LES FÊTES DE L'AMOUR ET DE BACCHUS

PASTORALE

Réprésentée par l'Académie Royale de Musique.

M. DC. LXXII. avec privilège de Sa Majesté.

À PARIS, À l'entrée de la Porte de l'Académie Royale de Musique, près Luxembourg, vis à vis Bel-air


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 01/05/2017 à 20:24:45.


ACTEURS DU PROLOGUE

DEUX HOMMES DU BEL-AIR.

DEUX FEMMES DU BEL-AIR.

UN GENTILHOMME GASCON.

LE BARON D'ARBARAT.

UN SUISSE.

UN VIEUX BOURGEOIS BABILLARD.

UNE VIEILLE BOURGEOISE BABILLARDE.

LE FILS DU BOURGEOIS ET DE LA BOURGEOISE.

TROUPE DE GENS DE DIFFÉRENTES PROVINCES et de TOUTES SORTES DE CONDITION.

POLYMNIE.

MELPOMÈNE.

EUTERPE.

ACTEURS DE LA TRAGÉDIE

TIRCIS, berger amoureux de Caliste.

LICASTE, berger, ami de Tircis.

MÉNANDRE, berger, ami de Tircis.

CALISTE, bergère aimée de Tircis.

CLIMÈNE, bergère aimée de Damon.

FORESTAN, satire, amant de Caliste.

SILVANDRE, satire, amant de Caliste.


PROLOGUE

Le théâtre représente une grande Salle de Spectacle, où l'on voit une troupe de Peuples de différents Provinces, qui forment le début de ce Prologue.

Le théâtre représente une grande Salle de Spectacle, où l'on voit une troupe de Peuples de différents Provinces, qui forment le début de ce Prologue.

LE CHOEUR.

À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi Monsieur,

Un livre, s'il vous plaît, à votre serviteur.

HOMME DU BEL AIR.

Monsieur, distinguez nous parmi les gens qui crient,

Quelques livres ici, les Dames vous en prient.

AUTRE HOMME DU BEL AIR.

5   Hola, Monsieur, Monsieur, ayez la charité

D'en jeter de nôtre côté.

FEMME DU BEL AIR.

Mon Dieu ! Qu'aux personnes bien faites

On sait peu rendre honeur céans ?

AUTRE FEMME DU BEL AIR.

Ils n'ont des livres et des bancs

10   Que pour Mesdames les Grisettes.  [ 1 Grisette : femme ou fille jeune vêtue de gris. On le dit par mépris de toutes celles qui sont de basse condition, de quelque étoffe qu'elles soient vêtues. Des gens de qualité s'amusent souvent à frequenter des grisettes. [F]]

UN GASCON.

Aho ! L'homme aux libres, qu'on m'en baille,

J'ai déjà le poumon usé,

Bous boyez que chacun mé raille,

Et je fuis escandalisé

15   De boir és mains de la canaille

Ce qui m'est par bous refusé.

AUTRE GASCON.

Eh, cadedis, Monseu, boyez qui l'on peut être,  [ 2 Cadédis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. On dit aussi cadédiou. Etymologie : Cap, tête, de Dis, de Dieu. [L]]

Un livret, je bous prie, au Baron Dasbarat ;

Je pense, mordi, que le fat

20   N'a pas l'honneur dé mé connaître.

LE SUISSE.

Monsieur le donneur de papieir,

Que veul dir sty façon de fifre ?

Moi l'écorchair tout mon gozieir

A crieir,

25   Sans que je pouvre afoir ein lifre:

Pardi, mon foi, Monsieur, je pense sous l'être ifre.

Le Donneur de livres fatigué par les quatre importuns, se retire en colère.

VIEUX BOURGEOIS BABILLARD.

De tout ceci franc et net,

Je suis mal satisfait,

Et cela sans doute est laid.

30   Que notre fille

Si bien faite et si gentille

De tant d'amoureux l'objet,

N'ait pas à son souhait

Un livre de Ballet

35   Pour lire le sujet

Du divertissement qu'on fait,

Et que toute notre famille

Si proprement s'habille,

Pour être placée au sommet

40   De la Salle, où l'on met

Les gens de l'entriguet.  [ 3 Gens de l'entriguet : gends d'importance. [L]]

De tout ceci franc et net

Je suis mal satisfait,

Et cela sans doute est laid.

VIEILLE BOURGEOIS BABILLARDE.

45   Il est vrai que c'est une honte,

Le sang au visage me monte.

Et ce jetteur de vers qui manquent au capital

L'entends fort mal,

C'est un brutal.

50   Un vrai cheval,

Franc animal,

De faire si peu de Comte

D'une fille qui fait l'ornement principal

Du quartier du Palais-Royal,

55   Et que ces jours passés un Comte

Fut prendre la première au bal.

Il l'entend mal,

C'est un brutal,

Un vrai cheval

60   Franc animal.

HOMMES ET FEMMES DU BEL AIR.

Ah quel bruit !

Quel fracas !

Que cahos !

Quel mélange !

65   Quelle confusion !

Quelle cohue étrange !

Quel désordre !

Quel embarras !

On y sèche,

70   L'on y tient pas.

LE GASCON.

Bentre, je fuis à bout.

AUTRE GASCON.

J'enrage, Dieu me damne.

LE SUISSE.

Ah que lui faire foif dans sty fal de cians.

LE GASCON.

Je murs.

AUTRE GASCON.

Je perds la tramontane.

LE SUISSE.

75   Mon foi, moi le foudrais être hors de dedans.

VIEUX BOURGEOIS BABILLARD.

Allons, ma vie,

Suivez mes pas,

Je vous en prie,

Et ne me quittez pas ;

80   On fait de nous trop peu de cas,

Et je fuis las

De ce tracas;

Tout ce fatras,

Cet embarras,

85   Me pèse pas trop sur les bras ;

S'il me prend jamais envie

De retourner de ma vie

À Ballet ni Comédie,

Je veux bien qu'on m'estropie.

90   Allons, ma mie,

Suivez mes pas,

Je vous en prie,

Et ne me quittez pas,

On fait de nous trop peu de cas.

VIEILLE BOURGEOIS BABILLARDE.

95   Allons, mon Mignon, mon fils,

Regagnons notre logis,

Et sortons de ce taudis

Où l'on ne peut être assis ;

Ils seront bien ébaubis?

100   Quand ils nous verront partis /

Trop de confusion règne dans cette salle,

Et j'aimerais mieux être au milieu de la Halle :

Si jamais je reviens à semblable régale,

Je veux bien recevoir des soufflets plus de six.

105   Allons, mon mignon, mon fils,

Regagnons notre logis,

Et sortons de ce taudis,

Où l'on ne peut être assis.

Le Donneur de livres revient avec les quatre imprimeurs qui l'ont suivi, ce qui oblige encore ceux qui sont placés dans les balcons de s'écrier.

TOUS ENSEMBLE.

À moi, Monsieur, à moi de grâce, à moi, Monsieur,

110   Un livre, s'il vous plaît à votre serviteur.

PREMIÈRE ENTRÉE.
Le donneur de livres, quatre importuns.

La muse Polymnie qui préside aux Arts dépendant de la Géométrie, et qui a trouvé l'invention d'introduire sur le théâtre des personnages qui expriment par les actions et par les danses ce que les autres expliquent par des paroles, s'avance environnée d'un nuage qui paraît d'abord fermé, et qui s'ouvrant peu à peu découvre la Muse au milieu de plusieurs ornements de peinture et d'architecture. Elle excite ceux qui ont commencé de chanter d'une manière comique à rechercher avec soin tout ce qui l'on peut retrouver de plus noble et de plus délicat dans le chant.

La muse Polymnie qui préside aux Arts dépendant de la Géométrie, et qui a trouvé l'invention d'introduire sur le théâtre des personnages qui expriment par les actions et par les danses ce que les autres expliquent par des paroles, s'avance environnée d'un nuage qui paraît d'abord fermé, et qui s'ouvrant peu à peu découvre la Muse au milieu de plusieurs ornements de peinture et d'architecture. Elle excite ceux qui ont commencé de chanter d'une manière comique à rechercher avec soin tout ce qui l'on peut retrouver de plus noble et de plus délicat dans le chant.

POLYMNIE.

Élevez vos concerts

Au dessus du chant ordinaire ;

Songez que vous avez à plaire

Au plus grand ROI de l'Univers.

115   Le grand titre de Roi n'est que sa moindre gloire,

Il est encor plus grand par les travaux guerriers ;

Et sa propre valeur a cueilli les lauriers

Dont il est couronné des mains de la Victoire.

Suivez la noble ardeur

120   Qu'il vous inspire ;

Tout ce qu'on voit dans son Empire

Se doit sentir de sa grandeur.

Melpomène qui préside à la tragédie et Euterpe qui a inventé l'Harmonie pastorale s'avancent sur deux nuages. Melpomène paraît au milieu de plusieurs trophées d'armes ; et Euterpe environnée de festons et de couronnes de fleurs. Elles sont précédées de deux symphonies opposées, dont l'une est très forte, et l'autre extrêmement douce, et qui forment une espèce de combat, tandis que les deux muses viennent se placer aux deux côtés de Polymnie pour la prier d'embellir les divertissements qu'elles veulent préparer.

MELPOMÈNE.

Joignez à mes chants magnifiques,

La pompe de vos ornements.

EUTERPE.

125   Joignez à mes concerts rustiques,

Vos agréments

Les plus charmants.

MELPOMÈNE.

Votre secours m'est nécessaire,

Je cherche à divertir le plus Auguste Roi

130   Qui méritât jamais de tenir sous sa loi

Tout ce que le Soleil éclaire.

MELPOMÈNE et EUTERPE.

C'est à moi, c'est à moi,

De prétendre à lui plaire,

MELPOMÈNE.

C'est moi dont la voix éclatante

135   A droit de célébrer les exploits les plus grands,

Les nobles récits que je chante

Sont les plus dignes jeux des fameux conquérants.

EUTERPE.

C'est un doux amusement

Que d'aimables chansonnettes ;

140   Les douceurs n'en sont pas faites

Pour les bergers seulement.

Les tendres chansonnettes

Que l'on chante à l'ombre des bois

Sur les Musettes,

145   Ne sont pas quelques fois

Des jeux indignes des grands Rois.

POLYMNIE.

Il faut entre mes soeurs que mon soin se partage :

Préparez tour à tour vos plus aimables jeux ;

Pour vous accorder, je m'engage

150   À vous seconder toutes deux.

EUTERPE.

Commencez de répondre à mon impatience.

MELPOMÈNE.

Vos premiers soins sont dûs à ce que j'entreprends.

POLYMNIE.

Terminez tous vos différents.

Polymnie dit ces deux vers à Melpomène.

Souffrez qu'en sa faveur aujourd'hui je commence,

155   Je réserve pour vous mes travaux les plus grands.

LES TROIS MUSES ENSEMBLE.

Que notre accord est doux !

Que tout ce qui nous fuit s'accorde comme nous.

SECONDE ENTRÉE.
Quatre héros, quatre Pâtres et quatre ouvriers.

Toute la troupe qui avait commené de chanter d'une manière comique avant l'arrivée des trois muses, se sentant animée par leur présence, répond à leurs chants par des choeurs.

LES TROIS MUSES ensemble.

Joignons nos soins et nos voix

Pour plaire au plus grand des Rois.

LES CHOEURS répètent.

160   Joignons nos soins et nos voix

Pour plaire au plus grand des Rois.

MELPOMÈNE.

Chantons la gloire de ses armes.

UN CHOEUR répète.

Chantons la gloire de ses armes.

EUTERPE.

Chantons la douceur de ses lois.

UN CHOEUR répète.

165   Chantons la douceur de ses lois.

POLYMNIE.

Faisons tout retentir du bruit de ses exploits.

TOUS LES CHOEURS.

Chantons la gloire de ses armes.

MELPOMÈNE.

Formons des concerts pleins de charmes.

EUTERPE.

Faisons entendre nos hautbois.

Les hautbois et les musettes répondent et cependant les héros et les pâtres rentrent sur le théâtre avec les ouvriers qui apportent des ornements qu'ils ont faits pour servir la pièce qui va commencer, et autour desquels les héros et les pâtres dansent, tandis que le smuses et tous les choeurs continuent leurs chants. Ce qui forme un jeu concerté des Muses qui chantent dans leurs machines au milieu des nuages, de la troupe qui leur répond, placée dans les balcons, et des héros, pâtres, et ouvriers, qui dansent sur le théâtre.

TOUS ENSEMBLE.

170   Faisons tout retentir du bruit de ses exploits.

POLYMNIE.

Préparons des fêtes nouvelles

MELPOMÈNE.

Que nos chansons soient immortelles.

EUTERPE.

Que nos airs soient doux et touchants.

TOUS ENSEMBLE.

Mêlons aux plus aimables chants

175   Les danses les plus belles.

Joignons nos soins et nos voix.

Pour plaire au plus grand des rois.

ACTE I

Le Théatre représente une épaisse forêt, où ces chutes d'eaux coulent entre les arbres : on voit dans l'enfoncement deux montagnes séparées par une belle vallée où tombe une rivière par diverses cascades qui produisent plusieurs effets agréables et différents.

SCÈNE I.

TIRCIS.

Vous chantez sous ces feuillages,

Doux rossignols pleins d'amour,

180   Et de nos tendres ramages,

Vous réveillez tour à tour

Les échos de ces boccages :

Hélas ! Petits oiseaux, hélas !

Si vous aviez mes maux vous ne chanteriez pas.

SCÈNE II.
Licaste, Ménandre, Tircis.

LICASTE.

185   Hé quoi, toujours languissant, sombre et triste ?

MÉNANDRE.

Hé quoi, toujours aux pleurs abandonné ?

TIRCIS.

Toujours adorant Caliste,

Et toujours infortuné.

LICASTE.

Dompte, dompte, Berger, l'ennui qui te possède.

TIRCIS.

190   Et le moyen, hélas !

MÉNANDRE.

  Fais, Fais-toi quelque effort.

TIRCIS.

Eh le moyen, hélas ! Quand le mal est si fort ?

LICASTE.

Ce mal trouvera son remède.

TIRCIS.

Je ne guérirai qu'à ma mort.

LICASTRE et MÉNANDRE, ensemble.

Ah, Tircis !

TIRCIS.

195   Ah, Bergers !

CALISTE et MÉNANDRE.

  Prends sur toi plus d'empire.

TIRCIS.

Rien ne me peut plus secourir;

CALISTE et MÉNANDRE.

C'est trop, c'est trop céder.

TIRCIS.

C'est trop, c'est trop souffrir.

CALISTE et MÉNANDRE.

Quelle faiblesse !

TIRCIS.

Quel martyre !

CALISTE et MÉNANDRE.

Il faut prendre courage.

TIRCIS.

200   Il faut plutôt mourir

LICASTE.

Il n'est point de bergère

Si froide et si sévère,

Dont la pressante ardeur

D'un coeur qui persévère,

205   Ne vainque la froideur.

Il est dans les affaires

Des amoureux mystères,

Certains petits moments

Qui changent les plus fières,

210   Et font d'heureux amants.

TIRCIS.

Je le vois, la cruelle,

Qui porte ici ses pas,

Gardons d'être vu d'elle,

L'ingrate, hélas!

215   N'y viendrait pas.

SCÈNE III.
Climène, Caliste.

CLIMÈNE.

Viens dans notre village :

Voici le jour

Qu'on doit célébrer la fête de L'Amour,

Que cherches-tu dans ce boccage ?

CALISTE.

220   Je cherche le repos, le silence, et l'ombrage.

CLIMÈNE.

Tu devrais bien plutôt songer

À t'engager.

Eh Que peut faire

Une bergère

225   Sans un berger ?

CALISTE.

Ton malheur doit me rendre sage :

Tu n'as choisi qu'un inconstant.

CLIMÈNE.

Si mon berger devient volage,

Il m'est permis d'en faire autant.

230   On goûte la douceur d'une amour éternelle,

Quand on fait l'heureux choix d'un fidèle berger,

Et quand on aime un infidèle,

L'on a le plaisir de changer.

Quoi ! L'amour de Tircis ne t'a point attendrie ?

235   Lorsqu'on en veut parler, tu n'écoutes jamais ?

Ne rêve plus où je m'en vais.

CALISTE.

Laisse-moi dans la rêverie.

Ah ! Que sous ce feuillage épais

Il est doux de rêver en paix !

CLIMÈNE.

240   Je n'entre point dans un mystère

Que tu veux réserver :

Mais un coeur sans affaire

Ne donne point tant à rêver.

SCÈNE IV.

CALISTE.

Ah ! Que sur notre coeur

245   La sévère loi de l'honneur

Prend un cruel empire !

Je ne fais voir que rigueurs pour Tircis,

Et cependant sensible à ses cuisants soucis.

De sa langueur en secret je soupire,

250   Et voudrais bien soulager son martyre ;

C'est à vous seuls que je le dis,

Arbres, n'allez pas le redire.

Puisque le Ciel a voulu nous former

Avec un coeur qu'Amour peut enflammer,

255   Quelle rigueur impitoyable

Contre des traits si doux nous force à nous armer ?

Et pourquoi sans être blâmable

Ne peut-on pas aimer

Ce que l'on trouve aimable ?

260   Hélas ! Petits oiseaux, que vous êtes heureux

De ne sentir nulle contrainte,

Et de pouvoir suivre sans crainte

Les doux emportements de vos coeurs amoureux !

Mais le sommeil sur ma paupière

265   Verse de ses pavots l'agréable fraîcheur,

Donnons-nous à lui toute entière,

Nous n'ayons point de loi sévère

Qui défende à nos sens d'en goûter la douceur.

La bergère Caliste s'endort sur un gazon.

SCÈNE V.
Tircis, Licaste, Ménandre, Caliste, endormie.

TIRCIS.

Vers ma belle ennemie

270   Portons sans bruit nos pas,

Et nous réveillons pas

Sa rigueur endormie.

MÉNANDRE, LICASTE et TIRCIS, ensemble.

Dormez, Dormez beaux yeux adorables vainqueurs,

Et goûtez le repos que vous vous ôtez aux coeurs.

TIRCIS.

275   Silence, petits oiseaux,

Vents n'agitez nulle chose .

Coulez doucement ruisseaux,

C'est Caliste qui repose.

TOUS TROIS.

Dormez, Dormez beaux yeux adorables vainqueurs,

280   Et goûtez le repos que vous vous ôtez aux coeurs.

CALISTE, s'éveillant.

Ah ! Quelle peine extrême !

Suivre partout mes pas ?

TIRCIS.

Que vouslez-vous qu'on suive, hélas!

Que ce qu'on aime.

CALISTE.

285   Berger, que voulez-vous ?

TIRCIS.

Mourir belle bergère,

Mourir à vos genoux,

Et finir ma misère,

Puisqu'en vain à vos pieds, on me voit soupirer,

290   Il y faut expirer.

CALISTE.

Ah! Tircis, ôtez-vous, j'ai peur que dans de jour,

La pitié dans mon coeur n'introduise l'amour.

LICASTE et MÉNANDRE.

Soit amour, soit pitié,

Il sied bien d'être tendre ;

295   C'est pas trop vous défendre,

Bergers, il faut le rendre

À la longue amitié.

Soit amour, soit pitié,

Il sied bien d'être tendre ;

CALISTE.

300   C'est trop, c'est trop de rigueur,

J'ai mal traité votre ardeur

Crucifiant votre personne,

Vengez-vous de mon coeur,

Tircis, je vous le donne.

TIRCIS.

305   Ô ciel ! Bergers ! Caliste ! Ah je suis hors de moi !

Si l'on meurt de plaisir je dois perdre la vie.

LICASTE.

Digne prix de ta foi !

MÉNANDRE.

Ô ! Sort digne d'envie !

SCÈNE VI.
Forestan, Silvandre, Caliste, Tircis.

Quatre faunes sortent avec de petits tambours, et quatre driades avec des festons de fleurs. Ils forment ensemble une entrée qui finit le premier acte.

FORESTAN.

Quoi ! Tu me fuis, Ingrate, et je te vois ici

310   De ce berger à moi faire une préférence ?

SILVANDRE.

Quoi, mes soins n'ont rien pu sur ton indifférence,

Et pour ce langoureux ton coeur s'est adouci ?

CALISTE.

Le destin le veut ainsi,

Prenez tous deux patience.

FOSRESTAN.

315   Aux amants qu'on pousse à bout,

L'amour fait verser des larmes ;

Mais ce n'est pas notre goût,

Et la bouteille a des charmes

Qui nous consolent de tout.

SILVANDRE.

320   Notre amour n'a pas toujours

Tout le bonheur qu'il désire.

Mais nous avons un secours,

Et le bon vin nous fait rire

Quand on rit de nos amours.

TOUS.

325   Champêtres Divinités,

Faunes, Driades, sortez

De vos paisibles retraites ;

Mêlez vos pas à nos sons.

Et tracez sur les herbettes.

330   L'image de nos chansons.

TROISIÈME ENTRÉE.

Quatre faunes, quatre driades.

ACTE II

Le théâtre représente un vieux château qui était autrefois la demeure des Seigneurs du prochain village, et qui tombe entièrement en ruines. On y voit en plusieurs endroits des arbres et des ronces, et dans l'enfoncement, au travers d'une arcade à demie rompue, on découvre les vestiges de trois grandes allées de cyprès à perte de vue.

SCÈNE PREMIÈRE.

FORESTAN.

Je ne puis souffrir l'outrage

Que Caliste fait à ma foi :

Dans le fonds de mon coeur j'enrage

Qu'elle aime un autre que moi.

335   Deux enchanteurs m'ont fait entendre

Qu'ils ont le secret de me rendre

Tel qu'il faut être pour charmer ;

Caliste aura beau se défendre,

Je la contraindrai de m'aimer.

SCÈNE II.
Forestan, Deux magiciens, Trois sorcières, Six démons dansants, et sept autres démons volants.

C'est dans cette scène que les lutins déguisés font une cérémonie magique pour feindre d'embellir Forestan, et pour se moquer de lui. Deux magiciens paraissent chacun une baguette à la main, ils frappent, la Terre en dansant, et font sortir six démons qui se joignent avec eux. Trois sorcières sortent aussi de dessous terre, et faisant asseoir Forestan au milieu d'elles, mêlent leur chants aux danses des Magiciens et des Démons, pour former une manière d'enchantement.

QUATRIÈME ENTRÉE.
Deux magiciens, Six démons.

LES TROIS SORCIÈRES, ensemble.

340   Déesse des appas,

Ne nous refuse pas

La grace qu'implorent nos bouches :

Nous t'en prions par tes rubans,

Par tes boucles de diamants,

345   Ton rouge, ta poudre, tes mouches,  [ 4 Mouche : Petit morceau de taffetas noir, de la grandeur d'environ l'aile d'une mouche, que les dames se mettent sur le visage. Une boîte à mouches. [L]]

Ton masque, ta coiffe et tes gants.

UNE SORCIÈRE, seule.

Ô toi ? Qui peux rendre agréables

Les villages les plus mal faits,

Répand, Vénus, de tes attraits

350   Deux ou trois doses charitables

Sur ce museau tondu tout frais.

Les démons habillent Forestan d'une manière bizarre et ridicule, tandis que les magiciens et les autres démons dansent, les trois sorcières chantent.

LES TROIS SORCIÈRES, ensemble.

Ah qu'il est beau

Le jouvenceau,

Ah qu'il est beau.

355   Qu'il va faire mourir de belles :

Auprès de lui les plus cruelles

Ne pourront tenir dans leur peau.

Ah qu'il est beau

Le jouvenceau,

360   Ah qu'il est beau !

Ho, ho, ho, ho, ho, ho...

Qu'il est joli !

Gentil, poli !

Qu'il est joli !

365   Est-il des yeux qu'il ne ravisse !

Il passe en beauté feu Narcisse  [ 5 Narcisse : Fils du fleuve de Céphise et de la nymphe Liriope, était d'une beauté remarquable. Aprsè avoir méprisé l'maour de la nymphe Echo, il devint amoureux de sa propre image, qui était reflétée par sa propre image, et, de chgrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans le source où il l'apercevait. ]

Qui fut un blondin accompli.  [ 6 Blondin : qui a les cheveux blonds, ou une perruque blonde. "Les coquettes aiment fort les blondins, ce sont de vrais séducteurs de femmes." Molière [F]]

Qu'il est joli !

Gentil, poli !

370   Qu'il est joli !

Hi, hi, hi, hi, hi, hi...

Les trois sorcières qui chantent s'enfoncent dans la Terre, les deux magiciens et les six démons qui dansent disparaissent, et dans le même temps quatre autres démons qui partent de quatre côtés différents, croisent dans l'air, et trois autres petits démons qui sortent de Terre, et qui tous trois s'élèvent en rond, après avoir fait trois tours en volant, se vont perdre dans les nuages au milieu du théâtre.

SCÈNE III.

FORESTAN.

Qu'un beau visage

A d'avantage !

Tout lui rit, Tout lui fait la cour :

375   Que l'on verra dans ce boccage

De bergères mourir d'amour

Et de bergers crever de rage !

SCÈNE IV.
Silvandre, Forestan.

SILVANDRE.

Forestan, Forestan, es-tu là ?

FORESTAN.

Beau comme je dois être

380   Il va me voir sans me connaitre.

SILVANDRE.

Ô ! Forestan ? Ah ! Te voilà.

Pourquoi t'amuser de la sorte ?

FORESTAN.

Qu'importe, qu'importe !

SILVANDRE.

Hé quoi ! Ne veux-tu pas aller

385   Où nous devons nous assembler ?

Ton impatience est peu forte.

FORESTAN.

Qu'importe, qu'importe !

SILVANDRE.

Veux-tu souffrir en ce jour

Que le faible dieu d'amour

390   Sur le Dieu du vin l'emporte ?

FORESTAN.

Qu'importe, qu'importe !

SILVANDRE.

Allons ; c'est trop railler.

FORESTAN.

À qui crois-tu parler ?

SILVANDRE.

Quel badinage !

395   Tu n'es pas sage ;

La fête de Bacchus commencera bientôt.

Allons, sans tarder davantage,

Allons-y boire comme il faut.

Forestan affecte de faire l'agréable, et quitte son ton naturel de basse pour chanter en fausset.

FORESTAN.

Il est bien doux de boire ;

400   On peut en faire gloire.

Quand on n'a pas de quoi charmer :

Bacchus sait consoler un amant misérable ;

Mais quand on est aimable,

Il n'est rien si doux que d'aimer.

SILVANDRE.

405   Que veux-tu dire ?

D'où vient ce caprice nouveau ?

FORESTAN.

Regarde, considère, admire.

Ah qu'il est beau !

Ho, ho, ho, ho, ho, ho...

410   Ah qu'il est beau.

SILVANDRE.

Dis-moi donc je te prie

De quelle folle rêverie

Ton cerveau s'est rempli ?

FORESTAN.

Qu'il est joli !

415   Hi, hi, hi, hi, hi, hi...

SILVANDRE.

Consulte la Fontaine

La plus prochaine,

Mire-toi dans son eau.

Forestan s'approche d'une Fontaine qui paraît au milieu du théâtre, et dans le moment qu'il se baisse pour le regarder dans l'eau, il en sort deux sirènes qui lui présentent un grand miroir. Forestan s'y voit aussi laid qu'il était avant la cérémonie magique ; et dans la rage qu'il a de la tromperie qu'on lui a faite, il veut frapper de sa massue les deux sirènes qui se moquent de lui, mais elles évitent ses coups, en se plongeant et en se perdant dans la Fontaine, qui disparaît en un moment.

Ah qu'il est beau !

420   Ho, ho, ho, ho, ho, ho...

FORESTAN.

Je suis digne de railleries ;

On m'a fait une fourberie :

Mais, si je la mets en oubli...

Non, non, les imposteurs n'auront pas lieu de rire.

Deux sorcières affreuses paroissent aux deux côtés du théâtre, et présentent chacun un miroir à Forestan.

SILVANDRE.

425   Regarde, considère, admire.

FORESTAN.

Ah ! Je vais vous payer de m'avoir embelli.

Forestan s'avance vers une des sorcières, et la veut frapper de sa massue, mais la socière évite le coup en s'envolant, le Satire ne frappe que l'air, et sa massue lui échappe des mains. Il court vers l'autre sorcière, il l'attrappe, mais dans le moment qu'il se jette sur elle, et qu'il la tient, il ne lui demeure entre les mains qu'une figure de sorcière qui lui fait la grimace, et lui présente un miroir, tandis qu'un petit lutin qui était enfermé dedans, s'envole en se moquant du Satire.

SCÈNE IV.

SILVANDRE.

Qu'il est joli !

Hi, hi, hi, hi...

FORESTAN.

C'est un tour es Lutins errants dans ce boccage

430   Dont il faut que je sois vengé.

SILVANDRE.

Hé, hé, hé, hé, hé, hé...

FORESTAN.

Tu ris quand je suis outragé ?

SILVANDRE, riant.

Hé, hé, hé, hé, hé, hé...

FORESTAN.

Ne m'insulte point davantage ;

435   Va rire ailleurs ;

Je suis dans une rage

Qui pourrait bien tourner sur les méchants railleurs.

SILVANDRE.

Ami, me veux-tu croire,

Ne songeons plus qu'à boire ;

440   Fuyons l'amour, et le chagrin,

Suivons Bacchus, courons au vin.

FORESTAN.

Au vin, au vin, au vin, au vin,

SILVANDRE et FORESTAN, ensemble.

Fuyons l'amour et le chagrin,

Suivons Bacchus, courons au vin.

445   Au vin, au vin, au vin, au vin,

SCÈNE V.
Damon, Silvandre, Forestan

DAMON.

Ma bergère a changé, je veux changer comme elle.

SILVANDRE.

Suis les lois de Bacchus, tu t'en trouveras bien.

DAMON.

Heureux qui peut aimer une beauté fidèle !

FORESTAN.

Plus heureux qui peut n'aimer rien.

SILVANDRE.

450   Viens avec nous goûter la vie ;

Quitte une volage beauté,

Comme elle t'a quitté:

Profite de sa perfidie,

Viens jouir de la liberté.

DAMON.

455   C'est pour servir Cloris que je quitte Climène,

Et mon coeur sans aimer ne saurait vivre un jour ,

Qui s'engage une fois peut bien changer de chaine ;

Mais, il est mal aisé d'échapper à l'Amour.

SILVANDRE.

Sous l'amoureux empire,

460   On n'est point sans tourment ;

Je te plains pauvre amant,

Langui, gémi, soupire ;

Nous allons rire,

SILVANDRE et FORESTAN, ensemble.

Fuyons l'amour et le chagrin,

465   Suivons Bacchus, courons au vin.

Au vin, au vin, au vin, au vin,

SCÈNE VI.
Damon, Climène.

DAMON.

Ma volage s'avance.

CLIMÈNE.

Voici mon infidèle amant.

DAMON et CLIMÈNE.

Vengeons-nous de son inconstance.

470   Ô ! La douce vengeance

Qu'un heureux changement !

DAMON.

Quand je plaisais à tes yeux

J'étais content de ma vie,

Et ne voyais Rois ni Dieux

475   Dont le sort me fit envie.

CLIMÈNE.

Lorsqu'à toute autre personne

Me préférait ton ardeur.

J'aurais quitté la couronne

Pour régner dessus ton coeur.

DAMON.

480   Une autre a guéri mon âme,

Des feux que j'avais pour toi.

CLIMÈNE.

Une autre a vengé ma flamme

Des faiblesses de ta foi.

DAMON.

Cloris qu'on vante si fort

485   M'aime d'une ardeur fidèle,

Si ses yeux voulaient ma mort,

Je mourrais content pour elle.

CLIMÈNE.

Mirtil si digne d'envie,

Me chérit plus que le jour,

490   Et moi je perdrais la vie

Pour lui montrer mon amour.

DAMON.

Mais si d'une douce ardeur

Quelque renaissance trace

Chassait Cloris de mon coeur

495   Pour te remettre en sa place ?

CLIMÈNE.

Bien qu'avec pleine tendresse

Mirtil me puisse chérir,

Avec toi, je le confesse,

Je voudrais vivre et mourir.

DAMON et CLIMÈNE, ensemble.

500   Ah ! Plus que jamais aimons-nous,

Et vivons et mourons en des liens si doux.

SCÈNE VII.
Troupe de bergers et de bergères, Damon, Climène.

Une troupe de bergers et de bergères qui voient Damon et Climène raccommodés en témoignent leur joie.

TROUPE DE BERGERS ET DE BERGÈRES.

Amants, que vos querelles

Sont aimables et belles ;

Qu'on y voit succéder

505   De plaisirs, de tendresse !

Querellez-vous sans cesse,

Pour vous racommoder.

SCÈNE VIII.
Arcas, Damon, Climène, Troupe de bergers et de bergères.

ARCAS.

Venez, que rien ne vous arrête,

Ne perdez point d'heureux moments ;

510   Venez tous voir la fête

Que l'on apprête

À l'honneur du Dieu des Amants :

Les plaisirs où l'Amour convie

Sont les plus charmants de la vie,

515   Il en faut jouir tant qu'on peut,

On ne les a pas quand on veut.

ACTE III

Le théâtre se change et représente une grande allée d'arbres d'une extrême hauteur, lesquels mêlent leurs branches les unes avec les autres, et forment une manière de voûte de verdure, où plusieurs pasteurs jouant de différents instruments, se retouvent placés ; un grand nombre de bergers et de bergères paraissent sous cette voûte et commencent la fête de l'Amour, par ces chansons où les danses se mêlent de temps en temps.

SCÈNE I.
Troupes de pasteurs, de bergers et de bergères.

CALISTE.

Ici l'ombre des ormeaux

Donne un teint frais aux herbettes,

Et les bords de ces ruisseaux.

520   Brillent de mille fleurettes

Qui se mirent dans les eaux.

Prenez bergers, vos musettes.

Ajustez vos chalumeaux,  [ 7 Chalumeau : se dit aussi d'un instrument de musique champêtre, soit d'un, soit de plusieurs tuyaux de blé, soit de quelque matière déliée. [F]]

Et mêlons nos chansonnettes

525   Aux chants de petits oiseaux.

CINQUIÈME ENTRÉE.
Quatre bergers, quatre bergères.

Les bergers et les bergères continuent de mêler les danses aux chansons.

CLIMÈNE.

Le zéphire entre ces eaux,

Fait mille courses secrètes,

Et les rossignols nouveaux,

De leur douces amourettes,

530   Parlent aux tendres rameaux.

Prenez Bergers, vos musettes,

Ajustez vos chalumeaux,

Et mêlons nos chansonnettes

Aux chants de petits oiseaux.

CLORIS.

535   Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie,

Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer !

Il faut retrancher de la vie,

Ce qu'on en passe sans aimer.

Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie,

540   Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer !

SILVIE.

Ah ! Les beaux jours qu'Amour nous donne

Lorsque sa flamme unit les coeurs !

Est-il ni gloire, ni couronne

Qui vaille ses moindres douceurs ?

545   Ah ! Qu'il est doux, belle Silvie,

Ah ! Qu'il est doux de s'enflammer !

ARCAS.

Qu'avec peu de raison on se palint d'un martyre

Que suivent de si doux plaisirs !

TIRCIS et ARCAS.

Un moment de bonheur dans l'amoureux empire,

550   Répare dix ans de soupirs.

TOUS ENSEMBLE.

Chantons tous de l'Amour le pouvoir adorable,

Chantons dans ces lieux,

Ses attraits glorieux,

Il est le plus aimable,

555   Et le plus grand des Dieux.

La perspective s'ouvre, et laisse paraître dans le fond du théâtre un autre manière de voûte de treille, sous laquelle une multitude de suivants de Bacchus sont placés, les uns dans des tonneaux, et les autres sur une espèce d'Amphithéâtre couvert de pampres de vigne, qui tous jouent de différents instruments, tandis que plusieurs autres satires et silvains s'avancent au mileu du théâtre pour interrompre la fête de l'Amour, et pour en célébrer une plus solennelle à la gloire de Bacchus.

SCÈNE II.
Troupes de satires, de bacchantes, et de silvains, jouant de différents instruments, chantants, et dansants, Silvandre, Aminte, Forestan, Troupes de bergers et de bergères, et de suivants de l'Amour.

SILVANDRE.

Arrêtez, arrêtez, c'est trop entreprendre,

Un autre Dieu dont nous suivons les lois,

S'oppose à cet honneur qu'à l'Amour osent rendre,

Vos musettes et vos voix ;

560   À des titres si beaux Bacchus seul peut prétendre,

Et nous sommes ici pour défendre ses droits.

CHOEURS.

Nous suivons de Bacchus le pouvoir adorable

Nous suivons en tous lieux,

Ses attraits précieux ;

565   Il est le plus aimable

Et le plus grand des Dieux.

Les suivants de Bacchus qui dansent sont un combat contre les danseurs du parti de l'Amour, tandis que les bergers et les satires disputent en chantant en faveur du Dieu que chacun veut honorer.

SIXIÈME ENTRÉE.
Quatre satires, quatre bacchantes.

AMINTE.

C'est le printemps qui rend l'âme

À nos champs semés de fleurs :

Et c'est l'Amour et la flamme

570   Qui font revivre nos coeurs.

FORESTAN.

Le soleil chasse les ombres,

Dont le ciel est obscurci,

Et des âmes les plus sombres,

Bacchus chasse le souci.

CHOEURS DE BACCHUS.

575   Bacchus est révéré sur la terre et sur l'onde.

CHOEURS DE L'AMOUR.

Et l'Amour est un Dieu qu'on révère en tous lieux.

CHOEURS DE BACCHUS.

Bacchus à son pouvoir a soumis tout le Monde.

CHOEURS DE L'AMOUR.

Et l'Amour a dompté les hommes et les Dieux.

CHOEURS DE BACCHUS.

Rien peut-il égaler sa douceur sans seconde ?

CHOEURS DE L'AMOUR.

580   Rien peut-il égaler ses charmes précieux ?

CHOEURS DE BACCHUS.

Fi, fi, de l'Amour et de ses feux.

PARTI DE L'AMOUR.

Ah ! Quel plaisir d'aimer !

PARTI DE BACCHUS.

Ah ! Quel plaisir de boire !

PARTI DE L'AMOUR.

À qui vit sans amour la vie est sans appas.

PARTI DE BACCHUS.

C'est mourir que de vivre et de ne boire pas.

PARTI DE L'AMOUR.

585   Aimables fers !

PARTI DE BACCHUS.

  Douce victoire !

PARTI DE L'AMOUR.

Ah ! Quel plaisir d'aimer !

PARTI DE BACCHUS.

Ah ! Quel plaisir de boire !

LES DEUX PARTIS, ensemble.

Non, non, c'est un abus.

Le plus grand Dieu de tous

PARTI DE L'AMOUR.

C'est l'Amour.

PARTI DE BACCHUS.

C'est Bacchus.

SCÈNE III et DERNIÈRE.

Le berger Licaste se mêle entre les deux partis, et les accorde.

LICASTE.

C'est trop, c'est trop, bergers, hé pourquoi ces débats ?

590   Souffrons qu'en un parti la Raison nous assemble :

L'Amour a des douceurs ; Bacchus a des appas,

Ce sont deux Déïtés qui sont fort bien ensemble;

Ne les séparons pas.

LES DEUX CHOEURS, ensemble.

Mêlons donc leurs douceurs aimables,

595   Mêlons nos voix dans ces lieux agréables,

Et faisons répéter aux Échos d'alentour,

Qu'il n'est rien de plus doux que Bacchus et l'Amour.

Tandis que les voix et les instruments des deux choeurs s'unissent, tous les danseurs des deux partis forment ensemble la dernière entrée, et terminent agréAblement les Fêtes de l'Amour et de Bacchus.

SEPTIÈME et DERNIÈRE ENTRÉE.

Quatre bergers, quatre bergères, quatre satires, et quatre Bacchantes.

 


Notes

[1] Grisette : femme ou fille jeune vêtue de gris. On le dit par mépris de toutes celles qui sont de basse condition, de quelque étoffe qu'elles soient vêtues. Des gens de qualité s'amusent souvent à frequenter des grisettes. [F]

[2] Cadédis : Jurement qu'on met habituellement dans la bouche des Gascons. On dit aussi cadédiou. Etymologie : Cap, tête, de Dis, de Dieu. [L]

[3] Gens de l'entriguet : gends d'importance. [L]

[4] Mouche : Petit morceau de taffetas noir, de la grandeur d'environ l'aile d'une mouche, que les dames se mettent sur le visage. Une boîte à mouches. [L]

[5] Narcisse : Fils du fleuve de Céphise et de la nymphe Liriope, était d'une beauté remarquable. Aprsè avoir méprisé l'maour de la nymphe Echo, il devint amoureux de sa propre image, qui était reflétée par sa propre image, et, de chgrin de ne pouvoir la posséder, se noya dans le source où il l'apercevait.

[6] Blondin : qui a les cheveux blonds, ou une perruque blonde. "Les coquettes aiment fort les blondins, ce sont de vrais séducteurs de femmes." Molière [F]

[7] Chalumeau : se dit aussi d'un instrument de musique champêtre, soit d'un, soit de plusieurs tuyaux de blé, soit de quelque matière déliée. [F]

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