Tu la conduiras chez elle, car tandis que la Mère d'Hortense est seule je la vais presser.

Il parle bas à Alcippe.

LA VICOMTESSE, se retournant vers la porte.

Hé Madame, je suis votre très humble servante.

ALCIPE.

Tu as raison ne souffres pas qu'on diffère ce qui s'est caché un mois pourrait être découvert en trois jours.

LA VICOMTESSE.

De quoi s'entretiennent les deux cousins ?

ALCIPE.

Nous en sommes sur la Tragédie d'Andromaque Madame, et je lui reproche...

LA VICOMTESSE.

Ha ! Vraiment je ne suis point pour Hortense. Elle eut hier le plus grand tort du monde.

À Eraste.

Silviane m'a pourtant dit que cela ne reculerait pas longtemps votre bonheur.

ALCIPE, à Eraste.

Tu t'es un peu pressé d'envoyér au petit Paris.

ÉRASTE.

Quoi, je suis remis encore ?

LA VICOMTESSE.

Je sais bien au moins que ce ne fera pas pour la nuit prochaine.

ÉRASTE.

Ah ! Je vais faire souvenir Silviane de me tenir la parole qu'elle m'en a donnée. Cependant, Madame, je vous laisse entre les mains un ennemi juré d'Andromaque, qui veut que ce soit une pièce où il n'y ait pas de sens commun. Je vous prie de le mettre à la raison, Madame.

SCÈNE VII.
Alcipe, La Vicomtesse.

LA VICOMTESSE.

Est-il possible, Alcipe, que vous puissiez dire cela ?

ALCIPE.

Ah ! Madame...

LA VICOMTESSE.

Je ne vous crois pas si peu raisonnable. Vous voulez bien que je sache s'il y a chez moi quelqu'un de mes gens ?

ALCIPE.

Hé, Madame ! Je le vais savoir.

LA VICOMTESSE, le retenant.

Ô Dieu ! Monsieur n'en prenez pas la peine. Virgine ! Plotine !

ALCIPE.

Mon Dieu ! Madame, que ces noms là sont beaux.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Je suis fort pour ces sortes de noms-là. Tous mes laquais s'appellent Césars et Alexandres et il n'y a pas jusqu'à mon cocher que j'appelle Phaéton.

ALCIPE.

C'est avec raison, Madame, il conduit aussi le char d'un Soleil quand il mène votre carrosse.

LA VICOMTESSE.

Ah cette comparaison est un peu forte pour moy. Laquais ! Hola ! Quelqu'un.

ALCIPE, allant et revenant.

Hola ! Laquais de Madame la Vicomtesse. Il n'y a personne sans doute.

LA VICOMTESSE.

Je suis malheureuse, je ne puis faire un pas hors de chez moi, que tout mon monde ne se disperse aussitôt de côté et d'autre.

ALCIPE.

Puisqu'ils vous ont vu entrer chez la mère d'Hortense ils ne doivent pas être loin.

LA VICOMTESSE.

C'est que le bon destin d'Andromaque veut que je demeure un moment avec vous, pour la défendre de vos sentiments.

ALCIPE.

Ha ! Madame, j'aurais bien pris la liberté d'aller m'en justifier jusques chez vous.

LA VICOMTESSE.

Qu'y a-il donc dans cette pauvre Andromaque, qui la rende une si méchante pièce ?

ALCIPE.

Je ne dis pas, Madame, que ce soit une très méchante pièce. Non, au contraire cela ne va pas tant mal pour un commencement, et l'auteur a assez bien imité les savants en quelques endroits. Mais de vouloir qu'il soit vrai qu'il ait surpassé tous ceux qui ont jamais écrit : hé ! Madame le bon sens peut-il souffrir qu'on se trompe de la sorte ? C'est gâter un homme à force d'encens, et sans cela peut être que nous aurions vu quelque jour une bonne pièce de lui.

LA VICOMTESSE.

Ôtez ce nous aurions vu, Alcipe ; car on l'a vue ou l'on ne la verra jamais et tout est admirable dans l'Andromaque.

ALCIPE.

Il y a je ne sais quoi, Madame, qui à mon gré ne serait guère un exemple à suivre.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Juste Dieu ! Que dites vous là ? C'est peut être la Tragédie où toutes choses sont de meilleur exemple, et j'y songeais encore hier en rendant visite à une petite Provinciale fort au dessous de ma qualité, qui eut l'insolence de m'attendre dans sa chambre et sur son siège, au lieu de venir au devant de moi. Hélas ! dis-je, cela est bien, éloigné de l'honnêteté de Pyrrhus, qui loin de souffrir qu'on amène Oreste à son audience, le va chercher où il est pour savoir le sujet de son Ambassade.

ALCIPE, riant.

Avec tout le respect que je vous dois Madame, je croyais que les Rois dussent être un peu plus jaloux de leur rang. Cette grandeur qui est attachée à leurs personnes, fait que ce qui s'appellerait honnêteté en d'autres, est une grande faute en leur conduite, et je n'ay point encore vu de gens qui n'aient ri à cette pièce lorsque Pyrrhus y vient dire à Oreste, Je vous cherchais par tout, Seigneur. Au lieu de le mander dans son Cabinet.

LA VICOMTESSE.

Hé ! Mon Dieu, tous les Rois ne sont pas si façonniers qu'on dirait bien.

ALCIPE.

Ah ! Madame, la Majesté ne doit pas courir ainsi de chambre en chambre, dans les occasions de cérémonies.

LA VICOMTESSE.

Voulez-vous encore rien de meilleur exemple que cette Andromaque, qui pleure son époux, après plus d'un an, comme le premier jour ?

ALCIPE, riant.

D'accord, Madame, cela est tout à fait rare. Mais on l'accuse de peu de jugement cette Andromaque, d'avoir découvert à son cruel ennemi, qu'elle avait sauvé son fils. Elle devait bien le faire élever dans un lieu qui ne fut pas venu à la connaissance de Pyrrhus ; car qui avait eu le temps et l'adresse de supposer un autre enfant à Ulysse, le plus fin de tous les hommes, en pouvait avoir eu aussi pour faire ce que je dis.

LA VICOMTESSE.

Oh ! C'est ce que j'y trouve de plus beau que cette confiance. C'est une marque qu'elle était très bonne.

SCÈNE VIII.
Alcipe, La Vicomtesse, César.

LA VICOMTESSE, à César.

César ! Hé bien Monsieur le coquin, où étaient donc tous mes gens quand j'ai voulu rentrer chez moi ?

CÉSAR.

Peut-être que je dormais, Madame.

LA VICOMTESSE.

Je vous apprendrai petit sot.

CÉSAR.

Hé, Madame, vous avez une femme de chambre qui s'amuse il y a une heure, à faire l'Hermione contre votre cocher dont elle est coiffée ; au lieu de cela que n'écoutait-elle à la porte ?

ALCIPE.

Ce César a la mine d'être un bon petit fripon.

LA VICOMTESSE.

Tout parle d'Andromaque. Mais vous plaît-il d'entrer Alcipe ? Venez, venez, nous continuerons notre conversation au logis.. >

ALCIPE.

C'est trop d'honneur, Madame, que vous me faites.

ACTE II

SCÈNE PREMIÈRE.

LYSANDRE, seul.

Je ne vois personne. Favorife ô Ciel ! Le dessein que j'ai de voir ma chère Hortense. Mais quelqu'un descend. N'importe, servons nous du prétexte que nous avons résolu de prendre, en cas que nous soyons découverts.

SCÈNE II.
Lysandre, Lise.

LISE.

Que demandez-vous Monsieur ? Que cherchez-vous ?

LYSANDRE.

Je voudrais dire un mot à Silviane, ma chère fille. Fais que je lui parle. A-t-on dîné ?

LISE.

Oui ; mais que lui voulez-vous dire ? Elle est empêchée.

LYSANDRE.

Je venais pour affaire. Hortense y est-elle, et ne pourrais-je lui confier ce que c'est au défaut de Madame sa mère ?

LISE.

Vraiment ! Monsieur, ma maîtresse a bien aujourd'hui à songer à autre chose ; elle est à veille de ses noces.

LYSANDRE, à part.

Ô Dieu ! L'avis n'est point faux.

À Lise.

Je ne lui dirais qu'un mot.

LISE.

Je m'en vais plutôt avertir Madame sa Mère, prenez la peine d'entrer dans la salle.

SCÈNE III.
Lysandre, Hortense, Lise.

HORTENSE, sortant brusquement.

Non non, Lise, ne vas point avertir ma mère, obtiens-toi plutôt ici pour me rendre un service, pendant que je dirai un mot à Monsieur.

LISE, à part.

Hon ! Hon ! Nous y voici.

HORTENSE, à Lise.

Eraste est dans le jardin qui se promène avec elle, fais le guet, et avertis nous quand ils seront prêts d'en sortir.

À Lysandre.

Vous voyez la fille la plus fidèle qui soit en France, Monsieur.

À Lise.

Il faut que tu nous aides Lise.

Ici Hortense parle à l'oreille à Lysandre.

LISE.

Justement, parce qu'on ne peut plus se cacher de moi.

HORTENSE, à Lysandre à part.

C'est une nécessité de nous en servir ; mais elle est bonne, j'en ferai ce que je voudrai.

LYSANDRE.

Il y a cinquante pistoles pour toi, si nous venons à bout de notre dessein, et que tu ne parles pas.

Ils se parlent bus encore.

LISE.

Hélas ; Monsieur, je suis toute au service de Madame.

À part.

Voyez-vous pourtant la rusée ?

LYSANDRE, après qu'Hortense lui a parlé bas.

Ah ! Vous avez de l'esprit, et je crois que cela fait désespérer mon rival.

HORTENSE.

Je le fais enrager.

À part.

Ma pauvre Lise, fais bien le guet.

LISE.

Eh ! Ne craignez rien, ils sont en profonde conférence, et ne songent guère à ce que vous faites.

Elle s'écarte un peu.

LYSANDRE.

Cependant, Madame, la présence de ce rival m'a empêché, ce matin, au Palais, de vous entretenir plus à loisir ?

HORTENSE.

Ce n'est pas ma faute. J'avais pris des mesures pour y pouvoir aller seule ; mais j'ai été toute étonnée que je l'ai vu à la même boutique où j'étais.

LYSANDRE.

Ah Dieu ! J'avais reçu, hier au soir, une sensible joie, en apprenant, par votre cocher, que vous aviez encore rompu le coup de mon malheur, et j'avais mis l'Andromaque au dessus de toutes les pièces de Théâtre, à cause qu'elle avait produit ce bon effet.

LISE, à part.

C'est donc le cocher.

LYSANDRE.

Mais votre cruelle mère veut que, la nuit qui vient, vous n'en épousiez pas moins mon rival.

HORTENSE.

J'ai gagné temps jusqu'à demain ; mais...

LYSANDRE.

Demain ou cette nuit, Madame c'est tout un pour moi ; et s'il n'y a point d'autre remède il faut que vous consentiez que je vous enlève cette même nuit.

HORTENSE.

Mais vous disiez que quand votre père aurait vuidé l'affaire qu'il a contre nous, qui est prête à s'accommoder ; vous le feriez résoudre à me demander, pour vous, à ma mère ? Vous ne vouliez que deux jours pour cela et pour rompre mon mariage avec Eraste ?

LYSANDRE.

Oui, Madame ; mais mon père est tellement obstiné à ne rien relâcher de ses demandes que l'affaire n'a pu être terminée, et comme je le connais, je n'ose lui parler de vous auparavant, de peur de tout gâter. J'avais même prié un de mes amis qui m'avait promis de me servir utilement de pressentir votre mère sur ce dessein ; mais je n'en ai point eu de nouvelles, et cependant je vous perds.

HORTENSE.

J'aurai bien peu d'adresse si je ne diffère encore quelques jours.

LYSANDRE.

Non, non, Madame, on pourrait vous contraindre à plus que vous ne voudriez. Choisissons le plus court, prêtez la main à votre enlèvement. Vous me l'avez promis à l'extrémité, et nous y sommes. Ce coup rompra celui que j'appréhende, il fera que mon père accordera tout ce qu'on voudra pour étouffer l'affaire et pressera lui-même notre mariage. Nous sommes deux partis égaux. Eraste n'est qu'un inconnu qui trompe votre mère, et qui n'a peut-être pas tout le bien qu'il dit et je suis sûr qu'avec le temps elle m'aimera mieux que lui pour son gendre. Enfin, Madame, je ne vous demande rien, que vous ne m'ayez promis.

HORTENSE.

Il est vrai ; mais n'y a-t-il pas d'autres moyens ?

LYSANDRE.

Non, Madame, mais, de grâce, résolvez promptement, ce lieu est mal propre à contester.

HORTENSE.

Je suis bien embarrassée !

LYSANDRE.

Il faut que cette fille nous facilite cette entreprise.

HORTENSE.

Lise...

LISE.

Eh ! Dépêchez sans barguigner.

HORTENSE.

Hé bien, elle vous tiendra la petite porte du jardin ouverte, et je m'y rendrai à minuit ; mais aussi promettez-moi...

LYSANDRE.

Je vous enlèverai sans vous enlever ; ce ne sera que pour vous conduire chez votre parente, où nous nous sommes déjà vus.

HORTENSE.

Lise garde toi bien de nous trahir. Tu vois quelle confiance j'ai en toi, et où j'en serois si Eraste savait notre dessein.

En l'embrassant.

Je te ferai tant de bien tant de bien, après ce temps-ci, que... tu verras. Mais je crois qu'Eraste et ma mère sont rentrés dans la salle. Va voir, Lise, je t'en prie.

LISE, y allant.

Hé allez ; ne vous mettez pas en peine, je vous avertirai.

HORTENSE, à Lisandre.

Adieu, retirez vous. Comme notre Vicomtesse ne manque pas, depuis peu, à s'aller promener toutes les nuits dans le jardin pour y entretenir ses visions romanesques, et pour voir si quelque adorateur ne sortira point de derrière une palissade, pour mourir à ses pieds ; il me sera bien aisé de m'y rendre sans qu'on soupçonne que ce soit moi.

LISE.

Ah ! Madame, Eraste vous a vus à travers des vitres de la salle, et je me trompe fort s'il n'accourt ici.

HORTENSE, à Lysandre.

Sortez vite.

Il sort.

SCÈNE IV.
Eraste, Silivane, Hortense.

ÉRASTE.

Vous rougissez en me voyant, Madame ? Je suis fâché d'avoir interrompu votre entretien avec ce galant homme.

À Sylviane.

Madame, il ne faut plus demander pourquoi votre fille cherche tous les jours des remises. Sans doute qu'elle a des inclinations secrètes, et qu'elle espère que vous choisirez, à la fin, un autre gendre que moi.

SYLVIANE.

Est- il vrai, ma fille ? Parliez-vous à quelqu'un ?

HORTENSE.

Oui, Madame.

ÉRASTE.

Oui ! Ah juste ciel ! Quelle effronterie !

HORTENSE.

L'Extravagant !

SYLVIANE.

Et qui est celui, ma fille, à qui vous parliez ?

HORTENSE.

C'est Lisandre, ma mère, qui est venu savoir, si vous étiez au logis, parce qu'un homme doit venir vous parler des affaires de son père et comme je l'ai aperçu de la salle, je suis descendue dans la cour, pour lui dire que vous étiez à la maison, et que cet homme pouvait venir quand il lui plairait.

ÉRASTE.

Bonne excuse ! Ma foi, bonne excuse ! La menterie est bien trouvée.

SYLVIANE.

Écoutez. Eraste...

ÉRASTE.

Eh ! Madame, il faudrait que Lisandre fût bien plein de loisir, pour venir lui-même faire un senblable message. Un laquais suffisait pour cela, aussi bien que pour en faire la réponse.

HORTENSE.

Vous vous moquez Monsieur un simple résident suffisait bien pour faire l'Ambassade d'Oreste ; et cependant il n'a pas laissé de venir, lui-même, demander un chétif petit enfant à Pirrhus. Pourquoi condamnez-vous en Lisandre, ce que vous approuvez en lui ?

ÉRASTE.

Vous voyez, morbleu : comme l'on me traite ?

SYLVIANE.

Rentrez petite sotte et ne parlez point davantage.

Hortense rentre et il menace du doigt en passant devant lui.

SCÈNE V.
Eraste, Silviane.

ÉRASTE.

Enfin, Madame, la source de mon malheur m'est connue. Je condamnais tous les jours les soupçons que j'avais qu'elle n'en aimât un autre, mais la présence de Lysandre m'a éclairci de toutes choses.

SYLVIANE.

Il ne faut pas que Lisandre vous donne de l'ombrage. J'ai en effet des affaires d'importance avec son père qui sont en termes d'accommodement et il se peut qu'il soit venu ici pour ce que ma fille vous a dit.

ÉRASTE.

Ah ! Madame mon malheur est certain. Je me suis flatté jusqu'ici de l'espérance qu'elle pouvait changer, et je prenais pour des effets de jeunesse l'affectation qu'elle a à me maltraiter. Mais depuis qu'à travers de ces vitres, je les ai vus se parler avec toute l'action des amants, je ne doute plus que ce Lysandre n'ait son coeur, Madame, non, je n'en doute plus.

SYLVIANE.

Point du tout, vous dis-je.

ÉRASTE.

Madame, j'ai de bons yeux, j'ai de la raison, et vous ne m'ôterez point cela de la tête.

SYLVIANE.

Comment ne fâcheriez-vous point une jeune fille, avec vos obstinations, puisque je m'en fâcherais moi-même, si je n'étais plus raisonnable que vous ? Si je vous fais épouser ma fille demain sans remise, comme je vous l'ai promis, qu'aurez vous à dire ?

ÉRASTE.

Il faudrait, Madame, que ce fût dès cette nuit, comme il avait été résolu.

SYLVIANE.

Il n'y a pas tant de temps, et cela ne doit point vous chagriner.

SCENE VI.
Sylviane, Éraste, Lise.

LISE.

Madame.

SYLVIANE.

Qu'y a-t-il ?

LISE.

Un honnête homme est dans la salle qui demande à vous parler.

SYLVIANE, à Lise.

Je vais tout à l'heure à lui.

À Eraste.

Je vous quitte un moment. C'est sans doute l'homme du père de Lisandre dont ma fille nous vient de parler, et cela vous doit mettre hors de jalousie. Adieu, soyez en repos, je lui ferai bien perdre tous ses petits caprices, et je vous la promets demain, fort complaisante pourvu qu'il ne se parle plus d'Andromaque.

SCÈNE VII.

ÉRASTE, seul.

Eh ! Demain, demain, c'est encore bien du temps pour un homme qui a sujet de craindre, à toute heure, un revers de fortune. Mais il faut que je revoie au Petit Paris ; car j'ai envoyé dire à mon valet de ne rien faire sans revenir prendre mon ordre. Eh ! Andromaque ! Maudite Andromaque ! Mais j'admire ma jeune étourdie, d'y trouver à tous moments de quoi me railler ? Si une autre qu'elle le mêlait de me faire de ces applications... Mais voici mon valet.

SCÈNE VIII.
Éraste, Langoumois.

ÉRASTE.

Langoumois !

LANGOUMOIS.

Monsieur je venais à vous.

ÉRASTE.

Il faut que tu retournes au petit Paris, dire que ce fera pour demain assurément.

LANGOUMOIS.

Monsieur, j'ai fait comme Oreste, qui ne laissa pas de tuer Pyrrhus, quoi que ce Cléone lui eût été dire qu'il n'en fit rien sans revoir Hermione.

ÉRASTE.

Comment, coquin ? Vous vous mêlez donc aussi de me parler de l'Andromaque ?

LANGOUMOIS.

Hé ! Monsieur, je voulais vous dire que quoi qu'on m'eut averti de ne rien faire sans nouvel ordre, je n'ai pas laissé de commander votre régale pour demain.

ÉRASTE.

Et l'as-tu deviné, traître ?

LANGOUMOIS.

Non, Monsieur. Il y a cette différence entre Oreste et moi, que s'il a deviné, lui, que celle-là n'en voulait pas moins tuer l'autre, moi, j'ai su votre volonté d'un des Laquais de Sylviane, qui m'a rencontré au cabaret.

SCÈNE IX.
Eraste, La Vicomtesse, Langoumois.

LA VICOMTESSE.

Je suis bien aise de vous voir, Eraste.

ÉRASTE.

Je vous en suis obligé, Madame.

LANGOUMOIS.

Monsieur j'ai autre chose à vous dire.

LA VICOMTESSE.

Ô que votre Cousin est un étrange homme. On vous accuse d'être obstiné mais j'aimerais mieux avoir affaire à cinquante Erastes, qu'à un seul Alcipe.

LANGOUMOIS, à Eraste.

Monsieur, cela est d'importance.

ÉRASTE.

Attends un moment.

À la Vicomtesse.

Il a bien frondé l'Andromaque n'est-il pas vrai, Madame ?

LA VICOMTESSE.

Je l'ai prié de dîner avec moi, pour en parler plus longtemps il a condamné les endroits que j'aime le mieux.

ÉRASTE.

Hay ! Hay ! • C'est un fou, Madame, je le lui ai tantôt dit à son nez.

LA VICOMTESSE.

Oh ! Il est tout à fait ridicule.

LANGOUMOIS.

Monsieur, ce que j'ai à vous dire est plus nécessaire que ce que vous dites.

ÉRASTE.

Tu veux parler, traître ? Et moi je ne veux pas écouter.

À la Vicomtesse.

Il veut avoir plus d'esprit que vingt personnes, de la première qualité, qui l'ont trouvée incomparable.

LA VICOMTESSE.

Il m'a donné un joli détour, quand je lui ai parlé de cela. Il veut que ces meilleurs n'en aient pas moins reconnu les défauts, et que ce soit seulement pour donner courage à un jeune auteur, qui a du génie, qu'ils louent si hautement sa pièce.

ÉRASTE.

En dépit de lui, pourtant c'est la plus belle pièce qui soit sur la terre.

LA VICOMTESSE.

J'aime tant la bonne foi de cette pauvre veuve, quand elle fait son testament, et qu'elle confie Astyanax à sa suivante, avant que de se tuer.

ÉRASTE.

Hé bien, Madame, il y a des impertinents qui ont blâmé cela.

LA VICOMTESSE.

Je le sais. Il y eut une petite créature qui trouva, hier, l'endroit délicat. Si j'avais, dit-elle, été à la place d'Andromaque j'aurais voulu coucher deux ou trois nuits avec Pyrrhus afin qu'il permit à Céphise de disposer de mon fils après ma mort. L'impertinente !

ÉRASTE.

Bon ! Madame. Si elle eût fait cela, l'envie de se tuer ne lui serait peut-être pas demeurée et cela aurait gâté sa vertu.

LA VICOMTESSE.

Vous avez raison et en dépit de cette spirituelle, c'est un chef-d'oeuvre surprenant que cette tragédie.

ÉRASTE.

Surprenant ? Autant qu'il puisse l'être. Vous y voyez une Hermione qui court un Pyrrhus et tous deux avoir une telle sympathie l'un avec l'autre, que quand celle-là a fait une scène avec sa Cléone, celui-ci la double aussitôt avec Phénix son précepteur. Elle et lui n'ont qu'une même pensée. Ils s'expriment avec les mêmes mots, et cependant ce Pyrrhus n'en aime pas plus cette Hermione ; est-il rien de si admirable et de si surprenant ? Après, Madame, j'ai ouï dire qu'Astyanax fut précipité du haut d'une tour par Ulysse ; mais dans cette comédie sa mère le sauve fort subtilement et trompe cet Ulysse qui était le plus fin diable qui fut en France.

LA VICOMTESSE.

Vous voulez dire en Grèce.

ÉRASTE.

En Grèce en France qu'importe ; mais est-il rien de si surprenant.

LANGOUMOIS, à Eraste.

Je vous apprendrai quelque chose de plus surprenant. Écoutez moi.

ÉRASTE.

Pendard.

LA VICOMTESSE.

Cela n'est pas au goût d'Alcipe. Il dit que c'est une faute d'avoir changé un événement aussi connu que la mort d'Astyanax que ce sons de ces histoires qu'on sait mieux que celles de notre temps même, et qu'on ne doit point déguiser. Mais il ne sait pas que c'est ce qui fait la beauté de nos Romans.

ÉRASTE.

Peut-on ne pas trouver cela beau ? Le benêt ! L'insensé ! Le misérable.

LA VICOMTESSE.

Ou bien, dit-il, quand on veut déguiser l'histoire, il faut que cela serve à quelque chose de grand et d'ingénieux, comme quand Ronsard sauve cet enfant pour en tirer l'origine de plusieurs grands Rois. Mais dans l'Andromaque, on le fauve sans dire pourquoi ni ce qu'il devient.

ÉRASTE.

Quoi il parle de Ronfard ? De ce vieux Ronsard ? Le fou ! Le fou ! •Y en a-t'il de pareils aux Petites Maisons ? Je vous suis obligé, Madame, de m'en avoir tantôt débarrassé ; il me parlait sans cesse d'Oreste et sans vous, il s'allait encore jeter sur la friperie de Pyrrhus.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Pour Pyrrhus, Alcipe dit qu'il n'avait pas lu les Romans.

ÉRASTE.

Il ne les avait pas lus • et que sait-il ? Qui est-ce, qui le lui a dit ? Je lui soutiens, moi, que Pyrrhus avait lu la Clélie.

LA VICOMTESSE, riant.

Ah ! Pour la Clélie, il ne se peut ; mais du moins il avait lu les Romans de son temps ; car amour est l'âme de toutes ses actions, aussi bien que de la pièce, en dépit de ceux qui tiennent cela indigne des grands caractères. Enfin on a raison de renvoyer Corneille à l'école. Il n'a jamais rien fait d'approchant.

ÉRASTE.

Corneille ? On m'a fait voir ce matin chez un Libraire, que Corneille lui a volé une scène presque entière, et vingt autres endroits, par ci, par là, pour mettre dans une de ses pièces.

LA VICOMTESSE.

Comment ? Corneille a-t-il fait quelque pièce, depuis l'Andromaque ?

ÉRASTE.

Parbleu ! Madame, c'est la scène où Hermione veut qu'Oreste aille tuer Pyrrhus. Je l'ai conférée avec celle de Corneille. Il y a une Emilie qui dit toute la même chose à un certain Cinna.

LA VICOMTESSE.

Vous me raillez, Eraste.

ÉRASTE.

Non Madame je vous le ferai voir quand il vous plaira et tous les autres endroits que je vous dis.

LA VICOMTESSE.

Vous voulez me dire que l'auteur de l'Andromaque a pris cette scène dans le Cinna, qui est fait il y [a] trente ans ? •

ÉRASTE.

Tout de bon ?

Bas.

Se serait-on moqué de moi ?

LA VICOMTESSE.

Adieu, je ne veux plus demeurer avec un qui commence à tourner casaque à mon parti, et je vais voir si l'on joue chez Sylviane.

SCÈNE X.
Eraste, Langoumois.

LANGOUMOIS.

Ô ! Grâce au ciel la babillarde nous laisse en repos. Vous plaît il que je parle, Monsieur ?

ÉRASTE.

Oui ? Mais s'il t'arrive jamais de me venir interrompre, comme tu as fait, quand je ferai avec quelqu'un, je t'estropierai.

LANGOUMOIS.

Vous voulez estropier les gens, quand on vient vous donner des avis de la dernière conséquence.

ÉRASTE.

Quels font ces avis ? Parle vite.

LANGOUMOIS.

En rentrant céans par le jardina, j'ai trouvé Lise qui m'a dit que vous avez un rival.

ÉRASTE.

Un rival et qui pourrait-ce être, bon Dieu ! Si ce n'est ce Lisandre que j'ai vu ?

LANGOUMOIS.

Il est aimé d'Hortense, depuis longtemps.

ÉRASTE.

Il est aimé ? Ah ! Fiez-vous aux filles après cela.

LANGOUMOIS.

Le cocher de Silviane, est le porte-poulet.   [ 3 Poulet : Fig. Billet de galanterie, missive d'amour. [L]]

ÉRASTE.

Fiez-vous encore à des marauds de cochers mères ! Fiez vous y.

LANGOUMOIS.

Une Cousine d'Hortense prête sa maison pour les rendez-vous.

ÉRASTE.

Fiez-vous même à de maudites cousines, morbleu !

LANGOUMOIS.

Et cet honnête homme-là doit l'enlever à minuit par la petite porte du jardin.

ÉRASTE.

Il la doit enlever et le nom de ce ravisseur le sais tu ?

LANGOUMOIS.

Il s'appelle Lisandre.

ÉRASTE.

Quoi c'est Lisandre ? Ah ! L'on ne peut guère tromper des yeux intéressés et je l'ai bien dit à les voir parler d'action, comme ils faisaient. La petite infidèle ! Il n'était venu que pour savoir si sa mère était à la maison ?

LANGOUMOIS.

C'est sans doute, Monsieur que le porte-poulet ayant été obligé d'aller à Saint-Cloud avec son chariot, ils n'avaient plus personne par qui se faire savoir leurs sentiments.   [ 4 Saint-Cloud : Commune de l'ouest de Paris.]

ÉRASTE.

Et comment Lise a-t-elle su tout cela ?

LANGOUMOIS.

Elle a été du secret par nécessité. On lui a même promis cinquante pistoles pour se taire et par parenthèse, Monsieur, vous êtes bienheureux de lui en avoir promis cent, cela est cause de votre salut ; mais la voici.

SCÈNE XI.
Eraste, Langoumois, Lise.

ÉRASTE.

Je dois la vie à ton avis, ma chère Lise et il faut que je récompense ta fidélité tends la main.

LISE.

Monsieur j'attendrai bien les cent pistoles tout à la fois.   [ 5 Pistoles : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant de la valeur d'onze livres et du poids des louis » [F].]

ÉRASTE.

Prends toujours ; ceci ne sera pas compté sur la somme. Hé bien, Lise, il nous faut rompre le coup de cet enlèvement.

LISE.

Ou, Monsieur, et épouser dès demain sans faute ; au moins quand Hortense sera votre femme, vous n'aurez plus rien à craindre.

ÉRASTE, à Lise.

Aurais-tu cru cela d'Hortense ?

LANGOUMOIS.

Hon ? J'ai eu bon nez, moi, quand je l'en ai soupçonnée.

LISE.

Les filles qu'on veut marier malgré elles sont capables de beaucoup de choses.

ÉRASTE.

Et fut-ce malgré elle, que la double friponne donna son consentement quand on parla de nous marier ?

LISE.

Il faut bien que ce n'ait été que par le commandement absolu de sa mère, puis qu'elle aimait cet autre. Mais, comme je vous dis, il ne faut que rompre leur dessein, et Lysandre sera bien attrapé, aussi bien que son Cléonte, qui vient de parler, peut-être, à Madame, afin de l'amuser.

ÉRASTE.

Quoi, l'homme qui est venu, s'appelle Cléonte ?

LISE.

Oui. Qui vous rend étonné, qu'avez-vous.

ÉRASTE, à part.

Ah, je suis ruiné !

Haut.

Il faut tout découvrir à Silviane.

LISE.

Gardez-vous en bien ma maîtresse se douterait aussitôt que je vous en aurais averti. Il vaut mieux vous promener dans le jardin jusqu'après minuit. Comme vous louez une partie de la maison vous y avez vostre part comme un autre, et l'on n'y pourra trouver à redire. Adieu, j'ai peur seulement qu'on ne me voie avec vous.

SCÈNE XII.
Eraste, Langoumois.

ÉRASTE.

Fallait-il que ce Cléonte se rencontrât ici pour me traverser, peut-être encore ? Mais il ne faut pas balancer, prenons la place de Lysandre ; enlevons mon infidèle à la faveur de leur rendez-vous et puis, selon que nous aurons sujet de craindre ou d'espérer, nous nous servirons de cet enlèvement. Cours chez Alcipe et dis-lui que j'ai quelque chose d'importance à lui communiquer et qu'il m'attende chez lui.

LANGOUMOIS.

La voicy, Monsieur, comme s'il avait deviné.

SCÈNE XIII.
Eraste, Alcipe, Langoumois.

LANGOUMOIS.

Mon maître a bien affaire de vous, Monsieur.

ÉRASTE.

Par quel bonheur te rencontres-tu ici, cher cousin ?

ALCIPE.

Ce n'est pas sans savoir pourquoi ni comment, comme ton Pylade se trouve ne Epire tout prêt à servir Oreste au besoin.

ÉRASTE.

Eh ! Mon Dieu, laissons cela là !

ALCIPE.

C'est parce que j'ai promis à la Vicomtesse de revenir jouer chez Sylviane.

ÉRASTE.

Apprends quel est mon malheur.

ALCIPE.

Quel malheur ?

ÉRASTE.

Ce que je craignais est, que je crois, arrivé.

ALCIPE.

Comment ?

ÉRASTE.

Je te le dirai ; mais Hortense est perdue pour moi si je ne l'enlève.

ALCIPE, souriant.

Tu n'as que des desseins héroïques ! Le moyen de l'enlever si elle n'y consent pas je ne trouve point la chose fort aisée.

ÉRASTE.

Et moi, je te dis que j'aurai fait cela en un tour de main.

ALCIPE, souriant encore.

Mais...

ÉRASTE.

Je n'ai pas le temps de raisonner. Il faut que je l'enlève, et quand ? Dès cette nuit.

ALCIPE.

À part.

Le fou !

Haut.

Tu aurais besoin d'un homme pour cela.

ÉRASTE.

Et de qui ?

ALCIPE.

De l'auteur d'Andromaque.

ÉRASTE.

Hé ! Laisse en paix l'Andromaque, maudit parent ! As-tu envie de me faire enrager ?

ALCIPE.

Tout de bon. C'est qu'il trouverait moyen de te rendre cela le plus aisé du monde, et, quand Hortense serait aussi bien suivie qu'Hermione, et sa maison aussi bien gardée qu'était le Palais de Pyrrhus, tiens, ce ne serait qu'une bagatelle : il t'apprendrait comme à Pylade, tous les détours obscurs de son appartement ; il te serait porter Hortense sur le poing, sans que la belle en dit un seul mot, sans que ses gardes en vissent rien :

Et cette nuit, sans peine, une secrète voie,  [ 6 Citation approximative des vers 793-794 d'Andromaque de Jean Racine, Pylade à Oreste, Acte III, scène 1.]

Jusques dans nos vaisseaux conduirait votre proie.

ÉRASTE, en colère.

Tu parles comme un perroquet, et tu trouves l'enlèvement d'Hortense impossible, faute de savoir les moyens que j'en ai. Me veux-tu servir ? Je ne te demande que cela.

ACTE III

SCÈNE PREMIÈRE.
Langoumois, Lise.

LANGOUMOIS.

Voilà donc mon maître bien chaudement, Lise, d'avoir enlevé la vicomtesse en croyant enlever Hortense ? Ah ! J'en enrage. Qu'en dit-on chez toi ?

LISE.

Ma Maîtresse rit et danse, et croit que cela fera conclure son mariage avec Lysandre mais Madame ne dit ce qu'elle a dans l'esprit à personne. Je tiens pourtant mes cent pistoles bien aventurées.

LANGOUMOIS.

Je perdrai plus que toi, si l'affaire ne va pas bien, car mon maître me devait faire perruquier dés qu'il aurait épousé ta maîtresse. Mais pourquoi ne vins-tu pas l'avertir qu'elle me descendrait point au jardin ? Il n'aurait pas fait cette bévue.

LISE.

Pourquoi lui aurais-je été dire cela ? Ma Maîtresse n'a pas manqué d'y descendre non plus que moi, et nous y entrions justement comme ton maître faisait cette belle affaire, qui nous a fait retourner sur nos pas plus vite que nous n'étions venues.

LANGOUMOIS.

C'est toujours ta faute : si tu l'eusses fait descendre plutôt, il n'en eût pas pris une autre pour elle.

LISE.

Tu es fou. Si j'eusse pu l'empêcher absolument d'y aller, je l'eusse fait et j'eusse cru bien servir ton Maître. M'avait-il dit qu'il voulait l'enlever ? Et puis, qui se serait imaginé que cette l'endort de Vicomtesse se trouverait là si à propos pour être cause de tout ce malheur ?

LANGOUMOIS.

Maudites soient ses visions et ses promenades nocturnes ! Cette malheureuse-là n'est faite, que pour faire damner tout le monde. Voila une aventure de Roman telle qu'il la lui fallait.

LISE.

Adieu la voici que ton maître ramène chez elle.

LANGOUMOIS.

Peste, il attendait que je retournasse, pour lui porter quelques nouvelles ; je veux l'éviter aussi bien que toi, il ne serait peut-être pas bon auprès de lui dans la mauvaise humeur où il doit être.

SCÈNE II.
Eraste, Alcipe, La Vicomtesse.

ÉRASTE, à Alcipe tandis que la Vicomtesse s'avance sur le bord du théâtre, le mouchoir sur les yeux.

Entre chez Sylviane ; avant que je la revoie dis-lui que je croyais enlever Hortense, pour rompre la partie faite entre elle et Lysandre ; sache ce que l'arrivée de Cléonte aura pu produire, songe enfin à tout car j'enrage.

S'avançant ensuite vers la Vicomtesse.

Voilà chez vous, Madame, il n'y a rien de gâté.

LA VICOMTESSE.

Va, lâche ! Ton action a étouffé dans mon âme tout ce que j'y avais d'estime pour ta personne.

ÉRASTE.

Il ne faut pas pleurer.

LA VICOMTESSE.

Ha ! Je pleurerai plus longtemps cet affront, qu'Andromaque n'a pleuré son Hector. Va je t'aimais, puisqu'il faut que je le die, et tu me tenais lieu quelquefois d'un objet allez doux dans mes rêveries innocentes ; mais...

ÉRASTE.

Je vous ai dit...

LA VICOMTESSE.

Non, je te regarde comme un infâme ravisseur.

ÉRASTE.

Que diable ?...

LA VICOMTESSE.

Comme un monstre de brutalité, et le Ciel permettra que je sois vengée du plus perfide de tous les amants.

ÉRASTE.

Mais, Madame, à qui parlez-vous, et de quoi vous plaignez vous ? Je me suis mépris ; hé bien ? Je vous en demande pardon et je vous ramène chez vous toute aussi entière que je vous en ai enlevée.

LA VICOMTESSE.

Imagine-toi que je suis Clélie, et que tu es Horace, et que malgré ton amour je te haïrai désormais comme la mort.

ÉRASTE.

Au diable soit la folle ! Morbleu ! Madame, regardez-moi bien, je m'appelle Eraste cherchez votre Horace où il vous plaira ; je ne vous demande rien, je vous rends à tous vos gens, et je l'aurais fait dés cette nuit, quand j'ai connu que je vous avais prise pour une autre, si vous eussiez voulu m'écouter mais vous avez couru vous enfermer dans le cabinet d'Alcipe, d'où l'on n'a pu vous tirer, quelque chose qu'on vous ait pu dire ; c'est votre faute ; car pour moi, je ne vous demandais rien.

LA VICOMTESSE.

Va, lâche, m'avoir mis la main sur la bouche, et m'avoir causé une pamoison dont j'ai pensé mourir ; est-ce là l'action d'un amant ?

ÉRASTE.

Encore ? Je suis fort votre serviteur, Madame, mais votre amant....

LA VICOMTESSE.

Dissimule, dissimule, et dis que tu ne m'aimes pas, pour cacher ton dépit.

SCÈNE III.
Ëraste, La Vicomtesse, Hortense.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Madame, Madame, votre mère est elle dans sa chambre ?

HORTENSE.

Oui, Madame.

LA VICOMTESSE.

Il faut que je lui demande protection contre un infidèle ravisseur.

À Eraste.

Va perfide ! Va chercher qui puisse t'aimer, après le crime que tu as commis.

Elle entre chez Sylviane.

SCÈNE IV.
Eraste, Hortense.

HORTENSE.

Vous ne m'attendiez pas Monsieur, et je vois bien  [ 7 Citation des vers 1275-1280 d'Andromque de Jean Racine au début de l'Acte IV scène 5.]

Que mon abord ici trouble votre entretien.

5   Je ne viens pas, armé d'un indigne artifice,

D'un voile d'équité couvrir mon injustice.

Il suffit que mon coeur me condamne tout bas,

Et je soutiendrais mal ce que je ne crois pas.

ÉRASTE.

Qu'est-ce que cela veut dire, Madame : ce que vous ne croyez pas.

HORTENSE.

Cela est un peu galimatias ; mais il ne doit pas l'être pour vous. Hé quoi ! Méconnaitriez-vous des vers que vous estimez tant ? Il faut vous parler en prose. Je viens donc vous dire, Monsieur, que j'épouse Lysandre.

ÉRASTE.

Vous épousez Lysandre ?

HORTENSE.

Oui Monsieur, et j'avoue que l'on vous avait voué la foi que je lui voue. Une autre que moi vous dirait que sa mère aurait fait cela sans consulter son coeur, et que sans amour elle aurait été engagée à vous, mais je ne veux pas m'excuser. Si vous voulez, j'épouse Lysandre, parce que je veux être traitresse. Éclatez contre moi. Donnez moi tous les noms destinés aux parjures. Je ne crains pas vos injures.

Et, bien loin de contraindre un si juste courroux,  [ 8 Citation approximative d'Andromaque de Jean Racine, vers 1303-1304. Acte IV, scène 5.]

10   Il me soulagera peut-être autant que vous.

ÉRASTE.

Ah ! Que cela est beau de venir ainsi chercher les gens pour leur faire insulte ! Vous devriez avoir honte de vous vanter, à mon nez, de vostre lâcheté, au lieu de vous cacher et de m'éviter avec soin. Une autre que vous trouverait quelque excuse pour colorer sa trahison.

HORTENSE.

Hé quoi ! Monsieur, votre intérêt vous fait si tôt changer de sentiments ? Quand je disais du compliment de Pyrrhus, ce que vous venez de dire du mien, vous m'accusiez de ne me pas connaître aux belles choses. Je vous parle avec franchise, comme il fait à Hermione : je me suis servie de ses propres termes, et mêmes j'ai employé de ses vers pour vous faire avaler cela plus doux.

ÉRASTE.

Ah ! Ne faites pas la rieuse.

HORTENSE.

Quoi ?

ÉRASTE.

Mais j'ai tort de m'emporter ; riez, ma petite mignonne, riez ; on est allé instruire votre mère, de tout ce qu'il faut pour rabattre votre caquet, et nous verrons si vous épouserez ce Lysandre. Voici l'homme qui nous en dira des nouvelles.

SCÈNE V.
Hortense, Eraste, Alcipe.

ÉRASTE.

Hé bien ! Cousin, l'enlèvement de la Vicomtesse tourne-t'il à ma confusion ou à celle de Madame ? Madame vient de me dire qu'elle va épouser Lysandre.

ALCIPE.

Ne vois tu pas que Madame se venge galamment de ces brusqueries, par ces petites alarmes qu'elle te donne ? Lysandre vient en effet d'entrer là-dedans avec Cléonte, mais c'est pour parler des affaires de son père et• Sylviane n'a point changé d'intention pour toi.

HORTENSE.

Voila qui va bien.

Elle va devant de Lysandre et de la Vicomtesse qui sortent de chez Sylviane comme pour entrer dans le jardin.

SCÈNE VI.
Eraste, Alcipe, Hortense, La Vicomtesse, Lysandre.

ALCIPE, bas à Eraste.

Au contraire, elle m'a assuré qu'elle ferait les noces aujourd'hui, et elle a témoigné beaucoup d'aigreur à ce Lysandre d'avoir voulu enlever sa fille.

HORTENSE, à la Vicomtesse, et à Lysandre.

Où allez-vous donc ?

LYSANDRE.

Nous croyions que vous étiez au jardin et nous allions vous y chercher, pour nous promener avec vous, pendant que Sylviane est en affaires.

LA VICOMTESSE, apercevant Eraste.

Ah ! Voilà mon ravisseur.

HORTENSE, la retenant.

Ne craignez rien. Vous êtes en sûreté avec nous, Madame. `

ÉRASTE, à Hortense.

C'est donc Monsieur, que vous épouserez Madame ?

HORTENSE.

Je ne sais pas assurément si ce sera Monsieur, mais je sais bien que ce ne sera pas vous.

ÉRASTE, à Alcipe.

Ce ne sera pas moi, Alcipe ! Ce ne fera pas moi !

ALCIPE.

Mon Dieu ! Tais toi.

HORTENSE.

Non, sur ma foi ! J'en jure.

LYSANDRE.

Pour moi, je ne prendrais pas plaisir à me faire aimer par force, et je ne voudrais obtenir une personne que d'elle-même.

À la Vicomtesse.

N'est-ce pas le mieux, Madame ?

LA VICOMTESSE.

Et dans Cyrus, et dans Clélie, et dans tous nos Romans, nous voyons que tous ceux qui en usent autrement sont toujours malheureux.

ÉRASTE.

Je me moque de Clélie et de Cyrus. Ayant la parole de la mère, il m'importe peu que la fille y consente, ou non.

HORTENSE.

C'est bien dit.

ÉRASTE.

Oui, c'est bien dit.

LYSANDRE.

Hé quoi ! Il faut que les choses prennent ce train pour l'intérêt d'une Comédie ?

ÉRASTE.

Oui, et c'est maintenant que je prétends la soutenir malgré elle malgré tout le monde, puisque j'ai commencé à la louer.

ALCIPE.

Quoi, tu vas recommencer tes folies ?

HORTENSE.

Mon Dieu ! Laissez-le faire, Alcipe. Il vaut mieux qu'il parle de cela que d'autre chose.

LYSANDRE, bas à Hortense.

Je veux avoir le plaisir de l'obstiner à mon tour.

À Eraste.

Pour moi, Monsieur, je me laisse entrainer, comme beaucoup d'autres, au plaisir que donnent ces spectacles, sans m'amuser à les critiquer ; mais il est vrai que ce que Madame a dit de l'Andromaque, m'y a fait trouver des défauts auxquels je n'avais pas pris garde.

ÉRASTE, à Alcipe.

L'entends-tu ?

ALCIPE, à Eraste.

Ne te fais pas une seconde affaire, et cède leur quelque chose.

ÉRASTE.

Moi ? Je n'en ferai rien je soutiendrai jusqu'au bout mon opinion.

HORTENSE, à Alcipe.

Vous ne le ferez pas changer.

LYSANDRE, à Eraste.

Quand il n'y aurait que l'imprudence avec laquelle Pyrrhus se défait de sa garde, trouvez-vous que cela soit bien ?

ALCIPE.

Il n'est pas seulement vraisemblable, après que Phenix l'a averti du danger, et qu'Hermione l'en a menacé.

ÉRASTE, à Alcipe.

Mais voyez cet extravagant ! Comment, voulais-tu qu'on le tuât, sans cela ?

HORTENSE.

Ha ! ha ! ha !

ÉRASTE, à Hortense en la contrefaisant.

Ha ! ha ! ha !

LYSANDRE, à la Vicomtesse.

Ah ! ah ! Vous n'en riez pas aussi, Madame ?

LA VICOMTESSE.

Je suis encore affligée.

HORTENSE.

II faut oublier tout Madame, avec générosité.

LA VICOMTESSE.

J'y ferai mon possible, à cause de la compagnie mais quand je pourrais rire, je ne rirais point de cela : car, en effet ; Pyrrhus ne pouvait faire autrement, ayant à mettre Astyanax en sûreté.

ÉRASTE.

Madame en donne encore une raison à laquelle je ne songeais pas.

HORTENSE.

Et pourquoi ne le menait-il pas au temple avec lu ? Ils y auraient été gardés tous deux par la même garde.

ÉRASTE.

Pourquoi, Madame ? C'est qu'il ne lui plaisait pas.

ALCIPE, à Eraste.

C'est que c'était une écervelé ?

ÉRASTE.

Et toi un autre.

LYSANDRE.

Mais, Madame, la garde de Pyrrhus était elle si petite, qu'elle ne put suffire à le garder et un autre aussi ?

HORTENSE.

Elle était bien chétive pour un Prince envers qui le plus grand Roi de Grèce venait en ambassade.

ÉRASTE.

Hé bien, bien, Messieurs je vous accorde qu'il y peut avoir des choses contre les règles dans cette pièce mais se doit-on soucier des règles ? Au moins m'avouerez-vous qu'il n'y en eut jamais de si bien écrites.

HORTENSE.

De si bien écrites !

LA VICOMTESSE.

Oh ! C'est par là, principalement, qu'on l'a admirée, l'on ne vit jamais un langage plus net, ni plus juste.

LYSANDRE.

Et moi, Madame je soutiens le contraire.

HORTENSE.

Et moi aussi.

ÉRASTE, à Alcipe.

Et toi aussi ?

ALCIPE.

Et moi aussi.

ÉRASTE, fouillant dans sa poche.

Ah ! Par sembleu ! Messieurs, vous m'en convaincrez tout à l'heure. Voici Andromaque dans ma poche, et... Toutefois je pensais l'avoir, et je ne l'ai pas.

LYSANDRE, en la tirant de la sienne.

Je l'ai moi, Monsieur, et je m'en vais vous en montrer les fautes à livre ouvert.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Cela est téméraire.

ÉRASTE, à Lysandre.

À livre ouvert donc, à livre ouvert.

LYSANDRE.

Oui, oui.

ÉRASTE.

Nous allons voir comment il s'y prendra, à livre ouvert.

LYSANDRE.

Hermione dit à Oreste qu'il se dégage des foins dont il est chargé. Oreste lui répond que les refus de Pyrrbus l'ont assez dégagé, et qu'on le renvoie sans le fils d'Hector.

ÉRASTE.

Voyons, voyons les vers. Tudieu ! Ce que vous dites-là est de la prose.

LYSANDRE.

C'est pour vous faire prendre le sens de ce qui doit suivre. Il répond donc cela, et ajoute :

... Ainsi donc il ne me reste rien  [ 9 Citation des vers 515-518 de l'édition d'Andromaque de 1668, ces vers ont été réécrit dans les éditions suivantes.]

Qu'à venir prendre ici la place du Troyen.

Nous sommes ennemis, lui des Grecs, moi le vôtre

Pyrrhus protège l'un, je vous livre l'autre.

Entendez-vous cela Mesdames ?

HORTENSE.

Non.

LYSANDRE.

L'entendez vous, Messieurs ?

ALCIPE.

Ma foi, non.

ÉRASTE.

Et moi je l'entends. Recommencez un peu.

HORTENSE.

Pourquoi faire recommencer, si vous l'entendez ?

ÉRASTE.

Pour vous faire parler.

LYSANDRE.

Ça ça, je recommencerai.

15   ... Ainsi donc il ne me reste rien

Qu'à venir prendre ici la place du Troyen.

Nous sommes ennemis, lui des Grecs, moi le vôtre

Pyrrhus protège l'un, je vous livre l'autre.

ÉRASTE.

Ah ! Je l'entends à merveille ; recommencez encore, je vous prie.

HORTENSE, riant.

Ah a a !

ALCIPE.

Ah a a !

LA VICOMTESSE.

Si l'on ne l'entend pas bien, du moins on devine quasi, la beauté qu'il a voulu faire en cet endroit.

ALCIPE.

D'accord, Madame on devine quasi, lors qu'on a autant d'esprit que vous en avez mais cela n'empêche pas que ce ne soit un galimatias.

LYSANDRE.

Assurément. Sans tourner le feuillet, en voici d'autres.

J'ai mendié la mort chez des peuples cruels.  [ 10 Citation du vers 491 d'Andromaque de Racine, Acte II, scène 2.]

LA VICOMTESSE.

Quoi vous trouvez à redire à cet endroit-là ?

LYSANDRE.

Oui, Madame.

ÉRASTE, se touchant le front avec le doigt.

Cet homme là en a un grain, par ma foi. Eh ! Fi ! Fi ! Monsieur, c'est un endroit que j'ai retenu par coeur à cause de sa beauté, comment le trouveriez- vous méchant ?

20   J'ai mendié la mort chez des peuples cruels

Qui n'apaisaient leurs Dieux que du sang des mortels

Ils m'ont fermé leur Temple, et ces peuples barbares

De mon sang prodigué sont devenus avares.

C'est une expression qui tonne ; ne vous fait-elle pas peur seulement, quand vous voulez la critiquer ?

LYSANDRE.

Pour devenir avare d'un sang, il faut en avoir usé auparavant sans avarice. Comment ces peuples barbares pouvaient-ils avoir fait cela si Oreste n'avait jamais été en leur puissance et si c'était lui-même qui offrait son sang ?

ÉRASTE.

Le beau raisonnement !

LYSANDRE.

Après. Il faut que la chose nous soit chère pour en être avares ; et si le sang d'Oreste fut indiffèrent aux Scythes...

ÉRASTE.

Il fut indiffèrent.

LYSANDRE.

Il faut même qu'ils ne l'aient pas jugé digne d'être versé, et lui fermer leur temple en était une grande marque.

ÉRASTE.

J'enrage d'entendre une si belle critique.

HORTENSE.

« Avares de son sang prodigué » n'est pas bien dit aussi car Oreste vivant encore, son sang n'était point prodigué.

LYSANDRE.

Il est vrai.

ÉRASTE.

Oui, c'est assez que Madame l'ait dit.

ALCIPE.

Madame a raison, il fallait dire de « son sang offert » et non pas de son sang prodigué.

ÉRASTE.

Et crois-tu qu'il n'aurait pas dit « offert » aussi bien que toi, s'il l'avait voulu ? Car, tiens, il le pouvait, et le voilà :

Ils m'ont fermé leur temple et ces peuples Barbares,

25   De mon sang offert sont devenus avares.

Mais prodigué sonne bien mieux.

LYSANDRE, en raillant.

« Prodigué » sonne mieux, Monsieur a raison.

LA VICOMTESSE.

Deux endroits mal tournés ne gâtent pas une grande pièce.

ALCIPE.

Deux endroits Madame ? S'il n'y avait que cela, je l'en tiendrais quitte à bon marché mais il y en a bien d'autres.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Je n'en tombe pas d'accord.

HORTENSE.

Je veux moi-même en convaincre Madame. Prenez la peine de m'expliquer ceci, Madame, s'il vous plaît. Oreste dit à Pilade.

Mais quand je me souvins que parmi tant d'alarmes

Hermione et Pyrrhus prodiguait tous ses charmes.

Ces vers font-ils venir l'idée d'une fort honnête fille Madame ?

LA VICOMTESSE.

Ah vous avez l'esprit malin, Madame.

LYSANDRE.

La remarque est juste ; on ne peut donner un sens fort honnête à cette riche expression.

Hermione à Pyrrhus prodigait tous ses charmes.

Mais tout ext plein de semblables fautes.

ÉRASTE.

Ma foi vous les y avez donc mises, car je vous soutiens que non.

LYSANDRE.

Et moi, je soutiendrai toujours que si contre tous.

ÉRASTE.

Je vous ferai pourtant confesser tout à l'heure qu'il n'est pas vrai. Langoumois ! Hé ! Langoumois !

ALCIPE.

Quel est ton dessein, avec ton Lango•umois ?

ÉRASTE.

J'aurai raison de ce qu'il m'a dit là. Langoumois ce bourreau qui ne viendra pas !... Mais j'irai bien moi-même.

À Lysandre.

Attendez-moi, Monsieur, attendez-moi de pied ferme.

ALCIPE.

Il faut que je le suive et que je sache ce qu'il veut faire.

SCÈNE VII.
Lysandre, Hortense, La Vicomtesse.

HORTENSE.

Où va donc ce fou là ? Lisandre, ne l'attendez pas, et rentrons plutôt dans la salle, car je me défie de son dessein.

LYSANDRE.

Ne vous alarmez pas ce n'est point ici un lieu où vous deviez rien appréhender.

LA VICOMTESSE.

Après ce qui m'est arrivé, il y a lieu d'en craindre toutes choses et surtout en ce moment où il a bien reconnu que vous parliez contre votre pensée pour vous jouer de lui.

LYSANDRE.

Je ne parle point contre ma pensée : l'Andromaque n'est pas des mieux écrites.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Lysandre.

HORTENSE.

Rentrez vous dis-je car je tremble toujours.

LYSANDRE.

Hé ! Madame, ne craignez rien, je vous prie.

HORTENSE.

Hélas ! Si l'espérance qu'un tel brutal a toujours, de m'épouser, était bien fondée que je serais malheureuse !

LYSANDRE.

Vous devez moins craindre cela que le reste. Je sais ce que je sais, et tout ira comme nous le souhaitons, Madame.

HORTENSE.

Ah ! Le voici qui revient comme un tonnerre contentez moi, et rentrez.

SCÈNE VIII.
Eraste, Hortense, Lysandre, La Vicomtesse Alcipe.

ÉRASTE, frappant auparavant sur sa poche, et puis y fouillant avec les deux mains.

Allons, morbleu ! Voici de quoi, et il faut me convaincre autrement que vous n'avez fait.

HORTENSE, pensant qu'il tire l'épée.

Ah !

LA VICOMTESSE.

Ah !

ÉRASTE, tirant un livre de sa poche.

Voici une autre Andromaque que je viens de quérir et qui n'est point falsifiée comme la vôtre. Montrez-moi un défaut dans celle-ci.

LYSANDRE.

Oui, Monsieur, à livre-ouvert comme dans l'autre.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Que j'ai eu peur, aussi bien que vous, Madame !

HORTENSE, souriant en reprenant haleine.

Ah ! Ah ! J'en suis encore toute émue, mais je suis trompée heureusement.

ALCIPE, riant.

Hay ! Hay ! Il n'est pas si emporté que vous le croyez Mesdames.

ÉRASTE.

Qu'avez-vous tous à rire ? Nous allons voir un homme bien camus, car celle-là est sans faute.

À Lysandre.

À livre ouvert donc.

LYSANDRE, à Alcipe.

Il est vrai qu'elle est sans fautes. Lisez un peu cet endroit-là, il y a cinq fautes en six vers.

ÉRASTE.

Vouloir trouver cinq fautes en six vers dans l'Andromaque cela n'est-il pas déplorable ?

ALCIPE.

Ha ! L'endroit est de ma connaissance, et il est vrai :

... Je pensai que la guerre et la gloire

30   De soins plus importants rempliraient ma mémoire ;

Que, mes sens reprenant leur première vigueur,

L'amour achèverait de sortir de mon coeur.

Mais admire, avec moi, le sort dont la poursuite,

Me fait courir moi-même au piège que j'évite.

Est-ce bien écrire que de mettre : j'ai cru que la guerre et la gloire, de soins plus importants, « rempliraient ma mémoire » au lieu de rempliraient mon esprit ? La mémoire ne se remplit que des choses passées et mémoire et esprit font deux choses bien différentes.

LYSANDRE.

Il n'est rien de plus vrai.

ÉRASTE.

Oh ! Vraiment oui, Monsieur, il n'est rien de plus vrai. Voila donc une faute où sont les quatre autres ?

ALCIPE.

35   Que mes sens reprenant leur première vigueur,

L'amour achèverait de sortir de mon coeur.

Cela est encore très mal écrit : car plus les sens sont vigoureux, plus on a de disposition à l'amour. Au moins il me le semble ainsi, mon cher cousin.

ÉRASTE, à Alcipe et puis à Hortense.

Le misérable ! Vous le semble-t-il aussi, Madame ?

HORTENSE.

Moi ? Je ne sais pas cela.

ALCIPE.

Il faut dire « ma raison », et non pas « mes sens ».

LYSANDRE.

Dit-on encore : « le sort dont la poursuite », pour dont la persécution ? « Me fait courir moi-même » ce « moi-même » n'est-il pas une belle cheville ?

ALCIPE.

Et de quatre, mon cher cousin.

HORTENSE.

Et puis, « courir au piège que j'évite », par quel sortilège peut-on courir à ce qu'on évite ?

ALCIPE, à Eraste.

Et cinq.

ÉRASTE, à Hortense.

Je vous y ferai courir tantôt, sans sortilège en vous obligeant à m'épouser ne vous en mettez pas en peine.

HORTENSE.

Si cela était, ce ne serait point à ce que j'éviterais mais à ce que je voudrais éviter.

LYSANDRE.

Madame répond juste, il faut dire : au piège que je voulais éviter, et non pas que j'évite. Mais il y a vingt autres fautes de cette nature dans cette même scène.

LA VICOMTESSE.

Vous critiquez les endroits qu'il vous plaît.

LYSANDRE.

Je prendrai la pièce par la fin ou le commencement, pour montrer que je ne choisis pas. Tenez :

Il croit que, toujours faible et d'un coeur incertain

Je parerai d'un bras les coups de l'autre main.

Ces vers ne font-ils pas dans votre Andromaque, Monsieur ?

ÉRASTE.

Hé bien ! Qu'en voulez-vous dire ?

LYSANDRE.

Dire « de l'autre main », pour : de l'autre bras.

ÉRASTE, en colère.

Vous connaissez-vous en poésie ? « Bras » a-t'il du rapport avec incertain ? La rime y serait-elle ?

HORTENSE.

Non, mais la raison y serait.

LA VICOMTESSE, à Lysandre.

Mais commencez un peu par les premiers vers de la pièce, puisqu'il n'y a rien de bien écrit.

ÉRASTE.

Fort bien, Madame, je l'allais dire.

LYSANDRE.

Comme il vous plaira. Les voici.

Oui, puisque je rencontre un ami si fidèle,

40   Ma fortune va prendre une face nouvelle,

Et déjà son courroux semble s'être adouci.

Je ne les ai pas falsifiez au moins. Dit-on : « le courroux de ma fortune » ? La Fortune en général peut avoir du courroux ; mais quand fortune signifie la condition, la misérable posture de quelqu'un, peut-on dire : ma misérable posture a du courroux contre moi, ou bien : a adouci son courroux ?

ÉRASTE.

Dieu me damne ! Je me trouve ici avec des gens bien savants.

LYSANDRE.

Voici un autre endroit où Oreste dit à Pylade :

Mais dis-moi de quels yeux Hermione petit voir

Ses attraits offensés et ses yeux sans pouvoir ?...

HORTENSE.

De quels yeux une même personne « peut voir ses yeux » ! Voilà une étrange justesse d'expression.

LA VICOMTESSE.

Pour moi, je trouve cela bien.

ÉRASTE.

Et moi aussi.

ALCIPE, riant, à Lysandre.

Lisez un peu l'endroit où Pyrrhus vient à l'audience d'Oreste, et ce qu'Oreste lui dit.

HORTENSE.

Ah ! Ne nous embarrassez point de cela ; nous n'aurions jamais fait, si l'on voulait examiner cette belle harangue, qui est toute pleine de fautes.

ÉRASTE.

On vous en croira, ma Belle.

LYSANDRE.

Il n'y a pas d'endroits dans la pièce où je n'en trouve, vous dis-je.

ÉRASTE, prenant le livre.

Oui ? Oh ! Trouvez-m'en donc en celui-ci. Je le prendrai par tant de côtés que je l'attraperai.

Je l'ai vu vers le temple, où son hymen s'apprête,

45   Mener en conquérant sa nouvelle conquête

Et, d'un oeil qui déjà dévorait son espoir,

S'enivrer en marchant du plaisir de la voir.

LA VICOMTESSE.

S'est il jamais rien dit de si juste et de si beau ?

ÉRASTE.

Pardonnez-moi, Madame, cela est plein de fautes !

HORTENSE.

Ce serait une pitié, qu'il n'y eut rien de juste dans toute une pièce.

LYSANDRE.

Ne nous excusez pas encore, Madame ; cela n'est pas si bien qu'il se l'imagine.

ALCIPE.

Non, cela ne vaut guère mieux que le reste.

ÉRASTE.

Quoi ?

D'un oeil qui déjà dévorait son espoir,

S'enivrer en marchant du plaisir de la voir.

Cela n'est pas magnifique ? Allez, maudits critiqueurs, il vient de vous enivrer vous mêmes, vous ne savez plus ce que vous dites. C'est un endroit où j'ai vu tout le monde se récrier.

LA VICOMTESSE.

Oh ! Pour cela, Messieurs, vous avez le goût dépravé.

ALCIPE.

Non Madame, on ne saurait dire qu'un « oeil dévore son espoir ».

ÉRASTE.

Et moi, traître, je te dévore bien des yeux, quand je t'entends parler si sottement. Pourquoi ne veux-tu pas qu'un oeil dévore ?

HORTENSE.

Hé oui ! Mais un homme aussi bien nourri qu'Alcipe, serait un meilleur morceau qu'un espoir.

LYSANDRE.

En effet, c'est une viande un peu creuse qu'un espoir. Mais en voilà assez ; Monsieur doit être désabusé par cet échantillon.

ÉRASTE.

Moi ? Je dis toujours que la pièce est belle.

ALCIPE.

Tu fais bien ; garde toi bien de te dédire.

HORTENSE, à Eraste.

J'ai pourtant gagné ma cause, en dépit de vous.

ÉRASTE.

Oui, mais, en dépit de vous aussi, nous n'en épouserons pas moins aujourd'hui et j'ai de quoi vous braver, puisque je me vois à couvert du méchant tour que vous me vouliez jouer cette nuit.

HORTENSE.

Andromaque en dit autant aux Grecs après la mort de Pyrrhus. Elle ira jusques dans Sparte les braver tous, « puisqu'elle voit son fils à couvert de leurs coups ». Mais il se trouve qu'elle dit cela, lorsque son fils est le plus en danger, étant entre les mains de Phoenix qui conseillait à Pyrrhus de le livrer. Vous pourriez aussi crier : « Ville gagnée ! », que vous ne tiendriez encore rien.

ALCIPE.

Ses petites reparties font justes.

SCÈNE IX.
Hortense, Lysandre, Alcipe, Eraste, La Vicomtesse, Lise.

HORTENSE.

Où vas tu, Lise ?

LISE.

Madame m'a commandé d'envoyer quérir le Notaire pour faire le contrat de mariage.

HORTENSE.

Quoi ! Tu me dis vrai, c'est pour faire mon contrat avec Eraste ?

LISE.

Oui, Madame a dit qu'elle voulait vous voir mariée sans remise là et nous faire danser aujourd'hui : ce sont ses propres paroles. Mais adieu, j'ai ordre de faire diligence.

SCÈNE X.
Eraste, Hortense, La Vicomtesse, Lisandre, Alcipe.

ÉRASTE, faisant deux et trois pas de danse.

La la la la la la, nous danserons donc, aujourd'hui Madame ? Je me sens le plus dispos du mode pour cela. Mais, ce brave Monsieur qui vous voulait enlever commencera par le branle de sortie, car je crois qu'il n'a plus que faire ici.

LYSANDRE.

Mon cavalier, je vous apprendrai à traiter les gens avec honneur.

ÉRASTE, mettant la main sur la garde de son épée.

Mon brave, voici de quoi vous répondre et défendre le terrain.

ALCIPE, se jetant à lui.

Cousin, es-tu raisonnable ? Ne te moques-tu pas du monde ?

LYSANDRE, à Hortense.

Madame, ce brutal me fera ici perdre le respect que je vous dois.

HORTENSE, arrêtant Lysandre.

Soyez plus modéré, Lysandre, je vous prie. Oui, insolent, je le dis encore : quelques résolution que ma mère ait prise, j'épouserai plutôt un monstre que toi.

ÉRASTE.

Nous le verrons, nous le verrons.

ALCIPE.

Veux-tu encore tout perdre quand les choses sont en si bon train ?

ÉRASTE.

Non, non, voici la mère qui nous accordera.

SCÈNE XI.
Sylviane, Eraste, Lisandre, Alcipe, La Vicomtesse, Hortense.

ÉRASTE, à Sylviane.

Madame, vous venez à propos pour finir une dispute qu'on fait encore, à dessein de reculer notre mariage. Je vous prie d'assurer votre fille que ce sera aujourd'hui, Madame : elle ne m'en veut pas croire.

SYLVIANE.

Non, Eraste, j'ai changé d'avis. Ce ne sera point aujourd'hui, ni jamais, et ma fille n'es point du tout votre fait.

ÉRASTE.

Comment, Madame ! Est-ce une action de gens d'honneur de manquer ainsi à sa parole ?

HORTENSE, à Eraste.

Pyrrhus est si honnête, à ce que vous dites, quoiqu'il en manque à Hermione après avoir promis de l'épouser, une heure auparavant.

SYLVIANE, à Hortense.

Taisez-vous.

À Eraste.

Je me justifierai de cette action devant tout le monde s'il en est besoin. Cependant j'ai appris de Cléonte, que vous devez deux fois plus que votre bien ne vaut et que vous nous vouliez tromper. Le Ciel n'a pas permis que vous ayez réussi.

À Lysandre qu'elle prend par la main.

dont je lui en rends grâce. Allons, Lisandre je vous donne ma fille, aux conditions que votre père m'a fait proposer. J'ai envoyé quérir le Notaire pour régler toutes choses.

LA VICOMTESSE.

Ah ! Ne ne vous en allez pas sans moi.

HORTENSE.

Ha ! Madame nous n'avons garde ; passez devant.

ÉRASTE.

Morbleu !

ALCIPE.

Voila ce que t'a valu l'Andromaque. L'auteur te doit être bien obligé. Mais allons, viens ! Tu n'as qu'à soupirer quelque temps pour la Vicomtesse, dans les formes, et...

ÉRASTE.

Je ferai ce que je voudrai.

 


EXTRAIT DU PRIVILÈGE du Roi.

Par grâce et privilège du Roi, donné à Paris le 27 juin 1667. Signé Bouchard, il est permis à THOMAS JOLLY Libraire à Paris de faire imprimer un livre intitulé, La Folle Querelle ou la Critique d'Andromaque, et défenses sont faites à tous autres de l'imprimer vendre et débiter d'autres exemplaires que de l'exposant, pendant cinq années, à commencer du jour que ledit livre sera achevé d'imprimer pour la première fois, sur les peines portées audit Privilège, ainsi qu'il est plus amplement spécifié dans l'original.

Achevé d'imprimer le 22 août 1668. Registré fur le livre de la Communauté, des Libraires et Imprimeurs de cette ville de Paris, 10 Août 1668 suivant l'Arrêt du Parlement du 8 Avril 1653 et celui du Conseil privé du Roi du 17 Février i665. Signé SOUBRON Syndic.

Notes

[1] Pistoles : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant [XVIIème] de la valeur d'onze livres et du poids des louis » [F].

[2] Guenipe : Femme malpropre, maussade, et de très basse condition. Terme très familier. [L]

[3] Poulet : Fig. Billet de galanterie, missive d'amour. [L]

[4] Saint-Cloud : Commune de l'ouest de Paris.

[5] Pistoles : Monnaie d'or étrangère battue en Espagne et en quelques endroits d'Italie. La pistole est maintenant de la valeur d'onze livres et du poids des louis » [F].

[6] Citation approximative des vers 793-794 d'Andromaque de Jean Racine, Pylade à Oreste, Acte III, scène 1.

[7] Citation des vers 1275-1280 d'Andromque de Jean Racine au début de l'Acte IV scène 5.

[8] Citation approximative d'Andromaque de Jean Racine, vers 1303-1304. Acte IV, scène 5.

[9] Citation des vers 515-518 de l'édition d'Andromaque de 1668, ces vers ont été réécrit dans les éditions suivantes.

[10] Citation du vers 491 d'Andromaque de Racine, Acte II, scène 2.

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