ZIMAN ET ZENISE

COMÉDIE EN UN ACTE EN PROSE

M. DCC. LXX.

À AMSTERDAM, Et se trouve à PARIS, Chez les Libraires qui vendent les Nouveautés.


Texte établi par Paul FIEVRE, février 2019.

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 31/01/2019 à 23:36:50.


PERSONNAGES.

BIENFAISANTE, Fée.

ZENISE, jeune Princesse.

ZIMAN, jeune Prince.

MIRFLOT, Paysan.

PHILETTE, Paysanne.

BLAISE, Père de Mirflot.

UN AMBASSADEUR, et sa SUITE.

La scène est dans le Château de la Fée.

issu de "Oeuvres posthumes de Madame de Grafigny ; contenant, ZIMAN et ZENISE, suivi de PHAZA, Comédies en un Acte en Prose."


ZIMAN ET ZENISE

SCÈNE PREMIÈRE.
La Fée, Zenise.

ZENISE.

Eh bien, ma bonne ! Après ce qui est arrivé, différerez-vous encore à découvrir le secret de notre naissance ?

LA FÉE.

Vous le saurez avant la fin du jour. Mais pour faire connaître celui de mes deux élèves qui doit être Roi, il faut encore d'autres épreuves.

ZENISE, d'un air triste.

Mais, Madame, si vous en faites faire souvent de pareilles, il n'y résistera pas.

LA FÉE.

Qui ?

ZENISE, d'un ton compatissant.

Ziman, il est si délicat !

LA FÉE.

Il vous intéresse beaucoup à ce que je vois.

ZENISE.

Non, Madame, mais l'exposer à combattre un lion à son âge !

LA FÉE.

Mirflot n'a-t-il pas combattu de même, et cependant vous ne le plaignez pas.

ZENISE, d'un ton naïf.

Oh ! Madame ! Il est bien plus robuste.

LA FÉE, d'un ton malin.

Et parce qu'il a de la force, je gage que vous en concluez qu'il est de basse naissance, avouez-le ?

ZENISE.

Non, Madame, je crois seulement que Ziman doit être Roi, parce qu'il a eu le courage de vaincre un lion.

LA FÉE.

Vous vous trompez, Zénise, si la valeur est nécessaire à un Roi, c'est plutôt pour bannir de son âme le vice qui lui est opposé, que pour la mettre en pratique. Elle caractérise le soldat, mais il faut bien d'autres vertus pour faire un grand Monarque.

ZENISE.

Eh bien, Madame, Ziman ne les possède-t-il pas toutes ? Il est doux, complaisant et je lui crois le meilleur coeur du monde.

LA FÉE, souriant.

Vous en jugez favorablement, Zénise, mais n'êtes vous pas un peu trop prévenue en sa faveur ?

ZENISE, toujours sur le ton naif.

Moi, Madame ? Hélas ! Je n'ai garde, si nous allions être lui et moi d'une naissance différente, quel malheur !

LA FÉE.

Vous soupirez Zenise ?

ZENISE, tristement.

Oui, Madame, n'ai-je pas raison ? N'est-il pas bien triste d'ignorer qui l'on est ? Tenez, Madame, on vous nomme Bienfaisante, vous avez beaucoup de bontés pour nous, mais vous nous rendez tous quatre bien malheureux.

LA FÉE.

En quoi donc ?

ZENISE.

En ce que depuis que vous nous avez dit la moitié de votre secret, nous ne savons plus comment nous parler, ni comment nous aimer ; car enfin si Philette est une Princesse, je ne lui porte pas assez de respect : si elle n'est qu'une paysanne, elle n'en a pas assez pour moi. Si je suis destinée à être Reine, et que j'aille avoir de l'amitié pour un paysan, cela serait fort mal : si je ne suis qu'une petite fermière, et que je plaise au Prince, c'est encore pis, Ziman et Mirflot ne sont pas plus à leur aise que moi. Madame, je vous en conjure finissez notre incertitude.

LA FÉE.

Je vous ai dit cent fois qu'il n'est pas en mon pouvoir.

ZENISE.

Dites-moi au moins, ma bonne, la raison de votre silence.

LA FÉE.

Je veux bien vous satisfaire là-dessus, Le moment de la décision approche, je ne vois plus nul danger à vous instruire des motifs de ma conduite. À la mort d'un des plus grands Monarques de la terre, ce Prince me confia son fils encore au berceau et me fit jurer par le Styx que je lui cacherais sa naissance jusqu'à ce que par ses vertus il se fut rendu digne de la connaître. Pour rendre le secret plus impénétrable, je jugeai à propos d'élever - avec le jeune Prince le fils d'un fermier né le même jour, afin que confondant leur naissance, et leur éducation, ils ne pussent se distinguer eux-mêmes que par leur propre mérite.

ZENISE.

, Voilà qui est bon pour eux, mais pour quoi faire la même chose pour Philette et pour moi ?

LA FÉE.

Le voici. Je formai dès lors le dessein de donner au Prince une épouse accomplie lorsqu'il serait en âge de se marier. Pour assurer la réussite de mon projet, j'enlevai la fille d'une Reine qui mourut en lui donnant le jour, et je l'ai élevée de la même manière que le Prince, afin de mieux connaître si ses sentiments étaient dignes de la place que je lui destinais.

ZENISE.

Cependant, Madame, il me semble que si l'on savait qui l'on est, on prendrait encore plus de peine à se rendre parfaite. Par exemple, si j'étais sûre d'être Reine, j'aurais bien du plaisir à être raisonnable, mais à quoi me serviront mes sentiments, s'il faut garder les moutons ?

LA FÉE.

Ne méprisez aucun état Zénise, il faut des vertus à une bergère aussi bien qu'à une Reine.

ZENISE.

Je le crois, Madame, et c'est pour cela que je voudrais savoir celles que je dois acquérir par préférence.

LA FÉE.

Pratiquez-les toutes, ma fille, la douceur, la bonté, la modestie font autant d'honneur à une Reine qu'à une paysanne.

ZENISE, gaiement et vivement.

Ah ! Je vous entends, ma chère bonne, vous serez contente de moi.

LA FÉE.

Ne vous flattez pas, Zénise, cette présomption n'est pas d'une belle Äme, en me promettant de la modestie, vous en manquez.

ZENISE, modestement.

Il est vrai, Madame, j'ai fait une faute : mais aussi si vous vouliez me dire... Tenez, je vous promets de bien garder le secret.

LA FÉE, souriant.

Vous êtes donc discrète ?

ZENISE.

Oui, Madame, ne suis-je pas en âge de l'être, j'aurai bientôt quatorze ans.

LA FÉE, riant.

Il est vrai, mais malgré cet âge mûr dont vous vous vantez, je suis sûre que Philette vous amuse mieux que moi : et la voici justement : ainsi je vous laisse. Je vais savoir lequel de mes jeunes hommes à remporté le prix de la course.

SCÈNE II.
Zenise, Philette.

PHILETTE.

Eh bien ! Savez-vous quelque chose ?

ZENISE.

Non, rien du tout.

PHILETTE.

Quoi, vous n'avez rien pu tirer de cette vieille grondeuse ?

ZENISE, d'un air fâché.

Je vous l'ai dit plus de cent fois, Philette, je n'aime point que vous donniez de vilains noms à Bienfaisante. Nous lui avons obligation ; elle nous aime, elle nous instruit ; pourquoi mal parler d'elle ?

PHILETTE.

Bon, bon ! Je ne suis pas si scrupuleuse, et quand je pense à Mirflot, je hais la Fée de tout mon coeur.

ZENISE.

Pourquoi donc ?

PHILETTE.

Parce que je crains qu'elle n'en fasse qu'un paysan. Si cela arrivait, je crois que je l'étranglerois.

ZENISE.

Mais vous ne savez pas si vous serez la Princesse, ainsi....

PHILETTE.

Oh ! Que si je le sais. Premièrement, j'ai un penchant à dominer qui ne m'en laisse pas douter, et tenez, sans aller plus loin,je vous maitrise déjà tant que je veux.

ZENISE.

Il est vrai ; mais c'est que Bienfaisante m'a recommandé la douceur, et que je n'aime point à disputer.

PHILETTE.

Ne voyez vous pas aussi comme j'ai l'âme élevée ; je méprise tout le monde, et je me moque toute la journée de mes compagnes. Ah ! Comme je me réjouis de les humilier, quand une fois je serai Reine ! Que j'aurai de plaisir à les voir ramper devant moi, et vous toute la première au moins.

ZENISE.

Eh bien ! Voyez, Philette, pense tout autrement, je crois que je renoncerais à être Reine, s'il fallait mépriser quelqu'un.

PHILETTE.

Cependant vous ne méprisez pas mal Mirflot.

ZENISE.

Moi ! Non je ne l'aime point, voilà tout.

PHILETTE.

Pour ce qui est de ne point l'aimer, vous faites fort bien : je l'aime assez pour nous deux. Mais vous pourriez lui marquer moins de dédain quand il vous fait sa cour. Car enfin le pauvre Prince ne se connaissant pas, il ne sait quelquefois où porter ses voeux, il vous les adresse, mais je n'en suis pas en peine, il me reviendra toujours.

ZENISE.

Je le crois : mais je doute que ce soit avec le manteau Royal.

PHILETTE.

Eh bien ! Je vous y prend ! Qu'est-ce que ce ton là, si ce n'est celui du mépris ?

ZENISE.

Il est vrai, ma chère Philette, j'ai tort, je vous en demande pardon. Mais aussi pourquoi dites-vous que Ziman ne sera pas Roi ?

PHILETTE.

Moi ! Je ne le dis pas.

ZENISE.

Pardonnez-moi, vous le dites, puisque vous soutenez que Mirflot est le Prince.

PHILETTE.

Qu'est-ce que cela vous fait ?

ZENISE.

Eh ! Mais ...

PHILETTE.

Ah ! Oui, oui, vous l'aimez, je n'y songeais plus.

ZENISE.

Paix donc ; voici déjà la Fée. Ne lui dites pas au moins...

SCÈNE III.
La Fée suivie de Ziman, de Mirflot, d'une troupe de Danseurs et de danseuses, Philette, Zenise.

LA FÉE.

Allons mes enfans, divertissez vous. Rendez hommage au vainqueur de la course. Que vos danses légères soient les préludes de son couronnement.

ZENISE.

Quel est-il, Madame, le vainqueur ?

LA FÉE.

Vous le saurez, ne retardez pas le divertissement.

On danse.

Le Ballet fini, la Fée prend Zénise par la main et l'amène au bord du Théâtre.

LA FÉE.

Approchez Mirflot, que Zénise vous COU TOIl I]6,

ZENISE, surprise, en se reculant.

Moi ! Madame !

LA FÉE.

Sans doute. Philette a donné le prix au vainqueur du lion, c'est à vous à récompenser le vainqueur de la course, prenez cette Couronne.

La Fée lui donne une Couronne de fleurs.

ZENISE, d'un air embarrassé.

Quoi, Madame ! C'est Mirflot...

MIRFLOT.

Eh pardi ! Sans doute que c'est moi : voilà qui est bien étonnant ; allons, couronnez moi , Mademoiselle Zenise.

ZENISE, à la Fée d'un ton plus triste.

Madame.

LA FÉE, souriant malignement.

Eh bien ! Madame, que me voulez vous ?

MIRFLOT, la tirant par la manche.

Finissez donc, Mademoiselle, vous vous faites bien prier.

ZENISE, impatiente.

Attendez.

MIRFLOT.

Quand vous attendriez mille ans, il faudra toujours y venir. C'est moi qui suis le vainqueur de Ziman, cela est certain.

PHILETTE.

Voilà bien des façons. Mais vous avez beau grimacer, puisqu'il a gagné le prix, il faut bien le lui donner.

LA FÉE, d'un ton sévère.

Vous devez vous taire Philette, ceci ne vous regarde pas. Eh bien Zenise, vos délais finiront-ils bientôt ?

ZIMAN, aux genoux de Zénise.

Rendez justice au mérite Zenise. Je donnerais ma vie pour recevoir cette Couronne de vos belles mains. Je subis avec douleur la peine de ma défaite, mais je reconnais Mirflot pour mon vainqueur. Je ne lui envie que le bonheur d'être couronné par vous.

ZENISE, d'un ton attendri pour Ziman.

Madame, vous entendez. ..

LA FÉE.

Oui, j'entends que Ziman est équitable, et je vois que vous ne l'êtes pas ; Zénise je lis trop dans votre coeur.

ZENISE, avec un empressement mêlé de crainte.

Venez, Mirflot, que je vous couronne.

MIRFLOT.

Je le savais bien qu'il faudrait y venir. Allons arrangez bien cette couronne, afin qu'elle me rende encore plus beau que je ne le suis. Eh bien Ziman, vous le voyez ; si vous savez tuer les lions, je sais bien courir moi. Allez, allez, vous n'entendez rien à être Prince.

ZIMAN.

Mirflot, je prend part à votre gloire ; mon malheur ne me fait point oublier que vous êtes mon ami, mais je vais cacher ma honte et ma confusion.

Il sort.

SCÈNE IV.
La Fée, Zenise.

Pendant cette scène Mirflot et Philette s'amusent au fond du théâtre à regarder sortir Ziman et font des signes de raillerie.

LA FÉE, souriant.

Vous voilà bien fâchée Zénise ?

ZENISE, d'un ton chagrin.

Est ce mal faire que de compatir aux malheureux ?

LA FÉE.

Non, mais avouez que vous êtes un peu trop partiale.

ZENISE, d'un ton fâché.

En vérité, Madame, il me semble que vous l'êtes encore plus que moi.

LA FÉE, souriant.

Comment donc ! Vous me querellez, je crois ?

ZENISE.

Non, Madame, mais vous nous avez dit cent fois que les vertus de l'âme étaient fort au-dessus des avantages du corps. Vous voyez Ziman juste, noble, généreux et vous me faites couronner Mirflot qui a mieux couru. Là, dites moi, cela est-il juste ?

LA FÉE.

Plus que vous ne pensez : vous en conviendrez dans peu. Allons venez prendre votre leçon de Musique.

ZENISE, à part levant les yeux au ciel et en soupirant.

Moi chanter ! Ah Ziman que je vous plains...

Elles sortent.

SCÈNE V.
Mirflot, Philette.

MIRFLOT.

Les voilà parties. Ah ça, Mademoiselle Philette, avouez que je suis bien beau. Allons admirez-moi un peu.

PHILETTE.

Vraiment je ne vous admire que trop, et je ne sais si une fille de mon rang doit vous trouver si aimable ; nous ne disposons pas de notre main, dit-on, c'est aux Rois nos pères à nous pourvoir.

MIRFLOT.

Eh ! Là, là, ne faites pas tant la renchérie ; peut-être ce sera moi qui ne voudrai point de vous.   [ 1 Renchéri : Fig. et familièrement. Difficile, dédaigneux. [L]]

PHILETTE.

Doucement, Monsieur Mirflot, savez vous bien que les Princes ne sont pas si glorieux ? Écoutez ce que la Fée nous dit tous les jours.

MIRFLOT.

La Fée dira ce qu'elle voudra, mais encore faut-il soutenir sa grandeur. Pour moi mon parti est pris ; s'il se trouve par hasard que vous soyez la fille de cette Reine qui est morte il y a si longtemps, je vous épouserai de grand coeur, car aussi bien je vous aime mieux que cette petite grimacière. Mais si vous n'êtes qu'une paysanne, ma foi serviteur : je n'irai pas quitter un Royaume pour vos beaux yeux.

PHILETTE.

Que vous parlez grossièrement, Monsieur Mirflot ! J'ai bien peur...

MIRFLOT.

Ne craignez rien. Il y a des Rois de toutes façons, Mademoiselle Philette : moi j'en serai un de ceux qui font peur aux gens ; on dit qu'ils sont mieux servis que les autres, parce qu'on les craint.

PHILETTE.

Oui, mais on ne les aime guères.

MIRFLOT.

Eh ! Que m'importe ? Pourvu que je me divertisse, que je fasse bonne chère, et que j'aie bien de l'argent. Tenez Mademoiselle, voici la vie que je mènerai. Je dormirai tant qu'il me plaira, je mangerai tant que je voudrai, je me promènerai comme çà,

Il se promene ridiculement.

Mes courtisans me suivront, je commencerai par congédier tous ces Maîtres de danse, de Musique, et de toutes autres sciences qui m'ennuient ; en un mot je prétends ne rien faire du tout, et si quel qu'un me raisonne, je lui ferai couper la tête.

PHILETTE.

J'aimerais beaucoup cette vie là moi, et je promets bien que quand je serai Reine, je ne ferai rien, mais rien du tout. Je voudrais qu'on me donnât à boire et à manger, qu'on me portât, et qu'on me promenât comme si je n'avais ni bras mi jambes. On n'a des gens que pour s'en servir ; enfin on n'est maîtresse que pour être obéie ; s'il fallait vivre comme les autres, autant vaudrait-il n'être pas Reine.

MIRFLOT.

Ma foi vous me plaisez de cette humeur là, Mademoiselle Philette, et je crois que nous ferions bon ménage. J'y voudrais encore une petite condition, ce serait de nous quereller un peu par-ci, parlà, cela fait passer le temps, et quand on est maître, il faut faire ses volontés ou ne pas s'en mêler.

PHILETTE.

Comme vous parlez, Monsieur Mirflot ! Est-ce que les Rois et les Reines se querellent ! Fi, cela sent bien le paysan.

MIRFLOT.

Cela sentira ce que vous voudrez, chacun s'amuse à son goût. Par exemple, pousser l'un, battre l'autre, n'est-ce pas un plaisir ? Oh ! Que j'en donnerai à ce beau Ziman ! J'en veux faire mon valet de chambre, afin de le bien battre quand la fantaisie m'en prendra.

PHILETTE, en branlant la tête.

Monsieur Mirflot, Monsieur Mirflot, vous pourrez bien être battu vous même, je n'ai jamais entendu parler d'un pareil Roi.

SCÈNE VI.
Zénise, Mirflot, Philette.

ZENISE.

N'avez-vous pas vu Ziman, je ne puis le trouver ?

MIRFLOT.

Si vous me cherchiez moi, Mademoiselle Zénise, vous me trouveriez, comme vous voyez. Y a-t-il quelque chose à faire pour votre service ? Je suis poli et galant, vous n'avez qu'à dire ?

ZENISE.

Je vous suis obligée, je voudrais parler à Ziman.

PHILETTE.

Tenez le voici qui se traîne plus qu'il ne marche ; allons Mirflot laissons les s'attrister ensemble.

MIRFLOT.

Mais... Si... Cependant...

PHILETTE.

Allons, allons, ne voyez-vous pas que leur chagrin est de bon augure pour nous ? Je les plains, mais qu'y faire ? Allons nous en.

SCÈNE VII.
Ziman, Zenise.

ZENISE, d'un ton doux et tendre.

Que vous êtes triste Ziman ! Parlez moi donc ?

ZIMAN.

Hélas, Zénise, j'ai tant de honte d'avoir été vaincu, qu'à peine j'ose vous regarder, je vous fuyais.

ZENISE.

Et moi je vous cherche partout.

ZIMAN.

Vous me cherchiez charmante Zénise ! Un tel bonheur me fait oublier tous mes maux.

ZENISE.

Écoutez Ziman, ne tirez point trop d'avantage de ce que je vous dis, au moins. Je vous cherche parce que vous avez du chagrin. Si vous étiez heureux, peut-être je ne songerais pas à vous.

ZIMAN.

Ah ! Zenise que je sois donc toujours malheureux ! Puisque je ne puis vivre sans être aimé de vous.

ZENISE, d'un air tendrement fâché.

Eh bien ! Allez vous encore vous chagriner ? Pourquoi craindre de perdre mon amitié ? Vous l'aurez surement toujours. Bienfaisante ne nous a-t elle pas ordonné de bien vivre ensemble, et de nous aimer tous quatre ?

ZIMAN.

Quoi Zenise ! Vous aimez Philette et Mirflot autant que moi ?

ZENISE, d'un ton embarrassé.

Il le faut bien.

ZIMAN.

Zenise vous me désespérez , que mon coeur est différent du vôtre, et qu'il obéit mal aux ordres de la Fée ! On dit que Philette est jolie, en vérité je ne pourrais pas l'assurer, je ne regarde pas son visage. Mirflot je n'ai point de plaisir à l'aimer, et même quand il vous parle et que vous lui répondez, je sens une si grande aversion pour lui, que je croirais le haïr, si la haine ne me faisait horreur.

ZENISE.

Et cependant vous m'avez obligée de le couronner. Ah Ziman ! Je l'avais bien dit à la Fée, que votre générosité méritait le prix.

ZIMAN.

Vous ne me traiteriez pas avec tant d'indulgence, ma chère Zenise, si vous saviez ce qui se passait alors dans mon coeur. Si j'en eusse suivi les mouvements, j'aurais arraché cette couronne de vos mains, je l'aurais brisée en mille morceaux, et voyez mon injustice, Mirflot la méritait.

ZENISE.

Le beau mérite que celui de courir plus vite qu'un autre ! Il ne faut que de la force : n'est-il pas plus naturel qu'un paysan en ait plus qu'un Prince ?

ZIMAN.

Vous me flattez en vain Zenise. Je tremble que le moment qui décidera de notre sort ne soit celui de ma perte. Vous êtes Princesse, je n'en puis douter : mais hélas ! Que suis-je moi ?

ZENISE.

Ne craignez rien Ziman : ce n'est que la modestie qui vous fait douter de votre naissance. Bienfaisante ne nous dit elle pas sans cesse que ce sont les vertus qui la feront connaître ? Mirflot en a-t-il ?

ZIMAN.

Oui, je le crois, son ton est un peu grossier, j'en conviens ; mais il a de la valeur.

ZENISE.

Bon ! La Fée m'a dit que tout le monde pouvait en avoir.

ZIMAN.

Sans doute, mais Mirflot a beaucoup d'autres bonnes qualités, il est gai, franc, sincère, et son humeur est toujours égale.

ZENISE.

Voilà de belles vertus ! Et moi je vous dis que cela ne vient que de la grossièreté de son âme. Il n'a ni sensibilité, ni délicatesse. Comment voudriez-vous qu'il eût de l'humeur ? Ziman, croyez-moi, où la Fée nous trompe sur l'idée qu'elle nous donne de la vertu, où Mirflot n'en a que de bien communes.

ZIMAN.

Je le loue à regret, ma chère Zenise, je le confesse : mais je lui trouve peu de défauts.

ZENISE.

Pour moi je lui en trouve beaucoup. Ne voyez-vous pas comme il est glorieux ? Il se vante lui même et méprise les autres. Vous lui cédez tous les avantages, vous vous défiez de vous-même : quelle différence ! Tenez Ziman, je suis moins modeste que vous, je connais les défauts de Philette, et pourvu que vous soyez le Prince, je...

ZIMAN.

Achevez, charmante Zenise ; dites moi que vous voudriez régner avec le trop heureux Ziman.

ZENISE.

Oh ! Non, je ne le dirai pas. C'est pour vous tout seul que je désire votre bonheur.

ZIMAN.

Ah ! Zemise ! Je ne puis en avoir sans vous, et l'espérance de vous posséder est le seul motif de mon ambition.

ZENISE.

Quoi ! Vous n'aimez point à être Roi ? Cela m'étonne. Je croyais que les âmes élevées...

ZIMAN.

Je vous entends Zenise ; rassurez-vous. Je désire faiblement la Royauté. Ce n'est pas que je manque des sentiments qui doivent l'accompagner : mais la crainte de n'en pas remplir tous les devoirs me consolerait de la perte du trône, si je ne vous perdais avec lui.

ZENISE.

Est-il donc si difficile d'être un grand Roi ?

ZIMAN.

Oui Zenise, il est même presque impossible dans cette place, et concilier toutes les vertus. La Fée ne me l'a que trop fait connaître. La clémence est souvent obligée de céder à la justice ; la noble sincérité à l'artificieuse dissimulation, et quelquefois la générosité se trouve forcée de céder à la vengeance. Mais quand un Roi n'aurait que la douleur de ne pouvoir rendre tout le monde heureux, ne suffirait-elle pas pour lui dérober une partie des charmes de la puissance souveraine ?

SCÈNE VIII.
Mirflot, Blaise, Zenise, Ziman.

MIRFLOT, à Blaise qui court après lui.

Tenez, tenez, le voilà votre fils, je suis un Prince, moi.

ZIMAN.

Qu'avez-vous, Mirflot ? Vous voilà bien agité.

MIRFLOT.

C'est ce vieux radoteur qui me fait enrager : il me poursuit en disant que je suis son fils et qu'il vient me chercher pour m'emmener dans son village. Voyez un peu quelle extravagance !

ZIMAN, au vieillard.

Quelle raison avez-vous, mon bonhomme pour vouloir emmener Mirfiot ?

BLAISE.

Eh pardi ! La raison qu'il y a assez longstemps qu'il fait le Monsieur, et que j'ai besoin de son aide dans mon travail.

ZIMAN.

fil Mais êtes-vous bien sûr qu'il est votre fils ?

BLAISE.

Tenez, mon petit Seigneur, je m'appelle Blaise, et lui Pierrot, v'la qui est net.

MIRFLOT.

Eh bien ! Monsieur Blaise, puisque Blaise y a, vous ne savez ce que vous dites, je ne m'appelle point Pierrot. Mais voyez le beau nom pour un Prince.

BLAISE.

Va, va, tu n'es pas un Prince, je l'ai bien vu dès que je t'ai envisagé, encore que je ne te connaisse pas, mais un certain je ne sais quoi me dit...

ZENISE, effrayée.

Vous ne le connaissez pas, Monsieur ?

BLAISE.

Monsieur, voyez qu'elle est honnête, cette petite Demoiselle; jarni qu'elle est jolie ! Sera-ce ta femme, Pierrot ? Réponds donc, tu fais la sourde oreille.

MIRFLOT.

Encore un coup, je ne suis point Pierrot, entendez-vous ? Je m'appelle le Prince Mirflot afin que vous le sachiez.

BLAISE, riant.

Ah, ah, ah, le Prince Mirflot ! qu'eu drôle de nom ? y se moque de toi , mon enfant.

ZIMAN.

Si vous ne le croyez pas maître Blaise, vous avez tort de le traiter ainsi.

MIRFLOT.

Ziman a raison, vous êtes un malappris.

ZENISE, inquiète.

Expliquez-nous mieux, je vous prie, comment il se peut faire qu'il soit votre fils, et que vous ne le connaissiez pas.

BLAISE.

Eh pardi ! La chose est bien facile. Tenez, Mademoiselle, notre minagere n'eut pas plutôt mis au monde ce garnement, que ne v'la-t-il pas Madame la Fée qui s'apparait à nous, et qui vous emporte le petit enfant sans dire gare. Stapendant il faut dire la chose, elle nous baillit une bonne somme, et nous fit promesse qu'elle nous le rendrait au bout de quinze ans bien conditionné, et que par-dessus le marché elle lui baillerait une belle femme. Or il y eût hier tout droit quinze ans que la chose fut faite, et je m'en suis venu aujourd'hui tout bonne ment pour r'avoir Pierrot.

ZENISE, encore plus inquiette.

Quoi, Monsieur Blaise ! Vous ne savez pas mieux que cela qu'il est votre fils ?

BLAISE.

Voirement non, Mademoiselle, mais en faut-il davantage ?

MIRFLOT.

Ne vous ai-je pas dit qu'il ne savait ce qu'il disait ?

ZENISE, à part.

Je tremble.

MIRFLOT.

Allez, allez, Monsieur Blaise, retournez-vous en chez vous, et emmenez ce petit Seigneur, car c'est lui qui est votre fils.

BLAISE.

Qu'eu conte que tu me fais là ! Il n'en a morgué pas la mine.

ZIMAN.

Ne vous prévenez pas maître Blaise ; nous avons été élevés ensemble, Mirflot, moi : nous ignorons tous deux notre naissance ; mais sûrement l'un ou l'autre est votre fils.

BLAISE.

Eh bien, morgué, puisque je n'ai qu'à choisir, venez ça vous, je vous prends, car palsangué vous valez mieux que l'y.

ZIMAN.

Je suis prêt à vous suivre, si la Fée me remet en vos mains.

ZENISE, vivement.

Que dites-vous, Ziman ? Ce n'est point là votre père.

ZIMAN.

Rien n'est encore décidé, Belle Zemise ; peut-être suis-je son fils.

BLAISE.

V'la un brave garçon, celui-là ! Il ne renie pas sa parenté. Tu veux donc bien être mon fils ?

ZIMAN.

Si le destin m'a fait naître de vous, je remercierai le ciel de m'avoir donné pour père un honnête homme.

BLAISE.

Tiens Pierrot... Veux je dire Monsieur Mirflot, tu entends bien ce qu'il dit ; j'aimerais mieux un fils comme l'y qu'un cent de vauriens comme toi. V'la qu'est fini, j'avais la barlue : ce n'est pas toi qui es l'enfant de notre femme, j'emmene celui-ci.

ZENISE.

Ah ciel ! Courons vite avertir la Fée.

SCÈNE IX.
La Fée, Zenise, Ziman, Blaise , Mirflot.

LA FÉE.

Où courez-vous, Zenise ?

ZENISE, vivement.

Ah ! Madame, j'allois vous chercher ; empêchez ce vieillard...

BLAISE.

Votre serviteur, Madame la Fée. Je vous reconnais bien au moins. Je viens, sauf votre respect, vous redemander le fils que vous m'avez dérobé, de bon gré s'entend. Or maintenant en v'la deux. Tout d'abord j'avois donné mon amiquié à celui-là, mais il m'est avis que je me trompais ; à stheure je prends ce ti-ci avee votre permission.

LA FÉE.

Il est vrai, maître Blaise, que l'un de ces deux enfants est à vous. Mais c'est à ses sentiments qu'il doit se faire connaître ; je ne puis le nommer qu'après qu'il aura parlé.

BLAISE, prenant Ziman par la main.

Morgué nous v'la bien, ce ti-ci nous restera. .

ZENISE, fort inquiette.

Mais point du tout, Madame...

BLAISE.

Excusez, Mademoiselle, quoique je ne soyons qu'un paysan, je nous connaissons en bon coeur. Tenez Madame la Fée, celui-là m'a renié pour son père ; cetui-ci ne demande pas mieux que d'être notre fils. Pardi rien n'est plus clair.

LA FÉE.

Cela est-il vrai ?

ZENISE, très vivement.

Oui, Madame, mais ne voyez-vous pas...

LA FÉE.

Ce n'est point vous que je consulte, Zenise. Parlez Ziman.

ZIMAN.

Il est vrai, Madame, que j'estime ce vieillard, et que s'il est mon père, je suis prêt à le suivre. -

BLAISE.

Vous l'entendez, je ne lui fais pas dire.

ZENISE, désolée.

Madame, au nom des Dieux ne décidez point encore.

LA FÉE, à part.

Elle me fait pitié.

À Blaise.

Vous serez content maître Blaise, je vous rendrai aujourd'hui votre fils : mais trouvez bon qu'il soit témoin du triomphe de son ami, et qu'il se réjouisse à la fête que je prépare pour les noces du Prince.

BLAISE.

Très volontiers, j'y danserons itou.

ZENISE.

Ô ciel ! Secourez moi.

SCÈNE X.
Philette, La Fée, Zenise, Ziman, Mirflot, Blaise.

PHILETTE.

Madame, venez vite : il y a là une grande troupe d'Ambassadeurs qui viennent nous chercher, Mirflot et moi, pour nous conduire dans notre Royaume où ils disent que l'on nous demande.

LA FÉE, souriant.

Ils vous ont donc reconnue ?

PHILETTE.

Ah ! Tout de suite. Si vous saviez les honnêtetés qu'ils m'ont faite dès que je leur ai dit que j'étais la Princesse, vous en seriez charmée.

MIRFLOT.

Adieu, Madame, et toute la compagnie. Serviteur Monsieur Blaise, une autre fois mettez mieux vos lunettes.

BLAISE.

Voyez ce butor qui s'en va sans dire seulement grand merci à cette bonne Dame. Excusez Madame la Fée, si je parle de la manière : mais morgué c'est que je hais les ingratitudes.

MIRFLOT.

Ah ! Je l'avais oublié. Je vous remercie, Madame. Mais à propos il me faut une femme, laquelle des deux prendrai-je ?

LA FÉE.

Je vois qu'il est temps de déclarer leur sort. Zenise, c'est vous que j'enlevai au trône du Boristan. Je suis contente de vos sentiments, ils sont dignes de votre naissance.

ZENISE, pleurant et se jettant dans les bras de la Fée.

Ah ! Madame, je ne veux point vous quitter, souffrez que je passe ma vie auprès de vous, elle ne sera pas assez longue pour vous marquer toute ma reconnaissance.

LA FÉE, malignement.

Ce sentiment est louable, ma chère Zenise, mais je crains fort qu'il ne dure pas longtemps, vous me quitterez peut être sans regret.

ZENISE.

Oh non ! Madame, je ne veux vivre qu'avec vous, je vous le jure.

LA FÉE.

Quoi, vous ne voudriez pas recevoir un époux de ma main ?

ZENISE.

Non, Madame, je vous conjure à genoux de ne m'en proposer aucun.

LA FÉE.

Encore un coup Zenise, je prévois que vous changerez de sentiments. Que l'on fasse entrer les Ambassadeurs.

SCÈNE DERNIÈRE.
Tous les Acteurs, L'Ambassadeur et sa suite.

L'AMBASSADEUR.

Nous venons à vos ordres, Madame, recevoir à genoux le maître que vous nous destinés. Élevé par vos soins, que ne devons nous pas attendre de son règne !

LA FÉE.

Vous devez plus à son heureux naturel qu'aux soin de son éducation. Je vais vous donner un grand Roi, heureux les peuples qui vivront sous son obéissance.

MIRFLOT.

Entendez-vous, Messieurs, je suis un Prince accompli.

LA FÉE, à Ziman qui veut sortir.

Où allez-vous Ziman, auriez-vous la faiblesse de ne pouvoir supporter la gloire d'un rival ?

ZIMAN.

Non Madame, je ne désirerais un trône que pour y placer Zenise : le destin couronne son mérite. Je n'ai des voeux à faire que pour obtenir de vous un asile paisible pour ce bon vieillard. Que vos bontés, Madame, le récompensent des travaux d'une vie laborieuse. Qu'il finisse ses jours dans un doux repos ! Pour moi j'irai chercher dans les hasards de la guerre ou la fin d'une vie infortunée, ou l'avantage que pourront me procurer les sentiments nobles que vous m'avez inspirés.

ZENISE, à la Fée en pleurant.

Voyez, Madame, s'il n'est pas toujours le même.

PHILETTE.

Fort bien, mais s'il s'en va je n'aurai donc pas de mari moi ?

LA FÉE.

Vous en aurez, Philette. Mes enfants vos sentiments dévoilent enfin vos destinées. Vous, Mirflot, la présomption vous aveugle, et vous Ziman, votre modestie et votre générosité mériteraient une couronne si la nature vous l'avoit refusée.

Aux Ambassadeurs en présentant Ziman et Zenise.

Messieurs, voilà votre Roi et votre Reine.

ZENISE, embrasse la Fée.

Ô Ciel ! Ah ma chère bonne !

ZIMAN.

Madame, cette couronne est à vous : daignez régner sur mes peuples, ce sera faire leur bonheur. Content de posséder la belle Zenise, nous mettrons notre gloire à vous obéir, et à payer vos bienfaits par nos respects et notre reconnaissance.

LA FÉE.

Non, mes enfants, vos peuples vous attendent, allez les rendre heureux, mes soins seront récompensés.

ZIMAN.

Oserais-je, Madame, implorer vos bontés pour Mirflot, La douceur de son éducation lui rendrait son état encore plus pénible. Faut-il qu'il soit puni pour m'avoir servi d'exemple ?

LA FÉE.

Je vous laisse le maître de son sort.

ZIMAN.

Ah, Madame, ce bienfait surpasse tous les autres. Je pourrai faire un heureux, est-il un bonheur plus doux ? Mon cher Mirflot, je vous demande votre amitié, comptez sur la mienne : suivez nous. Uni à Philette vous éprouverez l'un et l'autre la sincérité de nos sentiments. Je compte aussi que maître Blaise voudra bien nous accompagner.

BLAISE.

Morgué de tout mon coeur. V'la un brave Roi, il ne se méconnait pas.

MIRFLOT.

Pour moi, je veux être Marquis tout au moins, puisque je ne suis pas Prince.

ZIMAN.

Je ferai pour vous, mon chère Mirflot, tout ce qui sera en mon pouvoir.

MIRFLOT.

Entends-tu Philette ? Tu seras une grande Dame. Me veux-tu pour mari ?

PHILETTE.

Il le faut bien. Cependant cette Zenise me sera toujours un crève-coeur.

ZENISE.

Non, ma chère Philette, je mettrai tant d'égalité dans notre amitié, qu'elle vous fera oublier ce qui nous distingue.

LA FÉE.

Allons mes enfants, divertissez-vous, je veux faire les noces ici ; commencez la fête par vos danses, et vos chants.

 


Notes

[1] Renchéri : Fig. et familièrement. Difficile, dédaigneux. [L]

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