L'ÉPOUSE DU CANTIQUE

Paraphrase selon l'esprit des Pères, du premier Chapitre du CANTIQUE des CANTIQUES.

M. DCC. XXXVIII. Avec Approbation et privilège du Roi.

de MONSIEUR L'ABBÉ NADAL, de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.

À PARIS, chez BRIASSON, rue Saint-Jacques à La Science.


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 07/04/2017 à 09:57:56.


NOMS DES ACTEURS.

UNE ISRAÉLITE.

L'ÉPOUSE.

L'ÉPOUX.

FILLES DE SION.

LE CHOEUR.

La Scène est à Solime, autrement Jérusalem, dans le Palais d'Hérode.

Texte tiré de "Oeuvres mêlées de Monsieur l'Abbé Nadal, de l'Acédémie des Inscriptions et Belles-Lettres. Tome Second (...)" 1738, pp. 18-24


SCÈNE PREMIÈRE.
L'Épouse, Troupe d'Isréalites, Troupe des Filles de Sion.

UNE ISRAÉLITE.

Loin d'ici profanes plaisirs,

Dans d'innocents transports l'Amante le plsu tendre,

À l'époux qu'elle adore, adresse ses soupirs :

La Terre se tait pour l'entendre,

5   Et le Ciel s'ouvre au feu de ses désirs.

L'ÉPOUSE.

Parez-vous de toutes vos grâces ;

Du sentier marqué par mes traces,

Ô filles de Sion, ne vous écartez plus ;

Cherchons mon époux ;le temps presse,

10   C'est trop garder, volez sans cesse,

Après l'odeur de ses vertus.

     

Ô tendresse ! Ô faveur suprême !  [ 1 Introduxit me Rex in celleria sua, exultabimus et laetabimur in te.]

Mon Roi m'a révélé lui-même

Les mystères sacrés de ses justes décrets :

15   D'un plaisir à jamais durable,

Ne cherchons l'attrait ineffable,

Que dans ses entretiens secrets.

     

Parez-vous de toutes vos grâces ;

Du sentier marqué par mes traces,

20   Ô filles de Sion, ne vous écartez plus ;

Cherchons mon époux ;le temps presse,

C'est trop garder, volez sans cesse,

Après l'odeur de ses vertus.

     

UNE FILLE DE SION.

Celui qui du sein de la gloire,   [ 2 Recti diligent te.]

25   Fait partir à son gré la mort ou la victoire,

S'attendrit à no pleurs, se plaît à nous charmer.

Tous nos destins sont dans sa mon puissante ;

Mais une âme pure, innocente,

Seule est capable de l'aimer.

UNE AUTRE FILLE DE SION.

30   Le bruit qu'a déjà su répandre  [ 3 Essusum nomen tuum : ideo Adolescentule dilexerunt te.]

Son nom sacré par toutes nos Cités,

De son empire a fait dépendre,

Le coeur de nos jeunes beautés.

CHOEUR DES FILLES DE SION, ET DES ISRAÉLITES.

Le bruit qu'a déjà su répandre

35   Son nom sacré par toutes nos Cités,

De son empire a fait dépendre,

Le coeur de nos jeunes beautés.

UN ISRAÉLITE.

Sensible à la voix qui l'appelle,

Sur un char éclatant l'époux descend des Cieux ;

40   Au premier regard de ses yeux,

La Terre est plus riante, et la clarté plus belle.

Fier d'un fardeau si glorieux,

Le Chérubin ardent le soutient de son aile ;

Et pour en adoucir la splendeur immortelle,

45   La Charité précède et l'annonce en ces lieux.

SCÈNE II.
L'époux, l'épouse, Troupe d'Israélites, Troupe des filles de Sion.

L'ÉPOUX.

Cher objet de mes soins, du charme qui m'attire  [ 4 Occuli tui colombarum.]

Mon coeur est toujours plus flatté :

Dans tes yeux la douceur respire,

Plus touchante que la beauté.

L'ÉPOUSE.

50   Mon bien-aimé, que mon ardeur te touche,  [ 5 Osculetur me oculo oris suis. Nigra sum, sed formosa, filiae Jerusalem]

Rends-moi le prix de ma fidélité ;

Puisse de ta divine bouche,

Sur mes lèvres passer l'aimable vérité.

Jérusalem m'est un témoin fidèle,

55   De la langueur dont mon coeur est blessé.

Dois-je à tes yeux être moins belle,

Si l'éclat de mon teint te paraît effacé ?

Mon bien-aimé, que mon ardeur te touche,

Rends-moi le prix de ma fidélité ;

60   Puisse de ta divine bouche,

Sur mes lèvres passer l'aimable vérité.

Jérusalem m'est un témoin fidèle,

De la langueur dont mon coeur est blessé.

Dois-je à tes yeux être moins belle,

65   Si l'éclat de mon teint te paraît effacé ?

L'ÉPOUX.

Ce n'est qu'à l'éclat des armes,

Qu'il me serait permis de comparer tes charmes ;

Mais en vain sur leurs chars mes ennemis domptés,

Même au delà des temps iraient porter ma gloire,

70   Mon amour te retrouve en ces lieux écartés,

Plus belle encor que la victoire.

L'ÉPOUSE.

Non, Il n'est rien que tu n'effaces,  [ 6 Ecce tu pulcher es, et decoris.]

Dans tout ce qui brille à mes yeux.

L'ÉPOUX.

À la beauté tu joins les grâces,  [ 7 Ecce tu pulchera es, amica ma.]

75   Présent le plus flatteur des Cieux.

L'ÉPOUX ET L'ÉPOUSE.

Non, Il n'est rien que tu n'effaces,

Dans tout ce qui brille à mes yeux.

L'ÉPOUSE.

Cher époux, dois-je craindre encore

De te voir écarter de ces heureux climats ?

80   Dis-moi dans quel endroit la terre qui t'adore,

Doit recevoir les traces de tes pas.

De l'Astre qui nous lit la flamme dévorante,

N'a point de ton épouse épargné les appas.

Ne souffre point que plus longtemps errante,

85   J'arrose de mes pleurs les lieux où tu n'es pas.

L'ÉPOUX.

Tendre comme la tourterelle,  [ 8 Pulchra sunt géné tuae sicut turturis : collum tuum sicut Monilia.]

Pour un époux absent gémissante comme elle,

Non tu ne brilles point d'un éclat emprunté ;

Ce n'est qu'à toit que tu dois ta beauté.

L'ÉPOUSE.

90   Divin époux, rends mon coeur plus tranquille,  [ 9 Dilecte mi lectulus noster Floridus.]

Viens, au milieu de mes ardeurs,

T'unir à moi dans cet asile,

Que l'amour a semé de fleurs.

Rien n'est égal dans l'ardeur qui me presse,  [ 10 Méliora sunt ubera tua vino... fragantia [illisible] optimis.]

95   Au bien que répand ton amour :

L'odeur des parfums qui me laisse,

Est plus pure encor que le jour.

UNE FILLE DE SION.

Quel est cet auguste mystère ?

Son Roi verse en son sein les plus riches trésors.

100   Entre les bras d'une épouse si chère,

Dans un sommeil divin se perdent ses transports.

CHOEUR DES FILLES DE SION.

Quel est cet auguste mystère ?

Son Roi verse en son sein les plus riches trésors.

Entre les bras d'une épouse si chère,

105   Dans un sommeil divin se perdent ses transports.

L'ÉPOUSE.

Durez moments où mon époux repose,  [ 11 Fasciculus dilectus meus mihi, inter ubera mea commorabitur.]

Moments où je le tiens attaché sur son sein,

Comme une fleur nouvellement éclose,

Et qu'il viendrait d'y placer se sa main.

110   Loin de ses yeux dans l'ardeur qu'il m'inspire  [ 12 Dum esset Rex in accubity, nardus mea dedit odorem suum.]

La tendre Écho rendait mes douloureux accents !

À ses côtés ma main brûlait l'encens,

Pour parfumer l'air même qu'il respire.

UNE FILLE DE SION.

Que tout ici garde un profond silence,

115   Ruisseaux formez un murmure plus doux ;

Chantres de ce bocage où règne l'innocence,

Dans vos transports retenez-vous.

Zéphirs faites vous violence :

Mers suspendez la fureurs de vos flots,

120   Suivez le cours d'une onde pure ;

Que tout respecte le repos

Du souverain de la nature.

UNE FILLE DE SION.

Puisse à jamais, de ta gloire jaloux,

Le Ciel dans une paix profonde

125   Conserver nos chastes époux :

C'est sur l'espoir d'un bien si doux,

Que tout notre bonheur se fonde.

D'un feu si pur dépend le sort du monde.

CHOEUR DES ISRAéLITES ET DES FILLES DE SION.

Puisse à jamais, de ta gloire jaloux,

130   Le Ciel dans une paix profonde

Conserver nos chastes époux :

C'est sur l'espoir d'un bien si doux,

Que tout notre bonheur se fonde.

D'un feu si pur dépend le sort du monde.

 


Notes

[1] Introduxit me Rex in celleria sua, exultabimus et laetabimur in te.

[2] Recti diligent te.

[3] Essusum nomen tuum : ideo Adolescentule dilexerunt te.

[4] Occuli tui colombarum.

[5] Osculetur me oculo oris suis. Nigra sum, sed formosa, filiae Jerusalem

[6] Ecce tu pulcher es, et decoris.

[7] Ecce tu pulchera es, amica ma.

[8] Pulchra sunt géné tuae sicut turturis : collum tuum sicut Monilia.

[9] Dilecte mi lectulus noster Floridus.

[10] Méliora sunt ubera tua vino... fragantia [illisible] optimis.

[11] Fasciculus dilectus meus mihi, inter ubera mea commorabitur.

[12] Dum esset Rex in accubity, nardus mea dedit odorem suum.

 Version PDF 

 Version TXT 

 Répliques par acte

 Caractères par acte

 Répliques par scène

 Vers par acte

 Vers par scène

 Vocabulaire du texte

 Primo-locuteur

 Didascalies