L'ÉLÈVE DE LA NATURE

COMÉDIE EN UN ACTE

Mêlée de Musique

Représentée au Théâtre des Grands-Danseurs du Roi , au mois de Février 1781.

Musique de M. R. ...

Prix 24 sols.

M. DC. XXXXII.

AVEC APPORBATION ET PERMISSION

Par M. MAYEUR.

De l'Imprimerie de CLOUSIER , rue St-Jacques,


Texte établi par Paul FIEVRE septembre 2019

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 30/11/2019 à 19:51:15.


Si les Dieux commandent dans l'Olympe, il n'est rien sur la terre qui ne fléchisse sous le sceptre de la Beauté. Tiré de la Pièce.


AVERTISSEMENT.

Il n'est personne qui ne connaisse le Roman de l'Elève de la Nature, qui m'a fourni la matière de cette petite Comédie (1). Ce sujet a déjà été traité au Théâtre de l'Ambigu-Comique, sous le nom du Sauvage apprivoisé par l'Amour ; mais comme il est permis à tout le monde de puiser dans la même source, et que le Public m'a vu avec des yeux indulgents dans le rôle du Sauvage apprivoisé que, je remplissais au Théâtre de l'Ambigu ; j'ai hasardé, quoique transfuge de ce spectacle, de me montrer au Public dans ce même rôle qui parut l'amuser alors.

Rempli du désir de lui plaire , quelques jours m'ont suffi pour composer la Pièce qu'on va lire, dans laquelle j'ai strictement suivi la marche du Roman, ce qui lui donne quelques ressemblance avec celle du Théâtre du sieur Audinot ; mais, ainsi que deux Traducteurs du même ouvrage doivent nécessairement se rencontrer ; il m'était impossible d'éviter de ressembler au Sauvage apprivoisé. Cependant on n'y retrouvera pas une phrase de l'autre Pièce quoiqu'il m'eût été permis, comme à M. Baret de Villeancourt (2), de copier en certains endroits le Dialogue du Roman.

Mais dans la crainte que les personnes qui n'ont point lu cet ouvrage, ne s'imaginassent que j'avais pillé dans le Sauvage apprivoisé, j'ai mieux aimé créer et être inférieur, que de paraître plagiaire.

J'aurais encore bien pû mettre dans la bouche de l'Elève, le mot beaucoup, que j'imaginai de dire en jouant le rôle du Sauvage apprivoisé, et qui produisit le plus grand effet ; mais trop délicat pour ne point vouloir essuyer des reproches ( qui auraient cependant été mal fondés, puisque ce mot m'appartient ) j'ai préféré de le remplacer par un autre, équivalent à la vérité ; mais qui à la Scène peut ne pas faire la même sensation. C'est au Public à décider. N'ayant point oublié les bontés dont il m'a honoré dans le rôle du Sauvage, au Théâtre de l'Ambigu; mon seul but a été de les mériter de nouveau à ce Théâtre-ci dans le même personnage. Si mes espérances sont déçues, je le prie, du moins, de ne point oublier le zèle et le motif qui ont conduit ma plume.

(1) J'ose penser que lorsque le grave M. de charnois aura lu cette petite Comédie, il ne dira plus, à la honte du goût du Public, « qu'on ne voit aux Spectacles des Boulevards, que des farces plates, jouées par des Baladins sans talent. »

(2) Le Sauvage apprivoisé est de M. B. de Villeancourt, Professeur de Langue Française. On ne croira jamais que cet Auteur charmant, qui dans l'origine du Spectacle de l'Ambigu-Comique fit jouer une pièce intitulée l'Isle de la Frivolité (*), aux représentations de laquelle on se porta comme à celles de la Veuve du Malabar ; et qui depuis donna à ce même Théâtre quatre ou cinq autres pièces qui ne furent point représentées sans succès, se vit obligé d'offrir cette dernière sous l'anonyme, pour qu'elle fût agréée de reconnaissance ! tu ne seras donc toujours qu'un nom ?

(*) C'est dans cette pièce que le sieur Talon se fit une si grande réputation dans le rôle d'Abbé qu'il y représentait ; qu'on ne parlait plus alors que du petit Abbé, comme on te s'enrretenait que de Jeannot il y a un an Le sieur Tason, fait pour jouer par tout avec succès l'emploi qu'il tient à ce Théâtre de mérite qu'on qualifie de de camarade et d'ami, je lui parle avec sincérité. Si la nature lui a refusé la taille, elle l'a doué en récompense de beaucoup de sensibilité, d'une diction nette et flexible, jointe à beaucoup d'âme : qu'il tire parti de tous ses avantages, qu'il soit toujours lui, il sera sûr de plaire. Car souvent s'imaginant bien faire en imitant d'un modèle qu'on croit parfait, les écarts, qui chez lui sont des beautés (*), il se trouve qu'on n'en a sais que les défauts.

(*) Et il faut encore prendre garde de s'y tromper : car Boileau a fort bien dit : Souvent un beau désordre est un effet de l'art.


PERSONNAGES

JOHNSON, père de l'élève de la Nature. M. Lelièvre.

L'ÉLÈVE (1), M. Mayeur.

EUPHÉMON, M. Delor.

ZÉLIE, Mademoiselle. Forest (2).

WELDONE, Capitaine de Vaisseau. M. Talon.

SMIT, Officier, M. Alphonse.

La Scène se passe dans une Isle déserte.

Le Théâtre représente à droite de hautes montagnes coupées par des pins et autres arbres sauvages ; dans l'enfoncement est la mer, et sur le même côté est un filet, fabriqué dans de gros arbres, pour prendre des Bêtes fauves. Sur la gauche est une Cabane bâtie en planche, feuilles et branches sèches. Il doit y avoir un miroir attaché à la porte, un banc de bois à côté, quelques touffes de fleurs plantées çà et là, etc.

Les Ballets sont de M. DESPLACES.

Cette barre ? indique les endroits où il se trouve de la Musique.

(1) Si on desire jouer cette Pièce en société, il faut que l'Acteur qui se chargera de ce rôle, ait l'attention de ne pas le jouer avec la roideur d'un Sauvage, ni avec les manières d'un homme policé ; il doit y mettre le plus grand naturel , et dans chaque situation où il se trouve, témoigner beaucoup d'étonnement, de douceur et de sensibilité.

( 2 ) Cette aimable Actrice me permettra de dire ici, malgré sa modestie, (et la modestie est toujours l'appanage du talent ) que si la représentation de cet Ouvrage obtient quelque succès, je le devrai en partie à son jeu aussi vrai que séduisant.


L'ÉLÈVE DE LA NATURE.

SCÈNE PREMIÈRE.
Johnson, Weldone, Smit.

Ils entrent tous trois très doucement, en marquant la crainte qu'ils ont d'être aperçus.

JOHNSON.

Prenons bien garde qu'il ne nous aperçoive !

WELDONE.

Ne craignez rien , il n'est point encore sorti de sa cage.

JOHNSON , soupirant

Cher enfant !

SMIT.

Pourquoi vous chagriner ?

JOHNSON.

Ai-je bien pu m'y résoudre !

WELDONE.

Il fallait remplir vos serments.

JOHNSON.

Ah ! Mon ami, si ce n'eût point été à une épouse que j'adore que je les eusses faits, sois certain qu'ils n'auraient jamais été mis à exécution.

SMIT.

Quoi ! C'est votre femme qui a exigé...

JOHNSON.

Oui, Smit ; l'amour l'emporte aujourd'hui sur la nature ; j'ai promis à la tendre moitié qui me fait chérir l'existence, que si le Ciel nous accordait plus de six rejetons de notre heureux hyménée, le septième et les suivants seraient rendus à la nature, pour qu'elle l'élevât elle-même dans son sein. Ce septième est venu , nous l'avons depuis vingt ans dérobé à tous les yeux, en l'enfermant dans une cage de bois dans laquelle nous introduisîmes sa nourriture par un tour pratiqué dans un des coins de cette triste demeure.

SMIT.

Il n'a donc jamais vu la lumière ?

JOHNSON.

Quelques trous faits à sa cage lui en communiquait assez pour son utilité. Mais jamais ses regards n'ont pu contempler ce bel astre qui dore ces montagnes.

WELDONE.

De quelle douce sensation son âme va être saisie au moment où il brillera à ses yeux !

SMIT.

Quel est votre but en faisant cette épreuve ?

JOHNSON.

De montrer aux hommes, par son exemple, qu'ils naissent bons, sensibles, vertueux ; que l'éducation la plus parfaite n'est point celle qui leur donne ce qu'on peut appeler des talents et des vertus ; mais celle qui éloigne d'eux les vices de la société, qui les rapproche de la nature, et les remet entre ses mains. -

WELDONE.

Et vous vous êtes déterminé sans regret à le priver de ce don si flatteur à l'homme, de pouvoir exprimer sa pensée ?

JOHNSON.

Je le voulais du moins ; mais une inconséquence, de ma part le rendit plus savant que je ne l'aurais désiré.

SMIT.

Comment ?

JOHNSON.

Un jour, mes gens, en lui faisant passer sa nourriture ordinaire, la lui retinrent un peu pour s'amuser de son impatience ; je vis que cela allait lui inspirer de la colère : pour l'éviter je dis fort haut : Qu'on le laisse en repos. À l'instant mes gens obéirent ; mais mon fils frappé de ces sons, qui pour la première fois se faisaient entendre à son oreille, les retint si bien que depuis ce moment, sans s'imaginer ce qu'ils signifient, il répète sans cesse , à tort et à travers, qu'on laisse en r'pos.

WELDONE.

Vous n'avez point à craindre ici qu'il en apprenne davantage ; mais si quelques beautés habitaient cette île, il n'ignorerait pas longtemps l'usage de la parole.

JOHNSON.

Je suis venu il y a près d'un an visiter ces lieux ; ils sont inhabités, et il n'y a aucun danger pour sa vie ; car aucune bête sauvage n'y fait sa résidence. Une mare d'eau douce que j'ai découverte ici près lui servira à se désaltérer ; les fruits de ces arbres le nourriront : j'ai rempli sa cage de vivres pour quelque tems ; j'y ai joint des hardes - dont l'industrie lui donnera les moyens d'en faire usage ; et je ne puis qu'espérer de le revoir, dans quelques années, instruit par son instinct et la nature comme je désire qu'il soit.

WELDONE.

Votre épreuve est belle, Johnson ; mais je pense que si vous eussiez amené avec lui une compagne de son âge, vous auriez encore mieux fait.

JOHNSON.

Que dites vous, Weldone ? Avez-vous oublié que mon projet est que la nature seule...

WELDONE.

La nature, la nature ! Et qu'elle autre qu'une jolie femme peut mieux enseigner à jouir des droits de la nature ?

JOHNSON.

Votre plaisanterie est déplacée, mon cher ; d'ailleurs mon fils, après avoir longtemps ignoré l'existence de ce sexe charmant, en connaîtra les charmes avec un plaisir plus vif. Mais c'est trop nous entretenir ici ; mon fils pourrait sortir de sa cage et nous apercevoir : il faut éviter une rencontre qui ferait évanouir en un instant des années de peines et de soins que j'ai pris de son éducation naturelle. Le vent est favorable, regagnons notre bâtiment, et mettons à la voile sans différer.

Ils sortent en regardant derrière eux, si l'élève ne s'offre point à leurs regards.

SCÈNE II.

ZÉLIE, sortant de sa cabane un arrosoir à la main.

Le soleil a déjà gagné le pied de notre cabane ; il y a plus de trois heures que mon tendre père est allé dans le bois voisin visiter notre petit bercail : il est temps aussi, belles fleurs, que je verse dans votre sein l'onde pure et fraîche que je vous dois chaque jour. -

Elle arrose ses fleurs.

Le soin que je prends de ces fleurs est bien récompensé. Comme elles s'embellissent sous mes yeux ! - Non seulement ma vue est réjouie par leur éclat ; mais encore le parfum qu'elles répandent porte le plaisir dans tous mes sens. - Quelles nuances délicates ! Quelle variété dans leurs couleurs ! Non, jamais je ne fus plus heureuse : et que manque-t-il à mon bonheur ? De perfides associés avec lesquels, mon père et moi, nous traversions, les mers pour aller augmenter notre fortune, nous trahirent et nous délaissèrent dans cette île avec quelques meubles, propres à nous procurer l'existence, et emportèrent nos richesses : hé bien, nous y sommes établis, nous y vivons satisfaits de notre médiocrité, loin du tumulte des villes, où le chemin qui conduit au plaisir est toujours un précipice couvert de fleurs.

Elle continue d'arroser ses fleurs.

EUPHÉMON, dans la coulisse.

Zélie ?

ZÉLIE.

Mon père.

EUPHÉMON.

Viens ma bonne amie, viens m'aider.

SCÈNE III.
Zélie, Euphémon, portant une grosse liasse de branches sèches sur son épaule droite, et un nid dans sa main gauche ; il donne sa liasse à Zélie qui court au-devant de lui.

EUPHÉMON.

Tiens, ma chère enfant, porte cela dans notre cabane, les beaux jours seront bientôt passés ; et tandis que nous en avons le loisir, il nous faut faire une provision de bois suffisante pour nous mettre pendant l'hiver à l'abri de ses frimas.

ZÉLIE, revenue de porter le bois dans la cabane.

Qu'avez-vous donc là ?

EUPHÉMON.

Tiens, c'est un nid que j'ai trouvé dans mon chemin ; je me suis douté qu'il te ferait plaisir, et je te l'apporte.

ZÉLIE, le prenant.

Que vous êtes bon ! Les pauvres petits , comme ils dorment ! Allez, vous ne manquerez de rien avec moi. Et pourrai-je ne pas en avoir le plus grand soin, quand chaque fois que ma main leur portera leur nourriture, ils me rappelleront celui de qui je les tiens. Mais à quoi pensé-je ? Ah ! Pardon, mon père, votre présent me faisait oublier que vous devez avoir chaud.

Elle pose le nid sur un banc.

Demeurez-là mes amis, une fois mon premier devoir rempli, je penserai à vous.

Elle entre dans la cabane.

EUPHÉMON.

L'aimable enfant ! Les qualités de son âme égalent ses attraits. C'est une plante précieuse qui brille de tout l'éclat de la rose...

ZÉLIE, sortant de la Cabane et apportant une bouteille d'osier.

Tenez, buvez un coup, cela vous remettra.(

Il boit.

Notre bercail augmente-t-il ? Nos pigeons ont-ils fait des petits ?

EUPHÉMON.

Non, ma Zélie, pas encore ; mais réjouis-toi, ils ne tarderont pas à en avoir. J'ai visité trois de leurs · couvées, qui n'attendent que le moment d'éclore.

ZÉLIE.

Ils auront des petits !

EUPHÉMON.

Oui ma bonne amie.

ZÉLIE, soupirant.

Qu'ils sont heureux ! -

EUPHÉMON.

Tu soupires ?

ZÉLIE.

Ces petits êtres ont la douce satisfaction d'augmenter leur société ; et nous, nous sommes condamnés à toujours ne vivre que nous deux.

EUPHÉMON, étonné.

Que signifie ce langage ! Tu ne m'as point encore parlé de la sorte ; est-ce que la présence de ton père cesserait de t'être agréable ?

ZÉLIE, avec l'expression de la plus forte tendresse.

Ah ! Mon père , que dites-vous ? Rejetez cette pensée bien loin , elle est indigne de votre Zélie. Je vous chéris, je vous chérirai toujours... Mais les Dieux m'ont fait un coeur.....

EUPHÉMON.

Et tu-es femme, je t'entends. Cependant seuls ici, je ne vois pas quel objet peut avoir fait naître dans ton coeur les désirs dont tu semblés agitée.

ZÉLIE.

Vous m'avez dit vingt fois ; et vous me répétiez encore hier, qu'un époux tendre et fidèle faisait le bonheur d'une vertueuse épouse ; ce propos a troublé mon sommeil pendant toute la nuit ; comme je désirais ardemment cet époux, un être que je n'ai jamais vu s'est offert à mes regards ; j'ai fait un effort pour le retenir... Hélas ! Ce n'était qu'une ombre que mon imagination enflammée m'offrait pour me séduire.

EUPHÉMON.

Je reconnais bien-là ton sexe, en pareille circonstance son imagination fait bien des progrès en peu de temps.

ZÉLIE.

Oh ! Il me faut un époux, je le sens ; mon coeur éprouve un vide.....

EUPHÉMON.

Le temps seul peut t'amener ce que tu désire.

ZÉLIE.

Pourquoi ?

EUPHÉMON.

Quelle demande ! Ah ! Ma Zélie, je m'aperçois, que l'Amour commence à maîtriser tes sens. Comment veux-tu que je te trouve un époux, puisque nous ne sommes que nous deux dans cette île ?

ZÉLIE, avec la plus grande naïveté.

Comment ? Rien de plus facile : devenez mon époux.

EUPHÉMON, autant troublé qu'étonné.

Moi ! Ton père ? Tu es dans le délire.

ZÉLIE, naivement.

C'est donc impossible ?

EUPHÉMON.

Sans doute, l'époux qu'on prend doit être un tiers indépendant de la famille de la moitié qu'on se choisit.

ZÉLIE, avec l'expression d'un coeur oppressé.

Ah ! Nature, cruelle nature ! Pourquoi donc nous donnes-tu des sentiments que nous ne pouvons satisfaire... Mais vous me parliez tout-à-l'heure d'amour, que veut dire l'amour ?

EUPHÉMON.

C'est ce trouble que tu ressens à présent.

ZÉLIE.

Et ce charme que j'éprouvai cette nuit en voyant cet inconnu qui m'apparut en songe, est-ce aussi de l'amour ?

EUPHÉMON.

Oui, c'en est le bonheur.

ZÉLIE, avec une vivacité mêlée de joie.

Ah ! Mon père, à en juger par l'illusion qui m'a séduite, que le bonheur de l'amour doit être doux en réalité.

Avec intérêt.

Et dites moi, un époux nous fait-il goûter ce bonheur ?

EUPHÉMON.

Oui, ma Zélie. .

ZÉLIE, naïvement.

Et que fait-il pour cela ?

EUPHÉMON.

Il nous aime bien.

ZÉLIE.

Mais mon Agneau m'aime bien, j'en suis sûre, et il ne me procure pas ces douces émotions que ce songe m'a fait éprouver. Il faut qu'il y ait encore autre chose que vous vous obstinez à me cacher. D'ailleurs l'objet que j'ai vu cette nuit n'était point du tout fait comme mon agneau... Vous ne dites rien ?

EUPHÉMON, à part.

Elle m'embarrasse beaucoup. Rentre, ma chère Zélie, dans un autre moment nous parlerons de cela.

ZÉLIE, d'un air mortifié.

Vous voulez me laisser dans l'ignorance, mais vous avez beau faire, au milieu de votre air embarrassé à me répondre, je devine que c'est cette différence de mon Agneau, à cet objet qui m'a apparu, qui procure toute la volupté que j'ai ressentie.

EUPHÉMON.

Nous parlerons de tout cela, te dis-je, une autre fois : je suis fatigué, j'ai besoin de repos, entrons dans notre Cabane. Viens, ma bonne amie, viens.

Il entre dans la Cabane.

ZÉLIE, le suit des yeux , et ensuite dit cette tirade, avec beaucoup d'agitation.

L'obstination de mon père met mon coeur dans un cruel embarras ! Il faut que je m'instruise sans lui. Car je suis assurée que la différence d'un époux à un agneau est plus grande qu'il ne veut me le faire accroire.

Elle entre dans la Cabane.

SCÈNE IV.

L'ÉLÈVE DE LA NATURE, parait en traînant avec lui sa cage (*)

Il est frappé de l'éclat du soleil, il porte la main à ses yeux ; il s'étonne de voir la mer, les arbres ; il fouille dans sa cage, en tire différents habillements, s'en accoutre grotesquement : il passe une chemise dans chacune de ses cuisses, la lie avec les manches ; plie ses bas en trois ou quatre, s'en fait des sandales qu'il lie avec ses jarretières ; met ses souliers comme des gants ; se saisit d'une grosse branche d'arbre, sur laquelle il s'appuie, et marche ainsi. Il s'approche de la Cabane d'Euphémon ; il se voit dans le miroir qui est attaché à la porte : à son aspect il reste interdit, et lui dit, qu'on l'aisse en r'pos; voyant que rien ne lui répond, il jette son bâton, ses souliers, s'avance vers son image, veut la saisir, jette le miroir à terre, et est fort étonné de ne plus rien voir. Un nid s'offre sous sa main, il s'en saisit, veut toucher aux petits, ils crient, cela lui fait peur, il laisse tomber le nid, et le menace du poing. Il se retourne, aperçoit le filet, s'en approche avec précipitation, y entre, en considère les mailles ; une botte d'herbes aromatiques est à terre, il s'en empare pour les manger ; ces racines qui n'étaient là que pour attirer les bêtes fauves, font en les remuant tomber le filet, et agiter une sonnette qui avertit Euphémon qu'il y a quelque chose de pris.

(*) Cette cage doit être de la hauteur de l'Élève de la Nature, faite en planches et fermée de toutes parts. Il doit y avoir au milieu un anneau dans lequel est passée une corde que tire à lui l'Elève lorsqu'il entre ; cette corde est censée avoir été employée à attacher sa cage à quelqu'endroit de l'île. Lorsqu'il paraît avec cette cage, elle doit tomber sur un des côtés et laisser voir une ouverture que les efforts qu'il a faits en la traînant ont facilitée.

SCÈNE V.
L' Élève dans le filet, Euphémon accourant.

EUPHÉMON.

Nous avons quelque chose de pris. Ciel ! - Un Sauvage ! - Zélie, ma Zélie, nous sommes perdus ! - Vîte apporte-moi des armes. ?

L'ÉLÈVE, fait des efforts pour sortir du filet en criant.

Ha! hou, hi, oh ! etc.

SCÈNE VI.
Zélie, Euphémon, L'Élève, dans le filet.

ZÉLIE, portant deux épées.

En voici, qu'est-il donc arrivé ?... Ah !

EUPHÉMON.

Donne-moi une épée et défends-toi avec celle qui te reste.

ZÉLIE, marquant son étonnement et sa crainte.

Contre qui ?

EUPHÉMON.

Et ne le vois-tu pas ? Contre ce sauvage qui vient sans doute ici pour nous dévorer.

ZÉLIE.

Oh ! Ciel !

EUPHÉMON.

Il est en notre pouvoir, il faut punir son audace. Avançons.

ZÉLIE, d'une voix entrecoupée.

Je ne puis.

Euphémon avance fièrement vers le filet, l'Élève voyant qu'on vient à lui, fait un effort, arrache le filet, en sort ; mais l'aspect de Zélie l'arrête dans sa course ; tout-à-coup il s'en approche vivement, elle recule effrayée, Euphémon se met au devant de sa fille et donne un coup d'épée à l'Elève qui allait se précipiter sur elle. La douleur qu'il ressent lui arrache un cri, il fait un geste furieux à Euphémon, se retourne tendrement du côté de sa fille, à qui l'épée tombe des mains ; à l'instant l'Elève tombe à ses genoux, prend sa main et la caresse. -

ZÉLIE.

Voyez, mon père, qu'il est doux ! Et vous l'avez blessé.

EUPHÉMON.

Cette douceur m'étonne ! Va, Zélie, rassure-toi, sa blessure est peu de chose ; fais-le asseoir sur ce banc, lie lui les mains crainte de surprise ; quelques simples que je vais cueillir auront bientôt étanché son sang.

Il sort.

SCÈNE VII.
Zélie, L'Élève.

ZÉLIE, émue et avec joie.

Relève-toi, va, mon ami, j'aurai soin de toi.

Zélie fait asseoir l'élève sur un banc de bois et tenant à sa main un ruban, lui dit :

Donne-moi tes mains que je les attache... Bon, comme il se laisse faire ! Ne m'en veux pas au moins. Tu n'as pas l'air méchant ; mais souvent on est trompé par les apparences.

Zélie fait asseoir l'Elève sur un banc de bois,

SCÈNE VIII.
Zélie, L'Élève, Euphémon, accourant.

EUPHÉMON.

Ah ! Zélie, rassurons-nous, ce jeune homme est Anglais.

ZÉLIE, avec joie.

Comment le savez-vous ?

EUPHÉMON, lui montrant une planche de cuivre qu'il porte sous son bras.

Par cette inscription que je viens de trouver près de cette cabane, dans laquelle il a sans doute été apporté dans cette île, pour y être abandonné ainsi que nous. Tiens, aies soin de sa blessure, pendant ce temps je vais t'en faire la lecture.

ZÉLIE.

Il est Anglais, que je suis contente !

L'ÉLÈVE.

Qu'on l'aisse en r'pos ?

ZÉLIE.

Il parle, je crois.

EUPHÉMON.

Écoute.

Il lit.

Le 6 Février de l'année 1781, fut remis ici entre les mains de la nature, et pour y être l'objet d'une expérience qui peut devenir utile, FRANÇOIS JOHNSON, né à Londres le 15 Juin 1758 ; il n'avait encore habité qu'une cage de bois fermée de toute part, et n'avait jamais vu personne lorsqu'il fut amené dans cette île.

ZÉLIE, le regardant tendrement.

Le pauvre garçon !

EUPHÉMON.

Défais lui ses liens ; ils deviennent inutiles. Le Ciel nous envoie cet infortuné, pour partager avec nous cette solitude, et nous la rendre plus agréable.

ZÉLIE, lui détachant les mains.

Mon ami, te souviendras-tu toujours de ce que je fais pour toi ; m'aimeras-tu toujours ?

L'Élève la caresse.

EUPHÉMON.

Je vais préparer notre dîner ; pendant ce temps, Zélie, amuse-toi à lui donner quelques notions de notre langue. Je puis te laisser avec lui, je crois, sans craindre aucun danger ?

ZÉLIE.

Oh ! Oui mon père, soyez bien tranquille.

EUPHÉMON.

Je ne tarderai pas à venir vous chercher.

Il entre dans la Cabane.

SCÈNE IX.
Zélie, L'Élève.

ZÉLIE, se mettant à ses côtés.

Oh ! Ça mon bien-aimé, je vais t'apprendre à prononcer ce que je désire tant de m'entendre dire par ta bouche ! Écoute-moi, et retiens bien.

Elle lui met la main sur sa bouche, en disant :

Zélie.

Elle ôte sa main.

L'ÉLÈVE, répète.

E. .. lie.

ZÉLIE.

Zélie.

L'ÉLÈVE.

E... lie.

ZÉLIE.

Que tu me plais !

L'ÉLÈVE.

Que tu ..... m'plais.

ZÉLIE.

Combien je t'aime !

L'ÉLÈVE.

On ... in. .. j'taime.

ZÉLIE.

M'aimes-tu de même ? À toi.

L'ÉLÈVE.

À toi.

ZÉLIE, impatientée.

Non.

L'ÉLÈVE.

Non.

ZÉLIE, lui ferme la bouche.

M'aimes-tu de même ?

L'ÉLÈVE.

Aim... tu... de... mêm ?

ZÉLIE.

Oui, mon ami, et je t'aimerai toujours.

L'ÉLÈVE.

Oui, aimerai... oujours ..... qu'on l'aisse en r'pos.

ZÉLIE.

Ce n'est pas cela. Répète après moi. Me seras-tu toujours fidèle ?

L'ÉLÈVE.

Ou jour idèle.

ZÉLIE.

Oui mon ami, oui toujours.

L'ÉLÈVE.

Mon... on... ami... oujour.

ZÉLIE.

Tu m'aimes donc ?

L'ÉLÈVE.

U. ... aim .... donc ?

ZÉLIE.

Oh ! Oui bien fort.

L'ÉLÈVE.

Oh !... i... infort.

ZÉLIE.

Bien fort !

L'ÉLÈVE.

Binfort ! idèle, Élie, toujours, bienfort.

SCÈNE X.
Les mémes, E U P H É M o N.

EUPHÉMON.

Fort bien, ma belle amie, fort bien ! Notre nouveau venu profite entre tes mains.

ZÉLIE.

Oh ! Oui, mon père, et je suis sûre qu'en moins de trois leçons il sera aussi habile que moi. N'est-ce pas, mon ami ?

L'ÉLÈVE.

Bien fort.

EUPHÉMON.

Venez dîner, venez mes enfants ; le soleil a déjà gagné ces monts ; il est bientôt trois heures : ton protégé a retardé l'heure ordinaire de notre repas ; mais qu'importe, nous en dînerons avec plus d'appétit. Le plaisir d'obliger est un charme si doux pour une âme sensible, qu'elle oublie le sien propre pour s'occuper de celui des autres.

ZÉLIE, à l'Elève, en le faisant passer devant elle.

Avance , mon ami, aVal1CC. , ,

L'ÉLÈVE.

Bienfort.

Il la caresse.

ZÉLIE.

Comme il me caresse ! Ah ! Mon père, mon rêve est réalisé.

Ils entrent tous trois dans la Cabane.

L'ÉLÈVE, entrant dans la Cabane.

Toujours, bien fort, qu'on l'aisse en r'pos. .

SCÈNE XI.
Johnson, Veldone, Smit, Suite de Matelots.

JOHNSON.

Non, mes amis, vos instances sont inutiles ; mon coeur s'y refuse : je ne puis quitter ces lieux, un trouble que je ne peux définir me retient ici malgré moi.

WELDONE.

Mais, Johnson, vous n'y pensez pas, les choses sont maintenant trop avancées pour...

JOHNSON.

Eh ! Voilà les remords qui me déchirent ! Mais il est encore tems de les apaiser ; mon fils est ici ; il n'a point eu le temps de s'éloigner de cette île ; je veux me montrer à lui, le presser dans mes bras, et le ramener dans sa patrie.

SMIT.

Voici sa cage ; mais il est sorti. Où le trouver ?

JOHNSON.

Suivez-moi, je découvrirai facilement l'asile qu'il aura choisi aux mouvements que mon coeur éprouvera à son approche.

Ils font quelques pas.

SCÈNE XII.
Les mêmes, Euphémon.

EUPHÉMON.

J'ai cru avoir entendu parler ; que pourrait-ce être ?... Que vois-je ? Un Anglais !

JOHNSON.

Un homme ici ! Je croyais cette île déserte.

EUPHÉMON.

Je l'habite depuis plusieurs années que des amis perfides m'y abandonnèrent ; venez-vous pour ajouter à mon malheur ?

JOHNSON.

Ne craignez rien, un fils, objet de ma tendresse, est seul la cause de mon arrivée dans cette île.

EUPHÉMON.

Un fils, dites-vous ?

JOHNSON.

Oui.

EUPHÉMON.

Jeune ?

JOHNSON.

De vingt ans.

EUPHÉMON.

Nu, abandonné ?...

JOHNSON.

Hélas ! Oui.

EUPHÉMON.

C'est votre fils ? Pourquoi toutes ces questions ; l'auriez-vous vu ?

EUPHÉMON.

Il est dans cette Cabane.

JOHNSON.

Et par quel heureux hasard ?...

EUPHÉMON.

L'Amour l'attendait dans ce piège, pour le conduire aux genoux de ma Zélie.

JOHNSON.

Comment ?

WELDONE.

Quelle est cette Zélie ?

EUPHÉMON.

C'est ma fille.

WELDONE.

Elle est jolie ?

EUPHÉMON.

C'est l'image d'une des plus belles fleurs du printemps.

SMIT, à Johnson.

Je ne m'étonne plus, mon ami, si notre jeune homme s'est pris dans ses filets : la vue d'un objet aimable opère une furieuse révolution sur le coeur d'un homme naturel.

WELDONE, à Euphémon.

Oui : à son âge la beauté est un aimant auquel une puissance irrésistible nous attache fortement.

JOHNSON.

Laissez-moi me jeter dans ses bras.

SMIT.

Non, croyez-moi, préparons-le doucement à une surprise qui trop précipitée pourrait être funeste à son coeur encore étranger aux grandes sensations.

EUPHÉMON.

Bien dit... Enfonçons-nous sous ces arbres, je vais appeler ma fille : sûrement il la suivra, et la présence de Zélie adoucira le coup violent que votre aspect va porter dans son âme.

WELDONE, à Euphémon.

Votre réflexion est excellente ; mais croyez-moi, faisons-en usage au plus vite ; car tandis que nous dissertons, nos deux amants emploient peut-être mieux leur temps.

EUPHÉMON.

Monsieur a raison : ma fille est séduisante, votre fils est jeune, et l'Amour qui est son interprète auprès d'elle, pourrait bien en ce moment lui faire éprouver un sentiment plus doux que celui que nous voulons lui ménager. Suivez-moi.

Il appelle.

Zélie.

Ils se cachent.

SCÈNE XIII.

ZÉLIE sortant de sa Cabane, ayant une bouteille et un verre à la main.

Me voici... Mon père, où donc êtes-vous ? Je croyais qu'il m'avait appelée. Sans doute, il est allé à son ordinaire à la découverte de quelques vaisseaux français : tiens, tiens, mouton, mouton ; viens vite mon ami, viens ici.

SCENÈ XIV.
L'Élève, Zélie.

L'ÉLÈVE, tenant une guitare.

Bien fort.

ZÉLIE.

Viens... Qu'as-tu donc là ?... Ah ! Il ne faut pas toucher à cela mon mouton, tu pourrais le casser : donne, donne à ta Zélie.

L'ÉLÈVE, touchant sur les cordes.

Je t'aime.

ZÉLIE.

Oui, oui : une autre fois je te montrerai à jouer de cet instrument. À présent il faut achever notre dîner.

Air : elle prend la guitare, la pose à terre, s'assied sur le banc. L'Élève se met à genoux devant elle ; elle lui fait manger des fruits qu'elle tire de sa poche : elle lui donne à boire d'une liqueur qu'il recrache à l'instant la trouvant trop forte : il va à un arbre, en arrache un fruit, mord dedans, le trouve bon, et l'offre à Zélie. Elle le mange ; quand elle est prête à porter le dernier morceau à sa bouche, l'Élève le lui arrache, et le mange.

ZÉLIE.

Comment vous prenez le dînER de votre Zélie ; fi que c'est vilain ! Je ne vous aime plus.

L'ÉLÈVE, la caressant.

Qu'on l'aisse en r'pos, qu'on l'aisse en r'pos.

ZÉLIE.

À la bonne heure ; je te pardonne : mais tu ne le feras plus ?

L'ÉLÈVE.

Toujours bien fort.

ZÉLIE.

Je vais te jouer un air de guitare, seras-tu content ?

L'ÉLÈVE.

Idele.

Air : Zélie pince un air de guitare ; l'Élève l'écoute avec le plus grand étonnement, baise les mains de Zélie de temps en temps, appuie son oreille sar l'instrument, paraît transporté, se lève tout-à-coup, et danse en chantant, qu'on l'aisse en r'pos. Zèlié saisit l'instant où il est tourné pour rentrer précipitamment dans sa cabane, en disant :

ZÉLIE.

Voyons ce qu'il fera quand il ne me verra plus.

SCÈNE XV.
Euphémon, Johnson, Smit, Weldone, au fond du Théâtre.

L'ÉLÈVE.

Il continue de sauter, puis revient à Zélie, qu'il ne trouve plus : il coure en appelant partout.

Élie, Élie, Élie.

ZÉLIE, dans la Cabane.

Mouton.

L'ÉLÈVE, sautant, allant dans la cabane.

Toujours, toujours, toujours.

JOHNSON, l'arrêtant par le bras,

Mon fils !

L'ÉLÈVE, étonné.

Où ?

Il s'arrache des bras de son père.

JOHNSON, idem.

Mon cher Johnson !

L'Élève reste un moment immobile en regardant son père.

ZÉLIE, dans la cabane.

Mouton, mouton,

L'Elève à la voix de Zélie fait un effort pour quitter son père, puis revient par un mouvement naturel, se presser sur son sein, en s'écriant d'une voix oppressée :

L'ÉLÈVE.

Qu'on l'aisse en r'pos.

SCÈNE XVI, et dernière.
Les mémes, Zélie.

ZÉLIE.

Tu ne veux donc pas venir ? Ciel !

JOHNSON.

N'ayez aucune peur ; je ne condamne point l'amour que vous avez pour mon fils ; il est digne de votre tendresse.

ZÉLIE.

Votre fils !

EUPHÉMON.

Oui, ma bonne amie.

ZÉLIE.

Mais, Monsieur, par quelle aventure...

JOHNSON.

Permettez qu'un autre moment soit employé à vous en instruire : la joie que je ressens m'en empêcherait maintenant.

L'ÉLÈVE, caressant alternativement Zélie et son père.

Zélie, bien fort, qu'on l'aisse en r'pos, j't'aime.

JOHNSON.

Mais à ce qu'il me paraît, mon fils a fait bien des progrès depuis ce matin.

EUPHÉMON, montrant sa fille.

voilà son Maître.

ZÉLIE, montrant l'Élève.

Et en amour, voilà le mien.

JOHNSON.

Je m'en suis douté. Voilà ce que c'est que de passer sa jeunesse sans connaître l'Amour ; la première femme qui s'offre à nos regards, il nous en coûte notre liberté.

WELDONE.

Eh ! Mon ami, peut-on la regretter, quand on la perd en si bonne compagnie.

JOHNSON.

Mon bonheur serait imparfait, si je ne faisais point celui de mon fils.

À Euphémon.

Ces deux enfants s'aiment ; voulez-vous m'en croire, unissons-les.

EUPHÉMON.

Ma fille est bien jeune, et votre fils a si peu d'expérience...

WELDONE.

Avec un objet aussi aimable que Zélie, il en aura bientôt acquis.

EUPHÉMON, à Zélie.

Serais-tu contente qu'il fût ton époux ?

ZÉLIE.

Tous mes désirs seraient remplis.

EUPHÉMON, à L'Élève.

Et toi ?

L'ÉLÈVE.

Qu'on l'aisse en repos.

ZÉLIE, à l'Elève.

Veux-tu m'épouser ?

L'ÉLÈVE.

Toujours, bien fort.

JOHNSON.

Le langage le plus éloquent est celui de la consentez à leur union.

EUPHÉMON.

Votre choix m'honore, et je pense que lorsque nous nous connaîtrons mieux, nous n'aurons qu'à nous en féliciter.

JOHNSON.

Vous me le confirmez de plus en plus : belle Zélie, regardez-le donc déjà comme votre époux. Aussitôt votre mariage célébré à Londres, nous reviendrons nous fixer dans cette île, où nous avons trouvé le bonheur.

Aux Matelots.

Vous, mes amis, prenez part à notre joie ; que cette heureuse journée finisse par une réjouissance générale, et répétez souvent que si les Dieux commandent dans l'Olympe, il n'est rien sur la Terre qui ne fléchisse sous le sceptre de la Beauté.

On danse.

 


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