ÈVE ET LE SERPENT

FANTAISIE

1880

PAR LEMERCIER DE NEUVILLE

PARIS, TRESSE EDITEUR, GALERIE DU THÉÂTRE FRANÇAIS, PALAIS-ROYAL.

Imprimerie générale de Chatillon-sur-Seine. - J. Robert.


Texte établi par Paul FIEVRE, juillet 2026

© Théâtre classique - Version du texte du 31/07/2026 à 18:47:10.


PRÉFACE

On m'a souvent dit : « Pourquoi ne faites vous pas de théâtre ? Avec vos Pupazzi, vous animez des acteurs en carton, et, bien que vos moyens soient très restreints, vous obtenez des effets scéniques qui ne seraient pas déplacés sur une autre scène et dans un autre cadre. » C'est vrai. Mais j'ai répondu : c'est parce que je n'ai pas pu arriver au théâtre que j'ai fait des Pupazzi, et maintenant c'est parce que de ce côté je me suis fait une certaine notoriété que l'on veut m'y enfermer et que le théâtre ne m'ouvre pas ses portes.

En attendant, je réunis dans ce volume quelques une de mes pièces inédites faites, en général, pour être jouées, dans un salon : j'ai grossi ce petit recueil de monologues, de récits en vers, et de scènes à un personnage, cela peut être entendu par les oreilles les plus délicates. Pour en faciliter la représentation, j'ai joint la mise en scène de chaque pièce, - qui embarrasse toujours les amateurs, et, comme un véritable régisseur, j'ai dressé la liste des accessoires, décrit les costumes et détail le les décors.

Je n'ai pas à parler de la valeur de ces bluettes, c'est du théâtre sans prétention qui m'a amusé à écrire. Je serais heureux qu'on éprouvât le même plaisir à les jouer et surtout à les entendre.

L. LEMERCIER DE NEUVILLE


AVIS IMORTANT

Le morceau de serpent et de piano doit être choisi par les artistes e surtout par la personne qui joue Ève de Rocamadour, laquel1e doit jouer réellement du piano.

Le serpent doit être en cartonnage, l'embouchure un mirliton.

Le costume d'Ève, très excentrique. Joséphin, casquette d'Orphéoniste, redingote boutonnée très haut, pantalon trop court. Rouleau de musique dans la poche.

Toute cette fantaisie doit être jouée en dehors, c'est-à-dire d'une façon très excentrique.


PERSONNAGES

ÈVE DE ROCAMADOUR, Mademoiselle SCHAFFNER.

JOSEPHIN, orphéoniste, Monsieur PESCHEUX.

Jouée au casino de Néris.


ÈVE ET LE SERPENT

Le théâtre un salon élégant. Porte au fond . - Dans les pans coupés du fond : croisées donnant sur un parc. - À droite, second plan, cheminée. - Devant la cheminée une table avec des lettres dans une coupe. - À gauche, premier plan, piano. - Chaises et fauteuils.

SCÈNE I.

ÈVE, seule, assise près de la table et parcourant les lettres.

Tous les jours la même correspondance ! Il faut donc que les hommes bien à écrire et à mentir ! Il y a cependant assez de jeunes filles à marier dans le monde ; on devrait laisser les veuves tranquilles ! D'abord mon intention est formelle : je ne veux pas me remarier,... pour le moment du moins !... J'ai ma liberté, je veux en profiter ! - Sont-ils bêtes, ces hommes ! Qui croient que des phrases, des mots suffisent. pour plaire ! Voyez tout ce paquet de mensonges !

Elle montre la table.

Jetons cela au feu !... Tiens voici une lettre que je n'ai pas décachetée : une écriture nouvelle ! Que dit celui-là ?

Elle ouvre la lettre.

« Madame, vous êtes veuve, jolie, riche, ce qui ne gâte rien ! Je vous ai vue je vous aime et vous épouserai, fut-ce malgré vous. » L'impertinent. « En attendant, comme vous n'allez nulle part et que mon grand bonheur est de vous voir, je vous préviens que tous les déguisements me seront bons pour parvenir près de vous, me faire aimer et vous ravir à votre solitude. Le plus sincère de vos adorateurs : Marquis de Couci-Couça. » L'étrange personnage ! Au moins celui-là, ne s'y prend pas comme les autres. C'est égal. Je ne serai plus en sûreté ici ; demain je partirai pour les eaux sans dire gare !...

Elle va à la fenêtre.

Quelle pluie ! En voilà pour toute la journée ! Pas un chat dehors ! Les canards mêmes sont rentrés !... Mais qu'est-ce que je vois là-bas ?... Un homme ! Oui ! Un homme avec un objet bizarre ! Ce n'est pas un homme, car de ce temps-là, il n'y a que les amphibies qui se hasardent ! La pluie le chasse de ce côté. Il vient sans doute demander un abri. Pauvre homme ! Je vais lui offrir l'hospitalité.

Entr'ouvrant la porte du fond.

Jean ! Jean !... Priez cette personne d'entrer !... Mon Dieu ! Qui peut bien être dehors d'un temps pareil ?...

SCÈNE II.
Ève, Josephin, entrant avec un énorme serpent d'église.

ÈVE.

Entrez ! Monsieur ! Entrez ! Je vous ai fait offrir l'hospitalité.

JOSEPHIN.

Madame, je vous en remercie, quoique réellement cela va me causer un grand dommage. Je ne serai jamais là pour le concours !

ÈVE.

Le concours ?

JOSEPHIN.

Je suis orphéoniste, Madame ! Orphéoniste et orphelin !... Je n'ai plus de famille. Aucune ! Je n'ai que mon instrument : ce serpent qui ne me quitte jamais !... C'est mon conseiller et mon confident !

ÈVE.

Votre confident ?

JOSEPHIN.

Ah ! Bien plus, Madame ! C'est toute ma famille ! À lui je dis tout !

ÈVE.

Tout... Vous me faites rêver ! Et que dites-vous ?

JOSEPHIN.

Ah ! Madame ! Ce qu'on dit à son ami le plus intime : ses espoirs, ses déceptions ! Il y a des moments où je souffre tant !... que je lui parle... J'ouvre une partition et tout de suite nous causons ensemble... Je lui parle, il me répond ! Ah ! Madame ! La belle chose que la musique !

ÈVE.

Asseyez-vous donc et posez là votre instrument.

JOSEPHIN.

Merci, Madame ! Il ne me gêne pas !

ÈVE.

Alors vous êtes un bon musicien ?

JOSEPHIN.

Bon ! Je ne sais pas ! Mais musicien, oui .

ÈVE.

Vous déchiffrez à première vue ?

JOSEPHIN.

Oh ! Oui, Madame, et je chiffre aussi.

ÈVE.

Comment cela, vous chiffrez ?

JOSEPHIN, en allant au piano.

Sans doute ! Tenez, cet air...

ÈVE.

La chanson de Fortunio.

JOSEPHIN.

Je le solfie de cette façon.

Il chante.

Deux mille huit cent soixante quatre,

Six cent, vingt-deux,

Deux mille huit cent soixante quatre,

Trois cent dix-neuf,

5   Dix-huit mille six cent quatorze

Cent trente-trois,

Dix-huit mille six cent quatorze

Deux cent vingt quatre etc., etc.

ÈVE, riant.

Mais c'est une addition ! C'est très amusant ! C'est mathématiquement très drôle !

JOSEPHIN.

C'est la méthode Chevé ! C'est très commode ! Cela supprime le papier de musique... qui coûte très cher.   [ 1 Méthode Galin-Paris-Chevé : une méthode de lecture de la musique ; dont l?idée remonte à Jean-Jacques Rousseau. '[WIKIPEDIA]]

Il va à la fenêtre.

Il pleut toujours ! Madame, puisque la pluie menace de continuer, ce n'est plus un abri passager que vous m'offrez, c'est une visite que je vais avoir l'honneur de vous faire ! Permettez-moi de me présenter !

Il sort, et referme la porte du fond puis il l'ouvre et annonce : Monsieur Josephin ! - Ensuite il s'avance en saluant, tenant toujours son serpent à la main.

ÈVE, à part et saluant.

Quel original !

JOSEPHIN, d'un a1r doux.

Josephin ! Madame ! C'est moi.

ÈVE.

Ainsi vous vous appelez Josephin ?

JOSEPHIN.

Oui, Madame Josephin, tout court... Si j'eusse été fille, on m'eut nommée...

ÈVE.

Joséphine ! Je me doute.

JOSEPHIN.

Oui, Madame, je suis serpent à la maîtrise de Trépgny les-Belles-Femmes. (Eure.) Ah ! Si vous saviez, Madame, comme vous ressemblez à la dame notre maire ! Comment vous nommez vous ?

ÈVE, à part.

Eh bien, il est sans gêne !

Haut.

Vous êtes chez Madame Ève de Rocamadour !

JOSEPHIN.

Ève ! Rocamadour. Les noms charmants !

ÈVE.

Vous trouvez ?

JOSEPHIN.

Et bien portés ! Il y a des noms qui ne vont qu'à certains visages !

ÈVE.

Monsieur!

JOSEPHIN.

Cela vous choque, Madame, oh ! Ne vous fâchez pas ! Je suis enfant de la nature ! Je dis ce que je pense ! Vous êtes jolie, je vous le dis, il n'y a pas de mal à cela.

ÈVE.

Il n'y a pas de mal à le penser, mais à le dire c'est autre chose.

JOSEPHIN.

Pourquoi cela ?

ÈVE.

Pourquoi ? Pourquoi ?

À part.

Ah ! Mais il m'embarrasse ce jeune orphéoniste !

Le regardant.

Il est adorablement laid ! Il a bien raison d'aimer son instrument, car lui seul pourrait lui rendre son affection !

JOSEPHIN.

Eh bien, Madame vous ne me répondez pas ?

ÈVE.

Je pense à une chose. Vous avez un instrument dont je n'ai jamais entendu un son. Je ne veux pas vous faire payer mon hospitalité, mais je serais bien heureuse si vous vouliez me le faire entendre. Je vous accompagnerai au piano. Le morceau de votre concours, par exemple.

JOSEPHIN, tirant un manuscrit de sa poche.

Oh ! Madame ! Le voilà !... Oh ! Mais je n'oserai jamais...

ÈVE.

Allons ! Allons ! Pas de fausse modestie, je suis sûr que vous êtes très fort.

JOSEPHIN, embarrassé.

Madame... C'est que... Ce morceau... Ce n'est pas, c'est-à-dire... c'est de... de l'inédit.

ÈVE.

De l'inédit. Tant mieux ! Et de qui ?... De... Je parie que c'est de vous ?

JOSEPHIN, très ému.

Madame ! Ah...

ÈVE.

Allons ! Je m'en doutais ! Donnez-moi cela... Nous avons le temps, il pleut toujours.

À part.

J'aime mieux entendre de ta mauvaise Musique que des fadeurs.

Haut.

Ce n'est pas écrit en chiffres au moins ?

JOSEPHIN, très ému.

Oh ! Non, Madame ; tenez, puisque nous le voulez, voici le morceau.

Ève s'installe au piano qu'e1le ouvre.

Tenez ! Vous faites l'introduction maestoso ; après quoi j'attaque le thème, mouvement de marche... Vous suivez et là, vous reprenez la première phrase jusqu'à la sixième mesure. C'est marqué...   [ 2 Maestoso : Musique. Avec une lenteur majestueuse.]

En indiquant ceci, Joséphin se penche sur son épaule. - À part.

Mon Dieu. Comme ses cheveux sentent bon.

ÈVE.

Et puis ?

JOSEPHIN.

Puis le piano prépare ensuite les variations, presto. - Ah ! Ce passage est coupé ! - Là, nous continuons andante, jusqu'à ce point d 'orgue, après quoi nous reprenoNs les variations et passons au finale. - Vous avez compris ?

ÈVE.

Parfaitement ! Je commence.

Elle joue du piano.

DUO de PIANO et de SERPENT.

Après le duo, Joséphin pose son instrument.

ÈVE.

Mais c'est charmant, c'est ravissant ! C'est très original !

JOSEPHIN.

Vous trouvez ? - J'ai fait cela tout seul ! Sans en rien dire à personne. Dans le commencement, je n'osais pas l'écrire parce que vous comprenez, composer de la musique... C'est audacieux ! Mais je me suis décidé.

ÈVE.

Vous avez très bien fait.

JOSEPHIN.

Je ne l'ai joué qu'une fois... avec ... la dame de notre maire.

ÈVE.

Qui me ressemble...

JOSEPHIN.

Oh ! Oui, Madame, joliment ! Elle a vos yeux, votre bouche, votre oreille. Elle est charmante !

ÈVE.

En vérité !

JOSEPHIN.

Tenez, Madame, puisque le hasard ou la providence, comme, vous voulez, vous a placée sur ma route puisque vous avouez que je vous ai un instant intéressée, quoiqu'un solo de serpent ne soit pas très poétique, mais cela ne fait rien, la poésie est dans tout ! - Puisqu'il pleut toujours et que vous daignez causer amicalement avec un pauvre inconnu, et qu'il est convenu qu'un homme si chétif qu'il soit, ne peut pas rester insensible auprès d'une jolie femme, laissez-moi vous dire...

ÈVE, à part.

Que va-t-il me dire ?

JOSEPHIN, s'animant.

Vous êtes belle, vous êtes bonne, vous êtes musicienne ! Vous avez tout ce qu'il faut pour plaire.

ÈVE.

Monsieur !

JOSEPHIN.

Oh ! Ne craignez rien, Madame, je ne vous manquerai pas de respect, je ne vous dirai pas que je vous aime.

ÈVE.

Il ne manquerait plus que cela.

JOSEPHIN.

Justement, Madame, à ce que je pourrais vous dire, il ne manquerait plus que cela.

ÈVE.

Ah ! Monsieur ! C'est trop ! La pluie, le mauvais temps m'a fait vous offrir l'hospitalité de mon toit, mais rien que de mon toit, Monsieur !

JOSEPHIN.

Je l'ai compris ainsi, Madame !

ÈVE, à part.

Oh ! Mais j'y songe ! Folle que je suis ! Cet imbécile qui fait le niais ! C'est le marquis de Couci-Couça ! - Et j'étais prévenue ! Allons ! Le loup est dans la bergerie, il s'agit de le débusquer.

JOSEPHIN.

Eh bien, Madame, vous rêvez à ce que je viens de vous dire ?

ÈVE.

Oh ! Du tout Monsieur !

À part.

Que faire ?

JOSEPHIN.

Vous avez tort ! Moi, on me dirait des choses aimables que cela me ferait rêver ! Mais les femmes y sont habituées !

ÈVE.

Monsieur ! De grâce !

JOSEPHIN.

Mais peut-être est-ce ma position d'orphéoniste et d'orphelin qui vous choque. - Si j'étais ce que je ne suis pas ...

ÈVE, à part.

C'est bien cela. Je ne me troMpais pas ! C'est lui ! Comment s'en débarrasser ?

JOSEPHIN.

Eh bien, Madame, si j'étais tout autre... - Car enfin on ne peut pas savoir... - Vous M'écouteriez.

ÈVE.

Oh ! Monsieur.

JOSEPHIN.

Mais pouvez-vous empêcher les phénomènes naturels de suivre leur cours ? - La lèvre altérée aime le ruisseau clair ! L'abeille aime le calice des fleurs, le ver lui-même, si méprisé qu'il soit, se glisse dans le coeur des fruits les plus savoureux.

ÈVE, indignée.

Monsieur le Marquis, assez de ruse ! Je vous ai deviné ; mais je ne marierai jamais ! - Quittez ce rôle ridicule qui ne vous va pas !

JOSEPHIN.

Marquis ! Vous m'appelez marquis ! Ah ! C'est une raillerie, Madame ! Mais j'aurais pu être.

ÈVE.

Non ! La feinte est inutile ; j'ai reçu votre lettre... Ainsi Monsieur, j'étais prévenue !

JOSEPHIN.

Mais Madame, je ne vous ai pas écrit.

ÈVE.

Monsieur Marquis, vous tort d'insister. Vous vouliez un entretien, vous venez de l'avoir, vous vouliez une réponse, vous l'avez ! Permettez-moi le me retirer ! Monsieur le Marquis de Couci-Couça, je vous salue.

Elle fait une grande révérence et sort à droite.

SCÈNE III.

JOSEPHIN, seul.

Marquis de Couci-Couça ! C'est son idée. C'est une toquade ! Elle est drôle cette petite femme-là ! Ah ! Mais non ! Je ne pars pas comme cela ! Je n'aurai pas toujours l'occasion, dans ma position, de faire la cour à une femme du monde. Elle m'appelle Marquis ! C'est pour que mon amour ne l'humilie pas ! Ça ne m'humilie pas non plus, moi ! Voyons ! Je vais me cacher ici, et quand elle reviendra je continuerai mes déclarations. Qu'est-ce que je risque ? Ah ! Cette fenêtre ! - Il pleut, mais ma foi tant pis ! - Et mon concours ? - Ah ! Ma foi il y en aura d'autres !

Il sort par la fenêtre du fond, à droite.

SCÈNE IV.

ÈVE, entrant furtivement par la porte du fond.

Je n'entends plus rien ! Il est parti sans doute ! Il aura compris. C'est un original ! Mais c'est dommage qu'il soit si laid.

On entend le serpent qui joue : pour tant d'amour ne soyez pas ingrate.

Qu'est-ce que cela veut dire ? Il est encore là ! Mais où est-il ? En bas ans doute ! Il me donne une sérénade, il me joue la Favorite ! Ah ! Mais il va me compromettre, c'est affreux ! Je n'avais pas prévu cela.   [ 3 La Favorite : Opéra en quatre actes de Donizetti (1840)]

Le serpent joue : Une_fièvre_brûlante.

Quelle imprudence ! Cet air... Il continue : une fièvre brûlante !... Ah ! Mais tous les gens vont entendre. C'est affreux ! C'est horrible !

Le serpent joue : C'est l'amour ! L'amour ! L'amour !

Ah ! C'est trop !

Elle va à la fenêtre.

Monsieur ! Monsieur ! Taisez-vous. Tiens ! Il était là !

SCÈNE V.
Ève, Joséphin.

ÈVE.

Ah ! Monsieur ! Que c'est mal d'abuser ainsi d'une pauvre femme sans défense et de jouer sous sa croisée des airs aussi significatifs,

JOSEPHIN.

Mais vous voyez bien, Madame, que je n'ai pas mon serpent, je l'avais laissé dans l'appartement.

ÈVE.

Mais alors ?

JOSEPHIN.

Ah ! Je vois ce que c'est. Je nous l'ai dit, Madame, mon instrument et moi nous sommes inséparables ! Je l'ai laissé seul avec vous un instant, il en aura profité pour vous témoigner ce que mon coeur éprouvait.

ÈVE.

Ainsi, Monsieur, vous vous mettez à deux pour me tourmenter ! Voilà qui n'est pas généreux !

JOSEPHIN.

Eh bien ! Non ! Madame ! Non ! Je ne veux pas vous tourmenter davantage, vous faites appel à mes sentiments généreux, eh bien, j'en ai, oui j'en ai, et je vais vous le prouver ! Nous allons vous quitter, mon serpent et moi, en vous priant d'oublier ce moment d'erreur. Mais il pleuvait, et puis vous m'avez appelé Marquis, et puis vous ressemblez tant à la dame de notre maire que... Nous avons perdu la tête. Je vous demanderai seulement une faveur avant de partir, une mince faveur, c'est de vous dédier ce petit morceau que nous avons joué ensemble.

ÈVE.

Et si je vous l'accorde, vous partirez ?

JOSEPHIN.

Il le faudra bien.

ÈVE.

Et comment intitulerez-vous ce morceau ?

JOSEPHIN.

Ève et le serpent ! Adieu, Madame !

Il sort.

SCÈNE VI.

ÈVE, seule.

Ce n'était décidément pas le comte de Couci-Couça, mais comme il pourrait venir, je pars demain pour les eaux !

On entend en dehors le serpent reprendre sa variation. Ève fait des gestes d'étonnement.

 



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Notes

[1] Méthode Galin-Paris-Chevé : une méthode de lecture de la musique ; dont l?idée remonte à Jean-Jacques Rousseau. '[WIKIPEDIA]

[2] Maestoso : Musique. Avec une lenteur majestueuse.

[3] La Favorite : Opéra en quatre actes de Donizetti (1840)

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