PÉTIN CONTRE BOUGNASSE

1894. Tous droits réservés.

de GEORGES COURTELINE

PARIS, ERNEST FLAMMARION, ÉDITEUR, 26, rue RACINE, près l'Odéon.

ÉMILE COLIN - Imprimerie de Lagny.


Texte établi par Paul FIÈVRE, novembre 2021

Publié par Paul FIEVRE, septembre 2022

© Théâtre classique - Version du texte du 30/09/2022 à 22:21:49.


PERSONNAGES..

LE PRÉSIDENT.

PÉTIN.

L'AVOCAT DE PÉTIN.

L'AVOCAT DE BOUGNASSE.

Extrait de COURTELINE, Georges, "Ombres parisiennes", Paris, Ernest Flammarion, 1894. pp 5-11


PETIN CONTRE BOUGNASSE

LE PRÉSIDENT, à un témoin qui achève se déposition.

Allez vous coucher...

Se reprenant.

Allez vous asseoir, je veux dire. - Pétin, vous avez un avocat ?

PÉTIN.

Oui, m'sieur. J'en ai trouvé un, pour trois francs. Je l'ai arrêté.

L'AVOCAT DE BOUGNASSE, se levant.

C'est Maître Legaffeur, Monsieur le Président ; cet ex-substitut de province qui a été révoqué au dernier changement de ministère et s'est, depuis, fait inscrire au barreau.

LE PRÉSIDENT.

Eh bien, où est-il ?... Ah ! Le voici.

À ce moment, en effet, entre Maître Legaffeur, tenant sa serviette sous son bras.

Allons, Maître Legaffeur, allons ! Le tribunal vous attend.

MAÎTRE LEGAFFEUR.

Mille pardons.

Il pose sa serviette, vient à la barre, et sans connaître le premier mot de ce qui a pu se passer avant son arrivée, il commence sa plaidoirie.

Messieurs. Si jamais prévention n'eut pas besoin d'être soutenue, c'est bien celle qui me vaut l'honneur de prendre la parole devant vous. À peine au sortir de l'enfance, l'homme que vous avez à juger, - et que vous jugerez, j'en suis sûr avec toute la sévérité que votre intégrité comporte - donna les signes les moins équivoques d'une nature réfractaire à tout bon sentiment. Il rouait de coups sa pauvre mère et lui dérobais ses économies, qu'il gaspillait ensuite en acquisitions de sucreries et de cigares de cacao : fâcheux prémices d'un avenir qui devait être plus lamentable encore... Vous d"peindrai-je, messieurs, la poignante douleur qui étreignait, à ces cruels moments, le cour de cette excellente femme ?... Non !.. La voudrai-je, que je n'y saurais parvenir, tant l'émotion me monte aux yeux en larmes tièdes et paralyse ma voix d'une indignation courroucée...

LE PRÉSIDENT, épaté.

Ah ça, vous requérez l'application de la peine !...

MAÎTRE LEGAFFEUR.

Sans doute, et dans toute sa rigueur.

LE PRÉSIDENT, qui ne comprend rien.

Mais vous êtes étonné !!!....

MAÎTRE LEGAFFEUR, sursautant.

Avec... Mille pardons, Monsieur le Président ; une simple distraction... Je me croyais encore substitut...

Changeons de ton.

Plaise au tribunal faire droit à mes conclusions, renvoyez mon client des fins de la prévention et condamner la partie civile aux dépens.

Il plaide.

Messieurs. Si jamais le bon droit d'un homme faussement accusé creva les yeux aux gens de bonne foi, c'est bien - j'ose le proclamer, - dans l'affaire qui nous intéresse. Petit-fils d'un colonel de l'Empire qui laissa ses os à Iéna pour le gloire de la mère-patrie et le triomphe de la mère-patrie et le triomphe de nos libertés ; fils d'un grenadier de la garde qui, sous les murs de Sébastopol, conquis l'étoile de l'honneur à la pointe de sa baïonnette ; - que dis-je, fils d'un grenadier ?... Fils de ses oeuvres, plutôt !... Ayant combattu en 1870 au premier rang de cette vaillante armée de la Loire dont le souvenir restera impérissable en tous les coeurs vraiment français- Bougnasse, Messieurs, tes l'Honnête Homme, dans l'acception la plus large et la plus majestueuse du mot !... Dès l'âge le plus tendre il montra un penchant irrésistible pour la vertu, et, par son application, son amour du travail, son hautain mépris des futilités de la vie, il sur conquérir l'estime de ses professeurs et la tendresse de ses parents. L'heureuse famille, Messieurs !... Qu'il me soit permis d'attarder un instant mes yeux sur le riant tableau que leur offrent monsieur et Madame Bougnasse père et mère, étreignant de leurs bras attendris, et les yeux baignés de douces larmes, le fils (honneur de leur vieillesse) dont...

LE PRÉSIDENT, ahuri.

Ah ça, Maître Legaffeur, vous requérez l'acquittement de Bougnasse ?

MAÎTRE LEGAFFEUR.

Sans doute.

LE PRÉSIDENT.

Mais vous êtes l'avocat de Pétin !...

MAÎTRE LEGAFFEUR.

.... de Pétin ?... Mille pardons, Monsieur le Président !... Une simple erreur. Je m'était trompé de client.

Changeant de ton.

Plaise au tribunal agréer mes conclusions, déclarer Pétin recevable en sa plainte, et condamner Bougnasse à un an de prison et trois mille francs d'amende, par application de l'article 373 du Code Pénal.

Il plaide.

Messieurs. Un hasard (dont votre équité a déjà fait justice) me faisait dire tout à l heure de Bougnasse ce que la plus stricte bonne foi me fait dire actuellement de Pétin. Si jamais le bien fondé d'une cause a ébloui les yeux de magistrats éclairés, c'est bien cela qui...

 



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