HIPOLYTE ET ARICIE

PARODIE NOUVELLE

Représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens Ordinaires su Roi, le 11 octobre 1742.

M. DCC. XLII.

AVEC APPROBATION.

de M. FAVART

À PARIS, chez La Veuve DELORMEL, rue du Foin, à Saint-Geneviève. Chez BRIASSON, rue Saint-Jacques à la Science, Chez DAVIS jeune, rue du Hur[e]poix, au Saint-Esprit.


Texte établi par Paul FIEVRE, janvier 2013, recu juin 2017

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 29/05/2020 à 09:51:33.


NOMS DES ACTEURS.

THÉSÉE, M. Rochard.

HIPOLYTE, Madame Deshayes.

ARICIE, Mademoiselle Sylvia.

PHÈDRE, Mademoiselle Sidonie.

OENONE, Mademoisele Agathe Sitcotti.

PLUTON, Monsieur Sticotti.

MERCURE, Monsieur Carlin.

DIANE, Mademoiselle Sidonie.

TISIPHONE, Monsieur Vincent.

LES PARQUES, Messsieurs Vincent, Joachim, Balletti.

DÉMONS.

MATELOTS.

CHASSEURS.

CHASSERESSES.

BUCHERONS.

BUCHERONNNES.


HIPOLYTE ET ARICIE.

SCÈNE PREMIÈRE.

Le théâtre représente le temple de Diane.

ARICIE, seule.

AIR. Qui des deux pourront nous choisir ?

L'amour excite mon désir,

Et je m'offre à Diane,

Qui des deux pourrai-je choisir

Pour vivre avec plaisir ?

5   Cherchons la paix :

Non, le monde profane

N'a jamais

Que faux attraits

Mais sans amants

10   Perdrai-je ici mon temps

Dans les ennuis !

C'est encore pis.

AIR. Qu'on en dise ce qu'on voudra, tout ci, tout ça.

Qu'on en dise ce qu'on voudra,

Tout ci, tout ça,

15   Que sur moi la critique morde,

Hipolyte est fort à mon gré,

Poudré, tiré,

Chaussé comme un danseur de corde :

Qui n'aimerait ce beau cadet,

20   Coquet,

Ginguet

Qui sait chanter si net ?

AIR. Il m'est avis que l'on me foure.

Dans la retraite où je vivrai

Toujours à lui je penserai :

25   Quoiqu'il soit sottement modeste,

Diane n'aura que son reste.

SCÈNE II.
Hipolyte, Aricie.

HIPOLYTE.

AIR. À l'ombre de ce vert bocage.

Vous immolez à la déesse

Des jours si chers, si précieux :

On doit consacrer sa jeunesse

30   Au dieu qui brille dans vos yeux.

Le coeur est fait pour la tendresse,

Il est oisif en ce séjour ;

Notre hiver est à la sagesse,

Nous printemps à l'amour.

ARICIE.

AIR. Votre beauté soumet tout l'univers.

35   Quel intérêt y prenez-vous, Seigneur ?

Vous n'aimez rien, les filles vous font peur.

HIPOLYTE.

Je rends les armes ;

J'ai pour vos charmes

Une pitié

40   Qui passe l'amitié.

AIR. Viens dans ma cellule.

Je veux ma poulette,

Dans votre retraite,

Pour prouver ceci,

Avec vous m'enferme aussi.

ARICIE.

AIR. À l'Amour rendez les armes.

45   Bon, Monsieur, vous voulez rire.

HIPOLYTE.

Non, ma foi, c'est en honneur,

Tenez, tout vers vous m'attire.

Je soupire.

C'est vous dire

50   Que je porte un coeur tendre.

ARICIE.

Que venez vous m'apprendre ?

HIPOLYTE.

Ah ! Calmez votre courroux.

L'amour ne peut vous surprendre,

Je perds un espoir trop doux,

55   Vous n'avez pas le coeur tendre.

ARICIE.

Abrégeons. Il est à vous.

HIPOLYTE.

AIR. Ah ! qui vous a, qui vous a, qui vous a !

Je n'aurais pas cru cela

De la fierté d'Aricie.

ARICIE.

Bon, but à but nous voilà ;

60   Trop de résistance ennuie,

Bannissons, bannissons, bannissons-la,

Bannissons la cérémonie.

AIR de COUPERIN. Soeur Monique.

Je n'aurai, l'Ami,

Aucun souci

65   De tout ce qu l'on fait ici,

Je veux dans mon coeur,

Malgré l'honneur,

Conserver toujours mon ardeur.

On me verra nuit et jour,

70   En novice,

Spéculatrice,

Ne m'occuper que de l'amour.

Je n'aurai, l'Ami, etc.

HIPOLYTE.

AIR. Pour voir un peu comment ça fra.

Chaste Diane, écoute-nous,

75   À notre amour sois favorable.

ARICIE.

Laissez Diane, y pensez-vous ?

Tout amant près d'elle est coupable.

Cette honnête

Se vengera.

HIPOLYTE.

80   Voyons toujours comment ça f'ra ?

HIPOLYTE et ARICIE.

Duo. AIR. Ah Thérèse.

Ah ! Déesse,

Ta sagesse,

Devrait punir notre penchant.

Tout m'accuse,

85   Mais excuse,

Nous nous aimons innocemment.

Tu vas jouer un rôle

Drôle,

En servant

90   Les feux d'une galant.

Ah ! Déesse, etc.

HIPOLYTE.

AIR. Je vous la gringole.

Eh quoi : Sans se trémousser,

Tournoyer sans cesse,

Passer et puis repasser,

95   Ce ballet me blesse :

Rangez-vous, laissez danser

La grande prêtresse.

On danse.

ARICIE.

AIR. Sur le pont d'Avignon.

Mais il est à propos que la Danse finisse,

La vieille Phèdre vient, et se jeune nourrice.

SCÈNE III.
Phèdre, Oenone, Hipolyte, Aricie.

Hipolyte et Aricie rentrent.

PHÈDRE.

Menuet de l'Opéra. Agnès qu'auparavant.

100   Par de noeuds éternels,

Ma chère Aricie,

Aux immortels :

Pouvez vous faire mieux ?

Ah ! Qu'il est glorieux

105   D'aller, ma Mie,

De pair avec les Dieux !

ARICIE.

AIR. Comment donc, petite effrontée.

C'est trop d'honneur, hélas !

Je ne m'en flatte pas :

Qui moi divinité :

110   Je m'en tiens à l'humanité.

PHÈDRE.

AIR. Comment donc, petite effrontée.

Comment donc, petite volage,

Vous osez avoir de tels sentiments ?

Je prétends et j'entends

Qu'avez Diane l'on s'engage,

115   Dans ces lieux si charmants

On est à l'abri des amants.

Comment donc, petite volage,

Vous osez avoir de tels sentiments ?

ARICIE.

Oh, vraiment,

120   Oh, vraiment,

On réfléchit à mon âge ;

Oh, vraiment,

Oh, vraiment,

À présent

125   Mon coeur se sent.

PHÈDRE.

Un tel langage est nouveaux !

Songez bien comme il est beau

D'être sage.

ARICIE.

Que vient-elle nous conter ?

130   Ah ! Je dois me contenter

De vous imiter.

Oh, vraiment,

Oh, vraiment,

On réfléchit à mon âge ;

135   Oh, vraiment,

Oh, vraiment,

À présent

Mon coeur se sent.

PHÈDRE, à Hipolyte.

AIR. La bergère de nos hameaux.

Vous voilà tout comme un nigaud ;

140   Vous souffrez qu'elle me raisonne !

Réprimandez-la comme il faut.

HIPOLYTE.

Nous ne devons gêner personne.

C'est trop de rigueur,

Et si son petit coeur

145   Prend goût pour le ménage,

On doit se reprocher

De vouloir l'empêcher

D'en faire bon usage.

PHÈDRE.

AIR. Patapata ter lin tin tin.

Ah ! Je vous entends

150   Taran tantan, tara tantan.

Puisqu'à m'obstiner on s'applique,

Qu'une musique

Géométrique

Taran tantan, tara tantan.

155   Soutienne mes maigres accents,

Vengeons-nous, vengeons-nous.

ARICIE.

Quelle mouche la pique ?

PHÈDRE.

Par mes cris forcés, par mes éclats,

Je vais jeter ce temple à bas ;

160   Tremblez, tremblez, tremblez.

HIPOLYTE.

Mais vous n'y pensez pas.

PHÈDRE.

Tremblez, tremblez, tremblez.

ARICIE.

À quoi bon ce fracas ?

HIPOLYTE.

Ma foi, sa colère est comique.

PHÈDRE.

165   Par mes cris forcés, et redoublés,

Déjà ces murs sont ébranlés :

Tremblez, tremblez, tremblez.

SCÈNE IV.
Phèdre, Oenone.

PHÈDRE.

AIR. Ah ! Morbleu, sambleu, Marion.

Enfin j'ai découvert leur feu,

Hipolyte suit ma rivale.

170   Sambleu !

Venez dépit, rage infernale,

Morbleu ;

OENONE.

AIR. Ce qui n'est qu'enflure.

Comment Monsieur votre époux

Prendra-t-il la chose !

PHÈDRE.

175   Pourquoi n'est-il pas chez nous ?

De tout il est cause.

bis.

AIR. Y a bien de la différence.

Thésée est chez les Diables,

Arcas te le dira.

OENONE.

Ah, Ah !

PHÈDRE.

180   Dans ces lieux effroyables

Sans doute il restera.

OENONE.

Ah, Ah !

N'y a pas grand mal à ça.

AIR. Nous autres bons villageois.

Par cette nouvelle-la

185   Votre flamme est autorisée.

PHÈDRE.

Nourrice, comment cela ?

Hipolyte est fils de Thésée.

OENONE.

Bon, qui vous en assurera ?

Le doute vous ecusera,

190   Qui sait d'où je venons tretous,

À votre penchant livrez vous.

AIR. J'en frai la folie ma Mie.

Pour avoir la préférence

Offrez la couronne :

À votre âge on finance.

PHÈDRE.

195   C'est bien dit, Ma bonne,

Mais s'il ne m'aime, après cela,

On verra tout ce qu'on verra...

AIR. Belle brune.

Ah ! Nourrice,

bis.

Si ce Gars

200   Ne m'aime pas,

Je mourrai de la jaunisse.

Elles rentrent.

SCÈNE V.
Thésée, Tisiphone.

Le théâtre représente les Enfers.

THÉSÉE.

AIR. Diablezot.

Ah ! Quoi, ne puis-je vous quitter ?

Laissez moi respirer , Madame.

TISIPHONE.

Non, ne pensez pas éviter

205   L'ombre de ta première femme :

Je veux toujours te tourmenter,

C'est moi qui double Tisiphone.

THÉSÉE.

Tu m'a tant tourmenté là-haut.

TISIPHONE.

Crois-tu qu'ici, je sois moins bonne.

210   Diablezot.

THÉSÉE.

AIR. Iris est plus brillante.

Que ton aspect me fâche ?

TISIPHONE.

Apprends qu'ici ma tâche

Est d'aller sans relâche

Bourreler les maris,

215   Pleure, lamente, prie,

Crie

Il faut qu'une furie,

Rie ;

De trouble des esprits ;

220   Tes tourments sont mes plaisirs chéris.

THÉSÉE.

Menuet de Cupys.

Quoi jamais,

TISIPHONE.

Jamais

THÉSÉE.

N'aurais-je de paix !

TISIPHONE.

De paix.

THÉSÉE.

225   Démon,

Éloigne-toi donc.

TISIPHONE.

Non.

THÉSÉE.

Dans ces lieux de douleur

Toi seul tu combles d'horreur

230   De mon malheur.

TISIPHONE.

Que ma fureur.

THÉSÉE.

Ta fureur

TISIPHONE.

Trouble ton coeur.

THÉSÉE.

En a trop joui,

235   Ton coeur

TISIPHONE.

Oui.

THÉSÉE.

En est réjoui :

Aucun diable à mes yeux

N'est pus odieux.

TISIPHONE.

240   Tant mieux.

THÉSÉE.

Faut-il qu'un héros subisse

Le plus rigoureux supplice,

Qu'il frémisse,

Qu'il gémisse,

TISIPHONE.

245   Aux Enfers tu vas souffrir.

THÉSÉE.

Ton unique plaisir !

TISIPHONE.

Languir,

THÉSÉE.

C'est assez me voir souffrir.

TISIPHONE.

Et la mort

THÉSÉE.

250   Ah ! Du moins que la mort

TISIPHONE.

Ne peut finir

THÉSÉE.

Termine mon sort !

TISIPHONE.

Ton triste sort ?

THÉSÉE.

Jamais, etc.

TISIPHONE.

255   Jamais etc.

THÉSÉE.

AIR. Que je suis à plaindre en cette débauche.

Rien ne peut-il donc fléchir ton âme ?

TISIPHONE.

Mon devoir est de s'affliger.

Je ne serais pas l'ombre de ta femme

Si je ne te faisais enrager.

SCÈNE VI.
Pluton, Thésée, Tisiphone, Les Parques.

L'Enfer s'ouvre, on voit Pluton sur son trône, les Parques à ses pieds.

THÉSÉE.

AIR. Quand on parle de Lucifer.

260   Salut à Monsieur Lucifer,

Souverain du sombre Empire :

À part.

Avec sa grand fourche de fer,

Sa gravité me fait rire :

Haut.

Je suis fatigué d'être dans l'Enfer,

265   Permettez que je me retire.

AIR. Des pendus.

Seigneur, je suis de qualité,

De Neptune l'enEnfant gâté,

Ainsi je suis de la famille.

PLUTON.

Oh bien ! Je veux qu'on l'étrille,

270   En faveur de la parenté ;

Tu ne l'as que trop mérité.

AIR. Vous voulez me faire chanter.

Vous veniez, Monsieur, mon neveu,

Pour me ravir ma femme.

THÉSÉE.

C'était pour un ami :

PLUTON.

Morbleu !

275   L'action est infâme.

THÉSÉE.

Pirithoüs voulait l'avoir,

J'aidais à l'entreprise,

Vous ne devez pas m'en vouloir,

L'usage m'autorise.

PLUTON.

AIR. Il faut suivre la mode.

280   On est chez moi fort mal venu,

En suivant pareille maxime.

THÉSÉE.

De rendre le Diable cornu ;

Ah ! Voyez, c'est faire un grand crime !

PLUTON.

Tu veux de ton oncle Pluton

285   Faire donc un mari incommode ?

Est-ce le fait d'un Dieu Démon

De se mettre à la monde ?

AIR. L'autre nuit j'aperçus en songe.

Pirithoüs est la victime

De son amour malentendu.

290   Le même traitement t'est dû.

THÉSÉE.

AIR. Parole de l'Opéra.

Ah ! Si son amour est un crime;

L'amitié qui pour lui m'anime

N'est-elle pas une vertu ?

PLUTON.

AIR. Ah ! Robin, tais-toi.

L'antithèse est pitoyable.

THÉSÉE.

295   Je suis un héros de bien.

PLUTON.

Quand on est l'appui d'un vaurien,

On est comme lui coupable.

THÉSÉE.

Ah ! Dis-moi pourquoi... ?

PLUTON.

Sur le ton du vers précédent.

Ah ! Morbleu tais-toi.

300   Tu voudrais, je le crois,

Crier comme un diable,

Et plus haut que moi !

Thésée rentre.

AIR. Avez-vous vu ce héros.

Assemblons le tribunal

Infernal,

305   J'ai des juges de mérite,

Des procureurs, des huissiers,

Des greffiers,

Et des avocats d'élite.

SCÈNE VII.
Pluton, Les Parques, Troupe de Diables, en robes de Palais, avec des cornes.

PLUTON.

AIR. Que devant vous tout s'abaisse.

Or écoutez, honorable assistance,

310   Deux insolents sont venus ici bas,

Pour me traiter comme un mari de France,

Jugez le fait : vous étiez dans le cas.

Que l'on opine

À Proserpine :

On fait affront

315   Aussi bien qu'à mon front.

CHOEUR DE DÉMONS.

AIR. Que le mal de dents.

Que le Phlégéthon,

Le Styx, le Tenare,

Que tout se prépare

À venger le front

320   De Monsieur Pluton :

Qu'en style barbare

L'on dresse un factum,

L'honneur de répare

Quand on y déclare

325   L'affront tout au long.

SCÈNE VIII.
Pluton, Troupe de démons, Les Parques, Thésée, Tisiphone.

THÉSÉE.

AIR. C'est ce qui nous enrhume.

Vainement j'appelle Pirithoüs,

Ah ! Mes cris aigus

Ne sont plus entendus :

Et ma vois se consume :

330   Je fais des efforts qui sont superflus,

Eh ! C'est ce qui m'enrhume.

PLUTON.

AIR. Amis, sans regretter Paris.

Il n'est qu'on moyen pour le voir

C'est de perdre la vie

Et ces trois soeurs ont le pouvoir

335   De remplir ton envie.

LES PARQUES.

AIR, Canon. Nous sommes trois fous, Mesdames.

Nous sommes trois soeurs fileuses,

Nous filons tes jours.

THÉSÉE.

AIR. Vous qui voyez les dames, blandé loquimini.

Sans un ami si rare

De vivre je suis las,

340   Tuez moi donc, barbare Atropos,

Je ne m'en plaindrai pas.

LES PARQUES.

Nous ne pouvons hélas :

Te donner le trépas ;

Le destin ici bas

345   Arrête notre bras.

THÉSÉE.

AIR. Un jour le malheureux Lisandre.

Oh ! Oh toi qui règne sur les soles,

Neptune, entends ma voix triste :

Tu m'as promis que pas trois fois

Tu remplirais mes voeux frivole.

350   Tu juras fort imprudemment,

J'en ai profité sottement ;

Mais ici tu m'es nécessaire :

Le Styx a reçu ton serment.

Tire-moi d'ici, mon cher père,

355   Et ne vas pas être Normand.

CHOEUR.

AIR. Refrain.

T'as l'pied dans le margouilli

Tirten tirten tirtentaine,

T'as l'pied dans le margouilli

Nul ne peut sortir d'ici.

SCÈNE IX.
Mercure et les précédents.

MERCURE.

360   Oh ! Rendez-vous Thésée ?

Que de bique de bariolet.

Oh ! Rendez-moi Thésée,

Au nom du chardon'ret ?

PLUTON.

Il est en mon pouvoir,

365   Augé, augé,

Il est en mon pouvoir,

On ne peut le ravoir.

AIR. Un jour le bon père Abraham.

Il voulait comme un suborneur

M'enlever Proserpine,

370   Et de plus c'est un franc voleur

Il a pillé Racine :

Dans les Enfers il doit rester,

Pour n'avoir pas su profiter

D'un telle rapide.

MERCURE.

AIR. Nous autre bons villageois.

375   Il n'a pas cru faire mal,

Ayez pour lui quelqu'indulgence :

S'il servait votre rival,

Hélas, C'était par innocence.

Qu'il sorte de votre manoir ;

380   Car Neptune veut le ravoir.

Ne devons-nous pas, entre nous,

Excusez les sots et les fous ?

PLUTON.

AIR. Le gourdin.

Qu'il sorte donc de ces lieux,

Mais il n'en sera pas mieux.

385   Parques, je vous ne conjure,

Avant qu'il suive Mercure,

Dites sa bonne aventure.

THÉSÉE.

Lure lure lure lure.

LES PARQUES.

Allons, donnez-nous votre main,

390   Guerelin, guin, guin, guerelin, guin, guin.

AIR, Canon. Gros nez, gros nez.

Frémis d'effroi,

Où cours-tu, malheureux Roi,

Tu vas retourver les enfers chez toi.

Pluton et sa suite rentre.

THÉSÉE, à Tisiphone.

AIR. Perrette étant dessus l'herbette.

Ah ! Quelle horreur glace mon âme ?

395   Expliquez-moi cela, Madame,

Les enfers chez moi ?

TISIPHONE.

Oui, chez toi,

Tu vas revoir ton autre femme,

Encore plus diablesse que moi.

Elle rentre.

Thésée suit Mercure.

SCÈNE X.
Phèdre, Oenone.

Le théâtre représente le palais de Thésée ; on voit la mer dans l'enfoncement.

PHÈDRE.

AIR. À sa voisine.

400   Galante mère des amours,

En moi ton feu pétille,

Combien as-tu joué de tours

À ma tendre famille ?

Chez nous ton goût passe toujours

405   De mère en fille.

AIR. Ah ! mon mal ne vient que d'aimer.

Fais qu'Hipolyte m'aime bien,

Et je ne te blâme de rien.

C'est toi qui formas mon lien,

Dans le fond j'en ai honte :

410   Mais hélas ! Mon crime est le tien,

Je mets tout sur ton compte.

SCÈNE XI.
Hipolyte, Phèdre, OEnone.

OENONE, à Phèdre.

AIR. Le tout par nature.

Je vois venir votre amant.

HIPOLYTE.

Madame, quel accident !

Mon père n'est plus vivant.

415   Je viens en diligence

Vous faire mon compliment

De condoléance.

AIR. Ma manon ne pleurez pas.

On dit qu'il est aux Enfers.

PHÈDRE.

Oui, ce n'est plus un mystère.

HIPOLYTE.

420   C'est un bon papa que je perds,

Sa mort aussi vous désespère !

PHÈDRE.

La bonhomme avait fait son temps.

Ne parlons plus que des vivants.

Bis.

AIR. De l'amour tout subit les lois. Du ballet des Sens.

C'est trop feindre,

425   Connais mon sort ;

Qu'ai-je à craindre ?

Ton père est mort.

Il n'est guère

De belle-mères,

430   Dont les beaux-fils

Ne soient haïs ;

Mais je donne

Dans l'autre excès ;

Je suis bonne,

435   Et tu me plais :

Ma couronne,

Et ma personne,

Tout est à toi,

Mon Roi.

HIPOLYTE.

AIR. Si le Roi m'avait donné Paris.

440   Croyez-vous que de ces biens,

Moi, je me soucie ?

Je suis content si j'obtiens

Ma chère Aricie :

Je l'aime avec loyauté :

445   Gardez votre royauté.

Laissez-moi ma Mie,

Ô gué,

Laissez-moi ma Mie.

PHÈDRE.

AIR. Menuet du couillon couleur de rose. Non je ne veux pas badiner.

Aucun espoir ne m'est permis,

450   On me préfère ma rivale.

HIPOLYTE.

Votre rivale ! Je frémis.

PHÈDRE.

Pour toi ma flamme est sans égale,

Mon cher enfant, sois de moitié.

HIPOLYTE.

Vous allez causer du scandale.

PHÈDRE.

455   Tu ne sens que de la pitié.

PHÈDRE.

AIR. Je vois venir ma mère, arrêtez-vous donc.

Il me raille encore en face !

Rends-toi, mon petit mignon.

HIPOLYTE.

Songez-vous qu'en cette place

Quelqu'un peut vous voir ?

PHÈDRE.

Bon, bon,

460   Je n'entends point du tout raison.

HIPOLYTE.

AIR. Eh ! Fi donc, Madame, on va vous surprendre.

Arrêtez vous donc.

PHÈDRE.

AIR. Monsieur le Prévôt des marchands.

Puisque tu ne peux me souffrir,

Barbare, fais-moi donc mourir ?

Rends-toi digne fils de ton père.

465   Des monstres il fut la terreur

Un seul échappe à sa colère.

Frappe, ce monstre est dans mon coeur.

AIR. tourne, tourne, tourne, c'est son paiement.

Tu me hais autant que je t'aime.

Tire sur moi ton coutelas.

470   Cruel, si tu ne l'oses pas,

J'en prendrai la peine moi-même.

Tire, tire, ou bien mon bras plus subtil...

Elle lui arrache son épée.

HIPOLYTE, la reprenant.

Arrêtez donc, il a le fil.

SCÈNE XII.
Thésée, Phèdre, Hipolyte, Oenone.

THÉSÉE.

AIR. Ah ! J'ai tout vu.

Ah ! J'ai tout vu,

475   J'en suis bien convaincu.

Qu'il l'eut dit ? Qu'il l'eut cru ?

M'y serais-je attendu ?

OENONE.

Dieux ! C'est le Roi !

PHÈDRE.

C'est mon époux !

HYPOLITE.

Mon père !

PHÈDRE, bas à OEnonne.

Que faire ?

480   Ma chère,

Hélas ! Tout est perdu.

OENONE.

Ô retour imprévu !

THÉSÉE.

Quel désarroi !

À Phèdre.

Madame, expliquez-moi

485   Le tracas que je vois.

PHÈDRE, à Thésée.

N'approchez point, l'amour est outragé,

Que l'amour soit vengé.

De vous je prends congé.

Elle rentre.

THÉSÉE, à Hipolyte.

Toi, mon fils,

490   Approche et m'éclaircis.

HYPOLITE.

Ah ! Seigneur... Justes Dieux...

THÉSÉE.

Il ne répond pas mieux.

HYPOLITE.

Je vous fais aussi mes adieux.

Il rentre.

SCÈNE XIII.
Thésée, Oenone.

THÉSÉE.

Suite de l'Air.

Phèdre m'a fuit,

495   Hipolyte la fuit.

Ma voilà bien instruit.

Vous,

Dites-nous,

Qui mérite mes coups ?

500   Je prétends tout savoir.

OENONE.

Jusqu'au revoir,

Bonsoir.

Oenone, veut rentrer, Thésée l'arrête.

THÉSÉE.

AIR. Seuls les garçons du port en bled.

Restez, restez, par la sangoi,

Se raille-t-on ici de moi ?

505   Je veux savoir toute l'histoire.

OENONE, à part.

De la Reine sauvons le gloire.

AIR, la Roi dit à la Reine.

Votre fils et la Reine

La Reine et votre fils...

THÉSÉE.

Dieux ! Je suis à la gêne,

510   Ah ! Par pitié finis.

OENONE.

AIR. L'occasion fait le larron.

La Reine enfin... ce fer armé contre elle...

THÉSÉE.

Que veux-tu dire avec ton fer armé ?

Quel accident a brouillé leur cervelle ?

Ne puis-je mieux être informé ?

OENONE.

AIR. Tu tueras ton père et ta mère.

515   Sachez donc qu'un amour funeste...

THÉSÉE.

Ah ! J'entends, épargne le reste.

OEnone rentre.

SCÈNE XIV.

THÉSÉE.

AIR. Suite de L'air.

Qu'ai-je appris ! J'ai le coeur navré,

Je cède à toute ma colère :

Méchant enfant dénaturé,

520   Vous voulez honnir votre père.

AIR. Je suis gaillard.

Hélas ! Le Diable me l'avait bien dit !

Grand Dieu des mers, sers mon dépit,

Contre un enfant maudit.

Tu dois, étant son grand-père,

525   Corriger ce téméraire,

Montre lui sont tort.

Tout d'abord,

Fais lui subir la mort,

Sans forme de procès,

530   Pour prix de ses forfaits ;

Et nous nous instruirons après

Tout à loisir des faits.

Ritournelle pour le frémissement des flots.

AIR. Les trembleurs.

De courroux l'onde s'agit,

Tu vas périr Hipolyte !

535   N'ai-je pas été trop vite ?

Je suis un nigaud trois fois.

Mais ma sottise dernière,

L'emporte sur la première,

Et Neptune, à ma prière,

540   En un jour en a fait trois.

SCÈNE XV.
Thésée, Matelots, Matelottes.

THÉSÉE.

AIR. Allons donc, jouez violons.

D'où naît cet autre tintamarre ?

Des matelots, sans dire gare,

Viennent exercer leurs jarrets.

Allez danser sur le rivage.

UNE MATELOTTE.

545   Non, Sire, il y fait trop d'orage.

THÉSÉE.

Ils sont faits comme des barbets,  [ 1 Barbet : Chien à long poil et frisé. [L]]

Ils vont crotter tout mon Palais.

On prend bien son temps pour les danses ;

Supprimez ces extravagances.

UNE MATELOTTE.

550   Ah ! Sire, faite grâce aux airs,

Retranchez plutôt tous les vers.

AIR. Catherinette assise sur le bord de la mer.

On vient ici se rendre,

Pour vous complimenter :

Daignez du moins entendre

555   Vos matelots chanter :

La, la , mi, fa, fa ,fa, fa, [ré], la, mi, fa, la sol, fa, mi, ré, ut

THÉSÉE.

AIR. Non, non, je ne veux pas rire.

Morbleu, faquins, vous tairez vous ?

Tous mes sujets sont-ils donc fous ?

Allons, qu'on se retire.

Non, non, je ne veux pas rire,

560   Non, non, je ne veux pas rire, moi,

Non, non, je ne veux pas rire.

Il rentrent tous.

SCÈNE XVI.

Le théâtre représente une forêt.

HIPOLYTE, seul.

AIR. De l'Opéra.

Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?

AIR. Le fameux Diogène.

Mon père, avec menace,

De ses états me chasse

565   Assez mal-à-propos :

Moi, si plein d'innocence,

Je n'ai, pour ma défense,

Osé dire deux mots.

Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?

AIR. Chanson des rues.

570   Je ne regrette point la ville,

Ni les bourgeois qui sont dedans,

La lirette,

Ni les bourgeois qui sont dedans,

AIR, même air.

Je ne regrette qu'une fille,

575   Qui m'aurait fait passer le temps,

La lirette,

Qui m'aurait fait passer le temps.

Ah ! Faut-il en un jour perdre tout ce que j'aime ?

AIR, Qu'importe, qu'importe ?

C'est elle-même que je vois ;

580   Seule elle me cherche en ce bois :

La bienséance y perd ses droits,

Qu'importe ?

Qu'importe ?

L'Opéra traita mille fois

585   La vertu de la sorte.

SCÈNE XVII.
Hipolyte, Aricie.

ARICIE.

AIR. le bonheur de ma vie n'a duré qu'un moment.

Tu quittes donc ces lieux ?

HIPOLYTE.

C'est contre mon envie.

ARICIE.

Sans faire tes adieux

À la tendre Aricie !

HIPOLYTE.

590   Souvent l'honneur s'oublie,

Je crains...

ARICIE.

Que craignais-tu ?

HIPOLYTE.

Vous êtes trop jolie,

Je crains pour ma vertu.

AIR. J'ai un coquin de frère.

Il faut que je te quitte.

ARICIE.

595   Mais, pourquoi donc cela ?

[ENSEMBLE]

A... A...dieu donc, Hipolyte.

HIPOLYTE.

A... A...dieu donc, ma petite.

ARICIE.

Ah ! Ah ! Ah ! Quel galant j'ai là !

AIR. Marguerite, ma Mie, olire, olire.

Quoi ! Partir comme un sot ?

Bis.

600   Sans faire à ta maîtresse

Politesse

Sans dire à ta maîtresse un petit mot.

HIPOLYTE.

AIR. On y va deux, on revient trois.

Hé bien ! Faisons une chose,

Suivez moi.

ARICIE.

605   Que dis-tu là ?

HIPOLYTE.

L'hymen recouvrira cela.

ARICIE.

Tenez... je n'ose.

Je le voudrais bien, mais oui-dà,

Le monde glose !

HIPOLYTE.

AIR. Allons donc, Mademoiselle.

610   Allons donc, Mademoiselle,

Vous n'avez point de raison.

Quand l'occasion est belle,

Vous feignez hors de saison.

Allons donc, Mademoiselle,

615   Vous n'avez point de raison.

AIR. Comme deux seaux dans un puits.

Reçois ma foi.

ARICIE.

Reçois aussi la mienne.

ENSEMBLE.

Je suis à toi,

Quel heureux jour pour moi !

HIPOLYTE.

620   Nous n'avons pas langui longtemps.

Tout d'une coup nous voilà contents,

Pourvu que cela tienne !

Dans mes amour,

Je vais droit à la fin.

ARICIE.

625   Pour moi je fais toujours

La moitié du chemin.

HIPOLYTE.

AIR. Partez pour le Potosi.

Mais ! J'entends donner du cor !

ARICIE.

Bon, c'est quelque fête encor

Restons.

HIPOLYTE.

Pourquoi s'amuser ?

630   Du temps on peut mieux user.

ARICIE.

Non, j'aime à voir ces ballets,

Où l'on ne s'entend jamais.

SCÈNE XVIII.
Hipolyte, Aricie, Chasseur.

DIVERTISSEMENT.

AIR.

XXXX Erreur dans l'interprétation du texte (ligne 679, programme : edition.php)

À la chasse, à la chasse, à la chasse,

Jeunes beautés, armez-vous d'audace.

635   Si vous craignez d'amoureux tourments,

Chassez,

Relancez

Les amants ;

Mais songez moins à prendre

640   Qu'à vous défendre :

À la chasse d'amour,

On est pris à son tour.

Autre AIR.

Diane avec les armes,

A manqué cent fois

645   Les plus beaux exploits :

L'amour, avec ses charmes,

Est un adroit chasseur

Qui tire droit au coeur ;

Il aime à causer des alarmes,

650   Il se tient aux aguets,

Dans nos forêts

Il tend ses rets,

Jamais

On n'évite ses traits.

655   Diane, etc.

Ainsi qu'un cerf aux abois,

En vain en verse des larmes,

On succombe, on perd la voix.

Diane, etc.

Après la danse on entend un bruit de tempête.

ARICIE.

AIR. Aperlua bona.

660   Oh ! Oh ! Oh !

HIPOLYTE.

Ah ! Ah ! Ah !

CHOEUR.

D'où vient ce fracas ?

Quels affreux éclats !

Par un cas nouveau,

665   Le feu sort de l'eau ;

Un monstre vient à nous ;

Sauvons, sauvons-nous tous.

Bis.

HIPOLYTE.

AIR. Les filles de Montpellier.

Comment ! Tous ces gens ont peur,

Malgré leur vaillance audace !

670   Moi seul j'en aurai l'horreur ;

Tirons nous couteau de chasse.

Aye, aye, aye.

AIR. Refrain.

Quand on en a, s'en faut servir,

Dérouillons, dérouillons, notre lame...

Il va combattre le monstre. Un nuage couvre Hipolyte.

ARICIE.

AIR. Ô pierre, ô pierre !

675   Je suis toute interdite.

Où cours-tu donc ? Reviens.

Quel feu couvre Hipolyte ?

Mais je ne vois plus rien.

La bête maudite

680   M'a ravi tout mon bien.

SCÈNE XIX.

ARICIE.

Que je regrette mon amant :

Quel affreux revers pour ma flamme !

Hélas ! Dans un petit moment

J'eusse été tout à fait sa femme ;

685   D'un fort heureux j'allais jouir,

C'est assez pour pour m'évanouir.

AIR. Il vous faudrait un biscuit.

Tirant son flacon.

Respirons cette ligueur,

Pour me, pour me, pour me remettre...

Apercevant Hipolyte.

Mais, que vois-je ? Quel bonheur !

690   Ce n'est qu'une fausse peur.

SCÈNE XX.
Hipolyte, Aricie.

DUO.

AIR. Ah ! Barnaba.

HIPOLYTE.

Ah ! Me voilà,

ARICIE.

Ah ! Te voilà,

En dépit de la bête.

HIPOLYTE.

Ah ! Me voilà,

ARICIE.

695   Ah ! Te voilà,

Je ne sais comment cela.

Que l'on apprête

Pour nous une autre fête

Qui soit sans tempère,

700   Et restons en la.

Et restons-en la.

Ah ! etc.

ARICIE.

AIR. Ah ! Que le Faubourg Saint-Jacques.

Ah ! Mon ami, je te jure,

Que je te croyais croqué ;

705   Hélas ! Par quelle aventure

Le monstre t'a-t-il manqué.

HIPOLYTE.

Tu n'en peux bien être instruite ;

À cela les Dieux ont part ?

Moi, j'ai toujours pris la fuite

710   À la faveur d'un brouillard.

SCÈNE XXI ET DERNIÈRE.
Diane, Hipolyte, Aricie.

ARICIE.

AIR. Aimez, belle Pastorelle.

Ô chose surnaturelle,

La lune tombe des Cieux !

HIPOLYTE.

À l'aide d'une ficelle,

Elle descend en ces lieux.

ARICIE.

715   Pourquoi donc ici la lune ?

HIPOLYTE.

C'est la voiture commune

De Diane à l'Opéra.

ARICIE.

Comment peut-on sans désastre,

Ainsi déplacer un astre ?

720   Quelle sottise est-ce là ?

DIANE.

AIR. L'occasion fait le larron.

Je vais aider à votre mariage.

ARICIE.

Auriez-vous dû prendre cet emploi-là ?

DIANE.

Comme croissant, je préside au ménage,

Et comme Lune à l'Opéra.

AIR. Si ma Philis vient en vendange.

725   D'avoir causé tant de ravages,

Phèdre et Thésée enfin sont las :

On leur a fait jouer de sis sots personnages

Qu'au dénouement ils ne s'exposent pas.

AIR. Toujours va qui danse.

À Hipolyte.

Diane a pris tes intérêts,

730   J'ai fait dédire Neptune :

Je te fais roi des forêts.

HIPOLYTE et ARICIE.

Pour nous, quelle fortune !

DIANE.

Qu'on vienne à ce nouveau Roi là

Rendre hommage en cadence.

TOUS.

735   La, la, la, la, la, la, la,

Toujours va qui danse.

DIVERTISSEMENT

VAUDEVILLE.

XXXX Erreur dans l'interprétation du texte (ligne 679, programme : edition.php)

Heureux qui flatte votre goût,

On tâche de la suivre en tout ;

Mais souvent on s'abuse :

740   Quand on ne fait pas ce qu'on veut,

Messieurs, on fait ce que l'on peut ;

C'est une excuse.

     

Comment donc ! Qu'ai-je appris ? Vraiment ;

De remplir les voeux d'un amant,

745   Ma fille, on vous accuse,

La fille répond, d'un ton doux,

Maman, je fais tout comme vous ;

C'est une excuse.

     

De chérir ces muguets coquets,

750   Qui portent de petits collets,

À tort on nous accuse :

On reçoit les gens à rebats,

Quand les guerriers sont aux combats,

C'est une excuse.

     

755   Quoique Lisette m'aime bien,

Mes rivaux ont tout et moi rien,

Voyez un peu la ruse.

Avec eux c'est pour s'amuser,

Avec moi c'est pour épouser,

760   C'est une excuse.

     

On doit toujours fuir un amant.

Il ne faut pas, me dit Maman,

Qu'à l'entendre on s'amuse :

Je fuyais Colin ; mais hélas !

765   En fuyant je fis un faux pas ;

C'est une excuse.

     

Auteurs, acteurs tympanisez,

Ne soyez pas scandalisés

Des jeux de notre muse :

770   Vous ne seriez pas critiqués,

Si vos talents n'étaient marqués ;

C'est une excuse.

     

Cette pièce a beaucoup d'endroits

Qui peuvent vous paraître froids,

775   Messieurs, on s'en accuse :

Mais nous avons bâtis cela

Sur des paroles d'opéra ;

C'est une excuse.

     

BRANLE.

[BÛCHERONS]

Tous nos tendrons sont aux abois ;

780   Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Nos bûcherons sont gens adroits ;

Quand on va seulette,

Cueillir la noisette,

Jamais l'amour ne perd ses droits.

785   Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Jamais l'amour ne perd ses droits ;

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Un jour ce petit Dieu sournois

Dormait à l'ombrage,

790   Sous un vert feuillage,

Dorine approche en tapinois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Dorine approche en tapinois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

795   Elle dérobe son carquois,

En tire une flèche,

Propre à faire une brèche,

Dont elle se blessa, je crois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

800   Dont elle se blessa, je crois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Depuis ce temps, je l'aperçois

Qui pleure, qui rêve?

Morguene, elle endève ;  [ 2 End?ver : Avoir grand d?pit de quelque chose. [L]]

805   L'imprudente s'en mord les doigts :

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Sa soeur Collette une autre fois

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Craignant qu'un loup dans ces endroits,

810   Ne vint la surprendre,

Pour mieux la défendre,

Prit pour guide un jeune grivois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Prit pour guide, etc.

815   Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Mais l'amour, sûr de ses exploits,

Est de la partie,

Sans qu'on s'en défie,

On croit être deux on est trois.

820   Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Lise craignait de faire un choix,

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

Sa vache s'égare une fois,

La pauvre fillette,

825   Suivant la clochette,

Dans un taillis trouve un matois.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

     

Dans un taillis, etc.

Vla c'que c'est que d'aller au bois.

830   Dont il lui faut subir les lois :

La jeune bergère,

Appelle sa mère,

Qui ne peut entendre sa voix.

Vla c'que c'est qu'd'aller au bois.

     

 


J'ai lu par l'ordre de Monseigneur le Chancelier, Hipolyte et Aricie, Parodie ; suite du nouveau Théâtre Italien. À Paris, ce 20 octobre 1742.

DANCHET

Notes

[1] Barbet : Chien à long poil et frisé. [L]

[2] Endêver : Avoir grand dépit de quelque chose. [L]

 Version PDF 

 Edition

 Répliques par acte

 Caractères par acte

 Présence par scène

 Caractères par acte

 Taille des scènes

 Répliques par scène

 Vers par acte

 Vers par scène

 Primo-locuteur

 

 Vocabulaire du texte

 Long. mots par acte

 Long. mots par perso.

 

 Didascalies

Licence Creative Commons