LA FÊTE DE LA SEINE

Divertissement en Musique

pour une fête donnée à Asnières, à Madame Brunswick.

M. DC. LXXXX.

Livret de Edme Boursault


Publié par Paul Fièvre © Théâtre classique - Version du texte du 29/12/2016 à 19:49:59.


LES PERSONNAGES DU BALLET

L'OCÉAN.

THÉTIS.

LA SEINE.

LE GANGE.

LE NIL.

LE DANUBE.

LE PACTOLE.

NÉRÉIDES et TRITONS de la Suite de l'Océan et de Thétis.

AMOURS, JEUX et PLAISIRS de la Suite de la Seine.

CHOEUR des RIVIÈRES, des FONTAINES, et des RUISSEAUX.

La Scène est au Palais de l'Ocean, et de Thetis.


SCÈNE PREMIÈRE.
L'Océan, Thétis, le Danube, le Pactole, le Nil, le Gange, etc.

Le théâtre représente le Palais de l'Ocean, et de Thétis, qui y sont accompagnez des Fleuves, des Rivières, des Fontaines, des Ruisseaux, etc.

L'OCÉAN.

Fleuves, Rivières, Fontaines,

Agréables Ruisseaux,

Dont les fertiles eaux

Arrosent tant de Plaines;

5   Nymphes, et demi-Dieux, soumis à mon pouvoir,

De la Seine aujourd'hui nous célébrons la fête :

Chantez les plus beaux Airs que vous puissiez savoir,

Des joncs, et des roseaux couronnez votre tête;

Et qu'à l'envi chacun s'apprête

10   À la bien recevoir.

THÉTIS.

Quelle rivière au monde

Goûte au plus grand bonheur ?

Sur ses fertiles bords on voit le Laboureur

Cultiver les guérets dans une paix profonde.

15   Elle ne connaît de Guerriers

Que ceux dont la valeur conserve ses rivages:

Ses Palmes, et ses Lauriers

La défendent des Orages.

Sitôt qu'elle paraîtra

20   Que l'on chante, que l'on danse;

Et lors qu'un plaisir finira

Qu'un autre recommence.

Néréides, Tritons, je la vois qui s'avance,

Disputez entre vous à qui la charmera.

Les Néréides, les Tritons, les Fleuves, etc. vont au devant de la Seine qui arrive avec les Jeux, les Plaisirs, et les Amours, qui se mêlent tous ensemble, et font les Entrées pour commencer sa fête.

SCÈNE II.
La Seine, l'Océan, Thétis, le Danube, le Pactole, le Nil, le Gange, les Jeux, les Plaisirs, les Amours, les Choeurs des Fleuves et des Rivières,Les Choeurs des Jeux, d'Amours et des Plaisirs.

THÉTIS.

25   Venez, Nymphe charmante,

Dans ces aimables lieux:

Venez remplir l'attente

De tous ces Demi-Dieux.

Venez oüir chanter les exploits glorieux

30   Qui de toutes les Eaux vous rendent triomphante.

Venez, Nymphe charmante,

Dans ces aimables lieux:

Venez remplir l'attente

De tous ces Demi-Dieux.

L'OCÉAN.

35   Le Danube, le Nil, le Pactole, et le Gange,

Viennent, des bouts de l'Univers,

Joindre leur voix aux surprenants concerts

Préparez à votre louange.

Rivières, Fontaines, Ruisseaux,

40   À l'excès de leur zélé accommodez le vôtre ;

Et que mille plaisirs nouveaux

Succèdent l'un à l'autre.

LA SEINE.

Que mon sort est heureux !

Je vois en sortant de ma Source

45   Folâtrer sur mes bords les Amours, et les Jeux:

Et je trouve au bout de ma course

D'autres Plaisirs qui préviennent mes voeux.

Que mon sort est heureux !

Tant que dure le jour

50   Le rossignol sur mon rivage

Attire à ses accents les Bergers d'alentour:

Et touchez de son doux ramage

À son exemple ils chantent leur amour

Tant que dure le jour.

DEUX TRITONS.

55   Aimer et chanter sans cesse

C'est une grande sagesse:

D'une vie agréable on prolonge le cours.

S'abandonner à la mélancolie

Qui fait passer de si malheureux jours,

60   C'est une grand folie.

DEUX NEREIDES.

Jeunes coeurs, sur qui les attraits

Ont un pouvoir extrême ;

Soyez constants, et discrets :

Pour plaire à ce que l'on aime

65   Ce sont les meilleurs secrets.

Les Ruisseaux qui font mille tours

Pour se joindre aux Fontaines,

Fidèles dans leurs amours

Trouvent la fin de leurs peines,

70   Sans jamais changer leurs cours.

UNE JEUNE FONTAINE ET UN RUISSEAU.

Le temps d'aimer est un temps admirable ;

Mais il ne dure pas assez :

Les attraits les plus doux sont bientôt effacez ;

Et l'on n'est plus aimé quand on n'est plus aimable,

75   Puisque ce temps s'évanouit

Lorsque la jeunesse nous quitte,

Pendant que l'on en jouit

Il est bon qu'on en profite.

DEUX JEUNES RUISSEAUX.

Ne perdons pas un instant

80   Des plaisirs qu'offre la vie ;

Sans amour on ne vit point content,

Il faut aimer lorsque l'âge y convie :

Rien sous le Ciel n'est plus digne d'envie

Qu'un tendre amour dans un coeur bien constant.

85   Ne perdons pas un instant

Des plaisirs qu'offre la vie.

Tout languirait sans l'Amour

C'est l'âme de toute chose ;

Tôt ou tard chacun aime à son tour,

90   C'est une loi que le destin impose :

Dans nos Jardins le Jasmin, et la Rose,

N'aiment-ils pas les charmes d'un beau jour ?

Tout languirait sans l'Amour

C'est l'âme de toute chose.

LE GANGE, à la Seine.

95   On ne voit sur nos bords que carnage, et qu'horreur :

On ne voit que plaisirs régner sur vos rivages :

Vous goûtez de la Paix la tranquille douceur ;

Et le Ciel nous expose à mille affreux ravages.

Aimable Nymphe, apprenez-nous

100   Par quel bonheur, ou par quels charmes,

Vous jouissez d'un sort si doux

Pendant que l'Univers éprouve tant d'alarmes.

LE NIL.

Le Soleil brûle nos champs :

Nos eaux sont presque taries:

105   Les Oiseaux nous refusent leurs chants ;

Et vos Prairies

Sont si fleuries

Qu'ils réservent pour vous les airs les plus touchants.

LE PACTOLE.

Nous ne sentons plus l'haleine

110   Des doux, et des charmants Zéphyrs :

Ce n'est qu'auprès de la Seine

Où règnent tous les Plaisirs.

LE DANUBE.

Le sang humain dont on voit des rivières ;

Nos prés jonchés de mourants, et de morts ;

115   N'attirent plus sur nos bords

Que des Bêtes carnassières :

Et prés de vous les paisibles agneaux

Bondissent autour de leurs mères,

Pendant que les Bergers au murmure des eaux,

120   Chantent sur leurs Chalumeaux

Les beautés de leurs bergères.

LE GANGE, LE NIL, LE PACTOLE, LE DANUBE, ensemble.

Aimable Nymphe, apprenez-nous

Par quel bonheur, ou par quels charmes

Vous jouissez d'un sort si doux

125   Pendant que l'Univers éprouve tant d'alarmes.

LA SEINE.

Un Roi, mais le plus grand dont le Ciel a fait choix

Pour la Paix, et pour la Guerre ;

Qui n'a point d'égal sur la Terre

Quoi que la Terre ait tant de Rois :

130   Un Roi qu'en tant de lieux a suivi la Victoire,

Que par toute l'Europe on arbore ses lys,

Rend mes tranquilles Eaux éclatantes de Gloire

À l'ombre des Lauriers que son Bras a cueillis.

L'OCÉAN.

Au bonheur des Humains toujours l'âme occupée,

135   On dirait que du Monde il gouverne le sort:

Ce qu'en vingt ans ne put faire Pompée

Ne lui coûte qu'un faible effort.

Il a purgé la mer de ces monstres avides

Qui signalaient leur nom par tant de cruautés ;

140   Et ces Tyrans des Campagnes humides

Sont venus à genoux implorez ses bontés.

THÉTIS.

Sa valeur, son pouvoir, sa sagesse profondeLe font par tout révère ;

Des quatre coins du Monde

On le vient admirer :

145   Ses actions sont parvenues

Jusqu'aux plus étranges climats ;

Et chez des Nations qui ne sont pas connues

Il n'est pas moins connu qu'en ses propres États.

LA SEINE.

Depuis que dans le Monde on voit régner la Guerre

150   On n'a point encor vu de pareil conquérant ;

Quelque grandeur qu'ait la Terre

Son coeur est encor plus grand.

L'Europe est charmée,

L'Asie alarmée

155   De ses exploits éclatants.

Fleuves qui gémissez sous d'injustes Puissances,

Consolez-vous, vos souffrances

Ne dureront pas longtemps.

L'OCÉAN, THÉTIS, LA SEINE, LES TRITONS, LES CHOEURS DES FLEUVES, etc répètent tous ensemble.

Fleuves qui gémissez sous d'injustes Puissances,

160   Consolez-vous, vos souffrances

Ne dureront pas longtemps.

LE GANGE et LE NIL.

Puisse le Ciel qui l'a fait naître

Pour affranchir du joug tant de peuples divers,

Le rende de l'Univers

165   Le seul et paisible maître

Que nous serions heureux de couler sous les lois

Du plus juste des Rois !

LE DANUBE et LE PACTOLE.

Sous son empire

On peut chanter et rire;

170   Ce ne sont que plaisirs, que transports, qu'enjouements.

L'OCÉAN et THÉTIS.

Sous son empire

Nul ne soupire

Que pour des objets charmants.

175   Ah ! Qu'il est doux de reconnaître

Un si grand Monarque pour Maître !

Ah ! Qu'il est doux de couler sous ses lois

Du plus juste des Rois.

TOUS ENSEMBLE.

Ah ! qu'il est doux de reconnaître

180   Un si grand Monarque pour Maître !

Ah ! qu'il est doux de couler sous ses lois

Du plus juste des Rois.

 


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