LE GROTTE DE VERSAILLES

ÉGLOGUE EN MUSIQUE

M. DC. LXVIII.

AVEC PRIVILÈGE DE SA MAJESTÉ.

Par Quinault Philippe

À PARIS. Par Robert Ballard, Seul Imprimeur du Roi pour le Musique.


Texte établi par Ernest FIÈVRE, juillet 2018.

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 31/08/2018 à 22:02:30.


Bergers qui chantent les Récits.

SILVANDRE. M. Destival.

CORIDON. M. Gaye.

LYCAS. M. Le Gros.

MÉNALQUE. M. Fernon.

DAPHNIS. M. Noblet.

Bergères qui chantent.

IRIS. Mlle. Hylaire.

CALISTE. Mlle. Des-Fronteaux l'aînée.

CALISTE. Mlle. Des-Fronteaux la jeune.

[Musiciens et chanteurs]

BERGERS QUI CHANTENT DANS LES CHOEURS.

BERGERS QUI JOUENT DES INSTRUMENTS.

Des Bergers qui chantent et qui jouent de divers Instruments, suivis d'une Troupe de Pâtres qui dansent, viennent dans la Grotte de Versailles pour y faire une Fête rustique.


LA GROTTE DE VERSAILLES

RÉCIT.
Chanté par Silvandre, et par Coridon.

SILVANDRE.

Allons, Bergers, entrons dans cet heureux séjour ;

Tout y paraît charmant, LOUIS est de retour.

Il sort des bras de la Victoire,

Et vient rassembler à leur tour

5   Les Plaisirs égarés dans ces Bois d'alentour.

CORIDON.

Il se plaît en ces lieux à perdre la mémoire

De la grandeur qui brille dans sa Cour.

SILVANDRE, et CORIDON ensemble.

Cessons de parler de sa Gloire,

Il n'est permis ici de parler que d'amour.

Le Choeur des Bergers répète ces deux derniers Vers.

RÉCIT.
Chanté par Lycas, et répété par le Choeur des Bergers.

[LYCAS].

10   Dans ces charmantes Retraites,

Accordons nos chalumeaux,

Nos Pipeaux,

Nos Musettes,

Au ramage des Oiseaux,

15   Et Chantons nos amourettes

Au doux murmure des Eaux.

CHANSON.
Chantée par les Bergères Iris et Caliste, deux Bergers répondent par un petit Concert de Flûtes.

IRIS et CALISTE.

Goûtons bien les plaisirs, Bergère,

Le temps n'en dure pas toujours

La Moisson la plus chère

20   Est celle des Amours,

Elle ne se peut faire

Qu'au printemps de nos jours.

Ménageons la saison de plaire

Ménageons des moments si cours

25   La Moisson la plus chère

Est celle des Amours,

Elle ne se peut faire

Qu'au printemps de nos jours.

LYCAS ET LE CHOEUR des Bergers répètent le Récit précédent.

Dans ces charmantes Retraites.

DIALOGUE.
Chanté par Ménalque, et par Coridon, à qui deux autres Bergers répondent avec des flûtes douces.

MENALQUE.

30   Sortons de ces Déserts, détournons-en nos pas.

CORIDON.

Pourquoi quitter sitôt ces endroits pleins de charmes.

MENALQUE.

L'Amour est dans ces lieux avec tous ses appas.

CORIDON.

Ha qu'il est doux ici de lui rendre les armes !

Où pourrions-nous aller où l'Amour ne fut pas ?

MENALQUE, et CORIDON ensemble.

35   Voyons tous deux, en aimant,

Qui de nous saura prendre

L'ardeur la plus tendre,

Et la garder plus constamment,

Ne craignons point le tourment

40   Qu'un coeur amoureux doit attendre,

C'est un mal trop charmant

Pour s'en défendre.

MENALQUE.

Aimons puisqu'il le faut dans ces heureux Déserts.

CORIDON.

L'Amour dans ces beaux lieux n'a que d'aimables chaînes.

MENALQUE.

45   Il a de quoi payer le repos que je perds.

CORIDON.

Il n'est point de plaisirs si charmants que ses peines.

La liberté n'a rien de si doux que ses fers.

MENALQUE, et CORIDON ensemble.

Voyons tous deux en aimant

Qui de nous saura prendre

50   L'ardeur la plus tendre,

Et la garder plus constamment,

Ne craignons point le tourment

Qu'un coeur amoureux doit attendre,

C'est un mal trop charmant

55   Pour s'en défendre.

RÉCIT.
Chanté par Daphnis, et répété par le Choeur des Bergers.

DAPHNIS.

Venez près de ces Fontaines,

Venez Nymphes qui chassez,

Cessez de courir les Plaines

Avec des soins empressés ;

60   Venez ici prendre

Des plaisirs charmants,

Venez nous entendre,

Dansez à nos Chants.

Les Nymphes qui se divertissent à la Chasse dans les Plaines de Versailles, viennent danser dans la Grotte aux Chants des Bergers.

Nymphes.

LE ROI.

Le Marquis de Villeroy, Le Marquis de Rassan, M. Beauchamp, Bonard, et Favier.

Second couplet du Récit précédent chanté par Daphnis, et répété par le Choeur des Bergers.

Chantez dans ces lieux sauvages,

65   Chantez Rossignols heureux,

Mêlez vos tendres ramages

Parmi nos Chants amoureux :

L'Amour dans vos chaînes

Flatte vos désirs,

70   Nous chantons nos peines,

Chantez vos plaisirs.

Les Rossignols de la Grotte de Versailles mêlent leurs Concerts à celui de plusieurs Instruments Champêtres, et les Bergères Iris et Caliste joignent leurs voix ensemble pour leur répondre.

CHANSON. Chantée par Iris et Caliste ensemble, et dont l'air est répété par plusieurs Bergers qui le jouent avec des flûtes, des Musettes et des Hautbois.

Ces Oiseaux vivent sans contrainte

S'engagent sans crainte

Leurs noeuds sont doux.

75   Tout leur rit, tout cherche à leur plaire,

Nous devons en être jaloux :

La Raison ne nous sert de guère,

En amour ils sont tous

Moins bêtes que nous.

80   Dans leurs chants ils disent sans cesse,

Que l'Amour les blesse,

D'aimables coups.

Tout leur rit, tout cherche à leur plaire,

Nous devons en être jaloux :

85   La Raison ne nous sert de guère,

En amour ils sont tous

Moins bêtes que nous.

Six Pâtres riches et ridicules, s'excitent à danser au son des Flûtes, des Musettes et des Hautbois, et forment des pas et des figures grotesques autour des deux bergers qui chantent.

Six Pâtres qui dansent. Messieurs Dolivet, Chicaneau, le Chantre, S. André, Bonard, et Chauveau.

Au milieu de la réjouissance générale la Bergère, Iris, ne peut s'empêcher de se plaindre de la passion dont elle est touchée, et de porter envie à l'insensibilité des Rochers qu'elle voit dans la Grotte de Versailles.

CHANSON.
chantée par la Bergère Iris, à qui deux bergers répondent par une Ritornelle de Flûtes douces.

[IRIS].

Dans ces Déserts paisibles ;

Rochers que votre sort est doux

90   Vous êtes insensibles ;

Trop heureux qui l'est comme vous !

D'une Rigueur extrême

Mon coeur sent les plus rudes coups ;

L'insensible que j'aime

95   Est cent fois plus Rocher que vous.

La même Bergère continue à se plaindre et en élevant sa voix, et le tournant du côté de l'Écho, l'oblige enfin à lui répondre.

IRIS.

Depuis que l'on soupire

Sous l'amoureux Empire,

Depuis que l'on soupire

Sous l'amoureuse Loi,

100   Hélas qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

L'ÉCHO.

Moi.

IRIS.

Hélas !

L'ÉCHO.

Hélas !

IRIS.

Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

L'ÉCHO.

Qui fut jamais plus à plaindre que moi ?

IRIS.

105   Quelle voix vient ici se plaindre ?

L'ÉCHO.

Quelle voix vient ici se plaindre ?

IRIS.

N'en doutons plus, ce sont les Échos d'alentour.

L'ÉCHO.

Ce sont les Échos d'alentour.

IRIS.

Jusqu'au coeur des Rochers de ce charmant séjour

110   Leur plainte nous apprend que l'Amour est à craindre.

Que l'Amour est à craindre.

L'ÉCHO.

Le Choeur des Bergers, accompagné du chant des Rossignols, et des répétitions de l'Écho, achève de chanter les Vers suivants.

Chantons tous en ce jour,

Redisons tour à tour

Que le Chant des Oiseaux nous seconde,

115   Que l'Écho nous réponde,

Chantons tous en ce jour.

Chantons qu'il n'est rien dans le monde

Qui soit insensible à l'Amour.

À l'exemple de ce dernier Concert où les Bergers réunissent toutes leurs voix et toute leur Symphonie, les Nymphes et les Pâtres se joignent ensemble par une danse générale, et font un jeu de pas et de figures à l'imitation de celui que font les Échos, des voix et des Instruments.

 


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