QUI FEMME A GUERRE A

COMÉDIE.

1888.

À Paris, chez Sébastien JORRY, vis à vis le Comédie Française, chez Le JAY, rue Saint Jacques, près celle des Mathurins.


Texte établi par par Paul FIEVRE avril 2020

Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 28/05/2020 à 12:03:43.


PERSONNAGES

LE COMTE M. BRESSANT.

LA COMTESSE, MELLE FIX.

UN DOMESTIQUE, M. MASQUILIER.

Texte extrait de "Piécettes" par Augustine Brohan, Paris, impr. de Cerf et fils (Versailles), 1888.


QUI FEMME A, GUERRE A

SCÈNE PREMIÈRE.
Le Comte, La Comtesse.

Au lever du rideau, le Comte et la Comtesse sont, chacun dans un fauteuil au coin de la cheminée.

LE COMTE, après un silence.

Vous vous ennuyez, comtesse ?

LA COMTESSE.

Mortellement.

LE COMTE.

Ah ! Je ne vous suffis plus.

LA COMTESSE.

Au contraire !

LE COMTE.

Merci ! Voulez-vous sortir ?

LA COMTESSE.

Cela m'est égal.

LE COMTE.

Où irions-nous ?

LA COMTESSE.

Où vous voudrez.

LE COMTE.

Cela vous distrairait-il ?

LA COMTESSE.

Je ne crois pas.

LE COMTE, se remuant sur son fauteuil.

Vos sièges sont détestables, Comtesse.

LA COMTESSE.

Abominables, cela est vrai.

Elle feint de s'endormir. - Silence.

LE COMTE.

Puis-je allumer un cigare ?

LA COMTESSE, sans rouvrir les yeux.

Non.

LE COMTE.

Vous êtes, ma chère, un vrai tyran ; on fume partout à cette heure, et je suis peut-être le seul homme qui ne l'ose pas chez...

LA COMTESSE, se redressant vivement.

Chez qui ?

LE COMTE.

Chez sa femme.

LA COMTESSE.

Pourquoi vous gênez-vous ? Vous alliez dire : « Chez moi. »

LE COMTE.

Non. En vérité.

LA COMTESSE.

Ne le sais-je pas bien, que vous êtes ici le maître, que je suis devenue votre humble épouse, et par conséquent votre obéissante servante ?

LE COMTE, riant.

Réellement, êtes-vous si obéissante et si humble ? Que ne l'aviez-vous dit ? Je ne m'en étais guère aperçu.

LA COMTESSE.

Riez tant qu'il vous plaira, il n'en est pas moins vrai que je dois subir vos caprices, que je ne m'appartiens plus, que je dois me courber devant votre censure, votre contrôle, votre jalousie...

LE COMTE.

Là, là... Vous devenez injuste, Comtesse, je ne suis pas jaloux, vous le savez bien.

LA COMTESSE, amèrement.

Ah ! Cela est vrai, vous êtes plein de confiance en moi.

LE COMTE.

Vous en offensez-vous ?

LA COMTESSE.

Ma foi, oui ! Soyez sûr de moi, soit ; mais soyez assez modeste pour supposer un tout petit moment que votre mérite pourrait bien quelque jour diminuer à mes yeux.

LE COMTE.

C'est donc que vos yeux changeraient, Comtesse, car c'est vous qui m'avez choisi, souvenez vous-en.

LA COMTESSE.

Si mes yeux changent, Comte, c'est en tout cas maintenant qu'ils sont bons. Si je vous ai choisi, j'ai fait une grande sottise.

LE COMTE.

Vous me ménagez trop, en vérité ! Mais enfin, voyons, qu'avez-vous pour me maltraiter ainsi ?

LA COMTESSE.

Moi ? Je m'ennuie... vous l'avez dit.

LE COMTE.

Faisons quelque chose pour vous désennuyer.

LA COMTESSE.

Que voulez-vous que je fasse ?

LE COMTE.

Je ne sais ; cherchons ensemble. Je suis votre meilleur ami, et j'ai vraiment pitié de vous voir ainsi. Savez-vous que c'est presque une maladie ?

LA COMTESSE.

Je le sais ; mais, en vous remerciant de votre intérêt, je dois vous avouer que ce n'est pas son mari qu'une femme prend pour médecin dans ces cas-là.

LE COMTE.

Expliquez-vous, Comtesse ?...

LA COMTESSE.

Que vous importe ? Vous n'êtes pas jaloux.

LE COMTE.

Je suis rassuré, mais non pas tranquille ; il ne me suffit pas de savoir que vous ne ferez rien de blâmable, l'idée que cette vertu vous serait un sacrifice est douloureuse, et j'aurais peine à m'y faire.

LA COMTESSE.

Ah ! Ces délicatesses-là troublent bien rarement la tête d'un homme qui a son contrat de mariage en poche.

LE COMTE.

Décidément, Madame, vous avez de moi une très bonne opinion.

LA COMTESSE.

Que faites-vous pour me la donner meilleure ? Où sont les preuves de dévouement et d'amour que vous me donnez ?

LE COMTE.

Mais vous m'étonnez au-delà de ce que je puis dire ; je vous aime très tendrement ; mon dévouement n'a pas, il est vrai, l'occasion de se montrer, pourtant le nier serait une injustice.

LA COMTESSE.

Vous souciez-vous seulement de savoir ce qui se passe en moi, si je suis heureuse ? Vous me voyez calme et cela vous suffit. Mais ces promesses que m'apportaient vos protestations, ces joies de la vie à deux, où sont-elles ?

LE COMTE.

Où sont-elles ?... Mais ici, entre nous, - chez nous. Quels malheurs, quels ennuis vous y ont atteinte, quel sujet de trouble vous ai-je apporté ? Ma pensée est pour vous du moment où je m'éveille. S'il est quelque chose qui vous puisse plaire, un plaisir, une promenade, je vous l'offre...

LA COMTESSE, amèrement.

Vous avez raison ; hier encore vous m'avez apporté ce bracelet, je dois être bien heureuse, et je le suis.

LE COMTE.

Comtesse, vous m'affligez ; ne restez pas ainsi chez vous. Depuis quelque temps, vous devenez trop casanière ; voyons, secouez ce spleen ; avec de la volonté, il passera. Toutes les personnes intelligentes ont de ces moments de misanthropie ; un peu de volonté et de raison suffisent à en triompher. Habillez-vous, nous allons sortir et essayer...

LA COMTESSE.

Ah ! Ne me parlez pas, mon cher Comte, de ce que vous pourriez m'offrir comme distraction. Je sais par coeur à l'avance votre programme ; il ne me tente pas.

LE COMTE.

Mais c'est plus que de l'ennui ; cela indiquerait presque un chagrin.

LA COMTESSE.

Peut-être bien.

LE COMTE.

Qui peut le causer ?

LA COMTESSE.

Les choses de la vie, les promesses mensongères de l'espérance, la perte des illusions.

LE COMTE.

Qu'espériez-vous donc, que souhaitiez-vous, qu'avez-vous perdu ?

LA COMTESSE.

Je souhaitais être votre femme, alors que j'espérais vous trouver tel que je vous croyais, et c'est vous que j'ai perdu, Comte, dès que je vous eus pris ! Oseriez-vous soutenir que vous êtes aujourd'hui ce que vous étiez avant notre mariage ?

LE COMTE.

Vous êtes charmante dans votre colère, et pour bien des choses je n'aurais pas voulu manquer la délicieuse soirée que vous me faites passer !

LA COMTESSE.

Vous plaisantez... À votre aise.

LE COMTE.

Mais je ne plaisante pas, Comtesse ; je vous assure que je vous adore ainsi, et laissez-moi vous dire que si j'ai changé, il n'en est pas ainsi de vous. C'est toujours la même beauté, le même esprit, et jusqu'à cette petite pointe de despotisme qui accompagnait déjà vos premiers pas dans le monde.

LA COMTESSE.

Que voulez-vous dire avec cette petite pointe ? Parlez clairement.

LE COMTE.

Vous rappelez-vous la façon dont je m'y suis pris pour vous faire la cour ?

LA COMTESSE.

Du tout.

LE COMTE.

Je vais vous la remettre en mémoire. Quand vous arriviez dans un salon, je passais dans un autre ; quand vous valsiez, je polkais ; quand vous aviez votre loge à l'Opéra, j'allais à la Comédie-Française, et quand votre mère recevait, je causais avec votre soeur. Vous ne comprenez pas ? Votre caractère charmant, mais impérieux, s'est offensé de l'indifférence que j'affectais à votre endroit, et vous avez daigné vous occuper de moi...

LA COMTESSE.

Vous concluez ?

LE COMTE.

Que déjà vous étiez un peu despote, voilà tout.

LA COMTESSE.

Eh bien, mon cher Comte, ne vous en déplaise, je suis fâchée d'avoir à vous faire rayer de la liste de vos petits triomphes tout ce que vous avez mis sur mon compte. Quand vous polkiez, je ne le savais pas, et je valsais bien consciencieusement de mon côté, je vous assure. Quand vous étiez ailleurs, je ne m'en occupais guère, car, généralement, je ne pensais à vous qu'en vous voyant arriver, et quand vous causiez avec ma soeur, j'étais bien tranquille, sachant à merveille que vous ne parliez que de moi.

LE COMTE.

Eh bien ! Cela prouve une fois de plus que les petites filles en savent plus long que leur curé; mais alors, voyons, dites-moi, puisque c'est vous, - je le répète - vous qui m'avez bien certainement choisi, pourquoi être ainsi devenue froide, blasée, hautaine ?

LA COMTESSE.

Sérieusement, faut-il vous le dire ?

LE COMTE.

Je vous en supplie.

LA COMTESSE, avec véhémence.

Eh bien ! Parce que je méprise votre sexe, - parce que je rougis de m'être laissée prendre à un piège grossier, parce que je hais le mariage. - Faites-moi le plaisir de me dire s'il n'y a pas deux hommes bien distincts dans l'amant qui devient mari. - Autrefois, il y a donc cinq ans de cela, auprès de moi vous étiez ému ; maintenant vous êtes poli. - Quand on prononçait mon nom devant vous, vous étiez embarrassé de la bouffée d'orgueil qui vous montait au visage ; maintenant vous arrivez avec aplomb, interrogeant du regard et de la voix. - Autrefois votre bras tremblait quand le mien s'y appuyait ; maintenant, vous marchez droit et ferme, vous souciant peu si mon pas peut suivre le vôtre ! - Ce sont des nuances qu'une femme sait observer. - Autrefois encore, votre place favorite était sur le coussin que vous mettiez devant mes genoux. - Voyez, le coussin est bien encore là, mais tristement relégué dans le coin, tandis que vous envahissez un fauteuil encore trop étroit à votre gré. - Enfin, mon cher Comte, autrefois...

LE COMTE.

Autrefois ?

LA COMTESSE.

Autrefois vous étiez mince et maintenant vous engraissez !

LE COMTE.

Horreur! Je vous comprends, Madame, je n'ai plus qu'à me pendre !

LA COMTESSE.

Moquez-vous bien. Ce n'est pas parce que vous perdez de votre élégance, de votre tournure, que je me plains, mais c'est pour ce qu'il y a d'insolent dans votre transformation. Que c'est bien là l'homme marié, qui sait, à n'en pouvoir douter, qu'une pauvre femme, la sienne, est attachée dans sa maison, que rien ne pourra la délier, qu'il faudra qu'elle meure pour se reconquérir ! Oui, je le répète, il y a un véritable abus de la force, de l'absolutisme, dans ce tyran, tellement assuré, tellement possesseur de sa position inattaquable, qu'il s'étale, se gonfle, grossit, se met à l'aise dans ses habits comme dans son intérieur. Fi ! Fi ! C'est un spectacle odieux !

LE COMTE, abasourdi.

Et moi qui ne me doutais de rien, qui vivais tranquillement sans savoir... Mais, dites-moi, pendant que vous êtes en veine de franchise, y a-t-il en moi autre chose qui vous choque ? Dites tout, je vous en supplie...

LA COMTESSE.

Eh bien ! Je vous en veux encore de ce que, les jours où nous allons dans le monde, vous m'y laissez seule dès qu'arrivés...

LE COMTE.

C'est d'assez bon goût ; il me semble que nous n'allons pas chez les gens pour être en tête-à-tête ; je vous laisse à vos amis.

LA COMTESSE.

Si vous saviez quel tort vous fait votre absence ! Et quelle colère sourde j'en ai contre vous ! À quoi me sert-il d'être belle, vous parti ? Que me font les compliments, les hommages que je reçois, si je ne vois pas sur votre visage un peu de jalousie ? Vous fuyez devant cette petite souffrance dont mon orgueil se réjouirait, vous attendez tranquillement que je revienne vers vous, le coeur plein d'une vanité qui ne trouve pas à s'épancher, car je ne puis réellement pas vous compter mes succès comme une provinciale ou une pensionnaire ; - non, il faut garder tout cela pour soi ! Séparée du monde, une fois rentrée, tout est dit ; il faut se résoudre à se murmurer à soi-même les doux refrains qu'on a entendus chanter à son oreille, jusqu'à ce que le souvenir de la dernière fête soit éteint ! Puis, un beau jour, on ne sait pourquoi, à propos de rien, on est tout étonnée de retrouver, dans un coin de sa tête ou de son coeur, quelque douce figure qui vous suit encore d'un regard enthousiaste, un son de voix, un silence, une admiration muette qui vous trouble et vous fait regretter d'abord, puis rêver !

LE COMTE s'essuyant le front.

C'est charmant, cette petite perspective que vous m'ouvrez là, savez-vous. Heureux maris !

LA COMTESSE.

Pauvres femmes ! Voyons, Comte, soyez juste, quel cas faites-vous de nous ? Ne sommes-nous pas pour vous des jouets, des poupées ? N'est-ce pas la plus jolie, la mieux pomponnée d'entre nous que vous préférez, et quand enfin vous avez bien voulu conclure par devant notaire le marché qui vous la livre, que devenez-vous, sinon, des propriétaires avares qui mettent sous clef leur.acquisition, ou des indifférents coupables qui l'abandonnent au milieu de toutes les libertés ? - Croyez-moi, les femmes sont ce qu'on les fait, et quand vous nous mettez en dehors de tout ; que vous nous rejetez impitoyablement dans les chiffons et les modes, ne venez pas, après, vous étonner de ce que nous ne nous parons pas exclusivement pour, nos gens de service ; ne soyez pas surpris que nous cherchions d'autres éloges que ceux de nos miroirs, et s'il vous convient de ne pas nous regarder, parce que nous sommes vos femmes, supportez patiemment que nous allions quêter ailleurs des admirations, que nos efforts pour plaire méritent bien, je vous assure !... Dame, tant pis pour vous, si nous nous en montrons trop reconnaissantes ! c'est un remède... Il y a des coeurs que l'affection attire comme l'abîme.

LE COMTE.

Fort bien ; ah ! Je le vois, je suis un grand coupable.

La comtesse se lève et va pour rentrer chez elle, le Comte l'arrête.

Mais est-ce bien tout, Comtesse, de bonne foi, n'avez-vous plus rien sur le coeur ?

LA COMTESSE, regardant à sa montre.

Oh, si fait ! Mais il est tard ; si nous nous mettons ainsi à passer en revue tous vos défauts...

LE COMTE.

Bah, n'importe, buvons le calice jusqu'à la lie.

LA COMTESSE.

Vous le voulez absolument.

LE COMTE.

J'y tiens beaucoup. Voyons quelles maladresses, quelles erreurs, quels crimes est-ce que je commets encore ?

LA COMTESSE.

Vous avez encore le simple tort, mon cher Comte, de rester souvent seul avec moi le soir.

LE COMTE.

Hum ! Seul avec vous, - et puis seul sans vous dans le monde, - Êtes-vous bien sûre de vos griefs ? Ils se contredisent, ce me semble.

LA COMTESSE.

Pas du tout, c'est toujours en principe la même faute. Seule avec vous, quel mérite, quel charme pouvez-vous trouver chez moi excepté celui de n'être pas mouillé dehors, d'avoir un bon feu et une tasse de thé ; mais de moi, rien ? Voyez-vous seulement, enfoncé dans, la lecture-de votre journal, si mes doigts sont fins et déliés, si j'ai des ongles roses ? « Vous causerez », me direz-vous, mais si je cause pour être de votre avis, c'est vous que vous applaudirez, et si je discute, vous me trouverez insupportable. Tandis qu'au milieu du monde, vous regarderez de mon côté où regarderont d'autres ; vous prendrez parti pour moi ; si, discutant, je dis votre pensée, vous serez fier de moi qui saurais vous traduire... Si je hasarde quelque chose qui ne soit pas de votre avis, vous tremblerez pour moi, car moi alors c'est nous ! C'est votre nom, c'est votre considération, c'est la raison sociale qui s'expose... Ici, seule, je ne suis plus qu'un des meubles dont vous avez l'habitude, et c'est très juste, très naturel. Moi-même, je sais fort bien que je ne tiendrais pas du tout à posséder tous les trésors, tous les diamants de la couronne, dans une île déserte, car, comme disait ma grand'mère : « Il n'y a royne sans sa voisine. »

LE COMTE.

Que voilà bien les femmes ! Tout pour la vanité !

LA COMTESSE.

Que voilà bien les hommes ! Tout pour l'égoïsme !

LE COMTE.

Vous appelez égoïsme s'accommoder de ce qu'on a, ne rien désirer de ce qu'ont les autres, et vivre heureux auprès de la femme qu'on aime !

LA COMTESSE.

Arrangez cela ainsi si vous voulez, c'est une définition qui ne modifie en rien l'idée que je me suis faite.

LE COMTE.

Mais enfin expliquez-vous. Qu'est-ce que c'est au juste qu'un égoïste ?

LA COMTESSE, le regardant en face.

Un égoïste, c'est un monsieur qui a été militaire, qui a été amoureux, qui a été mince, et qui est décoré de la Légion d'honneur. Maintenant que je vous l'ai présenté, je vous laisse avec lui et je vais vite m'habiller pour aller chez Madame de Courmont.

LE COMTE.

Chez Madame de Courmont ?

LA COMTESSE.

Oui, je viens de me souvenir que c'est son jour, et j'ai promis une valse au Baron Garvagh, qui me fait la cour comme vous savez, et qui mourrait de chagrin si je lui manquais de parole.

LE COMTE.

Sérieusement, vous voulez sortir ?

LA COMTESSE.

Franchement notre conversation n'a pas du tout dissipé mon ennui, au contraire ! Et je ne suis pas fâchée d'aller un peu oublier tout ce que nous avons dit. Ce n'était pas déjà si gai !

LE COMTE, tendrement, prenant sa femme par la taille.

Restons, ma chère, je vous en prie, cette conversation n'aura pas été inutile, je vous jure, et...

LA COMTESSE, se dégageant.

Du tout, du tout ! Le Baron Garvagh me trotte par la tête.

LE COMTE.

Blanche, je vous en supplie...

LA COMTESSE, de sa porte.

Adieu, Comte, je vais m'habiller.

Elle rentre chez elle.

SCÈNE II.

LE COMTE, seul.

Le Baron Garvagh n'est pas dangereux, mais quelqu'autre le deviendra. Quelle chose singulière ! Blanche est certainement sage et bien née ; son esprit est même supérieur ; voilà pourtant ce qu'elle fait de notre bonheur à tous deux ! Que faut-il donc à ces frêles créatures qu'un souffle pourrait abattre, et qui trouvent pour nous torturer des forces que n'aurait pas le bourreau ? Que demandent ces imaginations malades ? Que faut-il faire ? Qu'inventer qui les nourrisse et les empêche de rêver dans le vide ? Quoi donc ! Être un brave garçon, un honnête homme, un fidèle ami, un amant même ne suffira pas. Une femme sensée pourtant, honnête, ne pouvoir comprendre qu'après la joie du désir et de la possession, s'il y a un changement, la différence est à l'avantage du mariage !... On reproche sérieusement à un mari de ne plus avoir ces craintes, ces doutes, ces émotions qui mille fois vous donnent l'envie de renoncer à une poursuite ; on lui reproche de se sentir heureux, fier, assuré, quand son bonheur vit en lui, avec lui, qu'il est là, qu'il le sent au bout de ses doigts, sur son coeur, sous son toit ! On veut qu'il ait encore des timidités quand il se voit le chef, le protecteur, le maître ! Mais pardieu, Madame, vous aussi, vous êtes changée à ce compte, vous ne rougissez plus du tout, mais du tout, quand je vous regarde, et pour bien d'autres choses encore vous n'êtes plus la même ! Oui, cela est vrai, je fuyais jadis les conversations où j'entendais son nom... C'est que je croyais en l'avenir, et qu'au milieu de tous ces gens qui la recherchaient, à qui elle appartenait aussi bien qu'à moi par l'espoir, je me trouvais trop privilégié. Je me cachais moi-même, ne pouvant cacher ce qui se passait en moi. Maintenant je veille ! Je ne puis plus être le voleur, mais je puis être le volé. Ah ! Me voilà bien franchement un mari ! Mais puis-je lui en vouloir, et quand je l'entends me dérouler ces petites théories dont elle paraît aussi fière que de ses recettes pour faire des confitures, dois-je hausser les épaules ? N'y a-t-il pas bien du vrai dans ce qu'elle dit ! Et ne pourrait-elle pas dire plus encore ? Nous vivons, nous vivons largement, copieusement, jusqu'à l'assouvissement complet, et puis, quand vient le dégoût, la fatigue, nous regardons autour de nous, nous visons une dot, une beauté, et voilà que de pauvres enfants toutes nouvelles viennent vous apporter leur fraîcheur, leurs espérances, leurs rêves de la pension ; elles ne savent rien, veulent tout apprendre ; leur coeur est tout grand ouvert ; leurs yeux étonnés regardent ; elles s'élancent au-devant de la vie tandis que nous les suivons de mauvaise grâce, nous qui sommes tous plus ou moins fourbus ! Quels compagnons de voyage ! Pauvres jeunes femmes ! Tout est là : elles vont, et nous revenons. Il ne faut pas trop les accuser. Patience ! Donnons nous-mêmes un sujet d'occupation à leur amour du nouveau, de l'inconnu ; soyons - il n'y faut pas grand effort - la douce image que Blanche retrouvera un beau jour dans un coin de son coeur... Puisque, décidément, on ne conserve rien en ce monde sans un entretien minutieux, résignons-nous, et faisons pour garder nos femmes, ce que certainement nous faisons pour les obtenir : jouons un peu la comédie ! - Ah ! Ma chère petite femme, vous êtes, dites-vous, tout ce qu'on vous fait. Eh bien ! Je vais essayer de vous faire comme il convient que vous soyez pour mon plus grand contentement et ma plus grande tranquillité !

SCÈNE III.
Le Comte, La Comtesse.

LA COMTESSE, entrant.

Me voilà prête.

LE COMTE.

Savez-vous à quoi je pensais là ?

LA COMTESSE.

Pas du tout.

LE COMTE.

Je pensais que vos fauteuils sont moins mauvais qu'ils n'en ont l'air.

LA COMTESSE.

Belle réflexion à me dire au moment où je pars ?

LE COMTE.

C'est que tout justement vous ne partez pas.

LA COMTESSE, étonnée.

Je ne pars pas !

LE COMTE.

J'ajoute que je ne veux pas que vous alliez seule chez Madame de Courmont.

LA COMTESSE.

Vous ne voulez pas !

LE COMTE.

Absolument pas.

LA COMTESSE.

Vraiment, mon cher Comte, il faut que vous ayez deviné que je n'y allais qu'à regret, et que vous veuilliez me donner l'envie irrésistible de m'y rendre.

LE COMTE.

Je n'ai pas eu cette délicate attention, je dois l'avouer, seulement il ne me convient pas que vous alliez rejoindre le Baron Garvagh, et je vous le défends.

LA COMTESSE, le regarde un peu étonnée.

- Après un moment d'hésitation, elle sonne. - Un domestique entre.

Ma voiture.

LE DOMESTIQUE.

Oui, Madame la Comtesse.

Il sort.

LE COMTE, sonnant à son tour.

- Le domestique rentre.

C'est inutile. Qu'on n'attèle pas.

LE DOMESTIQUE.

Non, Monsieur le Comte.

Il sort.

LA COMTESSE, stupéfaite.

C'est vous, c'est bien vous qui me traitez ainsi !

LE COMTE.

Votre étonnement me flatte au dernier point ; c'est le plus bel éloge de ma conduite passée.

LA COMTESSE.

Mais avez-vous bien réfléchi ?

LE COMTE.

À quoi ?

LA COMTESSE.

À ce que vous faites là.

LE COMTE.

Réfléchi, non. C'est inutile, j'ai fait mon droit. Article 213... Code civil.

LA COMTESSE.

Mais c'est une indignité, Monsieur.

LE COMTE.

Cela se fait tous les jours, Madame ; allez vous déshabiller, et revenez, je vous prie, j'ai une longue conversation à avoir avec vous.

Il allume son cigare et s'assied.

LA COMTESSE, à part.

Je ne le reconnais pas... Ce n'est pas lui... Il fume maintenant ! Que vais-je devenir ? Je ne dois pas céder. Non. Ce premier pas fait, je suis perdue.

Haut.

Vous êtes bien décidé, Monsieur, à ne pas me conduire au bal ?

LE COMTE.

Très décidé.

LA COMTESSE.

Et vous croyez avoir le droit de m'empêcher d'y aller seule ?

LE COMTE.

Je ne crois pas, j'en suis sûr.

LA COMTESSE.

Exercez donc ce droit, car, malgré votre défense, je pars.

LE COMTE.

Prenez-y garde, ma chère. Je dois vous prévenir que je vous suivrai et vous offrirai mon bras pour revenir dès que vous serez entrée.

LA COMTESSE.

Ah ! C'est affreux !

LE COMTE.

Je vous préviens encore que si je rencontre le Baron Garvagh je le soufflette.   [ 1 Souffleter : ici, donner une gifle avec son gant. CE qui est une provocation en duel.]

LA COMTESSE.

Mais vous êtes fou.

LE COMTE.

Vous m'avez exaspéré, Madame, je ne me contiens plus.

LA COMTESSE.

Eh bien, Monsieur, comme malheureusement pour moi je ne puis rien contre la force physique et la brutalité, je me soumets. Je rentre chez moi - puisque vous l'ordonnez, mais n'attendez plus de moi désormais d'autres sentiments que la haine et le mépris !...

Elle rentre chez elle.

SCÈNE IV.

LE COMTE, seul.

Il sonne. - Un domestique parait.

Justin, cherchez dans mon nécessaire de voyage, le vieux, - celui qui ne me sert plus depuis longtemps... - Vous trouverez, je pense, une lettre dans la poche qui est sur le côté, vous me l'apporterez vite. - Que va-t-elle faire ?

Il regarde par le trou de la serrure.

Elle ôte sa guirlande, elle la remet, elle pleure... De nouveau elle se décoiffe. Elle parle à sa femme de chambre, celle-ci lève les bras au ciel ! Bon ! Elle lui raconte que je suis Barbe-Bleue. Eh bien, elle se recoiffe ! Ce sont sûrement les conseils de Mademoiselle Julie qui causent ces variations...

Le domestique entre et remet la lettre. - Le comte la prend.

C'est bien. En sera-t-elle la dupe ? Une lettre de sept ans !...

Quand le domestique est parti, il reprend son poste d'observation.

Elle a renvoyé sa femme de chambre... Eh ! Non, la voilà dans le fond de la chambre ; que fait-elle donc ? Des paquets. Oui, vraiment, son écrin, ses bijoux. Oh ! Oh ! La comédie tourne au drame. Tant mieux, l'émotion durera plus longtemps, nous pourrons attendre quinze jours au moins avant de recommencer. Elle se dirige de ce côté, bravo ! Elle vient me dire un éternel adieu !

SCÈNE V.
Le Comte, La Comtesse.

LA COMTESSE, entrant.

Elle a pleuré.

Monsieur le Comte, je viens vous demander une dernière fois, oui ou non, si je puis aller à ce bal ?

LE COMTE.

Une dernière fois, Madame, non.

LA COMTESSE.

Alors, Monsieur, je vous fais mes adieux.

LE COMTE, à part.

C'est bien cela.

Haut.

Vos adieux !

LA COMTESSE.

Oui, Monsieur, je pars. Je vais demander la protection de ma famille contre vos mauvais traitements.

LE COMTE.

J'ai déjà eu l'honneur de vous dire, Madame, que j'avais fait mon droit : vous n'avez eu aucun mauvais traitement à essuyer de moi ; il n'y a ni sévices ni injures graves à constater. Vous m'avez dit que vous alliez chez Madame de Courmont pour danser avec le Baron Garvagh qui vous fait la cour, je vous ai répondu que je n'y consentais pas. La loi et le bon sens sont pour moi. Prenez en donc votre parti ; renoncez à cette petite fête, et croyez-moi, pour toute chose qui me semblera convenable, votre très humble serviteur.

Il prend son chapeau.

LA COMTESSE.

Vous sortez ?

LE COMTE.

Oui, Madame.

LA COMTESSE.

Ayez un moment de réflexion, Monsieur ; je ne suis pas une enfant ; vous ne pouvez avoir sérieusement le projet de me traiter comme vous le faites. Après avoir vécu si heureux, vous ne voudrez pas, j'en suis sûre, faire de notre ménage un objet de risée publique ; voudrez-vous qu'on croie ce que vous ne croyez pas vous-même, que le Baron ?... Oh ! J'en rougis pour vous, Monsieur.

LE COMTE.

Madame, je n'ai rien inventé, ce monsieur « qui vous trotte dans la tête » existe ; il a une raie au milieu du front ; il vous trouve belle, - le contraire est impossible, - et vous voulez aller danser avec lui. - Je ne le veux pas.

LA COMTESSE.

Venez à ce bal, Monsieur, vous ne me quitterez pas. J'imaginerai un prétexte, je ne danserai pas ; mais, au moins, vous ne m'aurez pas traitée d'une façon indigne de nous, vous n'aurez pas mis entre vous et moi une injure irréparable.

LE COMTE.

Non, Madame, tout ce que je puis faire en faveur des années heureuses que je vous dois, je me plais à le reconnaître, c'est de vous rendre votre liberté en reprenant la mienne, c'est de consentir à une séparation amiable.

LA COMTESSE.

Une séparation !

LE COMTE.

À vous parler franchement, à mon tour, je suis las, bien las, de la vie que nous menons ; je sais que votre coeur ne m'appartient pas, je vois l'indifférence, le dégoût que je vous inspire...

LA COMTESSE.

Le dégoût ?...

LE COMTE.

Eh mon Dieu ! Je le comprends,.. cette malheureuse graisse...

LA COMTESSE.

Oh ! Monsieur, une plaisanterie...

LE COMTE.

Non pas ; vous parliez sérieusement, je l'ai bien vu. Si j'étais plus jeune, plus encouragé, j'essayerais... je m'entraînerais pour reconquérir votre coeur, mais le courage me manque. J'avais pris auprès de vous de si douces habitudes, la vie s'écoulait si limpide, si pure, si gaie ; elle serait à cette heure empoisonnée par la défiance où je serais de moi. Après avoir été votre héros, Madame, je ne pourrais me résoudre à devenir votre bouffon, mon caractère s'en aigrirait ; pour éviter cette chute, je deviendrais alors méchant ; comme vous le dites, je serais votre tyran ; je vous conserve encore assez de tendresse pour vous éviter d'être victime. Séparons-nous donc.

LA COMTESSE, retenant ses larmes.

Soit, Monsieur ! Je ne puis pas aller contre votre volonté, combattre votre désir...

LE COMTE.

Vous serez heureuse enfin ; l'ennui mortel qui vous possédait se dissipera, vous trouverez dans les hommages réitérés de chacun le plaisir d'exercer cette vanité que vous avouez vous-même, et moi, de mon côté.

LA COMTESSE.

Tout ceci n'est pas sérieux, n'est-ce pas ?

LE COMTE.

Pardonnez-moi, Madame, c'est très sérieusement que je résigne en vos mains les droits que vous-même m'aviez donnés. J'abdique ; je suis philosophe, égoïste, si vous voulez, et je préfère la vie calme, le bonheur négatif, aux mille soucis du bonheur actif. Je suis malhabile, mauvais courtisan. Quand je vous trouve bien coiffée, je ne dis rien. Je parlerais si je devais blâmer. Mais je comprends que cela ne suffise pas à une femme ; il est regrettable, il est fâcheux pour elle, je l'admets volontiers, d'avoir veillé une nuit pour composer une parure, couru un jour les marchands pour arriver belle et échouer devant ce monstre impassible qu'on appelle un mari. Je vous excuse ; je ne me plains pas. Je me retire. Adieu, Comtesse.

LA COMTESSE, le retenant un peu.

Mais, Comte...

LE COMTE.

Il revient.

Ah ! Ce bal !... Mais... vous pouvez y aller, Comtesse, je vous demande pardon de ma sortie de mauvais goût. Vous êtes libre, parfaitement libre.

Le Comte sort après avoir jeté exprès la lettre que lui avait apportée le domestique, et qu'il avait mise dans sa poche.

SCÈNE VI.

LA COMTESSE.

Elle se laisse tomber sur une chaise.

Eh bien, qui l'aurait cru ? Voilà comme il m'aimait ! - Une séparation ! Ce mot me fait frissonner, je ne puis y croire. Que deviendrai-je ? C'est pis que d'être veuve. - Comment, j'irai, je viendrai seule de par le monde ; rien ne me ramènera plus au logis ! Toujours vis-à-vis de moi ! Lui que j'ai tant aimé ne sera plus là ; je serai seule, seule pour rire, seule pour pleurer !... Ce fauteuil sera vide et moi là, en face... Mais c'est impossible, mais je mourrais de chagrin... Oh ! Je retournerai chez ma mère, oui, et je l'oublierai, puisqu'il ne m'aime pas... Chez ma mère... Me remettre en tutelle, moi si gâtée, si libre... Libre, gâtée !... J'étais donc heureuse ?... Alors qu'est-ce donc que nous avons dans la tête ? Pourquoi me plaindre, et de quoi ? J'avais bien affaire d'aller parler de ce petit baron qui est bête et laid !... Il s'en est offensé, il a bien fait ; je lui en aurais voulu s'il n'eût montré aucune jalousie. Allons, ce qui m'arrive est bien fait, et je ne puis m'en prendre qu'à moi... Mais pourtant, non, cela ne méritait pas tant d'indifférence. Il est parti sans un mot de regret, sans une larme, sans un adieu, il est parti... Ah ! Il reviendra ! Non, je le connais ; son caractère est doux, mais ferme. Pour m'avoir dit une résolution comme celle-ci, il faut qu'il l'ait bien prise. Il ne reviendra pas. Mais où ira-t-il ? Que va-t-il faire ? Se distraire certainement, il aura bien quelque ennui du parti qu'il a pris, il va s'étourdir, me tromper peut-être... Eh bien ! Je vais aussi m'étourdir ; non, il ne sera pas dit qu'à vingt-deux ans, pour un mari qui ne veut pas de vous, on restera seule à pleurer. Je vais y aller à ce bal, puisqu'il le permet, puisque je suis libre...

Elle se lève et trouve la lettre que le Comte a laissé tomber exprès.

Qu'est-ce que cela ? Une lettre sans enveloppe, sans signature ?

Elle lit.

« Pourquoi n'êtes-vous pas venu ? Je suis restée à vous attendre toute la journée ? » C'est lui, qui l'a laissé tomber de sa poche. C'est d'une femme. - Voilà pourquoi il veut se séparer, voilà pourquoi il m'a fait cette querelle ; il en aime une autre... C'est infâme !

Elle relit.

« Pourquoi n'êtes-vous pas venu ? Je suis restée à vous attendre toute la journée ! » En effet, il ne m'a pas quittée aujourd'hui, mais rien ne l'y forçait. Voyons donc, qu'a-t-il fait ? Qu'avons-nous fait ? - Mon Dieu, ma tête se perd, je n'ai plus de mémoire... J'étouffe de chagrin, je voudrais crier, je voudrais courir après lui, je le supplierais de me pardonner ; oui, j'avouerais que j'ai eu tort, je me jetterais à ses pieds... Mais cette lettre que prouve-t-elle ? Où est-il ?...

Elle retombe accablée.

C'en est fait, il m'a abandonnée, il ira dans quelque maison qui sera toujours parée pour lui ; il trouvera un visage toujours souriant qui lui fera fête... Voilà ma vie finie ! Plus de bonheur, plus de joie, pas même celle de tout le monde ! Il me faudra rester triste et grave pour être respectée. Allons, pauvre délaissée, va quitter ta toilette de bal, va pleurer seule dans ta chambre déserte.

Elle va pour entrer chez elle.

- Dans ma chambre, non, dans la sienne, la chambre des souvenirs, la chambre où il a vécu, où je le reléguais trop souvent. - C'est cette chambre que j'habiterai, j'y retrouverai les livres préférés avec lesquels je le condamnais à vivre seul, et c'est moi qui les lirai à mon tour, puisqu'à mon tour je suis abandonnée.

Au moment où elle se dirige en sanglotant vers la chambre du comte, la porte s'ouvre et le comte parait qui lui tend les bras. - Blanche s'y jette avec un cri de joie. - La toile tombe.

 


Notes

[1] Souffleter : ici, donner une gifle avec son gant. CE qui est une provocation en duel.

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 Caractères par acte

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