LA DISSIPATRICE

OU LE LEGS

DRAME EN UN ACTE.

NEUVIÈME PROVERBE.

M. DCC. LXXXV.

Par MONSIEUR G***.

À LIÈGE, Chez F.J. DESOER, Imprimeur-Libraire, sur le Pontd'Isle, à la Croix d'Or.


Texte établi par Paul FIEVRE février 2018

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 31/08/2018 à 22:04:19.


PERSONNAGES

JULIE VALMONT, soeur de dix-huit ans.

VICTORINE, soeur de vingt ans.

FANCHON, vieille servante.

MADAME FONTANGE, Revendeuse à la toilette.

UN FACTEUR.

La Scène est dans une ville de Province, chez les Demoiselles de Valmont.

Le texte est issu de "Nouveaux proverbes dramatiques ou recueil de comédies de société pour servir de suite aux Théâtres de Société et d'Éducation" par Monsieur G[arnier], 1785. pp. 169-188.


LA DISSIPATRICE

Le Théâtre représente une salle basse : On y voit une table, un canapé et un petit métier de tapisserie tendu. L'action se passe sur les dix heures du matin.

SCÈNE PREMIÈRE.

JULIE, seule.

Elle est assise et achève de monter un bonnet.

Il faut que je sois bien complaisante. Mademoiselle Victorine dort à son aise la grasse matinée, et je la passe, moi, à monter son bonnet... Ma tapisserie n'avance point pendant ce temps-là... La pauvre fille ! Depuis qu'elle fait qu'un de nos oncles nous a légué cent mille écus, et que cette somme arrive fut un vaisseau, la tête lui tourne ; elle ne songe qu'à se donner des airs, elle imagine mille manières de dépenser cet argent, toutes plus extravagantes les unes que les autres. Reprenons notre ouvrage.

Elle s'approche du métier de tapisserie et travaille.

SCÈNE II.
Julie, Fanchon.

FANCHON, pleurant.

Mademoiselle.

JULIE, travaillant sans la regarder.

Fanchon, ma soeur est-elle éveillée ?

FANCHON.

Oui, mademoiselle ; je viens de lui porter son chocolat.

JULIE, levant les épaules.

Dans son lit, sans doute.

Regardant Fanchon.

Qu'as-tu donc à pleurer ?

FANCHON.

Dame, si je pleure, c'est que j'en ai sujet : depuis vingt ans que je suis dans la maison, et sans reproche, Dieu merci, me voir donner comme ça mon congé, ça n'en guère gracieux.

JULIE.

Ton congé ! Et qui est-ce qui te congédie ?

FANCHON.

Eh mais, c'est mademoiselle votre soeur : à ç't'heure qu'elle dit qu'il lui est venu de l'autre monde de quoi faire la grosse dame, elle ne veut plus de mon service ; il lui faut une femme de chambre.

JULIE.

Ma soeur est une folle ; elle prendra, si elle le veut, une femme de chambre, mais je te retiens, moi, entends-tu ? Tu feras à mon service.

FANCHON, avec joie.

Bon. Je ne servirai plus que vous toute seule ?

JULIE.

Non, Fanchon.

FANCHON.

Ah, que je suis contente ! Tenez, ma bonne demoiselle, si je pleurais, c'était de vous quitter ; car vous êtes si douce, si bonne...

JULIE.

C'est bien, Fanchette. Va, retourne dans ta cuisine ; fais bien ton ouvrage, tu n'auras à faire qu'à moi.

FANCHON.

Mademoiselle votre soeur m'avait donné bien des commissions ; mais je ne les ferai qu'avec votre permission dà...

JULIE.

Quelles sont ces commissions ?

FANCHON.

Ah ! Ma foi, il y en a tant, et tant que je ne m'en souviens plus. Elle les a toutes griffonnées sur ce morceau de papier-là.

Elle donne un papier.

JULIE.

Donne ; voilà qui contient de jolies choses.

Elle lit.

Passer chez Jolibois et lui demander où en font mon carrosse et mes deux berlines doublées de velours d'Utrecht. - Chez Monsieur Jacquinot, Procureur, et le prier d'arrêter pour moi le prix de la maison de Beauregard. - Chez Monsieur Doré, Joaillier, etc. Oh Ciel ! Que d'extravagances ! Ma pauvre soeur a tout à fait perdu l'esprit.

SCÈNE III.
Victor1ne, Julie, Fanchon.

VICTORINE entre en déshabillé.

Bonjour, à ma petite soeur. Que je te conte le rêve le plus charmant.

JULIE.

Oui, je crois que tu rêves de belles choses.

VICTORINE, avec transport.

Je t'en réponds. Imagine-toi, ma petite soeur, que notre vaisseau était arrivé chargé de richesses immenses. J'étais la présente. Oh, ma chère soeur, quel plaisir ! Jamais on n'a vu tant d'or. Le vaisseau en était rempli... Et puis c'était la mine des gens du vaisseau, matelots et passagers, qui était divertissante !... - Mon or et moi nous partagions leur admiration et leur respect. Dieu sait avec quelle dignité je soutenais mon rôle : enfin j'étais sur le point de fendre la presse de ces importuns, et de faire enlever ma fortune...

JULIE.

Lorsque tu t'es éveillée, n'est-ce pas ?

VICTORINE.

Oui, cette misérable Fanchon a ouvert la porte de ma chambre, et je me suis éveillée en sursaut. Oh, je crois que je l'aurais bien battue !

JULIE.

Effectivement, il est désagréable de se réveiller en pareille circonstance ; si j'étais à ta place, j'irais me coucher pour achever mon rêve.

VICTORINE.

Ne pense pas rire ; j'étais si contente, que je voudrais dormir pendant toute ma vie.

JULIE.

Fanchon, allez dans votre cuisine.

FANCHON.

J'avais oublié de vous demander le bonnet de Mademoiselle Victorine.

VICTORINE.

À propos de mon bonnet, tu ne l'as sûrement pas monté, ma petite soeur ; laisse-le jusqu'à tantôt, je t'en prie.

JULIE.

Et pourquoi cela ; tu me pressais tant.

VICTORINE.

Bon ; est-ce que tu ne vois pas que je ne puis plus mettre une pareille guenille ; la dentelle ne vaut que six francs ; on doit m'en apporter à l'instant à quatre louis.

JULIE.

À quatre louis !

VICTORINE.

Oui, ma bonne amie, j'en aurai pour le bonnet et pour deux paires de manchettes à trois rangs.

JULIE.

Bon Dieu ! Et où prendras-tu pour payer tout cela ; nos revenus sont modiques, et jamais notre tuteur ne voudra nous donner cet argent-là.

VICTORINE.

Ne t'inquiète pas ; va, j'ai bon crédit.

JULIE.

Mais enfin, il faudra toujours venir à s'acquitter.

VICTORINE.

Oui, et ces cent mille écus qui nous viennent du legs de notre oncle ; nous ne sommes que deux pour les partager, est-ce qu'ils ne me mettent pas dans le cas de fournir à ces dépenses ?

JULIE.

Mais cela ne va pas mal. Un carrosse, deux berlines, une maison de campagne. Que sais-je, moi ? De ce train-là, le legs fera bien tôt mangé.

VICTORINE.

Que veux-tu dire ; un carrosse, deux berlines, une maison de campagne ?

JULIE.

Oh, c'est que je présume qu'il faudra de tout cela à une grande dame comme toi. Mais notre tuteur ne sera peut-être pas de cet avis ; il voudra sûrement placer ces fonds d'une manière plus utile.

VICTORINE.

Il faudra bien que notre tuteur entende raison ; si je suis riche, je veux me sentir de mon bien. Mais je vois bien que cette sotte de Fanchon t'a parlé.

À Fanchon.

Qu'est-ce que vous faites ici, ma mie ?

FANCHON.

J'attends la fin de votre rêve, Mademoiselle ; il est si joli !

VICTORINE.

Mais voyez cette impertinente ; vous devriez être dehors, ma bonne ; je vous avais dit que nous n'avions plus besoin de vous.

FANCHON.

Aussi ne vous appartiens-je plus, non ; je suis à Mademoiselle votre soeur, toute fine seule, afin que vous le fâchiez.

JULIE.

Fanchon, encore une fois, allez à votre cuisine.

Fanchon sort en faisant la mine à Victorine.

SCÈNE IV.
Julie, Victorine.

VICTORINE.

Quoi tu gardes cette vieille salisson-là.   [ 1 Salisson : Terme populaire. Femme, fille malpropre. [L]]

JULIE.

Sans douté; pourquoi non ?

VICTORINE.

Tu n'as pas de raison, ma soeur ; pour moi, je ne veux plus de cette figure, fi donc.

JULIE.

Tu feras comme tu voudras ; pour moi, j'en duis contente ; elle edt fidèle, soigneuse, intelligente ; ce font des qualités impayables chez ces sortes de gens, en conséquence je la garde. D'ailleurs, c'est un vieux domestique, qu'il y aurait de la barbarie à renvoyer maintenant.

VICTORINE.

Quoi ! Tu ne veux pas entendre que, dans notre état présent, cette fille ne nous convient point, cela saute aux yeux pourtant ; car enfin nous sommes pour faire une certaine figure actuellement ; il faut nous monter sur un certain ton ; nous ne pouvons nous dispenser d'avoir chacune une femme de chambre et puis une cuisinière, et une bonne grosse fille pour tout le tracas fatigant du ménage.

JULIE, riant.

Et quand tu auras ton carrosse, tes berlines, il en faudra bien d'autres.

VICTORINE, d'un air piqué.

Je le compte bien aussi. J'ai déjà arrêté une femme de chambre pour moi ; c'est une grande brune assez jolie, les yeux vifs, fort bien mise : elle sort de chez une Présidente qui l'a renvoyée parce qu'elle plaisait trop à son mari.

JULIE.

En vérité, ma soeur, je craindrais qu'on t'entendit, tu passerais pour folle achevée au moins. Cet état florissant, cette fortune considérable qui nous met dans le cas de faire la figure la plus brillante ; où tout cela est-il ? Sur l'eau. Du reste, rien de plus médiocre que nos biens.

VICTORINE.

Mais, est-ce que cela peut nous manquer ?

JULIE.

Mais si le vaisseau fait naufrage ?

VICTORINE.

Oh , fi... fi... fi la maison tombe, nous serons tous écrasés. Tu n'as que des malheurs à prévoir.

JULIE.

Ma chère soeur, parlons raison, si tu veux l'entendre ; cette fortune qui t'enchante, qui te met hors de toi-même, n'est pas encore arrivée, il peut se faire même qu'elle n'arrive point ; car tu as beau dire, cela est très possible ; quel inconvénient y aurait-il pour toi de te mettre en état de t'en passer ? Aucun, je pense, tu n'en sentirais pas moins le prix lorsqu'elle serait arrivée. C'est le parti que j'ai pris : la nouvelle de ma fortune ne m'a point tourné la tête, je n'ai point changé mon premier genre de vie ; si nos espérances se trouvaient trompées, je ne serais point sans ressource, et mon économie me tirera toujours d'affaire. Je ne peux te dissimuler qu'il en est bien autrement à ton égard. Dieu veuille que tu n'aies jamais lieu de t'en repentir.

VICTORINE, baillant.

Ah, finis donc, tu me fais bailler. Tu as le don de voir d'une manière sombre et triste les objets les plus riants.

JULIE.

Mais enfin, que t'aurait-il coûté d'attendre l'arrivée de ce vaisseau, avant que de t'engager dans toute forte de dépenses ?

VICTORINE, avec vivacité.

L'impatience de jouir... On ne peut être heureux assez tôt, ni assez longtemps.

SCÈNE V.
Julie, Victorine, Fanchon.

FANCHON.

Il y a une femme là-bas qui porte une boîte sous son bras, faut-il la faire entier, Mademoiselle ?

JULIE.

Oui, Fanchon.

À Victorine.

C'est probablement à toi qu'on en veut.

SCÈNE VI.
Julie, Victorine, Madame Fontange, portant un carton sous son bras.

MADAME FONTANGE, faisant une profonde révérence.

Votre servante, Mesdemoiselles ; laquelle de vous deux, s'il vous plait, est Mademoiselle Victorine Valmont ?

VICTORINE, fan sfe lever, d'un air négligent.

Je sais ce que c'es t; vous êtes la veuve Fontange, sans doute. Apportez-vous mes dentelles ?

MADAME FONTANGE.

Oui, Mademoiselle.

Elle ouvre le carton et en tire les dentelles.

Vous pouvez vous vanter d'avoir là ce qu'il y a de plus distingué. J'en portai l'autre jour de pareilles à la veuve d'un caissier, parce qu'une femme de condition les avait trouvées trop chères aussi me furent-elles payées cent francs.

JULIE, examinant les dentelles.

Voilà qui est vraiment magnifique.

VICTORINE.

Cela suffit, Madame Fontange, vous pouvez les laisser ; ce prix est arrêté à quatre louis.

MADAME FONTANGE.

Hélas, ma chère demoiselle, c'est marché donné, j'y perds, en vérité ; mais pour obliger une aimable personne comme vous, qui m'a promis la pratique, il faut faire des efforts ; et puis j'espère que vous me dédommagerez une autre fois.

VICTORINE.

Oui, oui, allez, ma chère, je vous assure que vous trouverez en moi une de vos meilleures pratiques... Vous pouvez laisser vos dentelles, vous dis-je, je les prends.

MADAME FONTANGE.

J'entends bien, Mademoiselle ; mais... de l'argent.

VICTORINE.

Ne soyez point inquiète, cela vous sera payé dans quelques jours.

MADAME FONTANGE.

Dans quelques jours !

Elle renferme ses dentelles.

Oh, Mademoiselle, je ne peux pas attendre, je suis une pauvre femme qui vi[t] au jour la journée, voyez-vous ; et puis qui eft-ce qui me répondra de ma marchandise ?

JULIE, à part.

Que voilà qui est bien fait !

VICTORINE, se levant.

Mais, ma chère Madame Fontange, vous n'y pensez pas ; je suis bonne, je crois, pour payer vos dentelles, et le temps que je vous demande n'est pas long.

MADAME FONTANGE.

Eh mais, bonne, si vous voulez ; je n'entre point là dedans , moi ; toujours est-il que je ne peux vous les laisser à crédit que vous ne me donniez un bon répondant.

JULIE, à sa soeur.

Laisse cela, ma soeur, cette femme va d'impertinences, en impertinences ; et elle est décidée à remporter ses dentelles.

VICTORINE, à Julie vivement.

Mademoiselle, mêlez-vous, s'il vous plait, de vos affaires. Madame Fontange, cela est bien mal à vous ; nous allons toucher incessamment un legs de cent mille écus qui nous vient d'un oncle qui avait une fortune considérable dans les Indes.

MADAME FONTANGE, froidement.

Il est vrai qu'il y a un peu de temps que j'en ai entendu parler, mais cela ne vient guère vite.

VICTORINE, avec vitesse et s'approchant de Madame Fontange.

Et si, ma bonne ; cet argent arrive sur un vaisseau , nous l'attendons de jour en jour, vous ne pouvez manquer d'être payée.

MADAME FONTANGE.

Oh bien, je vous garderai les dentelles ; faites-moi avertir dès que le vaisseau sera arrivé.

VICTORINE, la caressant d'un air suppliant.

Ma chère Madame Fontange, je suis morte si je ne porte pas Dimanche ces dentelles ; j'en ai parlé à quelques amies qui s'attendent à me les voir, et qui me désespéreront si je ne les ai pas... Vous rêvez.

MADAME FONTANGE.

Oui, je rêve ; mes dentelles me reviennent à plus de quatre louis ; après cela comment les donner à crédit, et à perte encore.

VICTORINE, vivement.

Hé, qui vous dit de les donner à perte ?

JULIE.

Madame Fontange, ces dentelles-là sont belles, mais franchement vous les portez au delà de leur valeur.

MADAME FONTANGE, d'un air dédaigneux.

Au delà de leur valeur ! Des dentelles comme celles-là ? Vous êtes connaisseuse, à ce qu'il me paraît. Au delà de leur valeur ! Est-ce qu'on veut voler le monde ! Est-ce qu'on n'a pas un honneur à garder !

Elle fait mine de s'en aller.

VICTORINE, l'arrêtant.

Eh ! Mon Dieu, laissez-la dire, c'est à moi seule que vous avez à faire.

À Julie.

Ma soeur, je vous avais priée de nous laisser tranquilles.

MADAME FONTANGE, revenant.

Mais, Mademoiselle, je songe que je ne puis me tirer honnêtement qu'en les laissant à quatre louis et demi... Oui, de cette façon-là je puis en conscience vous les donner à crédit pendant quelques jours.

SCÈNE VII.
Julie, Victorine, Madame Fontange, Un Facteur.

LE FACTEUR, donnant une lettre.

À Mademoiselle Valmont l'aînée ; dix-huit sols.

JULIE, prenant la lettre.

De l'Orient : voilà sûrement des nouvelles ; je reconnais l'écriture de notre correspondant.

Au Facteur en le payant.

Tenez, mon ami.

Le Facteur s'en va.

SCÈNE VIII.
Julie, Victorine, Madame Fontange.

Julie parcourt la lettre, Victorine la lui prend avec vivacité.

VICTORINE.

Donne, que je la lise, ma soeur.

JULIE, tristement.

Tiens, va, je l'avais presque prévu.

VICTORINE, après avoir lu quelques lignes.

Ah, tout est perdu !

Elle se jette sur un canapé, la tête penchée sur ses mains, dans l'attitude de la douleur la plus profonde.

MADAME FONTANGE, à part.

Voilà les cent mille écus à vau-l'eau, allons-nous en.

Elle sort.

SCÈNE IX ET DERNIÈRE.
Julie, Victorine.

VICTORINE, pleurant.

Ah, ma chère soeur, me voilà perdue, ruinée ; comment cela s'est-il pu faire ?

JULIE.

Rien de plus simple. Le vaisseau a fait naufrage à la vue du port, et la mer a englouti notre fortune.

VICTORINE.

Comme tu contes cela tranquillement. Ah Ciel !... Après un coup pareil conserver son sang-froid !... Mais tu as raison, tu te tireras toujours d'affaire... C'est moi, malheureuse que je suis ! C'est moi que ceci regarde. Ah ! Mon Dieu, je n'y survivrai pas.

Les pleurs redoublent.

JULIE.

Eh bien, eh bien, tu ne deviendras donc jamais sage ; allons, ma chère soeur, tire profit de ce malheur, qu'il serve à te corriger ; console-toi, tu n'es pas plus à plaindre que moi, nous vivrons ensemble tant que tu voudras : notre fortune, toute médiocre qu'elle est, suffira pour nous faire vivre toutes deux très honnêtement ; je ne te demande que de déposer tes grands airs ; nous sommes hors d'état de les soutenir. Voilà un petit mémoire qui est le comble de l'extravagance ; je crois que tu n'y songes plus.

Elle donne le mémoire à Nestorine qui le déchire sans regarder.

Du reste, je te dispense de me seconder ; ce serait trop exiger, tu n'y es pas encore accoutumée ; tu feras, si tu veux, pour cela, quelques efforts.

Victorine ne trouvant point d'expressions pour remercier sa soeur, se jette à son cou et l'embrasse les larmes aux yeux.

JULIE.

Que ceci te serve de leçon. Deviens plus sage et je serai contente.

 


Notes

[1] Salisson : Terme populaire. Femme, fille malpropre. [L]

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